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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 12:10
  Je ne connaissais pratiquement pas Jean-Louis Murat avant Tristan, paru en mars de cette année. Et me voilà pris au charme du troubadour, multi-instrumentiste, parolier et compositeur, qui signe à lui tout seul un disque léger et grave, élaboré et évident. Sans doute," Mousse noire" a tout du hit, le trop habituel vide abyssal des paroles en moins : toute la différence avec la chanson commerciale est déjà là, dans le texte, la langue travaillée avec bonheur. Comme chez Apollinaire, l'élégiaque y côtoie l'obscène pour dissoudre d'emblée l'insupportable sentimentalité des chansons dites d'amour : " Flot amer au gosier d'amant / Dans la boue qui va pataugeant / Doux Colin foutez donc Margot / Rien ne sais je t'ai dans la peau ". Rien d'appuyé toutefois, aucune emphase dans cette errance amoureuse qui évite non sans malice tous les clichés, navigue entre gaieté et désespoir avec un naturel confondant, une naïveté salutaire. Jean-Louis Murat réussit le tour de force de sortir Tristan de sa gangue épaisse d'amoureux transi pour en faire un amant lumineux et sensible, toujours brûlant de désir, jusqu'à retrouver des accents ronsardiens dans la réaffirmation finale d'un Carpe diem intemporel : " Ma  cyprine céleste / Près du cercueil que devient la beauté ? / Vous périrez ma chère / Peut-être même / m'entendrez-vous chanter ". L'album, toujours mélodiquement inspiré, réserve de plus de purs chefs d'oeuvre bouleversants et délicats comme "L'amour en fuite", "L'hermine", ou encore "Chante bonheur", cantique miraculeux et tournoyant qui " chante bonheur / Au vent mauvais ". Une divine surprise, et une pochette superbe !
    Les hasards des sorties me comblent. Il s'agit à vrai dire d'une réédition. L'opéra d'Elodie Lauten (cf. article du 7 juillet 2008), composé en 1984 et paru en 1985 sur le label Cat Collectors Productions, vient d'être republié en juillet 2008 par Unseen worlds. Il faut saluer cette réapparition d'une oeuvre-clé d'un post-minimalisme radical et flamboyant. Conçu pour voix de soprano, alto, contralto et baryton, cet opéra recourt aussi au violoncelle, à la guitare électrique, au trombone, sous la houlette d'un Fairlight CMI, synthétiseur-échantillonneur et d'un instrument fabriqué par Elodie, une sorte de lyre triangulaire électro-acoustique. Après une introduction à la lyre, les deux actes confrontent Don Juan à la Mort. Celle-ci se montre à lui sous les traits d'une de ses nombreuses conquêtes  qui lui parle en langues pour lui révéler progressivement combien désertique a été sa vie, provoquant chez Don Juan une véritable désintégration intérieure, hallucinée, avant sa délivrance, sa transfiguration. Elodie Lauten nous entraîne dans un espace intérieur vertigineux, peuplé de voix fantomales, animé de forces sourdes comme des mantras telluriques. A mon sens, un opéra aussi important que le Einstein on the beach de Philip Glass, dont la célébrité tient peut-être autant au talent du metteur en scène Robert Wilson. Ajoutons qu'Elodie Lauten est une enchanteresse redoutable avec sa voix profonde d'alto ou de contralto, et qu'elle réussit au passage un étourdissant duo avec le ténor Arthur Russell. Cette new-yorkaise d'origine française mérite décidément d'être plus connue : c'est une artiste majeure d'aujourd'hui, puissamment originale, qui sait allier dans une alchimie dépaysante voix, instruments acoustiques et sons électroniques.
Pour aller plus loin :
- le site de Jean-Louis Murat.
- le site d'Unseen worlds (en écoute un fragment de l'opéra d'Elodie).
- le site d'Elodie Lauten.
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Programme de l'émission du dimanche 28 septembre 2008
Jean-Louis Murat : La Légende dorée (piste 1, 4' 46)
                                            L'amour en fuite (p.2, 5' 10)
                                            L'Hermine (p.4, 3' 39), extraits de Tristan (V2 music/Universal, 2008)
Kyle Gann : Etude n°10 "Unquiet night (p.10, 16' 20), extrait de Nude rolling down an escalator (New World records, 2005)
                             
Long night, titre unique de Long night (Cold blue music, 2005)
Michael Gordon : Light is calling ( 7' 03 ), extrait de Light is calling Nonesuch, 2004), un des indicatifs de fin d'émission.
 
    
9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 11:32
                                      
     J'ai découvert Daniel Palomo Vinuesa en écoutant le dernier disque d'Imagho (cf. article du 17 mars), sur lequel il joue du saxophone. La liste d'influences revendiquées sur sa page MySpace rend à l'avance caduque toute catégorisation pour enfermer ce musicien imprévisible, qui, avec son second opus, L'Homme approximatif, sorti en juin 2006 sur le label "Signature" de Radio France, fait un magnifique pied de nez à tous les sectaires. Album généreux de plus de soixante-dix minutes, il se présente comme une galerie de portraits musicaux de savants connus comme Darwin, Galilée, Pythagore ou Poincaré, nettement moins connus comme Nikola Tesla, inventeur d'origine croate mort aux Etats-Unis, dont le rôle fut important dans le domaine du courant alternatif, le Docteur Wade pour sa théorie sur l'onde Méga, anonymes comme "L'Homme Médecine" évoqué par le titre sept, le tout encadré par un "Avant" et un Après", et ponctué par des plages sans rapport apparent avec ce fil scientifique. Nul besoin toutefois de connaître vraiment les théories des uns et des autres pour apprécier ce disque d'une liberté, d'une légèreté grave qui nous surprend comme une aventure à chaque nouvelle plage : électro-jazz, musique contemporaine, électronique, expérimentale, post-rock, les étiquettes valsent, restent une fraîcheur et une inventivité constantes, non dénuées d'un humour "zappien". L'homme est approximatif, nous dit le titre en forme d'hommage à Tristan Tzara, -poète libre s'il en fut, comme le sont l'univers et le chaos, pi et tous les nombres innombrables, la géométrie même dans la suite des théories qui s'affrontent et se contredisent. D'où cette musique qui déjoue les attentes, se métamorphose, se troue d'interstices parfois, n'en finit pas de se perdre dans l'immense avant-dernier morceau, "Poincaré", longue trajectoire incertaine vers le silence jamais atteint. Si le premier titre sonne d'abord très jazzy, avec le saxophone en avant, très vite on quitte les rivages familiers, des voix se mêlent aux percussions, la programmation Orion apporte ses sonorités synthétiques. "Tesla", le titre deux, prend les allures d'une incantation étrange, hantée par des voix lointaines que relaie le piano de Chistofer Bjurström, au pointillisme dépouillé, avec la guitare acoustique de Pascal Dalmasso qui vient s'entrelacer à lui dans un bref duo au parfum mystérieux, lequel s'évapore dans des éructations percussives nous ramenant au début. "Darwin", le titre trois, commence par un échantillon de conversation, se met à bondir et à miauler, avec guitares très Santana, puis tout se défait, hésite, avant de repartir gonflé à bloc et d'être quelques secondes plus tard dynamité par une chute dans des onomatopées sonores bégayantes et une coda sourdement grave : nous proposerait-il une vision malicieuse de l’évolution ? Le titre quatre, "Galileo Galilei", mixe des fragments de propos du savant en italien, dits ou murmurés en boucles litaniques, comme une prière d'ailleurs, à l'arrière-plan ou en quasi solo, à une structure puissamment dynamique impulsée par le piano et le saxophone : splendide morceau qui semble dire la lutte des vérités, qui accèdent à la lumière avec l'irruption tardive du chant vocodé intégré enfin à la ligne d'évidence. "Bee Mo", le court morceau suivant, apparaît, dans ses grincements provocateurs, comme une libération salvatrice, purement insensée, nécessaire après le combat et avant de plonger dans "Lent", pas loin de sept minutes d'abandon au bonheur, dialogue entre le piano, la batterie et et la programmation, voix et vents, tout en finesse et en émotion. Les deux titres suivants sont plus nettement jazz, plus ronds avec le retour au premier plan du saxophone, mais la suite devient à la fois plus méditative, plus colorée par les timbres africains des percussions djembé et udu et par les déformations sonores des saxophones préparés et des voix, donnant une impression de musique improvisée multi-directionnelle, sorte de synthèse préparatoire - les titres sont alors "Global # 1" à "Global # 4", débouchant sur la diction nue d'un court texte : "juste avant que tout éclate, juste avant que tout s'écroule, que le ciel se déchire en deux, quand tu sais que de toute façon, quoi que tu fasses, tu n'y échapperas pas, que tout va lâcher, que le ciel va pleurer, que tu seras trempé, mais que tout est encore calme", sans doute le moment le plus inattendu, le plus sobrement émouvant, avant cette longue échappée dont je parlais presque pour commencer, ces corps sonores lancés dans l'espace infini et qui n'en finissent pas de ne pas mourir, un peu comme dans "Tabula Rasa" d'Arvo Pärt.
    Vraiment un album rare, singulier, qu'il faudrait que j'intègre dans une nouvelle mouture du classement de 2006!! Tout classement est lui aussi toujours à refaire, approximatif...
Place à Tzara :
"homme approximatif te mouvant dans les à-peu-près du destin
avec un coeur comme valise et une valve en guise de tête(...)
il y a des paroles filantes
laissant une trace légère trace de majesté derrière leur sens à peine de sens.
.."

"tu es en face des autres un autre que toi-même
sur l'escalier des vagues comptant de chaque regard la trame
dépareillées hallucinations sans voix qui te ressemblent
les boutiques de bric-à-brac qui te ressemblent
que tu cristallises autour de ta pluvieuse vocation - où tu découvres des parcelles de toi-même
à chaque tournant de rue tu te changes en un autre toi-même"
Prolongements
- le
site de Daniel Palomo Vinuesa, avec le disque en écoute.
- lire l
e début de L'Homme approximatif de Tristan Tzara
- mieux connaître
Jean-Louis Prades, le guitariste et compositeur d'Imagho : nombreux extraits en écoute. Site en construction, mais déjà largement opérationnel, petit laboratoire pour suivre une oeuvre en cours.
et en prime, une vidéo...terrifiante, je suis désolé, une explosion nucléaire expérimentale dans le désert du Névada en 1947, avec une bande-son de Daniel Palomo Vinuesa et de Pascal Dalmasso.

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Programme du dimanche 4 mai 2008 (Première partie)
Daniel Palomo Vinuesa : Tesla (piste 2, 6' 06)
                                                       Galileo Galilei (p.4, 5' 16)
                                        Global # 1 (p.9, 3' 02), extraits de L'Homme approximatif (2006, Signature/Radio France)
27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 11:09
  Un peu plus de dix ans de carrière pour le guitariste Jean-Louis Prades, natif de Saint-Etienne, avec plusieurs albums solo à son actif, dont les très beaux Nocturnes en 2002 et Someone controls electric guitar en 2005, que je suis en train de découvrir. C'est la magnifique pochette de ce nouveau double-CD, Inside looking out, qui a attiré mon attention. [Il arrive que l'intérieur soit décevant : aussi n'ai-je pas chroniqué le dernier album de Fields, Everything in winter, au superbe livret conçu dans l'esprit d'un Arcimboldo.]
  Le guitariste a fait appel à quelques collaborations sur le premier cd, notamment des saxophones, pour développer une musique électro-acoustique délicate et rêveuse, qui s'étire avec volupté dans l'espace : une leçon de dépouillement et de simplicité pour écouter l'intérieur de l'extérieur. Le second cd est une compilation très généreuse titrée rythm/treble, 1998-2008, idéale pour découvrir ce musicien discret et sensible.
- le site
MySpace d'Imagho.
- le site du label
We are Unique records, qui permet d'écouter et de télécharger quelques titres.
- un morceau en écoute :

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Programme de l'émission du dimanche 16 mars 2008 (deuxième partie)
Imagho : Lament (piste 2, 2' 38)
                    Silves (p.3, 4' 03)
                    Circaetes (p.5, 3' 45), extraits de Inside looking out (We are Unique records, 2008)
Julia Wolfe : Early that sommer (p.3, 12' 01), extrait de The String quartets (Cantaloupe, 2002)
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Un extrait du livret du dernier album de Fields : regardez-bien !
8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 10:18
undefinedIls étaient deux au départ : Julien Fighiera à la basse et Julien Chamla à la batterie. Fin 2003, le duo devient trio avec l'arrivée de Gérard Tappa à la guitare. Les trois rémois sortent un an plus tard un quatre titres, Hyperréalité. Ils récidivent avec un nouveau quatre titres, simplement baptisé Somna. Revendiquant les influences de Pink Floyd, King Crimson ou encore Louis Sclavis, ils proposent une musique entièrement instrumentale à l'image de la magnifique pochette. Place aux rêves, avec des ambiances vaporeuses, étirées, mystérieuses. La guitare se déploie dans l'espace, la batterie place ses articulations avec une belle frappe lyrique, qui ménage des ralentis, des moments d'intériorité fragile. La basse ronronne, moelleuse et ronde. Quatre titres pour presque une demi-heure de bonheur. Plus qu'à l'univers du post-rock proprement dit, souvent plus lourd, épais,  j'ai souvent pensé aux Américains de Slow Six, dont j'ai déjà chroniqué ici avec enthousiasme les deux disques. Il y a une grâce sans mièvrerie, une évidence onirique, une transparence, qui ravissent. On a envie de se perdre dans les sous-bois irréels, de s'allonger dans la beauté tranquille des instants suspendus.
Somna sur MySpace.
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Programme du dimanche 3 février 2008 (Première partie)
Deux des quatre titres de Somna, le 1 (titré 6) et le 4(titré 9), soit environ 15 minutes.
N. B. Pas d'émission les dimanches 10 et 17 février. Reprise le 24. Prochain article le 14 !
18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 10:39
Devastations-Yes-U.jpgVoilà un peu plus d'un an sortait Coal, second album d'un groupe australien ,  Devastations, qui avait déjà retenu mon attention, mais ce blog n'existait pas encore.  Leur troisième album,  Yes, U, est sorti à la mi-septembre 2007, et je n'avais pas encore pris le temps de vraiment les écouter, si bien que  l'actualité risquait de les recouvrir, cette actualité bulldozer qui nivèle et étouffe sous ses couches épaisses de production massive. Je répare cette injustice : le trio australien (Tom Carlyon : guitare, piano, synthétiseur ; Conrad Standish, chant et basse ; Hugo Cran, percussions) a fait appel à une violoniste et claviériste, Andrea Lee, et à un pianiste et manipulateur de synthétiseurs et autres machines, Nigel Yang, pour livrer une musique à la fois plus noire, lourde et oppressante, glaçante, et traversée de déflagrations brûlantes de lumières comme des chutes de météores enflammés. Tout le début de l'album est superbe, complètement halluciné, sorte de New-wave parfois sépulcralement sensuelle dont les sommets sont Rosa, crescendo électrisé et The Pest, lents tournoiements de brouillards vénéneux où Conrad Standish donne la pleine mesure de sa voix. La suite n'évite pas toujours les pièges d'une joliesse qui a du mal à passer après de telles fulgurances, mais on leur pardonne : les voilà déjà très haut ! Une vidéo de Rosa, en concert en Suisse, montre l'énergie concentrée des Australiens.
Bang-on-a-can-Renegade-Heaven.jpg
Le compositeur allemand Arnold Dreyblatt a l'oreille sensible : c'est à partir de motifs rythmiques perçus dans le mauvais fonctionnement d'escalators de Bruxelles en 1987 qu'il conçoit une oeuvre en collaboration avec un percussionniste, puis pour son Orchestra of Excite
Bang-on-a-Can.jpgd strings. La version pour l'ensemble Bang on a Can intègre cymbalum, guitare électrique préparée, violoncelle, percussions, saxophone et cordes basses "excitées" préparées par les interprètes eux-mêmes. Le résultat est une pièce trépidante qui enchaîne des couleurs et des timbres comme on monte des marches, sans doute pour escalader le ciel rénégat promis par le titre de l'album.
De gauche à droite : David Cossin, batterie et percussions ; Robert Black, basse ; Evan Zyporin, clarinettes ; Lisa Moore, piano et claviers ; Wendy Sutter, violoncelle (elle remplace Maya Beiser) ; Mark Stewart, guitares.
undefinedPrécisons que Lisa Moore est australienne..On retrouve l'Allemagne et l'Australie avec l'interprétation du Stundenbuch de Hans Otte (cf.articles précédents) par le pianiste australien Roger Woodward, connu notamment pour ses enregistrements des Nocturnes de Chopin ou des Préludes de Debussy, et "Australian Living Treasure". Woodward donne de ce cycle qu'il célèbre avec enthousiasme sur la pochette une version un peu plus longue que celle de Otte, sur un Bösendorfer. Voici sa présentation du Livre d'heures, que je laisse en anglais pour le moment :
"In a universe of exalted, fragmented but delicately-balanced sonorities, the audacious design of time-suspended galaxies in Otte's highly-intimate, miniature-art and enigmatic but constant shift of movement and mood, form four books in twelve parts each, to span a golden arc extending from prima and seconda prattica to the sonnets of Shakespeare; divine melodic genius of Mozart; inscrutable logic of late-Beethoven; Elysian fields of Schubertian Ländler and Chopinian cantilena of the Nocturnes, in poetic homage and as an inclusive part of his magnificent North-German inheritance."
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Programme du dimanche 13 janvier 2008
Devastations : Black ice (piste 1, 5' 36)
                                 Oh me, Oh my (p.2, 7' 40)
                                 Rosa (p.3, 5' 10)
                                 The Pest (p.4, 5' 51), extraits de Yes, U(Beggars Banquet, 2007) Quelques morceaux à écouter sur MySpace. A noter que leur résidence habituelle est Berlin...
Arnold Dreyblatt : Escalator (p.2, 11' 15), extrait de Renagade Heaven(Cantaloupe, 2000) par le Bang on a Can All-Stars.
Hans Otte : Livres III et IV (p.25 à 48, 27' 50), extraits du Stundenbuch(Celestial Harmonies, 2007). Au piano, Roger Woodward (site ici)

30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 18:35
Une petite image pour un disque lumineux, fort, d'une jeune galloise de  vingt-trois ans, Nancy Elizabeth, qui sort son premier CD sur le Leaf Label. Elle joue de la harpe celtique à 22 cordes, mais aussi de la guitare acoustique, du dulcimer, du bouzouki, de l'harmonium indien, d'autres instruments pas toujours faciles à identifier, et s'entoure au besoin de violoncelle, cor, guitare électrique (mais oui !) et percussion. Une voix à la Jacqui Mcshee (la chanteuse du mythique groupe folk Pentangle), souple et puissante, limpide et profonde, sert magnifiquement des compositions personnelles aux mélodies évidentes. Si l'inspiration de départ est folk, le résultat n'a rien à voir avec un certain folk figé : aucune mièvrerie, une constante énergie qui nous emporte du côté du rock, de la pop, et l'on peut penser à Phelan Sheppard, ce duo déjà chroniqué ici et également publié par le Leaf label, notamment dans le quatrième titre, The Remote past, aux envoûtantes boucles de harpe relevées par les glissandi de la guitare électrique. 8 Brown Jugs, le sixième titre, est un instrumental qui met en valeur un dulcimer cristallin sur un fond de vagues impressionnantes d'harmonium. Electric, le titre 7, est une ballade élégiaque d'une élégante sobriété terminée par une belle envolée chorale. Hey son, le titre suivant, se développe selon un crescendo rythmé dans la seconde partie par des riffs rageurs de guitare. Un premier disque qui témoigne d'un talent exceptionnel : compositions abouties, agencement intelligent des morceaux, des instruments qui sonnent à merveille, et cette voix, cette voix qui donne parfois des frissons. Ecoutez le titre 11,  Lung, qui pourrait évoquer le travail de Jocelyn Pook (altiste et compositrice d'une partie de la bande originale du dernier film de Stanley Kubrick, Eyes wide shut, dont la célèbre scène du bal masqué ). Le dernier titre, d'abord voix et guitare acoustique, ponctué ensuite de percussions discrètes et obsédantes, nous entraîne même...pas si loin de Thom Yorke, et je n'exagère pas, cela vient de me frapper en le réécoutant. A découvrir absolument ! Elle vient de terminer une tournée anglaise en compagnie de Thee, stranded horses (voir article du 10 avril, où je présentais ce français tombé amoureux de la Kora).
Harold-Budd-Avalon-Sutra.jpgCe serait le dernier opus, en l'occurrence un double album paru en 2004, du grand Harold, maître d'une musique éthérée, mélancolique et méditative, que ses collaborations avec Brian Eno firent connaître d'un large public. Piano brumeux, claviers en nappes vaporeuses sont au rendez-vous d'Avalon sutra, le premier disque, qui présente quatorze pièces parfois très courtes, ciselées comme des esquisses japonaises sur le vide infini. Quelques arrangements de cordes et la présence très inattendue d'un saxophone sopranino sur trois titres élargissent la palette de timbres de ces compositions impeccables, à la rigueur zen. Le second disque est consacré à une longue pièce de plus de soixante minutes, As long as I can hold my breath, remix proposé par Akira Rabelais. Les cordes et les sons électroniques miment une respiration hypnotique que le piano évanescent d'Harold vient hanter par intervalles : la musique devient méditation austère, d'une sérénité implacable. Ennemie du divertissement, dirait Pascal. Pas étonnant que le disque soit paru sur le label samadhisound : revenue des agitations, la musique  mène à l'éveil, la supraconscience...
Samadhi-copie-1.jpgLe programme du soir associait à ces deux artistes Dominique A et Slow six, chroniqués dans les articles précédents.
Programme du dimanche 25 novembre 2007
Nancy Elizabeth : I used to try (piste 2, 3' 32)
                                        Off with your axe (p.3, 4' 21)
                                       The remote past (p.4, 3' )
                                        8 brown jugs (p.6, 2' 48), extraits de Battle and victory(The Leaf Label, 2007)
Dominique A : La mémoire neuve (p.8, 6' 32)
                                 Music Hall (p.11, 6' 29), extraits de Sur nos forces motrices(Cinq 7 Wagram music, 2007)
Harold Budd : Arabesque 3 (p.1, 2' 40)
                                It's steeper near the roses (p.2, 1' 02)
                                L'enfant perdu (p.3, 2' 15)
                                Chrysalis nu (p.4, 1' 59)
                                Three faces west (p.5, 2' 41), extraits de Avalon sutra(samadhisound, 2004)
Slow six the lines we walked when we walked once together (p.3, 30' 32), extrait de private times in public places(If Then Else records, 2004)

 

26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:03
Taraf-de-Ha--douks-Maskarada-2.jpgUne dose de bonne humeur, pour commencer. Les bandits d'honneur tsiganes de Roumanie reviennent. Depuis 1990, ils en sont à leur septième album, et quelques films ont intégré une ou plusieurs de leurs compositions. Comme la musique classique, depuis le milieu du dix-neuvième siècle jusqu'au moins au mileu du suivant, s'est inspirée de thèmes "folkloriques", de danses populaires, le Taraf a décidé de "tsiganiser" certains compositeurs classiques. Bela Bartok, Manuel de Falla, Isaac Albeniz et quelques autres nous reviennent ainsi "maskaradés" pour reprendre le titre donné à ce nouvel opus. C'est eux, et ce n'est plus eux, et c'est formidable, gorgé de vie et de couleurs, impeccablement mis en place, car les Haïdouks forment un orchestre de chambre tsigane d'une précision et d'une musicalité indiscutables. Le label belge Crammed discs a de surcroît soigné l'édition de ce disque idéal pour s'extirper de la déprime automnale qui vous guette, ne le niez pas.
Loscil-Plume-copie-1.jpgRespirez, fumée non toxique, musique impondérable. Scott Morgan, par ailleurs percussionniste du groupe Destroyer, en est à son huitième album, le quatrième sur le label Kranky de Chicago. Il appartient à la "famille" des Stars of the Lid ou de Tim Hecker : musique atmosphérique (je n'aime guère "musique d'ambiance", qui me paraît prêter à confusion, et l'anglicisme "ambient music" est paresseux, n'est-il pas ?), qui allie tessitures synthétiques, électroniques, en nappes, pulsations très douces et profondes, et touches instrumentales légères de xylophone, vibraphone, piano rhodes ou encore guitare à archet électronique. Au bout d'un certain temps, on est comme en apesanteur. Les titres sont éloquents : "zephyr", "halcyon", "mistral"(pas déchaîné..), ou encore "steam". Nous ne sommes que vapeur, heureux d'être fondus dans le flux piqueté de grains rythmiques. Excellent pour la relaxation à perpétuité ! A consommer sans modération.

Deuxième volet de l'hommage au compositeur belge Jean-Luc Fafchamps avec la longue oeuvre éponyme de Melencholia si... Composition en quatre parties pour deux pianos et deux percussionnistes inspirée de la célèbre gravure  d'Albrecht Dürer représentant un génie ailé au milieu des attributs du savoir (sphère, dodécaèdre, compas) et des symboles du temps (cadran solaire, sablier, cloche), elle nous propulse quelque part entre George Crumb et la musique japonaise, dans un climat transcendant aux contrastes marqués, ponctué de puissants coups de gong, d'irrésistibles embardées pianistiques, de trouées énigmatiques en clair-obscur. La musique se fait parfois tactile, évoquant frottements d'étoffes et déchirements, et ailleurs si fragile lorsqu'elle égrène les perles du silence dirait-on. "Le vide se défend. / Il ne veut pas qu'une forme le torture." nous dit le beau poème de Margherita Guidacci qui accompagne l'oeuvre.
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Programme du dimanche 21 octobre 2007
Taraf de Haïdouks : Ostinato & romanian dance (piste 1, 4' 19, d'après Bela Bartok)
                                            Danza ritual del Fuego (p.3, 3' 18, d'après manuel de Falla)
                                            In a persian market (p.5, 6' 08, d'après Albert Ketèlbey)
                                            De cînd ma aflat (p.6, 2' 48, d'après..eux-mêmes)
                                            Asturias (p.9, 5' 28, d'après Isaac Albeniz), extraits de Maskarada(Crammed Discs, 2007)
Loscil : motoc (p.1, 6' 27)
                 rorschach (p.2, 8' 17), extraits de Plume(Kranky, 2006)
Jean-Luc Fafchamps : Melencholia si (p.1 à 4, environ 40'), extrait de Melancholia si(Sub Rosa, 2002)
D--rer-Melancholia.jpg
Sur Margherita Guidacci, traductrice et poétesse , un blog.
Pour lire d'elle quelques poèmes en version bilingue, ce très beau blog.
Oyé ! Oyé ! Pas d'émission dimanches 28 octobre et 4 novembre.

13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 19:12
   Graham Fitkin et Ruth Wall (voir article précédent) ouvrent cette émission de rentrée radiophonique. Harpe, claviers et sons électroniques, qui laissent ensuite la place à trois extraits d'un disque sorti voici quelques mois, dont le titre mentionne la harpe, le Harps old master de Phelan Sheppard, présenté dans l'article du 15 mars de cette année et qu'il me faut corriger. Car de harpes, point en vérité dans ce superbe album ! Les guitares ou les claviers en donnent l'illusion, aussi l'instrument n'est-il pas mentionné en dehors du titre. Peu importe, puisqu'il nous transporte, délicatement arachnéen, enchanteur, entre celtitude et sensualité hispanique...Je marche sur les eaux de cette magnifique pochette.

   Le voyage musical continue avec Shantel, DJ dont la famille maternelle est originaire de Bucovine, région partagée ent
re la Roumanie  et l'Ukraine. Installé en Allemagne, il propose une musique festive, pétulante, colorée, alliant un style disco-électro très libre et un répertoire balkanique : on y chante en roumain, en serbe, en turc et en grec. Le tout fait penser à Goran Bregovic et ses  musiques endiablées, composante essentielle de certains films d'Emir Kusturica.                                                                                                  Une belle photo  pour un disque à réveiller les morts !
    Après les embardées de Shantel, la musique d'Eluvium, groupe qui vient de sortir son quatrième album, Copia, pourrait sembler morne, guindée. Très néo-classique, volontiers sombre, voire funèbre, elle associe nappes électroniques et amples vagues de cordes, cuivres, avec parfois le piano qui vient par devant imposer des lignes mélodiques simples, un peu répétitives, ce qui n'est pas sans évoquer le compositeur belge Wim Mertens, surtout dans le quatrième titre, "Prelude for time feelers" -titre en partie repris pour cet article vous l'aurez remarqué..., et dans le sixième, "Radio ballet". Philip Glass n'est pas très loin non plus. Ce calme intense n'est pourtant pas de la froideur, plutôt de la retenue, du détachement, loin de la frénésie du monde, pas si loin que cela des explosions dans le ciel, puisque
le groupe a assuré la première partie des texans Explosions in the sky, groupe de rock progressif. Encore une pochette très réussie : sur une terre grasse en limaces, un terreau d'abondance (signification du latin "copia"), d'éluvions nettement féminines(?), une sorte d'ermite itinérant filiforme contemple le ciel couleur d'orange et de sang, un ciel d'apocalypse sereine. Il est là pour toujours, indifférent et concentré à la fois, appuyé sur son bâton.
Programme
Fitkinwall : Snow clamp (p.1, 4' 29)
   Battery people (p.4, 7'13)
   Come come (p.5, 6'18), extraits de Still warm(GFR, 2007)
Phelan Sheppard : Weaving song (p.3, 5' 23)
                                     Parachute seeds (p.8, 2' 17)
                               Anuncios perfumados (p.9, 7' 02), extraits de Harps old master(The Leaf label, 2006)
Shantel : Ceremoney (p.1, 0' 48)
                     Disko partizani (p.2, 4' 53)
                     Koupes - I'll smash glasses (p.3, 4' 18)
                     Manolis (p.8, 3' 46), extraits de Disko Partizani(Crammed discs, 2007)
Pour écouter des extraits d'un autre disque de shantel, cliquer ici. Le site officiel du groupe, en allemand ou anglais, est aussi réjouissant que le disque.
Eluvium : seeing you off the edges (p.3, 5' 03)
                      prelude for time feelers (p.4, 5' 49)
      requiem on Frankfort ave (p.2' 41), extraits de Copia(Temporary residence, 2007)