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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 10:00

Ils auraient mérité une chronique (2)  

Le groupe, entièrement féminin au départ, s'est appelé Rachel Unthank and the Winterset entre 2004 et 2009. Deux albums bien accueillis, Cruel sister et The Bairns, ponctuent cette première carrière. En 2009, Adrian McNally, le directeur artistique, et son ami d'enfance Chris Price rejoignent le groupe qui devient The Unthanks, mettant sur le même plan les deux sœurs Rachel - qui a épousé depuis Adrian - et Becky.

   Here's the tender coming, sorti en septembre de la même année, est un album au final envoûtant : tour à tour pathétique, mystérieux, enjoué, il reprend un certain nombre de titres traditionnels, mais ajoute des chansons plus modernes, telle celle composée par Graeme Miles (voir la première vidéo) auquel ils rendent hommage cette année par deux concerts. Les compositions sont ciselées, servies par des instruments variés, parfois peu attendus dans le contexte folk, comme le piano, le violoncelle ou le marimba. Non, le folk n'est pas mort, et ce n'est sans doute pas un hasard s'ils comptent parmi leurs admirateurs Robert Wyatt ou Radiohead par exemple. Le groupe a d'ailleurs donné à Londres en 2010 deux concerts entièrement constitués de chansons de Robert Wyatt...et de Antony & the Johnsons, concerts qui ont donné naissance à un disque en 2011.

Un titre de Graeme Miles, grand auteur de chansons folk de la région industrielle de la Tees (Yorkshire)

En public, le titre éponyme.

14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 10:48

Chers lecteurs,

  Les soucis techniques liés à la migration d'Over-blog vers Over-blog-Kiwi génèrent un peu de retard dans les parutions. Je regroupe ici trois programmes d'émission, d'habitude placés après les chroniques. Avec un coup de coeur à la clef... Je précise qu'avec le nouvel éditeur de texte, je ne maîtrise plus pour le moment la place des images et des vidéos en dessous du texte : ça doit être le progrès...Courbons-nous bien bas !!

Programme de l'émission du lundi 29 avril 2013

The Alvaret Ensemble : BYD / EAC / DDE (Cd1, pistes 1 à 3, 21'30), extraits de AE (Denovali Records, 2013)

B/B/S : Brick / Mask (p.1-2, 18'), extraits de Brick Mask  (Miasmah Recordings, 2013)

Richard Emsley : For piano 12 (p.20 à 26, 8'34), extraits de British! par Steffen Schleiermacher, piano (Mdg Scene, 2011)

Programme de l'émission du lundi 6 mai 2013

Grandes formes :

Nico Muhly : Drones & piano (p.1 à 5, 14'), extraits de Drones (Bedroom Community, 2012)

  Howard Skempton : Notti Stellati a Vagli (p.9, 17'39), extrait de British! par Steffen Schleiermacher, piano (Mdg Scene, 2011)

The Alvaret Ensemble : WJU (Cd2 / p. 4, 13'53), extrait de AE (Denovali Records, 2013)

Land : Nothing is happening everywhere (p.1, 5'40), extrait de Night Within (Important Records, 2012)

Programme de l'émission du lundi 13 mai 2013

Nick Cave & The Bad Seeds : Push the sky away (p.9, 4'08), extrait de Push the sky away (Bad Seed, 2012)

Moinho : Movements & Variations (for Satie) / Du vent dans les branches / Marimba / Hi-Tango (p. 2-3-7-8, 10'), extraits de Baltika (Arbouse Recordings, 2012)

Nico Muhly : Drones & violin (p.10 à 13, 13'), extraits de Drones (Bedroom Community, 2012)

Piiptsjilling : Unkrûd / Tjsustere Leaten (p.1-2, 12'40), extrait de Wurskrieme (Experimedia, 2010)

Gareth Davis / Jan & Romke Kleefstra : It is goad sa / honger (p.3-4, 9'), extraits de Tongerswel (Home Normal, 2011)

À PROPOS DE LAND - Night Within

   Composé et produit par le duo Daniel Lea et Matthew Waters, mixé aux Greenhouse Studios de Reykjavik, Night Within est un disque chaleureux, qui combine heureusement les cinq familles d'instruments (percussions / clarinette, saxophones / trompette / deux pianos / cordes, mandoline à archet), la voix à l'élégance nonchalante de David Sylvian sur le premier titre, pour créer des ambiances feutrées, lourdes, parcourues de lentes fulgurations. Les compositeurs, eux, décrivent leur travail comme approchant une veine narrative noire, apocalyptique...Faisons la part des choses : du jazz coulé dans une sombre aciérie pour une musique urbaine vraiment habitée. Inhabituel sur INACTUELLES...je m'en régale les oreilles !!

Paru en 2012 chez Important Records (une maison de disques très éclectique, qui publie aussi Duane Pitre, par exemple) / 7 titres / 38 minutes (je l'aurais souhaité un peu plus long...)

Programmes / Coup de cœur : Land - Night Within

Une version instrumentale du premier titre, sur le Cd avec la voix de David Sylvian)

26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:59

Bachar-Mar-Khalife-Who-s-gonna.jpegAprès Oil Slick paru en 2010 chez InFiné, le pianiste Bachar Mar-Khalifé récidive sur le même label avec un disque  au très long titre, Who's Gonna Get The Ball From Behind The Wall Of The Garden Today. De formation classique, fils du grand joueur de oud et chanteur libanais Marcel Khalifé, cadet du pianiste Rami Khalifé que les lecteurs de ce blog connaissent pour sa participation au trio Aufgang, Bachar Mar-Khalifé a toujours baigné dans la musique. Aussi retrouve-t-on dans ce nouvel opus des airs qui lui traînaient dans la tête depuis longtemps et des versions remaniées de titres présents sur Oil Slick. Mais ce nouvel album est surtout l'éclatante confirmation d'un véritable talent d'auteur-compositeur, et de chanteur.

   Dès "Memories" et ses mélismes à l'orgue Hammond (?), l'auditeur est plongé dans un monde coloré, intense, vibrant. "Ya nas" nous entraîne avec sa ritournelle syncopée, piano percussif en boucles vives, percussion bondissante, chant nerveux. Et surtout, ah surtout, quel bonheur ce décrochage langoureux, cette échappée rêveuse au piano et clavier après une minute quarante, qui s'étoffe en choral presque techno, avant de rebondir en chant fou ! "Mirror moon" est une étourdissante et limpide suite de boucles concaténées de piano sur laquelle la voix dépose son chant vif et doux, relayé par un finale en majesté pianistique grave et la voix déployée dans la grande tradition moyen-orientale. Le quatrième titre est une superbe reprise de "Machins choses" de Serge Gainsbourg, en moins jazzy côté arrangement, le texte nappé dans un phrasé pianistique piqueté et des cordes élégiaques, dit en duo avec la délicieuse Kid A : c'est suave,vaporeux et aéré, deux minutes de plus que dans l'original sans qu'on s'ennuie, parce qu'il y a dans la musique da Bachar un sens de la suspension qui donne à l'ensemble une profondeur troublante, fragile. Très très beau ! Le ton change avec "Marea Negra", avec un texte du poète syrien Ibrahim Qashoush mort en 2011, dont le chant fait d'abord songer à la psalmodie du muezzin, mais le piano percussif martèle ses cassures graves, le chant se fait plus âpre, la petite mélodie insidieuse reprenant l'extraordinaire "Marée noire" de Oil Slick : on sent une rage contenue - la "pochette" de l'album promotionnel est hélas vide de toute indication, on aimerait bien avoir la traduction des textes arabes - dans ce parcours désarticulé de pantin. Puis, c'est "Xerîbî", sur un texte du kurde Ciwan Haco, splendide morceau d'esprit minimaliste : piano lumineux, grave, imprimant à l'ensemble un balancement cérémoniel renforcé par l'adjonction de clochettes, et chant, un chant magnifique de douceur et de force, qui éclate en brûlantes traînées.  Un sommet ! "Progeria" alterne tourbillons, ralentis hypnotiques et ascensions fulgurantes : morceau kaléidoscopique qui renvoie au curieux visuel de ce visage fragmenté, se terminant en quasi berceuse avec chœurs. Le chant déployé à pleine gorge surplombe le piano au rythme heurté, fracassé de "Requiem", autre sommet qui se permet là aussi des contrastes incroyables, un passage en bourdon, puis l'acier rythmique du piano rejoint par une probable darbouka et un habillage oriental aux claviers. Quel plaisir de sentir un compositeur se laisser aller à ses idées jusqu'aux éclats finaux puissamment martelés, pulvérisant par avance toute tentative pour l'étiqueter ! "K-Cinera" est encore un miracle : chant-murmure, piano lumière, quelques frottements d'invisibles cymbales, on avance dans la pureté de l'aube, nimbés d'harmoniques très douces. L'album se termine sur un dernier très beau titre, "Distance", chant pudique, piano retenu puis lâché dans de magnifiques moments contrapuntiques, une coda litanique bouleversante...qui serait parfaite sans l'intrusion inutile de claviers qui sentent trop leur programmation.

         La tribu musicale des Khalifé se porte bien. Bachar Mar-Khalifé vient de frapper très fort, très haut, avec ce disque magnifique et personnel qui se faufile avec bonheur entre musique contemporaine, minimalisme, chanson (orientale ou non), traces de techno et de jazz.

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Paru chez InFiné début mars 2013 / 10 titres / 53 minutes environ

Pour aller plus loin

- la page du label InFiné avec "Machins choses" en écoute.

- une fausse vidéo pour "Xerîbî", hélas avec une publicité préalable à massacrer...

 

 

Programme de l'émission du lundi 18 mars 2013

Poppy Ackroyd : Glass sea / Lyre (Pistes 4-5, 9'), extraits de Escapement (Denovali Records, 2013)

Bruno Sanfilippo : I et II (p.1-2, 14'), extraits de Piano textures 3 (AD21, 2012)

Erik K Skodvin : Neither Dust / Escaping the day (p.5-7, 6'), extraits de Flare (sonic pieces, 2010)

Grande forme :

• Machinefabriek : Koploop (p.3, 19'46), extrait de Daas (Cold spring, 2010)

Programme de l'émission du lundi 25 mars 2013

Le Ciel brûle :

• Godspeed you ! Black Emperor : Strung like lights at thee printemps erable (p.4, 6'32), extrait de Alleluyah Don't bend Ascend (Constellations, 2012)

Antony and the Johnsons : Swanlights (p.5, 7'18), extrait de Cut the world (Rough Trade, 2012)

Bachar Mar-Khalifé : Ya nas / Mirror moon / Machins choses (p.2 à 4, 14'), extraits de Who's Gonna Get The Ball Behind The Wall Of The Garden Today (InFiné, 2013)

Grande forme :

• Peter Adriannsz : Parties I à IV (p. 4 à 7, 24'), extraits de Three Vertical Swells (Unsounds, 2012)

16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 17:28

Astrid-High-Blues.jpg   High Blues est le troisième album d'Astrïd, groupe français qui existe depuis une quinzaine d'années...et que je découvre maintenant seulement grâce à l'un de mes fidèles lecteurs. Au départ, c'était un duo constitué par Cyril Secq - guitare, guitare à archet, harmonium et autre -, Yvan Ros aux percussions et à la contrebasse, auquel sont venus s'adjoindre Vinina Andreani au violon et à la kalimba, Guillaume Wickel aux clarinettes, à l'harmonium et au rhodes...De quoi nous concocter une musique de chambre électrique et boisée, chaude et colorée, n'ayant pas peur de s'étirer, de s'échapper des formats trop convenus.

   Le premier titre éponyme, c'est vingt-cinq minutes d'une balade vaporeuse menée par la guitare électrique. Le thème est un motif sans cesse repris, varié, dans des boucles tranquilles parfumées d'harmonium, de percussions cliquetantes, de flutes chavirées. Lent et doux délire, on croit entendre une cornemuse parfois. On est ailleurs, dans un pays de forêts et de rocs aux formes étranges. Une clarinette vous ensorcelle au détour d'un bosquet. Elle s'entortille autour de la guitare comme du lierre, et les alentours se mettent à bouger, les arbres s'enflamment. Il y a quelque part un barde que l'on n'entend pas, mais qui fait vivre le paysage. Musique de volutes, de soupirs mélodieux : tous les gnomes, toutes les créatures féériques concourent à l'immense et mouvant enlacement. Comme il est bon de se laisser aller à goûter cette musique sensuelle et mystérieuse !

   Le second titre, "erik s.", ne cache pas sa source. Plus bucolique que le premier, flirtant souvent avec le silence, il se développe paresseusement. Les instruments sont touchés avec amour, avec retenue, pour mieux faire entendre leurs timbres. Peu à peu, tous sont dans le cercle, autour du feu invisible qui crépite. L'incandescence monte, on est à nouveau embarqué dans une cérémonie, pris par le charme, c'est-à-dire le carmen incantatoire. La "Suite", solennellement ouverte par une percussion sombre et puissante, est scandée par la guitare électrique : nous sommes chez une confrérie soufie de derviches convertis au  post rock psychédélique. La guitare tournoie, sa robe bordée d'étincelles, belle à décrocher tous les luminaires enfumés.

    Retour à une ambiance plus nettement folk avec "James", guitare acoustique en avant. Elle chante à peine, cherche sa ligne, se reprend, persiste : moments de simple grâce, limpides. Le repos avant l'entrée dans une autre autre danse orientalisante, la clarinette m'évoquant le doudouk arménien y est pour quelque chose. Une de ces danses crétoises ou grecques ramenées par les rébètes quittant l'Asie mineure.

   Le disque se termine avec "bysimh" : là aussi, une longue intro, le temps de prendre le temps, de saisir l'impalpable, la mélodie, le rythme qui vient. Il faut dire ce plaisir de l'auditeur qui se sent respecté : comme les musiciens, il attend ce qu'il faudra savoir saisir, le moment venu, et qu'on pressent sans l'avoir encore cerné. À l'opposé de tous ceux qui assènent, assomment, pressés de montrer leur talent, leur inspiration...Du silence surgit le rythme lancinant qui colle à la peau, le lent balancement pendulaire où l'ego se dissout.

   Car, l'air de rien, High Blues est un superbe album de tranquilles transes illuminantes.

   Si, après un tel disque, Astrïd ne parvient pas à mieux tourner en France...

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Paru en 2012 chez Rune grammofon / 5 titres / 53' environ

Pour aller plus loin

- le site MySpace d'Astrïd, avec d'autres titres en écoute.

- un bel entretien avec Cyril Secq sur Popnews

- "Bysimh" en écoute en bas de l'article.

Programme de l'émission du lundi 15 octobre 2012

Annie Gosfield à l'honneur :

• Annie Gosfield : Wild pitch / Phantom shakedown (p.1-2, 21'), extraits de Amost Truth and Open Deceptions (Tzadik, 2012)

Vrais et faux motifs (patterns) au piano :

• James Sellars : Piano Sonata n°6 (p.6, 10'04), extrait de Piano works (CRI, 2001) Piano : Lisa Moore

• John Mayrose : Faux patterns (p.9, 5'42), extrait de The Bright Motion (New Amsterdam records, 2012), disque du pianiste Michael Mizrahi

Grande forme :

• Max Richter : Spring + Summer 1 (p. 1 à 5, 13'45), extraits de Recomposed by Max Richter (Universal / Deutsche Grammophon, 2012). Les quatre Saisons de Vivaldi revisitées... 

Un peu de patience pour l'écoute (une quinzaine de secondes)...

8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 09:08

  Bachar-Mar--Khalife-Oil-Slick.jpg Les soldes ont quand même du bon : elles ne servent pas qu'à réactiver la compulsion d'achat chez le consommateur sidéré et bavant devant les offres alléchantes à lui promises pour quelques moments de délices... Parcourant les bacs d'offres d'un magasin bien connu - que j'ai déserté par ailleurs totalement au profit d'autres circuits - je vois le nom de Bachar Mar-Khalifé. Cela me dit quelque chose. Mais oui, le trio Aufgang, avec Rami Khalifé, l'un des deux pianistes de la formation, l'autre étant Francesco Tristano ! Or Rami, c'est son frère et il joue sur l'album, et leur père, c'est le musicien libanais Marcel Khalifé. Voilà donc Oil Slick embarqué pour écoute. Je découvre ensuite qu'Aymeric Westrich, le troisième d'Aufgang, accompagne Bachar aux percussions, synthétiseurs et autres sons.

   Bonne pêche ! L'album, assez composite, est très séduisant. Entre jazz, musique orientale, contemporaine et minimalisme, il présente des compositions vraiment originales. "Progeria", le premier titre, débute par quelques secondes avec la voix chuchotante de Bachar accompagnée au piano, avant l'explosion du thème à mi-chemin entre jazz et rock. C'est énergique, coloré, bourré d'interventions bienvenues réservant même de beaux passages élégiaques. Si le titre évoque une maladie génétique se manifestant par une sénéscence accélérée, l'effet est inverse sur l'auditeur, emporté par un courant puissant de jouvence ! "Distance" fait la part belle au piano : c'est le titre qui m'a le plus vite séduit. Début méditatif, le piano dans les graves prolongé par une percussion délicate et claire, puis le branle des percussions massives, orientales, le chant en arabe, fragile et pur, le piano parti dans un mouvement minimaliste océanique : comment un tel album peut-il se retrouver dans les invendus ?? Un fouillis fascinant de percussions suit l'envolée du piano, le chant se dédouble avec le renfort du quatrième comparse, Aleksander Angelov, par ailleurs le bassiste. Presque dix minutes de bonheur. La fin est superbe, les boucles claires du piano ponctuées de quelques notes graves étouffées. "Around the Lamp" reste sur un ton rêveur, vocalises étirées ponctuées au piano électrique (?), brèves onomatopées mystérieuses : un peu plus de quatre minutes en apesanteur, avant l'autre grand moment de l'album, l'extraordinaire "Marée noire". Texte en français autour du désir, du dégoût, plein de fiel, accompagné par les pianos : l'un sarcastique et obstiné à partir de notes serrées, l'autre mélodieux et lyrique sous influence tango. La voix est très vite traitée avec une sorte de vocodeur pour laisser passer un flot d'imprécations, d'insanités. J'ai l'impression d'entendre la voix du personnage-narrateur du Journal d'un monstre de Richard Matheson : mais ici, plus rien d'enfantin, c'est la voix de l'obscur, de l'interdit, de ce qui ne se fait pas, ne se dit pas. Les synthétiseurs se déchaînent à l'évocation des désirs mauvais enfin formulés, si bien que la pièce devient un maelstrom insidieux de musique électronique vénéneuse. Très loin au fond de la masse sonore, une petite voix claire est l'écho affaibli de cette voix de l'ultra-mal, elle grandit jusqu'à être à égalité pour affirmer que « jusqu'à demain le sabre s'enfoncera dans ma chair impure / jusqu'à quand m'en voudras-tu ? Et jusqu'à quand vais-je te dégoûter, mon ange / mon amour ? », évocation d'un rituel trouble d'autopunition débouchant sur un silence. Puis le piano reparaît en léger strumming un bref temps crescendo, un motif grotesque, presque hoffmannien, en contrepoint, une percussion caricaturale et erratique, et tout est dit..."Democratia" sonne plus orientale, scandée par le oud et des percussions omniprésentes qui, dans la partie centrale font songer à la musique soufie...parasitée par d'étranges objets sonores. Car cette musique est décidément hybride, iconoclaste. Inventive et colorée, elle s'appropie des gestes musicaux divers avec une belle désinvolture. Chaque composition nous réserve des moments distincts, nettement délimités par des cassures rythmiques ou des silences. Le dernier titre, "NTF ntf", nous emmène encore ailleurs, dans le sillage d'un Tod Dockstader par exemple. Nous voici en plein musique concrète, mais s'en élève ensuite un chant étrange, murmuré en anglais, accompagné de percussions métalliques, d'un frappé de tabla : où sommes-nous entraînés par ces mécaniques percussives intrigantes ? Décidément, cette marée noire (c'est le sens du titre anglais) nous emmène en bateau pour un voyage plein d'imprévus ! Pour tous ceux qui n'ont pas peur des chemins de traverse, un album très conseillé.

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Paru en 2010 chez InFiné - label assez présent dans ces colonnes ! - / 6 titres / 48 minutes

Pour aller plus loin

- le site officiel de Bachar Mar-Khalifé

- son MySpace

- "Marée noire " en écoute :

 

 

 

22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 21:21

Dakota Suite Emmanuele Errante The north green down  Formation de chambre à géométrie variable, Dakota Suite livre avec The North Green Down son douzième album. Dédié à la mémoire de la belle-sœur de son fondateur et pivot, l'anglais Chris Hooson, n'en déduisez pas trop vite que la musique qui en résulte soit funèbre ou d'un pathétique appuyé. Elle se veut souvenir, hymne lumineux à la vie. En guise de pochette intérieure, la photographie en noir et blanc d'Hannah riante. Et quatre-vingt minutes entre musique ambiante, folk et minimalisme dépouillé, le tout habillé de l'électronique subtile de l'italien Emanuele Errante. Le piano de Chris se taille la part du lion, relayé parfois par sa guitare. Une clarinette, deux violoncelles, celui de l'américain David Darling, qui a déjà collaboré à d'autres enregistrements de Dakota Suite, et celui de Colin Dunkley, qui intervient également au piano.

  Le disque est en fait une longue suite de dix-huit pièces jalonnée par les sept variations du titre éponyme, absolument magnifique. Une phrase de piano, d'abord douce, s'insinue et, comme si elle diffusait une aura de lumière, amène dans son sillage guitare, claviers cristallins entre clavecin et harpe : lent tournoiement merveilleux..."Leegte" reprend sur le mode méditatif le thème initial, laissant chaque note résonner, prolongée par de discrets échos. La guitare ouvre "A Hymn to Haruki Murakami", continue sur cette veine retenue, même si un manteau orchestral ouvre soudain l'espace sonore. Avec "Le Viti del Mondo" se termine ce qu'on pourrait considérer comme un vaste prologue en forme de marche nocturne à travers le champ des veilleuses de la pochette : laissons dormir les morts, captons plutôt leur lumière rémanente pour en tirer l'énergie nécessaire à la poursuite du voyage.

  La seconde variation du morceau titre montre en effet le réveil des forces enfouies. Titre incantatoire, puissamment scandé par la guitare, avec des flammèches électroniques qui incendient l'arrière-plan. La troisième variation retrouve le souffle avec la clarinette solo, vite soutenue par le piano qui soulève à chaque note des gerbes étincelantes, lui-même relayé par le second piano plus dans les graves. Le disque a pris de l'altitude : on sent qu'une œuvre se forme, mais la cathédrale qu'emplit le violoncelle de "A Worm out Life (with cello)" est sans doute le moment le plus discutable du disque, trop emphatique, d'où la prise de congé de "Away from This Silence", avec la reprise en main du piano. Les dix titres suivants sont dans l'ensemble superbes, là encore avec une petite faiblesse sur "They Could Feel the End of All Things", où les violoncelles en font un peu trop à mon sens. Le piano de Chris Hooson et l'environnement électronique d'Emanuele Errante y sont au meilleur, fascinants de beauté rigoureuse. La cinquième partie de "The North Green Down", qui me fait iirésistiblement penser à  Phelan Shepard avec sa harpe tranquille, est l'un des sommets de cet hommage : boucles de harpe ponctuées de percussion sourde, cordes frottées en second plan, irrisations de claviers au fond puis sur le devant. Une aube se lève sur la rivière doucement agitée de tourbillons...La sixième variation nous offre quant à elle un magnifique duo piano-violoncelle au lyrisme éperdu : très impressionnant, surtout en l'écoutant de nuit en traversant une forêt vénérable ! L'album se referme avec la reprise du premier titre, dont on ne se lasse pas. Un disque au-delà de la tristesse et de la mélancolie, emprunt d'une lumière sereine, sublime dans les plus beaux passages, et ils sont nombreux.

Paru chez Lidar en 2011 (et non en 2010 comme indiqué sur leur MySpace ?) / 18 titres / 80 minutes

Pour aller plus loin

- Dakota Suite sur MySpace

- Emanuele Errante sur MySpace (écoutez notamment le superbe "Mergellina" ou encore "Fecunda" : vous risquez de retrouver bientôt Emanuele Errante dans ces colonnes !)

- Une fausse vidéo de la sixième variation du morceau titre :

 

 

 

Post-scriptum

  On trouve la première version du morceau titre sur l'album Vallisa sorti en 2010 chez dakota suite with david darling VallisaGlitterhouse Records. Trio avec David Darling, à nouveau, et le pianiste français Quentin Sirjacq. Disque plus mélancolique, hélas coupé par les applaudissements de cet enregistrement en public et dans l'ensemble plus convenu à mon goût, avec un côté jazz et la recherche du joli et du touchant qui m'agace assez vite...

8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 13:30

   J'avais chroniqué en juillet 2010 l'album The Creatures in the Garden of Lady Walton. Voici une vidéo inspirée de l'album Lantern, paru en 2005 chez Brassland.

 

 
14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 20:13

 Alain Kremski résonance mouvements  Résonance / Mouvements // Mouvement / Résonances, tel est le titre complet du dernier disque du pianiste, compositeur et improvisateur Alain Kremski. Pas un seul article en français, si j'ai bien cherché, sur ce disque admirable (en dehors d'une brève présentation sur le site du label). Signe des temps ? Conséquence de la discrétion de cet homme à la carrière atypique ? Remarqué par Igor Stravinski, élève de Nadia Boulanger et d'Olivier Messiaen, premier grand Prix de Rome de composition et donc pensionnaire de la villa Médicis, il esquive une brillante carrière de pianiste. Car il se passionne pour les sons des cloches de temples d'Asie, des gongs, collectionne les bols chantants tibétains. Cet intérêt pour l'Orient, mais aussi les voyages, les arts, l'architecture, le pousse dans une direction unique. S'il enregistre l'intégralité des œuvres de Georges Gurdjieff, retranscrites pour le piano par le compositeur russe Thomas de Hartmann, ou encore celles de Nietzsche, il aime associer son piano aux cloches, gongs, bols tibétains. « Ce qui est important pour un artiste, c’est d’avoir un but. Et chaque but est possible, s’il est clair. Le mien est de réveiller dans le public la nostalgie de la « source » perdue, quelque chose qui vient de très loin, parfois même de l’enfance. J’aime la rencontre des disciplines artistiques : la musique, l’architecture, le cinéma, la danse, la peinture, la réalisation de calligraphies pendant que l’on joue du piano etc. » confiait-il dans un entretien en 2010. En concert, il se produit parfois avec un portique spécialement conçu pour ces instruments qui ont un point commun avec le piano : percussifs comme lui, ils résonnent, parfois longuement, après avoir été frappés.

   « Tout l'Occident est basé sur la dualité – y compris l'ordinateur avec les zéros et les uns. En Asie, on compte jusqu'à trois : entre les sons et les silences, entre le plein et le vide, il existe un passage, et c'est dans ce passage que réside le mystère.  Les instruments tibétains ou japonais vibrent très longtemps. Entre le moment où le son s'arrête et le vrai silence, on ne discerne pas très bien la limite : c'est comme le passage entre le jour et la nuit... dans cet instant-là, on atteint quelque chose qui est de l'ordre du Sacré. » nous dit Alain Kremski sur le passionnant et très beau livret, illustré de peintures, encres et photographies de Simon Leibovitz qui accompagne le disque. La musique est un médium : « Au Conservatoire, on était encore très influencés par ce qu'on appelle le style et le langage, mais la quintessence de mon travail, c'est autre chose : essayer de retrouver l'énergie pure. Qu'est-ce qu'une énergie pure ? C'est être en contact avec une énergie du cosmos qui ne passe pas par toutes les références intellectuelles...C'est réveiller chez l'auditeur la nostalgie de la source perdue, cette impression que j'éprouvais quand je lisais  les contes de fée ou Michel Strogoff...Attention, ce n'est pas de l'apitoiement sur soi, cette nostalgie-là est de l'ordre du Sacré, comme le souvenir de quelque chose d'où l'on vient et qui est unique. »

   Le disque est divisé en deux : cinq danses pour piano, gongs et grands bols rituels, avec pour titre celui de l'album entier ; puis cinq pièces pour piano et gongs regroupées sous le titre "L'Appel des Îles Lointaines". Le chroniqueur ici s'arrête un temps : qu'ajouter aux commentaires lapidaires d'Alain Kremski ? Aux fragments de textes, poèmes qu'il y adjoint ? L'essentiel n'est-il pas dit ? 

   La danse rituelle "Résonance / Mouvements qui ouvre l'album est une entrée saisissante, un portique impressionnant. Gongs initiaux, contraste puissant entre deux registres pianistiques :   massifs martelés sans ménagement et fluidité caressante d'une source sans cesse renaissante malgré les interruptions abruptes. Comme un combat fondamental, l'affrontement du Yang et du Yin, nous dit Kremski. L'auditeur est happé dans cette dialectique qui l'installe dans une autre durée, presque 14 minutes. Des falaises à escalader pour découvrir le miracle. Nous voici "Sous les étoiles silencieuses", danse sacrée translucide, délicate, sur les pointes lumineuses des aigus qui surplombent quelques notes graves et les résonances profondes des bols et des gongs, comme sur un pont suspendu. On retient son souffle devant l'invisible rendu visible, pour paraphraser la belle phrase de René Daumal que le musicien place en exergue au disque tout entier : « La Porte de l'Invisible doit être visible. » "Pour invoquer la Terre", danse chamanique, est un pièce presque facétieuse. Les notes se bousculent, se répètent, ponctuées par une frappe sèche et les résonances percussives conjuguées. Nous sommes prêts pour l'embarquement sur le fleuve de l'Amour : "Rituel de l'Amour", danse incantatoire, enveloppe l'auditeur dans les courbes puissantes d'une mélodie profonde comme le désir, qui se dérobe pour réapparaître plus séduisante. On n'échappe pas à cette insidieuse emprise qui seule pourra nous révéler la "Présence de l'Âme Oiseau", dernière des cinq danses, elle aussi initiatique. Longue marche méditative jalonnée d'éclats acérés dans la splendeur de l'ailleurs. C'est fragile et solide, volatile et si dense, l'égrènement d'une tranquillité transcendante qui transforme le temps en or audible.

   Que dire de la suite ? Les cinq pièces de "L'Appel des Îles Lointaines" sont admirables, bouleversantes, au point de synthèse improbable et magique des musiques de Gurdjieff, Debussy, Messiaen, et j'ajouterais John Luther Adams, tous animés de cette recherche de la source qui ressurgira quelque part...Au milieu pourquoi pas de "L'Oubli, l'Eau et les Songes", ce lointain écho de la cathédrale engloutie debussyste, justement, qu'est le sixième mouvement résonnant de ce voyage vers l'essentiel. Les titres disent assez que la musique est poème, tremblement de l'indicible. "Neige, les pas étoilés des oiseaux", inspiré d'une poésie de Théophile Gautier, avance à pas rêveurs mais décidés dans un paysage raréfié. Avant de s'envoler dans un frou-frou gracieux d'ailes, c'est "D'Ailleurs, l'Oiseau Annonciateur", qui virevolte et se dissout dans le silence. Plus grave est la "Rencontre, le passage de l'Aube", morceau traversé de vapeurs, tout en miroitements rentrés, l'intériorité qui se regarde en lissant ses plumes, occupée à faire briller très doucement ses couleurs qui coulent dans l'espace en gouttes éclaboussées. Miracle de délicatesse radieuse. Ce toucher limpide, ferme et doux, que l'on sent animé d'une ferveur extraordinaire, d'une concentration au-delà de toute tension..."L'Appel des Îles lointaines" répond au premier titre, d'une durée d'ailleurs très voisine. Carillonnements, balancements, la houle des harmonies fluides prend les allures d'une symphonie légère et majestueuse, ultime danse, Vénus toujours naissante sur les flots d'une mer verticalisée par la montée incessante des vibrations et les plongées dans les abîmes lumineux.

   Un disque rare. Un Absolu.

Paru en 2009 chez Iris Music / Cézame Carte blanche. 10 titres / 73 minutes.

 Je comprends qu'Alain Kremski cite à plusieurs reprises Jean-Yves Masson, son frère, et le mien...

"Est-ce toi qui reviens dans les jardins de fièvre,

Voix d'une ancienne solitude, est-ce la mer

dont l'appel sous les pins murmure dans le soir,

là-bas comme si d'immenses fontaines

s'étaient ouvertes sous le ciel plein de nuages ?"

(Extrait de Offrandes, paru chez Voix d'Encre en 1995)

Pour aller plus loin

- le site personnel d'Alain Kremski

- la page de Cezame Music consacrée à l'album, avec trois titres en écoute.

- Pas de piano ici, mais des bols, plaques rituelles et cymbales tibétaines :