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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 19:12
Michel Banabila - Jump Cuts

   Le compositeur néerlandais Michel Banabila ne cesse de nous surprendre, à la fois par la fréquence de ses parutions et par la diversité des champs musicaux qu'il nous propose. Cette fois, pour ce quatre titres paru en 2015 (je suis en retard, mais peu importe, non ?), il s'est amusé à échantillonner des voix, des sons de terrains, des sons pris sur Youtube, et à combiner, monter tout cela. Le résultat, c'est Jump Cuts, avec les contributions de Joost Kroon à la batterie et aux percussions sur le titre trois et la voix de Maryana Golovchenko sur le quatrième. Je vous livre quasi brut mes notes d'écoute.

"Take me there" : début dans l'imperceptible, sons aigus tenus, micro collage de voix, instrumentation traditionnelle et rythmique, sorte de gamelan déhanché qui loucherait vers le dub, danse en apesanteur, du Jocelyn Pook éthéré. Excellent !

"Tortoise" : début de fine ambiante, bien cosmo-planante, claviers stratosphériques, puis lourdes percussions graves, voix déformées glissantes. Musique pour une transe urbaine nocturne, avec une curieuse sorte de trompette bouchée à la Jon Hassell et toujours ce côté Jocelyn Pook, dans une lenteur moite, hallucinée.

"Jump cuts" : veine électro-bruitiste pour film d'angoisse, portes grinçantes ouvertes sur un ailleurs qui fait irruption sous forme d'un rythme métallique bondissant à la Brian Eno dans Drums between the bells. Atmosphère de forêt équatoriale saturée d'une vie folle, déchirures de voix et de guitares fondues. Lyrisme épique épisodique avec une longue coda d'orgue tremblant.

"Field Trip" : danse lourde, cris d'animaux, à nouveau cette impression de réentendre Jon Hassell, accompagné d'un vrai chant cette fois, clavier tranquille, à la fois presque jazzy et moqueusement ambiant, bollywoodien, car nous sommes quelque part en Afrique ou en Inde, on ne sait plus.

   On l'aura compris, une musique monde, colorée, qui a vraiment beaucoup de charme !

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Paru en juin 2015 chez Tapu Records / 4 plages / 27' minutes environ.

Pour aller plus loin :

- Mon article consacré à Music for viola and electronics, Michel en duo avec l'altiste Oene Van Geel. Pour le volume II de cette belle collaboration, c'est ici.

- le disque en écoute et en vente sur la page bandcamp :

 

8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 14:20
Dan Joseph - Electroacoustic works

   Totalement inconnu en France, Dan Joseph n'est pourtant pas un nouveau venu. Batteur de la scène punk à Washington, il se signale pendant les années 1980 dans le milieu des musiques expérimentales, produisant des œuvres ambiantes-industrielles pour diverses maisons de disques indépendantes aux États-Unis et à l'étranger. Dans les années 90, il étudie au fameux Mills College, en Californie, sous la houlette notamment de deux musiciens, Alvin Curran ( bien connu des lecteurs de ce blog, voir notamment l'article précédent) et Pauline Oliveros. Il a étudié également avec... Terry Riley ! À la fin des années 90, il adopte le dulcimer à cordes frappées, qui devient son instrument fétiche, et fonde son propre ensemble de chambre, le Dan Joseph Ensemble. Il donne et anime une série de concerts mensuels baptisée "Musical Ecologies".

   Les deux cds publiés sous le titre Electroacoustic Works font évidemment la part belle au dulcimer à cordes frappées, devenu un instrument électroacoustique qui sert de source à des collages sonores, à des installations multi-canaux. Le premier cd s'ouvre avec "Set of Four", une composition de 2008 en quatre parties, quatre études dont la plus longue n'excède pas huit minutes et demie. Le dulcimer frappé ponctue chaque étude de quelques notes répétées à intervalles plus ou moins réguliers, le dulcimer retraité en nappes stratifiées, oscillantes, constituant la matière sonore principale, d'où la surprise d'entendre cet instrument plutôt étiqueté "folk" dans une musique électroacoustique entre ambiante et expérimentale. "Trio I", deuxième des quatre études, dépayse encore davantage par ses boucles serrées, la dimension sidérale d'une musique qui cette fois évoque la musique concrète par ses nuages sonores, la dimension particulaire de ses traînées lumineuses légèrement ponctuées par un instrument méconnaissable. "Trio II" semble revenir aux cordes frappées, à l'instrument dans sa pureté originelle, proche de la harpe, mais des craquements, une saisie précise des touchers, des frappes, des frottements sur la caisse, nous entraîne dans une étrange danse, dans une série de dérapages, d'étirements fascinants.  La dernière partie joue subtilement du contraste entre cordes pincées ou frappées, cristallines et résonnantes, et un arrière-plan ambiant animé de vagues douces, puis en partie recouvertes par l'instrument cette fois joué à l'archet. Indéniablement, "Set of Four" est une œuvre originale et belle. Elle me fait parfois penser au travail d'un autre compositeur américain, Duane Pitre, qui détourne, embarque dirais-je, lui aussi des instruments traditionnels dans des formes et des ambiances totalement nouvelles.

    Deux pièces plus longues, de près de vingt minutes chacune, enregistrées en concert respectivement  à New-York et à Corvallis dans l'Orégon, succèdent à ces études. Titrées " Dulcimer Flight (El)" et "Dulcimer Flight (Corvallis)", elles se présentent comme deux variations, deux vols de dulcimer à base de trémolos constants et de drones harmoniques entrecoupés de déchirements bruitistes, de froissements, chuintements. On entend les sons se tordre, se transformer. Magnifique travail sur la micro tonalité, avec des passages d'une beauté hallucinante, des intégrations d'enregistrements de terrain particulièrement convaincantes ! "El" ménage moments ambiants assez calmes, méditatifs, et longs décollages à l'archet dans des arrachements sonores extraordinaires. "Corvallis" joue plus sur les continuités, les étirements, sur un fond de bruits d'eaux, avec des goulots d'étranglement dans des aigus tenus, et le dulcimer employé comme une vinâ indienne dans le dernier tiers de la composition. On flotte dans le bonheur des sons vibrants tandis qu'un chien aboie très loin dans les forêts harmoniques.

   Le deuxième disque est tout entier occupé par une pièce de 2005, "Periodicity piece #6", de plus d'une heure. Comme son titre l'indique, elle travaille la notion de périodicité, un bip électronique ponctuant le morceau toutes les 17 secondes, un diapason toutes les 44 secondes et un metallophone javanais chaque minute. Si le premier intervalle entre les deux premiers bips est rempli par un quasi silence, les intervalles suivants varient les textures, à partir d'échantillons de sons tenus par une clarinette, un tuba, un violoncelle, un trombone, un violon. À notre insu, un rythme se crée, accueillant les subtiles variations, les surprises sonores. La pièce devient un immense collage, un patchwork envoûtant qui réinvente la durée. Plus rien ne pèse, les sons s'élèvent et disparaissent, quand bien même le voyage est perturbé après dix-sept minutes par des échappées et déflagrations déchirantes, tant la trame est solidement installée, richement brodée par les nappes d'un synthétiseur qui s'est invité en cours de route. Une imperceptible oscillation semble animer cette toile sereine... dont la durée première était de six heures, car il s'agissait au départ d'une installation présentée à la Diapason Gallery (justement !) de New-York.

   Au total, un double album splendide, qui confirme la vitalité et l'inventivité des musiques contemporaines les plus exigeantes.

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Paru en 2017 chez XI Records / 2 cds / 7 titres / 2 heures 12 minutes

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente :

- la vidéo officielle du premier titre, "Opening" :

Programme de l'émission du lundi 15 mai 2017

Moinho : The Keys / Elastikanimal (Pistes 2 & 3, 14'), extraits de Elastikanimal (1631 Recordings, 2017)

Le Ciel brûle :

* Dead : Bad Lashes / Split Dreams / Flowerbag (p. 2 - 3 - 5, 14'40), extraits de Voices (Manic Depresion Records / KDB Records, 2016)

Grande forme :

* Dan Joseph : Dulcimer Flight (El) (cd1, p. 4, 18'23), extrait de Electroacoustic Works (XI Trecords, 2017)

A Winged Victory for the Sullen : All Farewell are sudden (p.7, 7'35), extrait du disque sans titre (Kranky, 2011)

Programme de l'émission du lundi 22 mai 2017

L'Intégrale : ou quasiment...

* Dan Joseph : Periodicity piece #6 (cd2, piste unique, 60'), extrait de Electroacoustic Works (XI Trecords, 2017)

Programme de l'émission du lundi 29 mai 2017

Brian Eno : The Real (p. 6, 6'55), extrait de Drums between the Bells (Warp records, 2011)

Michael Vincent Waller : L'Anno del Serpente / Per Terry & Morty I & II (p. 1 - 3 - 4, 11'), extraits de Five Easy Pieces (2014)

Moinho : Movements & Variations (for Satie) / Du vent dans les branches (p. 2 - 3, 5'50), extraits de Baltika  (Arbouse Recordings, 2012)

                         Flahr (p.7, 4'59), extrait de Elastikanimal (1631 Recordings, 2017)

Grande forme :

* Dan Joseph : Dulcimer Flight (Corvallis) (cd1, p. 4, 18'23), extrait de Electroacoustic Works (XI Trecords, 2017)

28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 14:46
Brian Eno - Reflection

   Reflection est sorti le premier janvier 2017. Eno y renoue avec la musique ambiante pure, délaissant la voie des hybridations sonores frayée par The Ship voici moins d'un an. On est dans la lignée de Lux (2012), mais avec une seule plage de cinquante-quatre minutes. Si la musique est entièrement synthétique, elle n'est pas sans évoquer des instruments traditionnels comme les gongs, cloches ou clochettes. Le principe de base de la composition est de laisser jouer les résonances des percussions électroniques tout en leur superposant des nappes de synthétiseurs. Ces résonances sont amplifiées, étendues, distordues ; elles se mélangent lorsque des grappes percussives éclatent, tout en interférant avec les matériaux continus. On connaît le discours d'Eno sur sa propre musique, qui serait là pour se faire oublier, qui n'exigerait pas notre attention. Moi, je veux bien, mais cette musique s'impose à l'attention. Je suis en train de l'écouter au casque, pas à plein volume, car j'ai même dû le baisser. Cette musique enveloppe l'auditeur par ses vagues puissantes, ses ondulations qui s'insinuent partout dans notre corps, dans notre cerveau. Tout le spectre sonore est utilisé, des graves les plus profonds aux aigus les plus fins. C'est une musique vibratoire qui émeut, au sens étymologique de mettre en mouvement, qui enfonce en nous ses flèches harmonieuses, qui décoche soudain des explosions dans nos cavités intérieures. Nous ne sommes plus que des corps résonnants, nous aussi, tant elle remplit l'espace, le saturant de ses multiples couches intriquées. Aussi, loin d'être une simple musique d'ameublement que l'on pourrait oublier, elle est au contraire le mobilier sonore de notre vide insoupçonné. En ce sens, elle est la musique idéale de notre vacuité, donc parfaite musique de méditation. Aussi est-elle par nature potentiellement infinie, non pas parce qu'elle se répèterait, mais parce qu'elle est infiniment variée, à la fois prévisible et imprévisible dans le même mouvement, vie surgissante, ondoyante, fluctuante, réfléchie. Musique de réflexion, dans les deux sens du mot en français : elle se génère elle-même à l'intérieur du cerveau-système programmé par le compositeur minutieux tout en permettant à l'auditeur une réflexion sur lui-même ou mieux, en l'aidant à une suspension de la réflexion, comme mise en apesanteur par la véritable dissolution des lignes mélodiques opérée par la prééminence des vibrations, des harmoniques, par la disparition de toute tension vers une fin et donc l'actualisation permanente d'un présent auto-suffisant, à proprement parler rayonnant. Cette musique est ambiante parce qu'elle circule autour, environne, mais quoi ? Ne riez pas, il me semble que dans notre vacuité elle éveille ce que les Hindous appellent la kundalini, l'énergie spirituelle, cosmique. C'est sans doute la raison pour laquelle je ne peux m'empêcher d'associer cette pièce aux compositions du pianiste Alain Kremski, surtout lorsqu'il mêle piano et gongs, cloches tibétaines ou bols chantants. Bien sûr, on peut écouter Reflection en faisant la vaisselle ou le ménage, mais ce serait déjà beaucoup mieux en faisant l'amour, ce qui se rapproche le plus au fond de la méditation de délivrance du "je". Sur la pochette, Eno semble se dissoudre, image giacomettienne d'une disparition en cours : le moi devient une ombre, se fond dans l'image renvoyée par le miroir. Ce disque est une invitation à s'ouvrir sur l'infini, à se dissoudre dans le Soi, à jamais, pour toujours, dans un océan de beauté.

   MAGISTRAL !

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Paru en 2017 sur le label Warp records / 54' environ

Pour aller plus loin :

- Sur sa page, Brian Eno dit comment il conçoit et vit sa musique. Ajoutons qu'une application pour smartphone permet de découvrir cette musique qu'il appelle « générative »... Quant au livret de six pages du cd, je le trouve très décevant, sans aucun intérêt, c'est vraiment dommage...

- Un extrait de la version pour l'application générative :

Programme de l'émission du lundi 20 mars 2017

Rougge : Fragments 20 et 22 (Pistes 9 & 10, 11'50), extraits de Monochrome (2016)

Julia Kent : Acquario / Tithonos (p. 4 - 5, 7'16), extraits de Green and Grey (2011)

HPRIZM / High priest of APC remix : (p. 7, 4'08)

Squarepusher remix : (p. 8, 9'04), extraits de Timber Remixed (Cantaloupe Music, 2016) de Michael Gordon

May Roosevelt : Outcry (p. 8, 4'37), extrait de Haunted (2011)

Yannis Kyriakides : Music for viola (Disque 1, p.4, 11'50), extrait de Subvoice (Unsounds, 2016)

Oneohtrix Point Never : Explain (p. 10, 6'45), extrait de Replica (Software, 2011)

Programme de l'émission du lundi 20 mars 2017

L'Intégrale :

* Brian Eno : Reflection (piste unique, 54'), extrait de Reflection (Warp Records, 2017)

14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 16:33
Illuha (2) - Akari

Images d'un monde flottant

Après la découverte de Interstices, sorti en 2013, il n'était pas question d'en rester là ! D'autant que Tomoyoshi Date et Corey Fuller ont enregistré Akari, leur premier album en studio, l'année suivante. Avec une pléiade d'instruments électroniques et acoustiques : véritable batterie de synthétiseurs, moogs, orgue à pompe, piano préparé ou non, guitares acoustiques et électriques, basse, vibraphone, percussions diverses, captations sonores, objets trouvés, bandes magnétiques...

   Composé de cinq titres compris entre un peu plus de sept minutes et dix-sept, le disque marque un approfondissement du projet du duo. La musique est sculptée avec une extraordinaire finesse, à la fois fluide, vivante, et toujours surprenante. Les deux compositeurs-interprètes procèdent par une myriade de micro touches qui articulent subtilement le rapport entre discontinu et continu. Chaque titre tient à la fois de l'estampe et du lavis pour créer un monde en suspension, ce que les japonais appellent « ukiyo», un monde flottant. Les magnifiques peintures de Samuel Estling Fuller reproduites sur la pochette soulignent cette dimension fragile, évanescente d'une musique qui en tire sa splendeur tranquille.

   Les titres des morceaux disent aussi ce travail sur l'à-peine perceptible : "Diagrams Of The Physical Interpretation Of Resonance", "Vertical Staves Of Line Drawings And Pointillism", "The Relationship Of Gravity To The Persistance Of Sound", "Structures Based On The Plasticity Of Sphere Surface Tension", "Requiem For Relative Hyperbolas Of Amplified And Decaying Waveforms". On est à ce point où la géométrie, la physique rejoignent la poésie. Les compositions sont des odes aux ondes, aux lignes, aux interférences et bruits qui tissent le monde. Il ne s'agit pourtant ni de musique bruitiste, ni de musique concrète au sens de l'histoire musicale. Rien de sec, de conceptuel ou de théorique ici : une suite harmonieuse de développements organiques, de métamorphoses mystérieuses comme captées au cœur du flux discret de la matière.

Autre chose que le vide

de la lumière à trois heures

quand tout semble n'être plus

qu'un même éblouissement.

Autre chose que l'espace

où voyagent les images,

que le temps où elles se lèvent,

où elles s'effacent. C'est

une sorte d'imminence,

un bord, et ce qui se cherche. (1)

   Le temps s'abolit dans le lent surgissement de cellules sonores qui se fondent dans des traînées harmoniques au-delà de toute tragédie, de tout drame. Se constituent alors des trames ambiantes diaprées, ouatées, parfois cousines de celles d'un Brian Eno ou d'un Harold Budd.

  Il arrive que dans cette douceur illuminante, ensorceleuse, l'instant prenne feu, saturé de drones comme dans le dernier titre, ce requiem fabuleux des vagues amplifiées en décomposition.

C'est, avec le soir qui vient,

la fuite de la fumée

sur les ombres, les collines

qui étincellent. Sans corps

on entre dans les images.

On reste là dans le feu

de l'instant à brûler. C'est

comme un salut muet

à quelque chose d'obscur.

On se dit que c'est la nuit. (2)

   Ce disque est un chef d'œuvre. La musique heureuse de l'intimité universelle, de la lumière ("Akari" signifie "lumière" en japonais), fût-elle obscure.

(1) et (2) : Poèmes de Jacques Ancet extraits de L'Imperceptible (Éditions Lettres Vives, 1998, Collection "Terre de poésie")

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Paru en 2014 sur le label 12k / 5 titres / 59 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le site du duo.

- la page du label consacrée au disque

- l'album à écouter et à acheter sur bandcamp :

Illuha (2) - Akari

Programme de l'émission du lundi 12 décembre 2016

Illuha : Structures Based On The Plasticity Of Sphere Surface Tension / Requiem For Relative Hyperbolas Of Amplified And Decaying Waveforms (p. 4 - 5, 16'40), extraits de Akari (12k, 2014)

Retour sur :

* Alexander Kandov : Jasper (Virgo) / Opal (Libra) / Topaz (Scorpio  (p. 11 à 13, 8'20), extraits de Crystals of the Zodiac (Etcetera, 1991)

Christofer Cerrone : Hoyt-Schermerhorn (p. 1, 8'08)

Daniel Wohl : Limbs / Bones (p. 8 & 9, 7'07)           extraits de Aorta / Music for piano and electronics (New Amsterdam records, 2016) par Vicky Chow

Retour sur :

Keene : Stroked Trees / Weir of fog (p. 2 - 5, 14'), extraits de The River and the Fence (Poeta Negra, 2007)

22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 16:11
Illuha (1) - Interstices

   Le japonais Tomoyoshi Date et l'artiste sonore américain Corey Fuller (dont la famille s'est installée au Japon depuis 1983) se sont rencontrés en 2006. Après Shizuku, premier album de leur duo ILLUHA enregistré dans une vieille église, sorti en 2011, Interstices, sorti en 2013 sur le même label 12K, nous propose trois longues plages méditatives enregistrées en direct, "Interstices II" et "Interstices III" au temple Yougenji de Tokyo, "Interstices I (Seiyal)" dans la boîte de nuit Forest Limit, toujours à Tokyo.

   Leur musique est une savante alchimie entre captations sonores diverses et instruments. "Insterstices II", premier titre sur l'album, étire ses presque vingt-quatre minutes dans une atmosphère de grande sérénité. Née dans un nuage de frottements, une mélodie se construit, sans se presser, nourrie de soupirs entre les notes. Cordes pincées de cithare ou de koto plutôt, orgue à bouche peut-être qui laisse onduler ses notes en arrière-plan, un soupçon de guitare, synthétiseurs, créent une trame flottante, miroitante, pointillée de craquements. On se laisse porter par le flux, queue de comète animée d'une vie minuscule et prodigieuse, qui s'éteint autour de dix minutes avant de renaître avec le piano pour une seconde partie à la mélancolie feutrée, vite habitée, habillée de scintillements harmoniques, de vents sonores très doux. C'est splendide. Les notes se suspendent au silence, résonnent, se répondent...

   "Interstices I (Seiyal)" file les notes, relève davantage de la musique ambiante au premier abord. La trame aérée, translucide, se densifie, tout en grappillages qui servent de fond au poème dit par Tadahito Ichinoseki. Puis la pièce monte en intensité, constituée de longues nappes sonores de synthétiseurs entre lesquelles dansent de courts motifs. Le lent retour à l'apaisement termine cette pièce qui n'est pas sans beauté, mais manque de véritable originalité.

   L'inspiration est là pour "Interstices III", la plus longue plage avec ses plus de vingt-six minutes. Dès le début on plane très haut, du Harold Budd décanté, sublimé, croisé avec du Christina Vantzou. Oiseaux stratosphériques, atmosphère extatique d'imperceptibles girations et dérives au gré de quelques notes d'un piano brumeux perdu dans les couches lumineuses et douces des synthétiseurs. C'est le déploiement majestueux d'un vol de grues en migration dans la nuit qui vient, le chant lointain et solennel de la beauté en allée, la lente incarnation du monde levant dans les multiples sons se déposant dans les interstices de l'hymne immense.

   Une très belle découverte !

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Paru en 2013 sur le label 12k / 3 titres / 64 minutes environ

Pour aller plus loin :

- l'album en écoute (et à acheter, édition limitée à 500 copies) sur la page bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 14 novembre 2016

Florent Ghys : Tuesday noon around 12:21 (Piste 7,  5, 58'), extrait de bonjour (Cantaloupe Music, 2016)

Michel Banabila / Rutger Zuydervelt : Kaleidoscope / Stokjes / Upwards (p. 1 à 3, 13'30), extrait de Macrocosms (Tapu Records, 2016)

Matt Christensen : Honeymoons / Sometimes (p. 1 - 2, 15'10), extraits de Honeymoons (Miasmah, 2016)

Illuha : Vertical Staves of Line Drawings And Pointillism (p. 2, 12'11), extrait de Akari (12k, 2014)

Douwe Eisenga : Piano concerto (mvt 2) (pour deux pianos (p. 4, 8'28), extrait de Piano Files II (2016)

Programme de l'émission du lundi 21 novembre 2016

Grandes formes :

* Douwe Eisenga : Piano concerto (mvt 2 & 3) (pour deux pianos (p. 4 - 5, 19'30), extraits de Piano Files II (2016)

* Illuha : Interstices II (p. 1, 24'), extrait de Interstices (12k, 2013)

Krotz Struder : Red cravat / Western mystery / The Little Pilgrim (p. 10 à 12, 8'), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

 

15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 11:16
Richard Moult (2) - Rodorlihtung

Les Clairières du ciel

La découverte de l'extraordinaire Aonaran de Richard Moult m'a conduit à m'intéresser à l'ensemble de son œuvre. Je ne suis pas déçu de ma recherche. Rodorlihtung, publié en 2012 sur le label irlandais For Evil Fruit, vaut le détour. Enregistré sur les rivages du Loch Snizort en Écosse, on y retrouve Richard Moult au piano, aux claviers et aux sons enregistrés, avec la participation de Michael Tanner à la guitare à archet sur les titres 1 et 3.

   Ici l'on respire, le piano coule de source, soutenu par des claviers fluides. Musique atmosphérique, musique limpide et belle, tranquille et forte, tout entière sous-tendue par le mystère des lieux. Le disque est en trois mouvements de durée croissante. Après une brève introduction lyrique, la partie deux est déjà plus introspective, comme emprunte de timidité. Le piano devient harpe tissant le firmament, faisant surgir de soudaines étoiles tandis que la mer gronde, que les vagues déferlent dans le noir. C'est une splendeur océanique enveloppée de rêve, l'immersion sacrée dans la matière primordiale. Tout glisse d'évidence, tout se tait alentour de cette respectueuse exploration. Des expressions rimbaldiennes me viennent, du Bateau ivre : « infusé d'astres et lactescent », c'est le poème de la mer, en effet. Dans la troisième partie, le piano avance précautionneusement, escalade d'invisibles nuages, s'ouate d'harmoniques et de réverbérations. On n'entre pas si vite dans le temple. La musique se courbe, se tait, se fait grave, insistante, puis éclate en gerbes puissantes, magnifiques de lourdeur, tel un torrent longtemps pressé trouve l'issue. Beaux débordements, lentes retombées, et ces départs à nouveau vers d'autres rivages plus lointains, cette marche toujours recommencée aux bords du sublime dans l'extinction de tout, la montée imprévue d'une écume sourde. Cette musique est élémentaire, elle vit, elle frémit, écoute au creux des vagues les prémices de ce qui vient nous ennoblir si nous sommes attentifs. La musique de Richard Moult est authentiquement mystique, tendue vers l'au-delà, mais un au-delà déjà là, irradiant le monde. Aussi la douceur s'y fait-elle confondante, suite d'éclaboussures en crescendo dans la montée hallucinée du piano dans les aigus, vers l'inaudible et les oiseaux de rivages inconnus.

   Trente-cinq minutes seulement ? Elles suffisent pour cet album majeur. Richard Moult fait partie de ces guetteurs dont nous avons besoin pour oublier la laideur répandue dans les médias.

Le titre, me direz-vous ? Je ne vois guère comme comme traduction (rien sur les pages liées à Richard), que « Les clairières du ciel ». Parfait, en ce qui me concerne...

   La couverture est une peinture de Richard Moult intitulée Mactalla.

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Paru en 2012 sur le label For Evil Fruit / 3 titres / 35 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente (seulement sous format numérique) sur bandcamp :

11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 13:51
Midori Hirano - Minor Planet

   Née à Kyoto, Midori Hirano a étudié le piano dès le plus jeune âge. Elle a quitté le Japon pour Berlin où elle réside actuellement. Après avoir signé des musiques pour des films, des vidéos ou des spectacles de danse ainsi que plusieurs albums entre 2006 et aujourd'hui, elle sort sur le label berlinois sonic pieces son premier disque, Minor Planet.

   La particularité de ses compositions est sa manière d'enrober les notes de piano d'un halo de sons électroniques et de terrain, créant une atmosphère veloutée, légèrement trouble. Dès "By the window", le monde semble perçu à travers une fenêtre embuée : la musique flotte au gré des douces ondulations des bribes mélodiques développées en boucles sur un fond chatoyant de claviers. L'effet s'intensifie sur "Night Travelling" : épais brouillard, piano plus lointain qui semble se dématérialiser, se fondre dans un nuage de sons eux-mêmes très irréels. On songe alors à certaines compositions d'Harold Budd. On marche doucement sur les traces des "Rabbits in the path" du titre suivant. La terre est meuble, tout pourrait peut-être s'effondrer tant les terriers s'entrecroisent sous nos pieds. Ne sont-ils pas, ces lapins, en train de danser pataudement dans la poussière qui monte au détour du chemin, là, enfin là plutôt, car on ne discerne que de vagues contours ? "Two Kites" est hanté par des sons erratiques en avant du piano cotonneux dont les accents se réduisent à de courtes phrases mélodiques brisées, revenant inlassablement à un point de départ s'éloignant. La pièce se termine avec le mystère de pas, de déplacements à peine audibles. Nous sommes loin d'ici. Comment ne pas penser pour ce curieux voyage aux films de Kiyochi Kurosawa ? Nous étions au pays des fantômes, des esprits, tout près du nôtre, mais irrémédiablement à côté.

   Le ton change avec "She Was There". La musique s'est rapprochée. Nous y sommes, sur cette planète mineure. Les couches électroniques se croisent, pulsent fort, accompagnées de déchirures intenses, d'orages magnétiques. "Haiyuki" voit le bref retour du piano, porte-parole des esprits de l'autre monde, cette fois serti dans une électronique vive qui l'efface et que viennent ponctuer une énigmatique ponctuation grave, puis des picotements en rafales irrégulières, des sons éclatant dans l'espace. Indéniablement un excellent titre ! Mais "Rolling Moon" est tout aussi réussi, témoigne d'une belle maîtrise des matériaux électroniques. Sur un continuum, les textures se boursouflent, germent, créant un univers sonore absolument fascinant en perpétuelle métamorphose. C'est d'une grande beauté, avec quatre minutes hypnotiques, envoûtantes, pour finir cet album... que certains trouveront un peu court.

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Paru en septembre 2016 chez sonic pieces / 7 titres / 35 minutes. Attention, édition limitée de 350 cds disponibles seulement sur le site de sonic pieces.

Pour aller plus loin :

- le disque disponible et en écoute partielle (quatre premiers titres) sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 3 octobre 2016

Florent Ghys : Friday 3PM / Wednesday (Pistes 1 & 2, 13'30), extraits de Bonjour (Cantaloupe Music, 2016)

Grande forme :

* Richard Moult : Rodorlihtung Part three (p. 3, 20'14), extrait de Rodorlihtung (For Evil Fruit, 2012)

Krotz Struder : The Foreigner / Wandreing is done / The one, the other / Beauty (p. 1 à 4, 8'), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

Chris Brown : 13-11-8-6 (p.5, 9'20), extrait de Six Primes (New World Music, 2016)

Programme de l'émission du lundi 10 octobre 2016

Angélique Ionatos : Début du monde / Optimisme (Et si l'arbre brûle) (p. 4 - 5, 9'20), extraits de Reste la lumière (Ici d'ailleurs, 2015)

Krotz Struder : The Deathless Tree / The Spot / The Ruin (p. 5 à 7, 7'10), extraits de 15 Dickinson Songs (Wild Silence, 2016)

Grande forme :

* Larry Polansky : three pieces for two pianos (p. 1 à 4, 33'41), extraits de Three pieces for two pianos (New world Records, 2016)

Mendelson : Comment a-t-il osé ? (p. 6, 3'05), extrait de L'avenir est devant (Ici d'Ailleurs, 2016 réédition du disque de 1997)

12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 15:09
Michel Banabila - Earth Visitor

   Compositeur et artiste sonore né en 1961, le néerlandais Michel Banabila a déjà derrrière lui une carrière bien remplie. S'il vient plutôt des musiques expérimentales, électroniques, il multiplie les collaborations avec des artistes de formation plus classique ou liés au jazz, aux musiques du monde. Une alliance étroite entre sons électroniques et acoustiques est au cœur de son travail avec l'altiste Oene van Geel pour Music for viola and electronics et Music for viola and electronics II. Mentionnons aussi ses rencontres fréquentes avec un autre musicien néerlandais présent dans ces colonnes, Rutger Zuydervelt alias Machinefabriek, un des maîtres actuels des musiques électroniques et ambiantes, et l'on aura une petite idée de ce compositeur éclectique et bouillonnant, que je suis loin de suivre d'ailleurs dans toutes ses réalisations, tant sa discographie est prolifique.

    Pour Earth Visitor, Michel Banabila campe une ambiance : Juin, beaucoup de pluie. Il regarde des vidéos de la NASA sur la mission Junon. Le disque viendrait de là. Un côté spatial : la terre vu par un visiteur...

   Un piano mélancolique, brumeux, parasité, c'est le début du premier titre éponyme. Une scène terrestre vue déjà à une certaine distance qui n'exclut pas l'humour, les discrets miaulements du chat de Michel participant de la bande sonore qui vire vers une certaine étrangeté, comme en témoigne une voix tordue. Un souffle envahit cette atmosphère feutrée, on sent qu'on bascule, qu'on s'éloigne encore des familiarités humaines. Nous rentrons dans l'infini royaume des musiques ambiantes, d'où nous parviennent les "Distorted Messages" du titre deux, torsade trouble de sons divers, d'instruments embués, de voix méconnaissables devenues des traînées-écho d'un monde sauvage et fascinant. Titre vraiment très beau ! "What creatures is that" accentue la dimension spatiale du disque, presque visuelle : des vaisseaux traversent l'espace, majestueusement. Pulsations, battements, respirations étranges, comme dans un roman ou un film de science-fiction. Il n'y a plus que des trajectoires, des ondes voyageuses aux résonances multiples, puis des froissements, puis rien. "Star Trails" retrouve le piano, amplifié, dialoguant avec un synthétiseur, des cordes lointaines telles des sirènes : c'est un chant solennel, un hymne lent, prélude à "The Situation Room", courte pièce dramatique qui serait très à sa place dans un film d'angoisse, même si elle est illuminée  par une poussée lyrique somptueuse. Dans ce contexte, on attendait l'invasion, voilà les étrangers par excellence , "We are the aliens" est une jungle sonore étouffante et pourtant séduisante, ensorceleuse. Le septième titre est présenté comme une reprise, un mixage de l'espace profond, "Deep spca Mix". On pense aux odyssées électroniques de Brian Eno, en un peu plus bruitiste, plus accidenté aussi, hanté par une guitare perdue, ou deux même : dérive et fière déréliction dans une circulation sidérante d'astronefs étincelants, de roches brutes avant que de sombres tourmentes ne provoquent de secrets naufrages et que ne resurgisse un piano halluciné redevenu quasi clavecin d'exo-planètes improbables.

    Un très bel album d'électro ambiante parfaitement maîtrisé. Les acquéreurs de l'album numérique se régaleront de surcroît avec un immense remix en direct du festival de Valkhof qui flirte avec une techno ravageuse, et une curieuse bande annonce abyssale, fantomatique.

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Paru en juin 2016 chez Tapu Records / 3 titres / 47 minutes.

Pour aller plus loin :

- le site personnel de Michel Banabila

- le disque disponible et en écoute sur bandcamp :

- une vidéo à partir de "We are the aliens" :

Programme de l'émission du lundi 5 septembre 2016

Caleb Burhans : Super flumina Babylonis ( Piste 4, 9'21), extrait de Evensong (Cantaloupe Music, 2013)

Michel Banabila : Earth Visitor / Distorted Messages (p. 1 -2, 12'), extraits de Earth Visitor (Tapu Records, 2016)

Grande forme :

* Rainier Lericolais & Susan Matthews : The Healers Art (p. 1, 25'31), extrait de Before I Was invisible (Wild silence, 2015)

Maninkari : titre 2 (5'25), extrait de L'Océan rêve dans sa loisiveté (Three Four Records, 2014)