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Musiques Singulières

    Au fil du temps, une encyclopédie visuelle et sonore des musiques différentes (plus ou moins). Pour les amateurs de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique ! Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom. Créé le 20 février 2007.
N.B. Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 17:00
Machinefabriek with Anne Bakker - Oehoe

   Oehoe est la rencontre de l'expérimentation électronique de Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek, prolifique et bouillonnant compositeur néerlandais régulièrement présent sur ce blog, avec les improvisations vocales sans parole de sa compatriote Anne Bakker, altiste et violoniste. Les deux artistes ont déjà plusieurs collaborations à leur actif, par exemple Short Scenes sorti fin 2018. Rutger enveloppe les vocalises et les arrangements minimalistes de cordes d'Anne dans des paysages sonores sortis de son imagination, puisque nulle parole n'indique un sens prédéfini.

   Une courte introduction nous plonge dans un onirisme océanique mœlleux, sorte de chant de sirène qui appellerait l'auditeur à venir se noyer dans les volutes vocales. Le titre suivant contient d'ailleurs le mot "sirène". Laquelle semble rejointe par des miaulements, des ronronnements de synthétiseurs. On se laisse glisser dans une douce hypnose rythmée, agrémentée de friselis de cordes. Le troisième titre éponyme fait songer à la polyphonie de la Renaissance, le clavier se fait clavecin pour une extatique suavité. "Harrewar", d'abord plus dissonant, bruitiste, n'est pas dénué d'un lyrisme orchestral aux accents dramatiques, avant une splendide coda en apesanteur, la voix en échappée libre sur un battement obstiné. Tout semble se brouiller avec "Stuiver", les cordes enchevêtrées avec l'électronique, mais la voix se détache, à la fois presque médiévale et moderne par ses parasitages. L'atmosphère est étrange, hantée par des surgissements divers comme au ralenti. Pour la deuxième version de "Oehoe", le clavecin revient, ponctue la voix doublée par les cordes, l'ensemble est doucement solennel. "Schim" navigue en eau profonde, tout paraît nous parvenir par écho à travers une grande épaisseur liquide, avec des frottements caverneux. La sirène n'est plus qu'une ombre émettant des souvenirs de sons. Elle ressurgit au premier plan de "Stemmig", court interlude en forme d'incantation fantaisiste. Le titre suivant, "Voorwaarts" (Vers l'avant), le plus long de cette série de pièces assez courtes avec ses presque cinq minutes, pourrait être une gigue, mais enveloppée d'une gangue sourde, qui prend l'allure d'un morceau de techno minimale habité par des phrases élégiaques décalées de cordes et un intermittent habillage électronique tout en rondeur glauque. L'album se termine avec la troisième version du titre éponyme, à nouveau habile détournement de musique ancienne avec clavier/clavecin et polyphonie raffinée un peu explosée.

    Rien à dire : c'est du beau travail sonore, plaisant à écouter. Je regrette pour ma part que rien ne soit développé. Je comprends le projet, on a évidemment le droit d'écrire des pièces courtes, des esquisses qu'il appartient à l'auditeur de prolonger. Peut-être ai-je trop écouté les longues pièces antérieures de Machinefabriek...

Paru en juin 2020 chez Where to know ? Records / 10 plages / 27 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 13:30
Anne Chris Bakker - Stof&Geest

    Guitariste et compositeur, le néerlandais Anne Chris Bakker est au fond un musicien poète, créateur d'environnements sonores qui sont autant d'embarquements pour l'ailleurs. Orgue ou claviers, guitare, bruits divers enregistrés çà et là, percussions minimales, piano agonisant enveloppé dans une ouate épaisse et enregistré sur magnétophone à bandes, sont les matériaux de cette musique attentive à dessiner le silence, à traquer l'inaudible, l'imperceptible. Le titre, traduit en français, "Matière et Esprit", s'il ne renvoie pas, comme le précise le compositeur, à un album concept, indique clairement une perspective philosophique : la matière (sonore, et plus largement), conduit vers l'esprit, l'intangible. Cette musique est essentiellement anti-matérialiste, parce que visant à l'évanescence, à la disparition. Elle procède non par lignes, par frappes, mais par vagues, par enveloppements successifs. Si elle peut être puissante, jamais elle n'agresse. Elle caresse, cherche à nous faire frémir d'une joie ineffable.

    "Petrichor", le premier titre, avance sur une vague d'orgue, un mur de drones sinusoïdaux. Les gestes musicaux, accords de guitare, frappes légères sur la caisse de l'instrument, bruits de rue, se détachent comme des ombres sur le tissu tendu. Tout est amorti, nimbé d'une douce irréalité, mais chaque ombre portée atteint un relief étonnant, décuple l'attention. Avec "Wand", le piano surgit doucement de bruits d'eau, de la mer peut-être, avant d'y sombrer à nouveau tandis que se lève un mur de drones travaillé de fissures, d'interstices. Le son monte, les fissures se font plus nombreuses, stries aiguës en essaims d'oiseaux criaillant dans les lointains, griffures traînées sur le mur qui disparaît à son tour. Le piano peine à se faire entendre au début du titre suivant, "Interval" : boucles brisées, amorties, floues, comme sorties d'un vieux disque, recouvertes en partie par des bruits de trains, de foules dans des gares. La musique cède le pas aux bruits, qui occupe tout l'espace sonore. On dirait alors une radio à peine audible de la bande des ondes courtes, les échos d'un monde disparu que le piano sur la fin accompagne mélancoliquement sur fond crescendo d'un drone épais, opaque de moteur très assourdi tournant à grand régime dans les infra graves. Le titre éponyme combine à nouveau un piano au ralenti, dont certaines notes semblent distordues, des fragments de conversations, d'interpellations, et l'irrésistible épiphanie d'une matière sonore grandiose, ouverte sur l'espace immense. La musique emporte l'auditeur, le transporte par sa puissante beauté, sauvage et à peine distinguée de l'informe auquel elle retourne accompagnée par la guitare et une percussion obsédante, sourde. Un drone vrillé sur lui-même, rejoint par un autre, puis par la guitare, ouvrent "Traces", un des plus longs titres. Le tapis de drones sert de bourdon à cette composition qui joue des crissements, d'infimes bruits, la guitare presque diaphane, attentive à se poser dans les plis. On retient son souffle, parce qu'on a l'impression d'être dans une chambre cosmique, avec un archange qui dormirait là, dont la respiration occupe l'espace le plus lointain, produisant des prodiges, des surgissements féériques soulignés par des clochettes, des ponctuations lumineuses de boîte à musique déréglée. Peu à peu, en même temps que les craquements se multiplient dans la pièce, une force sourde monte et se résorbe : l'archange s'en va, accompagné du piano miraculé et de murmures caressants prononcés dirait-on en japonais. Comme c'est beau, exquis... Au pays de "This Rhizome", le piano répète de manière désarticulée une boucle chétive, une horde de nuées traverse le ciel sonore, une marée onirique déferle et se retire doucement. Une des rares mélodies développées de l'album forme la trame du bouleversant "I can not tell", balbutiement mangé de silences, de sourdines.

   Une forme plus longue, presque quinze minutes, permet à "Verdicht me" de réaliser au mieux cette esthétique de l'apparition / disparition : la musique est évocation des ombres, lent dégagement des brouillards, immersion dans les couches intermédiaires. Bruits et sons se mélangent, tout est potentiellement musique, mais pas bruitiste ou concrète pour autant : c'est une musique habitée, hantée. Il s'agit toujours de rejoindre ce qui est recouvert, perdu, de faire lever le silence, d'atteindre la beauté. Sans brusquerie, sans impatience : la durée est consubstantielle à cette démarche. Ce qui advient, comme ici, est indescriptible, stupéfiant. La violence latente du surgissement monstrueux, écoutez bien ces zébrures, cette palpitation énorme, mène à des aubes transfigurées, légères et solennelles, processionnelles, bardées de sons tenus sans doute en partie issus de la guitare à archet, de sons ronflants et rutilants qui absorbent la conscience, plongent l'auditeur dans une profonde extase béatifique. Après une telle expérience auditive, "Make my bed in crystal waters" semble nous rappeler au concret du monde : bruits de pas, piano dégagé de sa ouate, mais le ciel se couvre de drones, se déchire, une nouvelle marche commence, hallucinée. Et c'est encore un départ fulgurant pour des mondes mystérieux, légendaires, la voix féminine revient, des déflagrations scandent le chemin, les étoiles ont chu depuis longtemps. Voici l'avènement d'une splendeur pleine, d'un charme suprême. On ne désire plus rien que d'aller là-bas se fondre à ces levées sublimes, plonger dans les eaux de cristal de lave des lacs infinis...

   L'autre plus beau disque de 2019 : à égalité avec Christopher Cerrone !!

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Paru en septembre 2019 chez Unknown Tone Records / 9 plages / 63 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente sur bandcamp :

 

Programme de l'émission du lundi 27 janvier 2020

Christopher Cerrone : The Branch Will Not Break (p. 12 à 18, 21'), extraits de The Pieces That Fall To Earth (New Amsterdam records, 2019)

Indalaska : Session 1 / Improvisations 1 à 5 (p. 1 à 5, 14'), extraits de Œuvre lunaire (fichiers numériques, 2020)  **

Clément Édouard : Antic Spell / Wings & Stones (p. 1 - 2, 7'55), extraits de Dix Ailes (three : four Records, 2020)

Delphine Dora : L'Horizon inconnu / Les Sensations enfouies (p. 1 - 2, 4'), extraits de L'Inattingible (three : four Records, 2020)

** Deux poèmes d'Yves Bonnefoy, extraits de L'Heure présente (Mercure de France, 2011) :

- Amour et Psyché encore, p. 53

- Aux portes du jardin , p.54

Publié par Dionys - dans Musiques Ambiantes - Électroniques
18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 18:00
Andrew Heath & Anne Chris Bakker - a gift for the Ephemerist

   a gift for the Ephemerist est le deuxième disque, après Lichtzin en 2017, issu de la collaboration entre le guitariste néerlandais Anne Chris Bakker, qui de son côté a signé des chefs d'œuvre de la musique ambiante, et le pianiste et artiste sonore britannique Andrew Heath, qui n'est pas en reste comme en témoigne notamment le beau Flux sorti en 2015. Quatre titres entre 8'40 et 18'12, inspirés par les paysages à proximité de leur studio dans un vieux moulin près d'un canal gelé, aux Pays-bas. Outre sa guitare, Anne Chris Bakker recourt à l'électronique, à des manipulations de bandes magnétiques et de sons de terrain, comme Andrew Heath qui, en plus de son piano, utilise les  mêmes, bandes en moins. Ils ont recueilli et produit des sons, ceux de pianos sur une plate-forme ferroviaire, de vieux magnétophones à bobines, pour les distiller selon leur alchimie propre : l'amour des atmosphères calmes, pures, peu à peu animées par des particules, des nodules infimes. Ce sont des paysages vus au microscope, saisis dans leurs moindres vibrations, dans leur intimité, dans leurs tremblements sous le souffle de la beauté imperceptible qui se fraye un chemin de lumière.

   "The Frosted Air" (L'Air givré) démarre au ras d'un drone percussif récurrent, de cliquètements, de fragments de conversations en arrière-plan, de petites touches de guitare, de piano. Peu à peu, très doucement, guitare et piano s'enlacent dans une aura électronique, une légère pulsation devient sensible, comme un balancement enveloppé. L'orgue joue le rôle d'un bourdon crescendo ; au premier plan, des clochettes parfois, le piano par intervalle, quelques bruits discrets, cisèlent le lent surgissement d'un flux somptueux charriant les sons d'une humanité chuchotante. C'est une respiration énorme, cosmique, dans laquelle se sont fondus tous les autres sons, la venue de la musique ultime, confondante. À écouter très fort pour se laisser porter...

   Le deuxième titre, "Found piano (a gift for the Ephemerist)" comprend entre parenthèses le titre énigmatique de l'album. Qui est cet "ephemerist" ? Le mot est un néologisme, certes transparent : l'éphémériste, créateur ou maître de l'éphémère, serait-ce le dieu auquel on offre un cadeau pour cette courte vie qu'est la nôtre ? Mais le musicien aussi est un éphémériste, les sons s'effaçant au fur et à mesure, remplacés par d'autres. Un étrange piano ouaté essaie de se faire entendre dans un monde dominé par des vagues électroniques, des scintillations cristallines. Le ton monte, le piano plus puissant immergé dans les grondements impressionnants d'un train fantôme filant sur la glace vers une destination inconnue, on imaginerait presque des rênes avec des grelots tirant un traineau colossal s'abîmant dans les forêts de la nuit.

   "Ontrafel" fait la part belle aux bruits les plus divers, créant une trame hantée, erratique. De quelle révélation s'agit-il ? La guitare s'interroge, des drones lui répondent en nappes épaisses pailletées de sons mystérieux. Tout crachote et semble s'enliser, mais le piano sonne une heure plus grandiose où la guitare flamboie dans le ciel peuplé de voix synthétiques, traversé de traits de lumière frissonnante. "Ontrafel" peut être considérée comme un prélude à la pièce la plus longue, "Waddensee" (Mer des Wadden), long hymne à cette mer des Wadden, avec ses zones côtières humides, refuge de nombreuses espèces. Tout ici est sous le signe de l'ampleur, de l'ouverture, d'une lumière diffuse, qui semble onduler dans une temporalité suspendue. Les oiseaux planent au-dessus des craquements d'un bateau dans lequel on marche lourdement, on entend des moteurs, un train, mais rien n'altère la splendeur, la grandeur d'un espace qui les inclut, les digère. Les six dernières minutes sont prodigieuses, d'une puissance sombre, un véritable enlèvement dans le feuilletage majestueux des éléments pour atteindre les fêtes lointaines de l'immortalité ?

   Un beau cadeau pour dégivrer toutes les névroses, ravir les amateurs de beaux envols.

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Paru en juin 2019 /  Rusted tone Recordings / 4 plages / 55 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente sur bandcamp :

  

Programme de l'émission du lundi 16 décembre 2019

Kaikhosru Sorabji : Études 3 - 4 - 6 - 7 (Pistes 3 - 4 - 6 - 7, 10'10), extraits de 100 Transcendental Studies (Bis records, 2006)

Marco Lucchi : Lectio Magistalis (16'25) Fichier numérique, 9 avril 2019 sur Bandcamp

Faust / Nurse With Wound : Lass mich / disconnected (p. 1 - 2, 25'), extraits de Disconnected (Art-errorist, 2007)

Publié par Dionys - dans Musiques Ambiantes - Électroniques
4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 18:00
Machinefabriek (5) - eau

Je serai toujours à la traîne avec Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek qui, de Rotterdam, nous inonde de ses productions. Clin d'œil, pour ce titre unique de mai 2019, intitulé eau, en français. C'est une autoproduction orpheline en quelque sorte, comme il en sort de plus en plus, la notion même de disque sur le point de disparaître. Toutefois, ce n'est pas un titre pour zombie pressé, avec ses trente minutes et dix secondes. Il y retrouve une autre néerlandaise, Mariska Baars, de Leyde, avec laquelle il a déjà collaboré à plusieurs reprises. Rutger dit ceci de eau : « eau n'est pas vraiment une chanson, ou une composition. Bon, techniquement, c'en est une, mais cela fonctionne plutôt comme une atmosphère qui remplit l'espace. Laissez faire la musique, rejouez-la, laissez les sons flotter dans la pièce - laissez-les coexister avec n'importe quel autre son. Ouvrez une fenêtre si vous voulez. Ou faites l'expérience d'un voyage avec les écouteurs, laissez ces doux sons, ces douces voix, ces bourdonnements et ces crépitements chatouiller l'intérieur de votre cervelle. »

   Le titre commence avec la voix comme écorchée de Mariska, démultipliée, tronçonnée en boucles brèves, puis soulignée par des notes tenues de synthétiseur, des bruits d'allumettes grattées peut-être. Tout commencerait dans le feu, par la voix brûlée dont s'échappe l'autre voix, la "vraie", aux inflexions caressantes, la voix des profondeurs, du rêve, tendrement épaulée par une guitare. Les volutes électroniques enveloppent vite un véritable chœur de voix, certaines en avant, proches, d'autres lointaines, séraphiques. Des phrases mélodiques reviennent inlassablement dans ce flux changeant, miroitant. C'est un travail d'orfèvre sonore, comme toujours quand Machinefabriek est à son meilleur niveau, comme ici, d'une beauté à couper le souffle. Tout tourne lentement, lent ballet d'apparitions sonores, les voix de Mariska doublées par des voix masculines à l'arrière-plan. La notion même de temps est bousculée, dans la mesure où ce flux charrie en même temps des fragments antérieurs et de nouvelles vagues. Au bout de dix minutes, tout le chœur semble couler pour ne laisser que la guitare et les claviers, avec très brièvement un dulcimer (?) aussi, les graves l'emportent, c'est une dérive, une fusion palpitante, agitée de clapotements infimes, serions-nous dans les grands fonds ? Des ponctuations lumineuses animent cette coulée, de plus en plus plombée par des drones. Tout résonne incroyablement, et vers dix-sept minutes on commence à réentendre d'abord les voix masculines, puis celles de Mariska derrière cette ligne massive de coraux. Début d'une lente remontée, d'une mêlée sensuelle étrange, trouble, entre voix et instruments, sons et bruits énigmatiques, avec quelques minutes marquées par l'égrènement de touches percussives, de cloches sous-marines. Croît l'impression d'un cortège somptueux nappé de voiles harmoniques aux multiples couches, avant qu'un coup d'arrêt (le dulcimer à nouveau ?) ne décante l'ensemble, les voix comme libérées d'une gangue, puis qui repartent, noyées au milieu de zébrures, d'une inflammation des textures sonores, d'une dépression sourde, de plus en plus étale, létale... sur laquelle se pose le souvenir de la voix engloutie et de ses sœurs lointaines. En somme ? Rien de moins qu'un magnifique opéra sans parole, la réécriture musicale inspirée de La petite sirène ou d'Ondine !

   Le disque est postproduit par Stephan Mathieu, compositeur et artiste sonore dans le domaine de l'électroacoustique. Du très beau travail !

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Paru en mai 2019 /  Autoproduction / 1 plage / 30'10

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 2 décembre 2019

Andrew Heath & Anne Chris Bakker : Ontrafel / Waddenzee (Pistes 3 et 4, 27'), extraits de A Gift for The Ephemerist (Rusted Tone Recordings, 2019)

Machinefabriek : Eau (piste unique, 30'10), extrait de eau (fautoproduit, mai 2019)

Publié par Dionys - dans Musiques Ambiantes - Électroniques
27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 17:04
Arovane & Mike Lazarev - Aeon

Arovane, pseudonyme du musicien de la scène électronique berlinoise Uwe Zahn, et le londonien Mike Lazarev ont sorti en août de cette année un disque parfaitement en harmonie avec les jours gris et pluvieux de novembre, et plus largement avec les journées nimbées d'une douce mélancolie. Le premier travaille le son avec les moyens électroniques, apporte des sons de terrain, tandis que le second reste au plan acoustique avec son piano. Enregistré tard la nuit dans le studio londonien de Mike, fenêtres parfois ouvertes, Aeon voudrait capter tous les sons émis par l'instrument, la chute des marteaux, la respiration des cordes, tente de restituer l'aura des sons, leur dimension spectrale, brumeuse.

   C'est donc une musique intimiste qu'ils produisent, à partir de mélodies simples, d'ambiances soigneusement étoffées, ce que soulignent les titres : "Us, inside" / "Echoes On, quiet". Ce dernier commence à partir de souvenirs de quatuor à cordes, entendu en fond sonore, dont il se  dégage grâce à une ponctuation régulière du piano avançant dans un tissu de courtes grappes sonores, de chuchotis, de discrets cliquètements pour poser sa mélodie gracile aux graves amortis. Certaines pièces sont comme des apparitions sonores, saisies dans leur lente trajectoire, ainsi "Unedlich, Endlich", le piano à peine effleuré, enveloppé d'une trame électronique diaphane. Plusieurs titres évoquent des couleurs, nées à l'intérieur du son, des formes : "Inverse Shape, Yellow" / "Inerp, Blue" / ou encore "Elegie, Red". Le jaune surgirait des tâtonnements du piano, dont on entend bien les marteaux, qui laisse émerger un fragment mélodique clair dans une gangue cotonneuse. Le bleu, serait-ce celui de ce ciel granuleux où évolue un piano interrogatif, ne cessant de poser sa question, qui porterait sur le sens du mot mystérieux "inerp", anagrammatiquement peu productif, "rein" ou "nier" en français, "ripen" (mûrir) en anglais ? Je réserve le rouge pour la fin, car c'est le dernier morceau. Qu'est-ce qui revient le 27 décembre ("Decembre 27th, Recurring"), si ce ne sont comme des voix synthétiques sur un flux tranquille et répétitif, le sillage d'un mystère frôlé ? Et le rouge de l'élégie finale ? La trame même d'une frêle mélancolie qui ne cesse de s'approfondir, de creuser son lit de cendres. Un disque de rien, un disque que j'ai failli laisser de côté, puis je me suis aperçu que j'y revenais, encore et encore, qu'il me touchait, sans avoir l'air de rien, sans poser ni tonitruer, verlainien, dans les demi-teintes, à petites touches imprécises... Aeon, c'est le Dieu du Temps chez Les Romains : une émanation subtile de l'éternité...saisie par deux alchimistes attentifs. C'est très beau.

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Paru en août 2019 chez Eilean Records / 10 plages / 33 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 11 novembre 2019

Marco Lucchi : A Glass of Water (13'18), fichier numérique (28 mai 2014)

Machinefabriek : III (avec  Peter Broderick) / IV (avec Marianne Oldenburg / VI (avec Richard Youngs) (p. 3 -4 - 6, 12'15), extraits de with voices (Western Vinyl, 2019)

Michael Vincent Waller : Nocturne n°4 / Love I à IV (p. 10 à 14, 12'30), extraits de Moments (Unseeen Worlds, 2019)

Günter Schlienz : Lamb, Part 1 & 2 (p. 2 - 3, 16'27), extraits de Know your new age (Zoharum, 2019)

Programme de l'émission du lundi 18 novembre 2019

Bruno Letort : Semelles de vent / Absence (p. 1 & 2, 10'15), extraits de Cartographie des sens (Musicube, 2019)

Machinefabriek : VIII (avec Marissa Nadler) (p. 8, 11'04), extrait de with voices (Western Vinyl, 2019)

Günter Schlienz : The Prophet, Part 1 & 2 (p. 4 - 6, 16'14), extraits de Know your new age (Zoharum, 2019)

Andrew Heath & Anne Chris Bakker : Found piano (p. 2, 10'48), extrait de A Gift for The Ephemerist (Rusted Tone Recordings, 2019)

Corey Fuller : A Hymn for the Broken (p. 6, 4'37), extrait de Break (12K, 2019)

Programme de l'émission du lundi 25 novembre 2019

Poppy Nogood : For the end of time / It's cloudy outside (p. 3 - 5, 13'15), extraits de Music for Mourning (Preserved Sound, 2016)

Michael Vincent Waller : Roman / Bounding (p. 15 - 18, 10'43), extraits de Moments (Unseeen Worlds, 2019)

Kyle Gann : The Lessing is Miracle (cd 1, p. 8 / cd 2, p. 1, 23'20), extraits de Hyperchromatica (Other Minds records, 2018)

Arovane & Mike Lazarev : Elegie, Red (p. 10, 3'29), extrait de Aeon (Eilean Records, 2019)

Publié par Dionys - dans Musiques Ambiantes - Électroniques
7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 16:00
Machinefabriek (4) - With voices

   L'homme aux machines de Rotterdam, Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek, élargit toujours davantage son univers sonore. Au carrefour des musiques électroniques, ambiantes, expérimentales, il utilise tout ce qu'il trouve, cassettes audio, générateurs de sons, sons enregistrés, qu'il combine avec ses synthétiseurs et autres possibilités offertes par l'électronique, pour créer, sculpter, une musique à la fois très élaborée et au potentiel émotionnel incroyable. Cette fois, comme le titre l'indique, il travaille avec les voix en orfèvre, en joaillier : il monte les voix pour les sertir dans une polyphonie électro-acoustique extraordinaire.

   « L'idée était que chaque chanteur, intervenant vocal, fasse ce qui lui vient naturellement. L'élément d'imprévisibilité était important pour moi. » précise Rutger. La voix peut chanter, dire un texte, émettre des sons inarticulés : le compositeur se charge de sa mise en valeur, en traitant chacune d'elle selon ses particularités sonores. Les huit titres sont construits à partir de huit voix différentes.

   Atmosphère éthérée pour "I", la voix de Terence Hannum, artiste visuel et musicien : la frontière entre voix humaines et voix de synthèse est inaudible. Nous sommes dans un vaisseau spatial assailli par des perturbations, et qui reprend sa route, son sillage de plus en plus étoffé de drones et de voix démultipliées, de distorsions rauques, qui percute parfois un nuage de particules pour mieux rebondir, foncer dans les textures granuleuses, forer dans le tissage devenu immense des voix. Quelques fragments mélodiques fournis par la chanteuse néerlandaise Chantal Acda sont incorporés dans une sorte de rituel annoncé par des percussions répétées en début de morceau, enrobées par des vagues de synthétiseurs. La voix est diffractée, les segments vocaux fracturés et montés en parallèle, en écho, le tout dans une forge grondante dont les murs s'éloignent sous des poussées sourdes. La douceur des voix féminines semble peu à peu triompher de forces noires, et l'on entend comme le râle de voix masculines basculant dans le néant. Terrifique, cette musique ! On retrouve la voix du compositeur et chanteur américain Peter Broderick, qui a déjà travaillé avec Machinefabriek, notamment pour ce chef d'œuvre qu'est Mort aux vaches, sur le titre III. Peter semble hébété, pousse des sons cadencés, doublés, triplés par d'autres voix, dans un opéra-borborygme très étonnant, éclaté par des percussions sèches, puis quelques mots installent un climat poétique propice aux agrandissements imaginaires, d'autres voix, comme des voix de gorge, nous propulsent dans des confréries telluriques d'une extrême puissance, avec une coda quasi chamanique. Un grand moment ! Marianne Oldenbourg chante vraiment en IV, sans doute un air traditionnel irlandais ou celtique, sur un tapis d'aigus tenus qui s'enrichit de multiples voix, un véritable chœur cosmique porté par des grondements donnant l'impression d'un folk intersidérant.

   Avec les Anversois de Zero Years Kid, le titre V est le plus grinçant au début, puis carrément fantomatique, les voix se croisant dans un temps coupé par des fulgurances. Une bande sonore idéale pour films de morts-vivants ! On dérive ensuite au fil de curieuses mélopées enveloppées de semi-ténèbres, finissant par se fondre en un chœur de lamentations accompagné de jappements à la mort. Le VI, sur la voix du britannique Richard Youngs, renoue avec les espaces éthérés du premier titre pour flotter entre tessitures traditionnelles comme le chant diphonique, et fractures électroniques, drones. C'est un des très grands titres de l'album, aux graves somptueux, aux échappées harmoniques confondantes. Le VII (voix de Wei-Yun Chen) a des allures bruitistes, une musique industrielle passée à la moulinette, des sons de terrain, ce qui donne un collage inégal en dépit d'un relatif retour mélodique. À sauver, la dernière minute, jouant bien de la voix chuchotante de Wei-Yun.

    Le disque s'achève avec le VIII et la voix de la chanteuse américaine Marissa Nadler. C'est un titre nettement plus long, un peu plus de onze minutes. Et un des sommets de l'album. La voix de sirène, angélique, de Marissa, est magistralement détournée, ornée, dans des volutes d'une profondeur inouïe. Les contrepoints vocaux sont d'un raffinement étonnant, soutenus par une électronique se faisant organique, enveloppante comme un manteau de caresses.

   Un des grands disques de l'année 2019 (il est paru en tout début d'année).

Mes titres préférés : I / II / III / VI / VIII //  Deux autres très bien. Évitable : le VII. (la vidéo de Marco Douma sur la page bandcamp m'incite à plus de modération...)

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Paru en janvier 2019 chez Western Vinyl / 8 plages / 46 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le disque en écoute et en vente sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 9 septembre 2019

The Gutter Twins : God's children / All misery Flowers (Pistes 2 - 3, 9'20) extraits de Saturnalia (Sub Pop, 2008)

Christina Vantzou : Glissando for Bodies and Machines in Space / Percussion in Nonspace (p. 1 - 2, 7'30), extraits de N°4 (Kranky, 2018)

                                           At dawn / glissando for Bodies and Machines in Nonspace (4'22), extraits de 4.5 (N°4 Remixes) (album numérique, 2019)

Melaine Dalibert : Cheminant (p. 4, 21'25), extrait de Cheminant (Elsewhere Music, 2019)

Arovane & Mike Lazarev : Us, inside / Echoes on, quiet (p. 1 - 2, 9'20), extraits de Aeon (Eilean Records, 2019)

Programme de l'émission du lundi 16 septembre 2019

Corey Fuller : Seiche (p. 1, 15'32), extrait de Break (12K, 2019)

Melaine Dalibert : De Zéro à l'Infini / Étude II  (p. 3 - 5, 15'51), extraits de Cheminant (Elsewhere Music, 2019)

L'Intégrale / Les Absolus :

Gavin Bryars : String Quartet n°1 (p. 2, 20'09), extrait de Three Viennese Dancers (ECM New Series, 1986)

Programme de l'émission du lundi 23 septembre 2019

Melaine Dalibert : Étude II  (p. 5, 11'14), extrait de Cheminant (Elsewhere Music, 2019)

                                           En abyme (p. 2, 10'02), extrait de Quatre pièces pour piano (2015)

Kyle Gann : Andromeda Memories / Pavane for a dead planet (cd 1 / p. 1 - 4, 17'34), extraits de Hyperchromatica (Other Minds records, 2018)

Christina Vantzou : Lava (Ka Baird) / Lava (Ken Camden) (p. 4 - 5, 8'25), extraits de 4.5 (N°4 Remixes) (album numérique, 2019)

Arovane & Mike Lazarev : StInterérieur, Ex / Unendlich, endlich (p. 4  - 5, 6'11), extraits de Aeon (Eilean Records, 2019)

 

15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 10:00
Esther Kokmeijer & Rutger Zuydervelt - Stillness soundtracks

   Je complète mon article du 15 novembre 2014 par deux extraits vidéo complets de ce film extraordinaire revu ces jours-ci. L'Arctique et l'Antarctique comme les deux pôles de la Beauté absolue. Le film d'Esther Kokmeijer est magistralement servi par la musique de Rutger Zuydervelt (Machinefabriek). Les dernières parties sont encore plus sublimes si c'est possible.

   L'extrait 2 est filmé au Groenland, le 3 en Antarctique.

Publié par Dionys - dans Musiques Ambiantes - Électroniques