Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 13:30

   J'avais chroniqué en juillet 2010 l'album The Creatures in the Garden of Lady Walton. Voici une vidéo inspirée de l'album Lantern, paru en 2005 chez Brassland.

 

 
14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 20:13

 Alain Kremski résonance mouvements  Résonance / Mouvements // Mouvement / Résonances, tel est le titre complet du dernier disque du pianiste, compositeur et improvisateur Alain Kremski. Pas un seul article en français, si j'ai bien cherché, sur ce disque admirable (en dehors d'une brève présentation sur le site du label). Signe des temps ? Conséquence de la discrétion de cet homme à la carrière atypique ? Remarqué par Igor Stravinski, élève de Nadia Boulanger et d'Olivier Messiaen, premier grand Prix de Rome de composition et donc pensionnaire de la villa Médicis, il esquive une brillante carrière de pianiste. Car il se passionne pour les sons des cloches de temples d'Asie, des gongs, collectionne les bols chantants tibétains. Cet intérêt pour l'Orient, mais aussi les voyages, les arts, l'architecture, le pousse dans une direction unique. S'il enregistre l'intégralité des œuvres de Georges Gurdjieff, retranscrites pour le piano par le compositeur russe Thomas de Hartmann, ou encore celles de Nietzsche, il aime associer son piano aux cloches, gongs, bols tibétains. « Ce qui est important pour un artiste, c’est d’avoir un but. Et chaque but est possible, s’il est clair. Le mien est de réveiller dans le public la nostalgie de la « source » perdue, quelque chose qui vient de très loin, parfois même de l’enfance. J’aime la rencontre des disciplines artistiques : la musique, l’architecture, le cinéma, la danse, la peinture, la réalisation de calligraphies pendant que l’on joue du piano etc. » confiait-il dans un entretien en 2010. En concert, il se produit parfois avec un portique spécialement conçu pour ces instruments qui ont un point commun avec le piano : percussifs comme lui, ils résonnent, parfois longuement, après avoir été frappés.

   « Tout l'Occident est basé sur la dualité – y compris l'ordinateur avec les zéros et les uns. En Asie, on compte jusqu'à trois : entre les sons et les silences, entre le plein et le vide, il existe un passage, et c'est dans ce passage que réside le mystère.  Les instruments tibétains ou japonais vibrent très longtemps. Entre le moment où le son s'arrête et le vrai silence, on ne discerne pas très bien la limite : c'est comme le passage entre le jour et la nuit... dans cet instant-là, on atteint quelque chose qui est de l'ordre du Sacré. » nous dit Alain Kremski sur le passionnant et très beau livret, illustré de peintures, encres et photographies de Simon Leibovitz qui accompagne le disque. La musique est un médium : « Au Conservatoire, on était encore très influencés par ce qu'on appelle le style et le langage, mais la quintessence de mon travail, c'est autre chose : essayer de retrouver l'énergie pure. Qu'est-ce qu'une énergie pure ? C'est être en contact avec une énergie du cosmos qui ne passe pas par toutes les références intellectuelles...C'est réveiller chez l'auditeur la nostalgie de la source perdue, cette impression que j'éprouvais quand je lisais  les contes de fée ou Michel Strogoff...Attention, ce n'est pas de l'apitoiement sur soi, cette nostalgie-là est de l'ordre du Sacré, comme le souvenir de quelque chose d'où l'on vient et qui est unique. »

   Le disque est divisé en deux : cinq danses pour piano, gongs et grands bols rituels, avec pour titre celui de l'album entier ; puis cinq pièces pour piano et gongs regroupées sous le titre "L'Appel des Îles Lointaines". Le chroniqueur ici s'arrête un temps : qu'ajouter aux commentaires lapidaires d'Alain Kremski ? Aux fragments de textes, poèmes qu'il y adjoint ? L'essentiel n'est-il pas dit ? 

   La danse rituelle "Résonance / Mouvements qui ouvre l'album est une entrée saisissante, un portique impressionnant. Gongs initiaux, contraste puissant entre deux registres pianistiques :   massifs martelés sans ménagement et fluidité caressante d'une source sans cesse renaissante malgré les interruptions abruptes. Comme un combat fondamental, l'affrontement du Yang et du Yin, nous dit Kremski. L'auditeur est happé dans cette dialectique qui l'installe dans une autre durée, presque 14 minutes. Des falaises à escalader pour découvrir le miracle. Nous voici "Sous les étoiles silencieuses", danse sacrée translucide, délicate, sur les pointes lumineuses des aigus qui surplombent quelques notes graves et les résonances profondes des bols et des gongs, comme sur un pont suspendu. On retient son souffle devant l'invisible rendu visible, pour paraphraser la belle phrase de René Daumal que le musicien place en exergue au disque tout entier : « La Porte de l'Invisible doit être visible. » "Pour invoquer la Terre", danse chamanique, est un pièce presque facétieuse. Les notes se bousculent, se répètent, ponctuées par une frappe sèche et les résonances percussives conjuguées. Nous sommes prêts pour l'embarquement sur le fleuve de l'Amour : "Rituel de l'Amour", danse incantatoire, enveloppe l'auditeur dans les courbes puissantes d'une mélodie profonde comme le désir, qui se dérobe pour réapparaître plus séduisante. On n'échappe pas à cette insidieuse emprise qui seule pourra nous révéler la "Présence de l'Âme Oiseau", dernière des cinq danses, elle aussi initiatique. Longue marche méditative jalonnée d'éclats acérés dans la splendeur de l'ailleurs. C'est fragile et solide, volatile et si dense, l'égrènement d'une tranquillité transcendante qui transforme le temps en or audible.

   Que dire de la suite ? Les cinq pièces de "L'Appel des Îles Lointaines" sont admirables, bouleversantes, au point de synthèse improbable et magique des musiques de Gurdjieff, Debussy, Messiaen, et j'ajouterais John Luther Adams, tous animés de cette recherche de la source qui ressurgira quelque part...Au milieu pourquoi pas de "L'Oubli, l'Eau et les Songes", ce lointain écho de la cathédrale engloutie debussyste, justement, qu'est le sixième mouvement résonnant de ce voyage vers l'essentiel. Les titres disent assez que la musique est poème, tremblement de l'indicible. "Neige, les pas étoilés des oiseaux", inspiré d'une poésie de Théophile Gautier, avance à pas rêveurs mais décidés dans un paysage raréfié. Avant de s'envoler dans un frou-frou gracieux d'ailes, c'est "D'Ailleurs, l'Oiseau Annonciateur", qui virevolte et se dissout dans le silence. Plus grave est la "Rencontre, le passage de l'Aube", morceau traversé de vapeurs, tout en miroitements rentrés, l'intériorité qui se regarde en lissant ses plumes, occupée à faire briller très doucement ses couleurs qui coulent dans l'espace en gouttes éclaboussées. Miracle de délicatesse radieuse. Ce toucher limpide, ferme et doux, que l'on sent animé d'une ferveur extraordinaire, d'une concentration au-delà de toute tension..."L'Appel des Îles lointaines" répond au premier titre, d'une durée d'ailleurs très voisine. Carillonnements, balancements, la houle des harmonies fluides prend les allures d'une symphonie légère et majestueuse, ultime danse, Vénus toujours naissante sur les flots d'une mer verticalisée par la montée incessante des vibrations et les plongées dans les abîmes lumineux.

   Un disque rare. Un Absolu.

Paru en 2009 chez Iris Music / Cézame Carte blanche. 10 titres / 73 minutes.

 Je comprends qu'Alain Kremski cite à plusieurs reprises Jean-Yves Masson, son frère, et le mien...

"Est-ce toi qui reviens dans les jardins de fièvre,

Voix d'une ancienne solitude, est-ce la mer

dont l'appel sous les pins murmure dans le soir,

là-bas comme si d'immenses fontaines

s'étaient ouvertes sous le ciel plein de nuages ?"

(Extrait de Offrandes, paru chez Voix d'Encre en 1995)

Pour aller plus loin

- le site personnel d'Alain Kremski

- la page de Cezame Music consacrée à l'album, avec trois titres en écoute.

- Pas de piano ici, mais des bols, plaques rituelles et cymbales tibétaines :



20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:01

 Didier PETIT allégée Le violoncelle, habitacle pour voyage intersidérant.

   Les suites pour violoncelle seul de Bach, il les écoute avec bonheur interprétées par d'immenses violoncellistes. Mais ce n'est pas pour lui, reconnaît-il. Pieds nus, vêtu de noir, il tient son violoncelle tout contre lui. Il le caresse, l'embrasse, lui insuffle son souffle ; il le pince, le frappe, le gratte, le fait tournoyer pour semer le son sur le public qui retient son souffle, lui. Les yeux fermés, il fait corps avec son instrument, étreint son âme contre la sienne pour en faire jaillir l'incroyable. La musique de Didier Petit est intense. À la limite de l'audible ou au paroxysme des cordes brutalisées, elle occupe l'espace de la petite salle où il se produit. Elle charrie l'imaginaire musical du monde qu'il arpente dans ses nombreux voyages. Nous sommes au Moyen-Orient, avec l'impression d'entendre un maqam ; nous sommes en Afrique, tant le violoncelle soudain sonne comme une kora, et pourtant ce n'est pas Ballaké Sissoko. Nous sommes ailleurs, et nous sommes à l'intérieur, aux tréfonds du violoncelle et de l'homme dont il tente d'exprimer le chant premier, antérieur au langage. C'est pourquoi, lui aussi, il écrit des suites, mais qu'il appelle des faces, face à face avec ce qui est sans visage et qui nous constitue. Dans une face, il n'y pas de suite, au sens où la structure harmonieuse explose pour libérer une succession d'états d'âme. La face traque l'inarticulé, le murmure informe ou le cri rauque, le chantonnement qui étonne sans mentir comme le langage. La musique ne fait aucune concession : elle veut serrer la vie pour en diffuser l'énergie douce ou sauvage. Tant pis si la mélodie se brise, s'atomise, si l'harmonie se fait rugueuse, dissonante, pourvu qu'il en résulte cette impression d'une musique vraie, authentique, loin des modes, des formats obligés et des tubes : charnelle et spirituelle, vivante. Souvent, le pied droit de Didier Petit décolle du sol, comme s'il lévitait, puis il se contorsionne, il danse dans l'espace, dessinant des enroulements, possédé par la musique de l'instrument si proche : l'instrumentiste est devenu chamane, le concert un rituel intemporel qui nous dépayse radicalement en même temps qu'il scelle les retrouvailles avec l'essentiel. QDidier Petit Don't explainuelques mots en anglais émergent dans le dernier morceau joué. Ils sont clairs : "Don't explain". 

(Après le concert du 19 janvier organisé par Césaré, Centre national de création musicale, à Reims)

Pour aller plus loin 

- une présentation très complète du musicien ici.

- Pour les nombreuses collaborations, voir ci-dessus. Deux disques en solo, Déviation, paru en 2000 et célébré comme un des meilleurs albums jazz de l'année, et Don't explain, 3 faces pour violoncelle seul, paru en 2009 chez Buda Musique, interprété en concert hier.

- une vidéo de Didier Petit lors d'un autre concert :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 17 janvier 2011

Je sais quelle langue je parle :

  Psykick Lyrikah : Melmoth (Interlude) / De grandes mesures Quelle langue (pistes  4-5-3, 9'30), extraits de Derrière moi (Idwet, sortie en avril 2011)  

  E.sens : La langue / Il est minuit (p.5 et 7, 11'30), extraits de Le verbe du début (Vocation Records, 2009 ?) La radio vient de recevoir le disque, semble-t-il, mais la date 2009 figure au dos de la pochette...

Jon Hopkins : Colour eye / The Low Places (p.5-7, 11'50), extraits de Insides  (Domino Recordings, 2009) Petite dédicace pour Eleni  !

Le violoncelle éperdument :

  Didier Petit : Elision / Interlude rituel / La Tour de Babel (p.2-3-6, 7'50), extraits de Don't explain (Buda Musique, 2009)

  Joan Jeanrenaud : Livre / Waiting (p.9-10, 11'), extraits de Strange toys (Talking House Records, 2009)

7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:02

   Fredito ne m'en voudra pas : son blog (helvelleshirsutes) figure maintenant dans mes liens (là, à gauche) sous la mention : "Un blog sobre et beau : photos, dessins, gouaches, textes, pour un retour à l'essentiel." Une attention au minuscule, à l'infime, qui me fait penser au recueil de Jacques Ancet, L'Imperceptible, paru en 1998 aux Éditions Lettres Vives, Collection Terre de poésie. Dont voici un extrait :

Comme à ce moment de l'aube,Reiko Imoto 1
où tout est là sans y être,
le souffle levé de l'air.
Quelque chose vient. C'est comme
la même voix de toujours,
celle qui parle sans parler.
On attend. On va savoir.
C'est comme presque le jour.
Les objets cherchent leur nom :
lessive, cuvette bleue.

 

En contrepoint, je vous livre ce texte de Frédito, posté sur son blog le 22 janvier de cette année :

           Menthes

Affreuses menthes blanches
S'élevant du port éteint
Comme des serpents secs

Bois aux molles branches
Pratiquant l'art très défunt
De plaire au varech

Improbables tranches,
Meute plus hirsute que le thym,
Que rien ne cornaque

Sous la longue manche
D'un ciel rêvant au matin
Vous faites une flaque

 

Et la musique, me direz-vous ? N'est-elle pas dans les mots, dans l'attention du regard ? De toute façon la voilà, Fredito l'aime, celle du mystérieux Peter Smith sur les photo-montages de Reiko Imoto. Celui-ci s'intitule "The Return of the forgotten girl" :

 

 

Pour aller plus loin :

- le site de Peter Smith, je l'ai débusqué ! Né en Angleterre, il écrit de la musique et crée des sons pour la télévision, l'animation, les arts visuels, aussi pour les entreprises, et ce depuis vingt-cinq ans. Il a quitté son pays dans les années 90 pour s'installer aux États-Unis quelques années avant de revenir à Londres et en Europe. Site riche en trouvailles, à fouiller...

- le site de la galerie où j'ai découvert Reiko et Peter Smith.(Vous y retrouverez la photographie ci-dessus.)

- Je connaissais Astérix chez les Helvètes : je viens de comprendre qu'il fallait lire Astérix chez les Helvelles. Les helvelles hirsutes, peuple redoutable...de champignons comestibles ! Cueillez-le, je vous l'offre !!helvsel1

30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 10:42

   Dawn of Midi FirstTrio constitué du percussionniste pakistanais Qasim Naqvi, du contrebassiste indien Aakaash Israni et du pianiste marocain Amino Belyamani, Dawn of Midi propose dans son premier disque First une musique purement improvisée, acoustique, d'une belle densité, qui tient autant de la musique contemporaine que du jazz, d'où sa place dans ce blog qui, vous le savez, ne flirte qu'assez peu avec ce dernier, trop souvent bavard et embarrassé de tics à mon goût. Le premier titre, "Phases in Blue", commence pourtant très jazz, un jazz ramassé : intro aux percussions, entrée de la contrebasse puis du piano au phrasé caractéristique. Tout de suite on sent une grande concentration, le piano virevolte et gronde, la batterie découpe dans la chair improvisée, quelque chose s'installe au-delà du convenu. "Laura Lee" confirme l'impression. John Cage et quelques autres ne sont pas loin. Le piano se taille la part du lion. Il explore les failles, s'arrête pour explorer l'inaudible, tandis que percussion et contrebasse le serrent de près, jouent des textures métalliques, froissées. C'est d'une beauté sereine, sur la corde mélodique, sans démonstration. Signalons la magnifique prise de son, qui garde la fraîcheur de cette musique discrète dans les deux sens du terme. Le troisième titre, "Civilizaton of Mud and Amber",  nous entraîne plus loin dans un monde délicat, tout en étincellements. "The Floor" joue du clavier et de l'intérieur du piano dirait-on, égratigné avec douceur, avec un obsédant frappé sur le bois, tandis que la percussion et la contrebasse forment un tapis profond, et grave, et presque moelleux. Le piano s'efface alors pour une coda dépouillée de percussions à peine. Atmosphère magique et minimale pour le superbe "Tale of two worlds" : frémissement des cymbales, ponctuation piquetée de la contrebasse, et le piano dans des éclats de lumière, des hésitations au bord du silence, les cordes de son ventre à cru dans la retenue des percussions. Pas de bavardage dans cette musique. J'aime cette tenue intense, ce sens aigu du mystère qu'on effleure. "One" fait d'abord dialoguer les cymbales frottées, la contrebasse tranquille et le piano tout en découpes scintillantes, en notes détaillées. Le morceau s'enfonce dans les graves, dans une aube translucide  dessinée comme une estampe japonaise : il attend que vienne l'indicible, tout en frémissements minuscules. Magistral !! Déjà quatre titres sur six qui justifient l'écoute de l'album. "Hindu Pedagogy" nous rappelle à une réalité plus consistante par sa rythmique et ses redites appuyées, prolongé par "Annex", surtout percussif. Je sens ces deux titres comme un intermède, on ne pouvait rester au seuil de l'impalpable au risque peut-être de glisser vers l'inconsistance. Et puis on accueille mieux les deux dernières pièces, très intériorisées. "No Abhor", le piano sur un lit percussif mouvant, avec des pages presque impressionnistes, puis plus déconstruites, proches d'un jazz expérimental que je connais mal, avec une fin moins convaincante à mon goût. Mais le disque se termine avec "In Between", magnifique itinéraire de plus de onze minutes dominé par le piano qui ressasse certaines notes comme dans le strumming à la Charlemagne Palestine, tandis que percussion et contrebasse créent une curieuse forêt rocailleuse agitée de mouvements chaotiques : crescendo exalté ponctué de stases, parcouru de nervures, tendu en effet entre deux mondes comme un pont de cordes au-dessus d'un précipice. Une fin splendide pour un grand disque.

Paru chez Accretions, label indépendant californien, en 2010. Presque 53 minutes / Dix titres, dont six magnifiques, deux très bien.

Pour aller plus loin

- le site du trio, qui navigue entre New York et Paris.

-une vidéo à partir du titre "The Floor" :

 

21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 20:42

Clogs The Creatures in the Garden of Lady Walton   Comme promis, un petit mot du paradis. Je suis connecté, mais il fait noir, je ne vois guère le clavier Les moustiques ont débarqué en bataillons serrés. En somme, les circonstances idéales pour vous conseiller un bijou insolite. Clogs ? Vous avez dit Clogs...Un quatuor de chambre composé de Padma Newsome, violon, alto, célesta et voix, Bryce Dessner, guitares, mandoline, ukulele, Thomas Kozumplik aux percussions et Rachael Elliott au basson, renforcé par de nombreux musiciens et une chanteuse, et pas n'importe qui, Shara Worden de My Brightest Diamond. Le résultat : un étonnant parcours entre musique aux fragrances médiévales, folk, et accents nettement plus contemporains. C'est leur cinquième album (je ne connais pas encore les précédents). Beauté des mélodies raffinées, des voix, bien sûr d'abord celle de Shara Worden, qui escalade si facilement les aigus devenus si suaves, des instruments saisis comme dans leur fraîcheur native.

 

   L’album s’ouvre sur “Cocodrillo”, courte pièce chantée, léger petit canon tout en ailes. " I used to do " est tout en boucles délicates, battement des cordes et souffles de basson : une entrée au Jardin des Délices. L’âme s’envole avec "On the Edge", chanson merveilleuse qui rappelle les meilleures pièces du folk irlandais, des voix comme celle de Jackie Mac Shee. Désormais, on est sous le charme. Guitare, banjo, cordes et percussions tissent une musique de chambre qui a peu d’équivalent en Europe, si ce n’est dans des ensembles comme celui de Jean-Philippe Goude. La viole de gambe nous saisit sur "The Owl of Love", seconde petite perle transfigurée par la voix de Shara Worden. Quelle liberté, quelle grâce…Shara chante, incante "Adages of Cleansing", le sixième titre, entre quasi murmures et cordes agitées ou frissonnantes, percussions hoquetantes : atmosphère magique, intense. La guitare, l’avions-nous entendu avant "Last Song", ce n’est pas si sûr. La voix de Matt Berninger de The National, qui rappelle celle du chanteur de The Devastations, apporte un superbe contrepoint grave sur ce titre à la belle mélancolie. Suit un instrumental, "To Hugo", ballade vaporeuse qui fait dialoguer guitare et basson, cor. Accents irlandais au début de "Raise the flag", violon caressant, chœur à la Matt Elliott qui reprend sur le dernier titre, très émouvant, à l’instrumentation raréfiée. Reste à savoir qui est Lady Walton…Sans doute la femme du compositeur Sir William Walton, qui a créé sur l'île d'Ischia, dans la baie de Naples, l'un des plus beaux jardins du monde sur le site d'une immense carrière de pierre. D'un jardin l'autre. 

Voilà un disque miraculeux, à la fois accessible et enchanteur à l'image de la pochette.

 

Paru chez Brassland en 2010 / 10 titres.

Pour aller plus loin :

- Clogs sur MySpace.

 - Une fausse vidéo de "On the edge" chanté par Shara Worden :

 

13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 19:46

Sig Freespeed Sonata   J'avais repéré Sig grâce à l'album Vertigo bound sorti en 2002, à mi-chemin entre musique indienne traditionnelle et musiques électroniques. Puis je l'avais perdu de vue. Quelle surprise de le retrouver dans les nouveautés de la radio, au milieu des disques rock, perdu, tout seul, avec son sous-titre effrayant "Sonate classique hip-hop en quatre mouvements opus 32". Quel bonheur dès la première écoute !! Un piano qui chante, lumineux, instrument central d'une sonate, mais oui, et hip-hop, indéniablement, avec les voix de Joy Frempong ou de Nya. Entouré de quelques musiciens talentueux : le saxophoniste Christophe Turki, qui joue notamment avec Erik Truffaz, Marcello Juliani, bassiste du Erik Truffaz Quartet, Christophe Calpini aux percussions. Tous au service d'une composition fluide, rythmée par une trame presque post-minimaliste avec le jeu lancinant des boucles, reprises, échos. L'album décline une grande variété de couleurs, indiquées en français pour chacun des 28 fragments : du "solennel" initial à "automate " pour le final, en passant par "calme et indécis", "éveillé et naïf", "dans la foule", "gai et funky décalé," "poétique et flottant", pour n'en citer que quelques unes. Sig, non content de prouver avec éclat que le piano convient merveilleusement au rap, sort aussi le hip-hop de son image agressive et brutale : si le genre déborde d'énergie intense dans certaines plages, il sait aussi suggérer le rêve, les ombres, comme lors des "Shadows whisper", le délicat, les transparences, la fragilité comme dans le magnifique "Closed eyes". Une fois montés à bord, on se laisse aller, embarqués pour un voyage aux multiples facettes chatoyantes : il y a du Erik Satie dans cet art de la miniature, un Satie qui aurait beaucoup regardé les estampes de l'ukiyo-e, ces images d'un monde flottant, et qui bien sûr serait parfois jazzy. "Cool me out" m'évoque d'ailleurs les excellents Lounge Lizards, c'est dire comme Sig nous promène avec une confondante aisance. Sa sonate est une manière de poème en prose musical qui, "assez souple et assez heurtée", "s'adapte aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience", dirait Baudelaire. Une réussite éclatante qui donne envie d'écouter les autres disques de ce musicien voyageur, pianiste et violoncelliste, auteur de bandes originales de nombreux films de par le monde.

Paru chez Makasound, label indépendant plutôt reggae, en février 2010. 28 titres / une heure environ.

Pour aller plus loin

- Sig sur MySpace

- La page consacrée à Sig sur le site du label Makasound, avec des extraits en écoute.

17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 10:40
En septembre 2009 sortait le très beau "Chamber Music" de Ballake Sissoko et Vincent Segal (voir  Ballaké Sissoko / Vincent Segal : "Chamber Music", boire à la source. ), Les voici en concert au festival Rhino à Lyon.