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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 14:10
   Trois pays, trois traditions, trois pianistes qui se distinguent par une audace tranquille. L'air de rien, ils sortent chacun à leur manière un courant musical de la sclérose.
 
Le norvégien Tord Gustavsen tord le cou (tordant, non ?) à un jazz qui court après la performance, comprise comme une démonstration de virtuosité, de maîtrise, culminant dans le solo pendant lequel les autres instrumentistes éventuels se taisent pour mieux faire ressortir le talent du maestro. Il rompt aussi avec un certain type de phrasé devenu très prévisible, bref avec tout ce qui, dans le jazz, relève d'une extériorité vite creuse. Il choisit des lignes mélodiques d'une grande simplicité, explorées avec retenue, délicatesse : un minimum de notes pour camper une ambiance. Suggérer plutôt que d'assener, démontrer, voilà sa ligne, qui privilégie l'intériorité, l'exploration de l'âme. Harald Johnsen à la basse et Jarle Vespestad aux percussions sertissent le piano dans un écrin léger, tout en frémissements, frottements, ponctuations sensibles. Sans doute son rôle d'accompagnateur de la chanteuse Silje Nergaard a-t-il contribué à cette discrétion du trio et de son compositeur, mais c'est surtout le fruit d'une démarche consciente (cf biographie).Ses trois albums en trio, le premier date de  2003, constituent à ses yeux une trilogie, l'approfondissement d'une voie : calme, réconfort et émotion garantis pour l'auditeur ! Quelques extraits sur le site du pianiste ici.



















 

    Le sévillan Diego Amador, né en 1973 (Gustavsen est de 1970) dans une famille de gitans, aborde quant à lui la tradition flamenca ...au piano. "Guitariste frustré", comme il se définit lui-même, il aborde son piano comme une guitare, utilisant parfois ses ongles, attaquant directement les cordes au besoin. Quelque part entre jazz, musique contemporaine et flamenco, cet improvisateur autodidacte bouscule les règles, impose son énergie et sa virtuosité - nous sommes aux antipodes de Gustavsen !, sans cesser de faire chanter son instrument. Et il a réussi à m'intéresser à ce flamenco qui souvent m'exaspère par ses postures, ses mimiques, ce qui n'est pas un mince prodige...Piano Jondo, qui vient se sortir, est en fait son second solo après El aire de lo puro en 2001. Ecoutez notamment le prodigieux titre 7, Seguiriya de Pildorilla, avec passages  très contemporains, changements rythmiques imprévus, cordes pincées, doublage à la guitare et claquements des mains sur la fin. Un site très généreux vous permettra d'écouter et télécharger cette musique éblouissante.
  Pianiste de formation classique, le grec Vassilis Tsabropoulos joue notamment Rachmaninov ou Prokofiev, mais participe aussi depuis plusieurs années à des expériences jazz en trio. Avec Akroasis, sorti en 2003, il revient aux racines de la musique grecque, à savoir les hymnes de la liturgie byzantine, pour en donner un éclairage nouveau, plus pianistique comme il dit, sous l'angle de la musique improvisée. " Son côté intemporel et sa simplicité expressive peuvent parler à n'importe qui, pas seulement aux pratiquants", affirme-t-il. Le disque propose la relecture de cinq hymnes, auxquels s'ajoutent trois compositions personnelles. De l'austère majesté des amples phrases mélodiques, parfois répétées, variées, entrecroisées, finit par se dégager une sérénité mystérieuse, tournoyante, intemporelle. Des extraits de deux hymnes sur le site du pianiste.
   Cette dernière émission avant la reprise de septembre aura été introduite par les créations électroniques d'An On Bast, compositrice polonaise déjà présentée dans de précédents articles. C'est à mon sens le même esprit qui les réunit : partir de la tradition, se nourrir d'elle, pour créer les musiques d'aujourd'hui. N'a-t-elle pas utilisé du Lizst comme échantillon pour l'une de ses pièces les plus abouties, son De profundis ?
An On Bast : Minimal walking (piste 4, 5' 17)
                         Whocat (p.5, 4' 40)
                         De Profundis (p.6, 6' 21), extraits de Welcome scissors (2006)
Tord Gustavsen Trio : Vicar street (p.2, 3' 46)
                                           Karmosin (p.7, 5' 12)
                                           Where we went (p.9, 4' 49)
                                           Vesper (p.12, 4' 30), extraits de Being there(ECM, 2007)
Diego Amador : Solea del Churri (p.1, 7' 43)
                               Pa los viejitos (p.2, 4' 33)
                            Seguiriya de pildorilla (p.7, 9' 54), extraits de Piano Jondo(World Village, 2007)
Tord Gustavsen Trio : Tears transforming (p.1, 5' 38)
                                           The Ground (p.12, 7' 16), extraits de The ground(ECM, 2004)
                                          
Turning point (p.7, 5' 52), extrait de Changing places( ECM, 2003)
Vassilis Tsabropoulos : Hymns I & II (p.1-2, 10')
                                              The secret garden (p.4, 5' 58), extraits de Akroasis(ECM, 2003)

Reprise de l'émission le deuxième dimanche de septembre. D'ici là, je vais essayer d'envoyer un ou deux billets, rien de garanti. Tout déconnecter, pour mieux continuer !

7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 10:15
Arm, Maya, le rappeur inspiré et la violoncelliste prodige, nous ramènent à la poésie, pas la mièvre, la consensuelle qui englue, non, la forte qui emporte et ravit vers "un ciel étrange dont l'éclat sera triste et rare". Au coeur des villes se creuse comme le "pays lointain" dont Henri Michaux, ce mutiné intérieur, ramenait dans les années trente du siècle passé douze lettres à l'énigmatique beauté. Deux disques qui n'ont pas peur des textes, et qui les servent avec ferveur, dans un geste d'une évidence lyrique confondante.
Le groupe rennais, composé au départ du rappeur Arm, du compositeur Mr Teddybear et de DJ Remo, s'est d'abord fait connaître dans le milieu hip-hop par une cassette de 90 minutes très soignée avant  de s'affirmer par une réussite éclatante, l'album "Des lumières sous la pluie", sorti en octobre 2004, noire et hallucinée descente aux enfers urbains servie par des textes percutants, nourris (pour le meilleur !) de références littéraires, et par une musique qui mêle scratchs, électronique, guitare dans un contrepoint foisonnant d'une incroyable puisssance d'appel. Le nouvel album pourra surprendre, mais il est bien dans la continuité de l'univers d'Arm. A l'aspect torturé, visionnaire, du précédent, visible sur la pochette et sur les visuels, répond l'image frontale du duo : ils nous regardent, d'hommes à hommes. Le sépia antérieur cède la place au noir et blanc. Plus d'accompagnement flamboyant, mais une guitare, celle d'Olivier Mellano, pour l'essentiel, pour l'émotion. Le rap d'Ar
m est l'arme du spleen, du crime poétique, car "c'est vers là-bas qu'on voit graviter les ruines" et "qu'on perdra nos styles factices". C'est un acte de dépouillement, celui d'un  homme qui "a raté quelques trains et (qui) est resté là l'air de rien", et qui découvre l'amour, malgré la ville prédatrice. "C'est ta main que je cherche dans l'élan la foudre dans la course et n'aimant que cette voix qui s'est tue.." Bouleversant titre 4, "L'aurore", inspiré du film de Murnau. "Comment faire pour atteindre l'aurore" pourrait être la question qui traverse ces textes que la guitare d'Olivier Mellano prolonge d'accents blues (le titre 6, "Rétines larges"), de rock oppressant (le titre 8, "Patience"), souvent d'accords déchirants, ciselés dans une lumière électrique au ras des mots qui consument et conjurent le quotidien mortel. La poursuite (titre 3) s'interrompt parfois, bute sur des clairières, des aveux qui sonnent justes, loin des postures d'un certain rap tonitruant (surtout truand ?) : " j'ignorais tout des paysages au calme plat / des nuages scintillants sur un ciel aux couleurs de soie ". Ce disque est un acte de courage, un face à face sans fard avec la grâce, avec les grands vides. La place d'Arm, vulnérable...
Psykick Lyrikah : Rétines larges (piste 6, 5' 56)
                                  Un félin près du maître (p.7, 4 '10)
                                  Quand tout s'arrêtera (p.9, 6' 27)
                                  L'aurore (p.4, 3' 27), extraits de Acte(Idwet, 2007)
                                  Le dernier chapitre (p.2, 4' 29), extrait de Des lumières sous la pluie (Idwet, 2004), intercalé au milieu des quatre titres précédents.
Interprète du Cello Counterpoint de son maître et mentor Steve Reich, morceau qui figure sur You are, sorti en 2005, Maya Beiser poursuit une carrière solo éclectique et toujours passionnante. L'essentiel de son nouvel album est consacré à "I am writing to you from a far off country" une oeuvre de Eve Beglarian, compositrice qui, d'habitude, aime associer voix, électronique, samples, sur les textes d'Henri Michaux, "Je vous écris d'un pays lointain". Mais ici, juste les voix d'Alexandra Montano pour un chant en arrière-plan, de Maya qui dit le texte de Michaux et de son violoncelle, bien sûr. Le résultat est envoûtant, décalé, comme la prose de Michaux : nous sommes au seuil de l'humain, en effet, quelque part ailleurs, au bout du monde, là où "l'éducation des frissons n'est pas bien faite", où il n'y a "qu'un soleil par mois, et pour peu de temps", entre Steve Reich et Ingram Marshall, sur les nouvelles terres du lyrisme sauvage.
Maya Beiser : Parties 1 à neuf (p.1 à 5, 28'), extraits de Almost Human(Koch International classics, fin 2006)
Pour terminer :
- un site consacré à Henri Michaux, avec la fin de "Je vous écris d'un pays lointain".
- un site pour lire des extraits de "cette vie est la nôtre", rhapsodie de Benoît Conort, paru en 2001 chez Champ Vallon. Entre le rap d'Arm et lui, il y a des affinités...
- d'autres extraits de Maya Beiser à écouter.

31 mai 2007 4 31 /05 /mai /2007 21:09
    Un brin de folk pour commencer, c'est rare sur Inactuelles ! Le premier disque, sans titre, d'un groupe norvégien, Adjagas, ne manque ni de fraîcheur ni d'intérêt. Les voix acidulées de Lawra Somby (l'homme) et de Sara Marielle Gaup (la femme) nous entraînent vers la Laponie, la culture du peuple sami, vieille culture qui a traversé les âges en s'habillant avec intelligence et discernement de quelques ornements modernes. Guitare acoustique, banjo ou ukulélé voisinent avec clavier, cuivres et même synthétiseur. Ces chants traditionnels, issus de la tradition chamanique, en évoquent d'autres, d'Asie ou d'Amérique, sans trop tomber dans les ritournelles fatiguées auxquelles un certain folk a pu nous habituer. Au beau milieu d'un air, la mélodie s'interrompt, se suspend, s'aère pour des moments de vraie grâce fragile et imprévue ; le ron-ron cède la place à la musique, en somme !
   Après les samis, un puma, rien ne va plus ? Nous n'allons pourtant pas en Amérique, territoire de ces grands chats, ni au cinéma voir "L'incroyable homme-puma", mais l'objet arrive bien d'une autre planète comme le personnage du film. L'Homme-puma, né en 2005, regroupe des musiciens français qui créent un univers hybride, ancré dans le rock, voire le hard-rock, mais traversé de courants bruitiste, dub, électronique, émaillé de collages très divers. Le résultat est un disque étonnant, fort, halluciné, qui sonne comme un acte de révolte contre l'uniformisation : la phrase "Bienvenue aux Etats-Unis d'Amérique" hante  l'oeuvre, chantée entre hurlements et murmures, simples déclamations, en français  (alors que des échantillons de textes anglais servent parfois de fond). Un disque que j'associerais volontiers, en dépit des différences, avec  Des lumières sous la pluie, du groupe rennais
Psykick Lyrikah
(à écouter absolument si vous ne le connaissez pas encore !) Précipitez-vous sur son site , comme lui vous grimperez aux arbres !
  Fin de la première partie avec une compilation très inégale, qui renferme toutefois trois titres excellents, entre drum & bass et électro, où l'on retrouve Mark Pritchard  (cf.article du 17 mai), décidément un artiste à suivre, et les Strabourgeois d'Outlines, qui s'apprêtent à sortir un album.
   Deuxième partie consacrée à deux immenses créateurs (cf.article suivant)
Adjagas : Lavvu vuovddis (piste 8, 1' 48)
                   Suvvi ljat (p.9, 5' 25), extraits de l'album éponyme (ever records, 2007)
L'Homme-puma : 6h22 un 20 septembre (p.5, 2' 01)
                                  Solidaire dans la déchéance (p.6, 5' 25)
                                  Eloge des petites mains (p.10, 7' 14), extraits de l'album éponyme (Communication is not words, 2007)
State River Widening : Cottonwood (p.3, 4' 51)
Mark Pritchard/Steve Spacek : Turn it on (p.7, 6' 21)
Outlines : Listen to the drums (p.10, 6' 52), trois extraits de la compilation Broacasting.. de Jazzanova & Dirk Rumpff (Sonarkollektiv, 2007)

10 avril 2007 2 10 /04 /avril /2007 21:55

Les ondes silencieuses du langage abandonné sous des arbres géants sont l'hymne national de nulle part. La kora et la viole de gambe s'invitent, tandis que des voix très nues retissent les racines oubliées de l'émotion.

La harpe-chevalet mandingue, instrument africain noble joué autrefois uniquement pour les rois, a conquis Yann Tambour, guitariste initiateur du projet de rock indépendant "Encre". En 2004, le maxi "Marbres" contenait déjà un hommage à l'un des maîtres de la kora, Toumani Diabaté. Depuis, il s'est approprié la kora à sa manière et en a fait l'instrument-roi de son nouveau projet solo, présenté ci-dessous.



Thee, Stranded Horse :
So goes the pulse (piste 1, 2' 38)
                                             Misty mist (p.2, 2' 09)
                                             Le sel (p.3, 6' 47)
                                             Churning strides (p.5, 4' 27)
       extraits de Churning strides(
Talitres/Differ-ant, 2007).Ce disque intimiste, délicat, chanté du bout des lèvres, enchaîne des ballades d'une envoûtante splendeur : la kora surtout, mais aussi la guitare sèche, nous emportent très loin. Ô toi, cheval échoué dans des sables immémoriaux, nous te chevaucherons encore, le sais-tu ?
Apostle of Hustle : My sword hand's anger (p.1, 3'13)
                                         The naked & alone (p.3, 4' 35)
                                         Rafaga (p.6, 3' 58)
               extraits de National anthem of nowhere(Arts & Crafts productions, 2007)(écoute d'extraits sur ce site). Cette formation torontoise est dirigée par Andrew Whiteman, guitariste appartenant au collectif Broken social scene. Après un premier disque sorti en 2004, le groupe propose un album pop chatoyant, réchauffé par quelques ambiances latines. Le titre 6, Rafaga, met en musique un poème de Federico Garcia Lorca, tandis que le 9 est dédié à Victor Jara, membre du parti communiste chilien proche de Salvador Allende, qui fut arrêté, torturé et assassiné. J'applaudis au titre de l'album en ces temps de retour des identités nationales blindées...

Colleen : Le labyrinthe (p.2, 5' 15)
                  Les ondes silencieuses (p.4, 6' 09)
                  Blue sands (p.5, 5' 17)
     extraits de Les ondes silencieuses(The Leaf Label, 2007). Encore une belle parution de The Leaf Label ! C'est le quatrième disque de Cécile Schott, musicienne française, sur ce label anglais passionnant (Efterklang, Phelan Sheppard, défendus ici). Sa rencontre avec la viole de gambe remonte au film Tous les matins du monde, consacré à la vie du maître du XVIIè de cet instrument, Marin Marais. La musique se développe dans la magnificence des sonorités sensuelles de la viole, relayée parfois par la clarinette, l'épinette (un instrument proche du clavecin), et des verres, des cloches. Etirements, volutes, échos démultipliés, vagues à la profondeur infinie : dans le labyrinthe, les sables sont bleus. L'univers sonore d'Alain Kremski n'est pas si loin, c'est tout dire. L'un des disques du mois, de l'année, à ne pas manquer. Le site de Colleen permet une généreuse écoute des précédents albums.
  Petite pause inspirée par Colleen, fournie par le blog d'une émission portugaise soeur :

up into the silence the green / silence with a white earth in it // you will(kiss me)go // out into the morning the young / morning with warm world in it // (kiss me)you will go / on into the sunlight the fine / sunlight with a firm day in it // you will go(kiss me // down into your memory and / a memory and memory // i)kiss me(will go)
e.e.cummings

 

Dälek : Paragraphs relentless (p.3, 5' 33)
          
Content to play villain (p.4, 5' 21)
          
Lynch (p.5, 5' 25), extraits de Abandoned Language(Ipecac

 

 

Records, 2007).Un album entre hip-hop et musique industrielle, aux atmosphères oppressantes, dans la lignée d'un Uzul prod. Lynch rôde, c'est indéniable, et c'est habité, hanté jusque dans les moindres recoins de ces nappes pulsantes.


Efterklang : Towards the bare hill (p.4, 3' 10)
                         Jojo (p.5, 6' 52)
  extraits de Under giant trees(The Leaf Label, 2007) (cf émission du 25/03/07)

P.S. Pas d'émission les dimanches 15, 22 et 29 avril. Reprise dimanche 6 mai. Cure de silence pour mieux entendre la musique...


 

 

 

         

    

 


29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 10:39

Douces collines, âpres collines que le vent balaye...Où sont les chevaux fous poudrés d'écume et d'algues, les arbres géants tordus par le vent ? Les plaintes des fougères se mêlent aux voix des marins ivres d'amour. Eli, Eli, lama sabachtani ?


Efterklang :
Falling horses (piste 1, 7' 10)
                       Hands playing butterfly (p. 3, 4' 29)
          extraits de Under giant trees (The Leaf Label, 2007), mini-album qui sort début avril. Le premier disque de ce groupe danois basé à Copenhague, Tripper, enregistré en 2003 et paru en 2004, a été très bien reçu. Formation à géométrie variable autour d'un noyau de cinq musiciens et d'un réalisateur de film, elle allie cordes et cuivres, piano, percussions, voix ou choeur, une touche d'électronique pour construire une musique au lyrisme ample, rêveuse et lente. Des titres comme Falling horses ou Towards the bare hill ne sont pas sans évoquer la musique bouleversante de Matt Elliott.
   La pochette de l'album, si colorée, si naïve, reflète  la polyphonie chorale et chaleureuse d'une véritable musique de chambre.
La photographie trouvée sur leur site, en accord avec leur univers monochrome, à la fois lumineux et désolé, me permet de faire la transition avec une compositrice au mysticisme saisissant.
Sofia Gubaidulina : Sieben Worte (p.1 à 7, environ 35'), 1982, pour bayan, violoncelle et cordes.
    extrait de Sieben Worte/ Zehn Präludien/ De Profundis (ECM New Series, 2002)
              
In Erwartung (p.12, 14' 19), 1994, pour quatuor de saxophones et six percusionnistes.

    extrait de Mysterious morning (Alpha, 2001) Née en 1931 dans la République Tatare (URSS), Sofia Gubaidulina, qui a étudié la composition aux conservatoires de Kazan et de Moscou, a très vite été jugée hétérodoxe par le milieu musical soviétique. Dimitri Chostakovitch lui a toutefois conseillé de persister dans sa voie. Co-fondatrice d'un ensemble qui improvisait sur des instruments traditionnels et rituels russes, caucasiens et asiatiques rares, elle a pu personnaliser des techniques musicales contemporaines et se forger un style propre, éloigné de tout dogmatisme. Autorisée à voyager à l'Ouest pour la première fois en 1985, elle a obtenu une reconnaissance internationale. Depuis 1992, elle réside principalement près de Hambourg. Dans Sieben Worte, elle s'inscrit dans le sillage des rares compositeurs qui ont osé se confronter à la mise en musique des sept dernières paroles du Christ en croix, comme Heinrich Schütz ou Joseph Haydn. Profondément religieuse, elle a tenté de faire exprimer aux instruments ce qui ne peut être ni chanté, ni dit, en écartant tout jeu virtuose ou toute pratique concertante à l'ancienne. Le violoncelle symbolise ce qui est "haut", tandis que le bayan, accordéon de concert russe qu'elle a contribué à perfectionner, symbolise le "bas", le terrestre humain : ils dialoguent, se fondent pour rendre sensible la double nature du crucifié. Musique d'une intensité déchirante, traversée de moments de beauté illuminée, que les cordes emportent de leurs battements d'ailes.
    Le second morceau, interprété par le quatuor de saxophones Habanera, fait alterner violence et sérénité, "dans l'attente" du jour de la colère : Dies irae étonnant par la place des percussions, qui entretiennent un climat de mystère et de magnificence. Décidément, ce disque Mysterious morning s'avère indispensable !

Under Byen : Mere af det samme (p.8, 1' 41)
                          Liste over sande ve (p.10, 2' 09)
                          Palads (p.11, 4' 08)
         extraits de Samme Stof Som Stof (Telescopic/Discograph, 2006) Un deuxième groupe danois pour finir l'émission. Entre rock épais, avec dérapages frénétiques, et envolées instrumentales élaborées où se rejoignent piano, violoncelle, clarinette, orgue et la voix délicieuse de
Henriette Sennenvaldt, voilà un nouvel exemple de la vitalité et de l'originalité de la scène danoise. Sur leur site officiel, vous pouvez téléchargez quelques morceaux.

                                    
    
                     

19 mars 2007 1 19 /03 /mars /2007 18:58

Un titre cut-up pour une émission qui gravite autour de Harold Budd, compositeur californien aussi discret qu'essentiel.
Kalylivedub : Blizzar (piste 8, 4' 38)
                          How to be late (p.11, 8' 48) avec Erik Truffaz, trompette

        extraits de On stage (Pias, 2007),quatrième album d'un groupe qui s'est d'abord affirmé sur scène depuis sept ans. Guitare, machines, claviers, percussions et programmations, basse, ce collectif de cinq français vous embarque dans une musique puissante, nerveuse, habitée, un dub industriel et électronique sur lequel Erik Truffaz vient surfer avec brio pour les deux derniers morceaux de l'album. Uzul Prod, récemment diffusé, appartient à la même famille. Extraits sur http://www.myspace.com/kalylivedub

Fuminori Tanada : Mysterious Morning II (p.7-8, 8' 59) par le Quatuor de saxophones Habanera

         extrait de Mysterious Morning (Alpha, 2001), un disque que j'avais laissé de côté et auquel je trouve maintenant beaucoup d'attraits. La compositrice explore l'intérieur du son par des micro-intervalles, crée des vagues sonores aux sinuosités, fluctuations mystérieuses bien soulignées par le titre.
Harold Budd / Brian Eno : First light (p.1, 7' 06)
                            Not yet remembered (p.6, 3' 50)
                                           The chill air (p.7, 2' 14, diffusé après Guidoni, avant les mélodies françaises)
          extraits de The Plateaux of mirror (Virgin, 2004). Sorti originellement en 1980, c'est la première rencontre miraculeuse entre le piano acoustique ou électrique d'Harold et les autres instruments et traitements du sorcier Brian, Maître des studios. Disque-culte, c'est un chef d'oeuvre de sérénité. Réverbérations nacrées, incantations murmurées, un hymne à la beauté fragile. Plus rien n'existe que ces irisations sonores déployées dans l'espace infini à l'aube éternelle du cosmos.
Jean Guidoni : Comme dans un ballet de Pina Bausch (p.2, 3' 02)
                             Fatal (p.5, 3' 22) extraits de La pointe rouge(Wagram, 2007, sortie en avril). Rarissime incursion dans le domaine de la chanson française : la voix est belle et bien placée, les textes intelligents, l'accompagnement sans grande originalité, mais bien enlevé sur quelques titres. On rêve d'une association avec ...Noir Désir ? Et pour continuer, quelques...
Mélodies françaises : Après un rêve (p.6, 2' 55 de Romain Bussine/ Gabriel Fauré)
       Invitation au voyage (p.4, 3'  de Charles Baudelaire/ Henri Duparc) Ce dernier titre est l'une des réussites de cet album qui ne manque pas de charme, à paraître fin mars chez Diese Records. Si l'on peut regretter que la musique, parfois, l'emporte sur les voix fluettes et délicieuses de certaines interprètes, c'est toutefois un bel hommage à une grande époque de la musique française.
Harold Budd : Bell tower (p.1, 2' )
                            Campanile (p.2,  3' 45)
                            The Rose (p.3, 3' 26)
                 extraits de La Bella vista (Shout ! Factory, 2003)
Enregistré d'abord à son insu à l'instigation de Daniel Lanois lors d'une soirée à Los Angelès chez ce dernier, puis publié avec son accord après avoir consenti à une deuxième séance , Harold se laisse aller à son penchant introspectif, méditatif. Neuf courtes pièces, une dernière d'une dizaine de minutes, suffisent à nous dépayser. Le piano Steinway chante les échos assourdis du royaume hanté par le léopard des neiges : ah ! puissance de suggestion des titres...Vous trouverez quelques échantillons, toujours trop courts bien sûr, à écouter sur le site Ambience for the Masses, qui présente la discographie d'Harold.


15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 15:26

                                                              Teknic Old Skool :   Arcold (piste 5 / 6' 10)
                                        Stop crying (p.9 / 3' 58)
            (sans titre, Such prod, 2006)

Peter Ives, David Aknin Aka Akninganing, Robin Notte et Charly Sy Aka Unklebenz sont parisiens sous leurs pseudos, instrumentistes "old skool" avec leur basse, leur violoncelle et leur Fender rhodes, mais voilà, ils jouent plutôt de la drum'n bass, avec un DJ, des scratchs et des synthétiseurs ; ça ressemble aussi à un soul-jazz électro improvisé, à une pochade bourrée d'énergie qui part un peu dans tous les sens et c'est furieusement réjouissant à la longue, c'est pourquoi les revoilà dans l'émission ! Baudelaire et quelques autres se retrouvent les otages d'un collage très slammé, "Pirate", second titre de l'album qui donne le ton : enivrez-vous sans cesse...Les voix d'Irène Morel, M'tiss apportent un contrepoint chaleureux aux rappeuses voix masculines.
Ethel : Be-in (p.9 / 8' 51), pour clarinette basse, de  Evan Zyporin

                      (sans titre, Cantaloupe 2003)
 
   Ce jeune quatuor new-yorkais célèbre toutes les nouvelles musiques avec fougue, dépoussiérant l'image du quatuor à cordes comme le fait si magistralement depuis plus de vingt ans le Kronos Quartet.   cf. une bonne chronique du disque

    On reparlera de ces musiciens.

 

15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 11:31

Phelan Sheppard : The Plantagenet whore (piste 6 / 1' 39)
                                     Oriental star       (p.7 / 6' 05)
                                     Parachute seeds (p.8 / 2'18)
         extraits de Harps old master (Leaf label, 2006)

  Sous leurs propres noms associés, Keiron Shelan et David Sheppard, - déjà membres de State Rive Widening, groupe qui a trois albums à son actif, et de la formation Ellis Island Sound, signent un album superbe et singulier, l'un des disques du moment (voire la pochette dans l'article du 23 février). Les mélodies sont envoûtantes, volontiers cycliques, tissées de claviers parmi lesquels on retrouve les harpes du titre, de guitares acoustiques, xylophone, percussions,  tous joués par le duo, auxquels il faut ajouter le violon et l'alto de Josh Hillman, du goupe The Willard Grant Conspiracy,  la voix de la chanteuse espagnole Ines Naranjo sur deux titres, la trompette, le moog bass et les machines de Guy Fixsen. Un soupçon de sonorités électroniques achève de donner à l'ensemble un soyeux rêveur, une musicalité enchanteresse qui nous plonge dans les méandres brumeux du temps. David Sheppard, également journaliste du magazine Mojo, devrait publier dans le courant de l'année une biographie de... Brian Eno !

Hans Otte : Partie V (p.5 / 5'30)
                      Partie VI (p.6 / 3'42)
                      Partie VII (p.7 / 11'25)
         extraits de Das Buch der Klänge
         Piano : Herbert Henck
(ECM New Series, 1999)      
              orient : occident (p.2 / 14'28), pour hautbois, clarinette et bande magnétique
      extrait de maximum : minimum / orient : occident
       (Pogus Productions, 2005)

  Né en 1926, Hans Otte a étudié en Allemagne, en Italie et aux Etats-Unis, a été titulaire de plusieurs bourses et a vu son oeuvre récompensée par plusieurs prix de composition. Il a été le directeur de la musique à Radio Brême de 1959 à 1984. Pianiste, il interprète ses oeuvres partout dans le monde. Il collabore aussi à des mises en scènes expérimentales associant le son, la langue, l'image et le geste.Son cycle pour piano, Das Buch der Klänge, "Le Livre des Sons" est dédié à "tous ceux qui veulent être tout près des sons, et qui, à la recherche du son des sons, du secret de la vie tout entière, trouvent et retrouvent à résonner en eux-mêmes". Constitué de douze parties, d'une durée totale de plus de 70 minutes, celui-ci est construit en voûte, offrant une architecture équilibrée, aérée qui permet au piano de réfléchir le monde. Selon le compositeur , "le piano redevient instrument de résonance et de silence, révélant toutes ses possibilités techniques, dynamiques, teintes et sonorités". L' oeuvre propose une expérience d'écoute rare, entre minimalisme, musique ambiante et transcendantalisme, dont on sort régénéré : lent, vibrant, puissant ou tourbillonnant, pulsant, le piano irradie en nous ses ondes bienfaisantes.
  "orient : occident" est extrait d'un disque plus récent, moins facile d'accès sans doute en raison d'un morceau de plus de quarante minutes qui associe deux organistes à un environnement sonore, une mise en espace dont l'enregistrement ne peut rendre compte. Dans le titre proposé, on retrouve cette écoute si attentive des sons qui caractérise Otte et qui fait penser à la démarche ascétique, radicale, d'un Giacinto Scelsi. J'attends avec impatience l'enregistrement du Stundenbuch, "Livre d'heures", oeuvre monumentale en 48 mouvements achevée en 1998 après sept ans de travail, donnée en première la même année à Amsterdam.