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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 17:11

   Sorti en octobre 2012, Secret photographs est la bande sonore d'un film de Mike Hoolboom consacré aux photographies d'Alvin Karpis (né en 1907, d'origine lithuanienne), l'un des plus fameux voleurs de banque du XXe siècle, décrété ennemi public aux États-Unis et arrêté par J. Edgar Hoover en 1936, transféré dans le pénitencier nouvellement ouvert d'Alcatraz, dont il fut le prisonnier le plus longtemps détenu. Libéré sur parole en 1969, Karpis écrivit ses mémoires, Ennemi public numéro 1 : l'histoire d'Alvin Karpis, passa les six dernières années de sa vie en Espagne, où il mourut. L'ancien gangster devint un photographe obsessionnel à la fin de sa vie, sans qu'il montre jamais ses photographies. Le cinéaste Mike Hoolboom emporta sur ebay une enchère consacrée à un lot de photographies de Karpis : il eut l'idée d'en faire un film, un lent fondu enchaîné des images retrouvées. Certaines d'entre elles ont été reprises par Rutger Zuydervelt pour illustrer son disque, qui nous propose trois moments, deux en noir et blanc encadrant le moment central en couleur.

Machinefabriek (2) - Secret Photographs

   La première partie, "noir et blanc", est la plus minimale, combinant sons fondus, drones et brouillard électronique. Grisaille, spleen rampant, mais l'atmosphère est chargée, tendue. Quelque chose cherche à percer : vrilles, torsions insinuantes, crachotements troubles. Une solitude forcée, une tentative désespérée pour rejoindre un au-delà des barreaux. Alcatraz est une île dans la baie de San Francisco, célèbre pour ses brumes et ses cornes de brume (voir en fin d'article). Entend-on un orgue assourdi, un drone de guitare ? On ne sait plus, charriés par ce courant de tristesse lourde, parfois sur le point de disparaître, toujours renaissant toutefois. Comme un long combat pour la survie, le refus du noir total, de l'engloutissement dans l'informe.

   La deuxième partie, en couleur nous prévient Machinefabriek, tranche en effet par son attaque à la guitare, dont les réverbérations successives coloreront le premier tiers du parcours. La pièce est construite sur une boucle à peine augmentée et de plus en plus étirée, qui donne à entendre les doigts sur les cordes. Les sons se perdent dans des lointains peuplés de bruits indistincts de radios atones, de sourds gargouillements, de craquements suspects. Rien d'exaltant me direz-vous ? Si, on est comme suspendus à cette guitare mystérieuse, qui égrène ses notes lumineuses avec une nonchalance souveraine, hautaine. Il semble qu'elle réveille, par son pouvoir, d'autres sons, touchés par sa grâce. C'est tout l'arrière-plan qui se colore d'une infinité de nuances, dont surgissent des colonnes sonores magnifiques passées les douze premières minutes. Tout un tissage subtil et chatoyant anime le paysage suscité : nous sommes dans la magie Machinefabriek. Il n'y a plus de tristesse, plus rien que ce chant sans parole, cette intrication des sons qui tissent une tapisserie tranquillement somptueuse, longue traîne alourdie de graves profonds, pailletée de scintillations, ourlée de mouvements spiralés. Rutger prend son temps, il prend le temps pour ce qu'il est, pure durée dans laquelle  s'installer pour que surgisse l'autre côté du son, le magma pulsant qui nous recouvrera un jour et que nous entendons dans les trois dernières minutes, bruitistes et musicales pourtant, de cette plongée totale de plus de trente-deux minutes. 

   Retour au noir et blanc pour finir, un noir et blanc plus contrasté que dans la première partie, animé d'une pulsation lancinante, vite doublée d'échos très sourds. C'est la vie qui bat, forte, incompréhensible, aveugle, toujours renaissante, sombrement foisonnante, victorieuse de toutes les résistances troubles. C'est la vie qui engendre ces montées claires de clavier parmi les gravats électroniques, ces respirations profondes comme une houle inextinguible de haute mer. C'est une musique qui balaie tous les miasmes, incante le moment par son mouvement virtuellement perpétuel, vertigineux et fascinant.

   Comme à chaque fois, Machinefabriek nous convie à une expérience des limites, radicale et totalement aboutie. 

Paru en octobre 2012 chez Important Records / 3 titres / 74 minutes  

Pour aller plus loin

- l'album en écoute sur Bandcamp, où vous pourrez aussi l'acheter sous forme physique de cd ( Le son est incomparablement meilleur que celui de tous les MP3 !).

- la page du site de Machinefabriek consacré à son disque.

- Un article consacré à Alcatraz, vu par Ingram Marshall, Martin Scorcese...

- Un autre consacré aux sirènes de navire et cornes de brume dans la musique contemporaine (Alvin Curan et Ingram Marshall)

- le début du titre deux (ce n'est que le début, l'essentiel selon moi vient ensuite !) sur une fausse vidéo :

Programme de l'émission du lundi 17 novembre 2014

Hommage à Machinefabriek (2) :

* Machinefabriek : Flotter (Piste 2, 18'40), extrait de Daas (Cold Spring, 2010)

                                   Instuif (p. 1, 19'15), extrait de That it stays winter forever (White Box, 2010)

                                    Part three (black and white) (p.3, 20'09), extrait de Secret photographs (Important Records, 2012)

Programme de l'émission du lundi 24 novembre 2014

Hommage à Machinefabriek (3) : Collaborations

* Machinefabriek & Jan Kleefstra : Piiptsjilling (31'53), intégrale de Piiptsjilling (Onomatopee, 2008)

* Machinefabriek & Peter Broderick : Session II (p.3, 25'35), extrait de Mort aux vaches (Staalplaat, 2011)

15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 14:59

   Graphiste de formation, le néerlandais Rutger Zuydervelt, né en 1978, se consacre pleinement à la musique depuis au moins 2004, lorsqu'il est apparu sur la scène musicale sous le pseudonyme de Machinefabriek. Depuis la sortie remarquée de Marijn en 2006, il a multiplié concerts et installations sonores dans le monde entier, albums solo et collaborations. Parmi celles-ci, je signale celles avec Peter Broderick, Michel Banabila ou encore Anne Chris Bakker. Autrement dit, Machinefabriek est au cœur de la galaxie INACTUELLES depuis déjà un moment. Je lui devais bien une série d'articles, consacrée à ses disques solo en priorité, pas forcément dans l'ordre. Il se trouve que je commence aujourd'hui par l'une des dernières sorties de ce musicien au carrefour des musiques électroniques, ambiantes, qui élabore ses pièces comme des sculptures sonores, des films sans image, ce qui explique qu'il soit régulièrement sollicité par des vidéastes, chorégraphes et des artistes très divers.

Machinefabriek (1) - Stillness Soundtracks

Stillness Soundtracks est le résultat d'une commande de la photographe et vidéaste Esther Kokmejer. Comme Rutger appréciait les photographies de cette dernière, il a accepté de créer une bande son pour ce qu'elle a filmé en Arctique et Antarctique. S'il précise qu'ils ont renoncé à une musique par trop glaciale, sombre, le résultat n'en reste pas moins d'un hiératisme dépouillé. Chaque moment est une épure, chaque pièce est une dérive sonore qui accompagne la lente dérive des icebergs, somptueusement filmée et délicatement colorisée. Le cd comporte deux titres supplémentaires exclusifs, les pistes 1 et 5.

"(Chinstrap)" est le point de départ dépaysant de cette odyssée glaciale. Comme des trompes, des sirènes, une rythmique quasi asiatique aux cordes, puis l'orgue vaporeux, un violon ou un alto aux notes tenues, langoureuses. Lentes ondulations, danse quasi immobile. Nous voici en Arctique, au Groënland : "Stillness #1". Cordes graves, clavier translucide, drones, sourde pulsation : un monde secret, animé de mouvements intérieurs, une marche sombre. Toute la beauté de la musique précise, abstraite et dramatique de Machinefabriek. "Stillness #2" est plus abrupt, taillé en blocs sobres, faillé par des silences. Retour de boucles de piano, cordes brumeuses, entre lesquelles s'imiscent d'autres sons, boisés, cuivrés, qui font peu à peu s'écarter les parois du canyon : titre absolument fascinant, d'une majesté glacée, travaillé par une vie souterraine presque imperceptible dont Rutger est le patient sculpteur. Toute la fin de ce morceau d'un peu plus de huit minutes nous donne à écouter comme un tremblement de terre glaciaire, l'un de ceux qui ébranlent périodiquement cette épaisse couche de glace. Verres frottés dirait-on, drones sifflants, descente de comètes radieuses : l'aube se lève sur l'islandsis, l'impression sonore d'une aurore boréale, je vous garantis, pas d'image devant moi, le disque au casque. C'est absolument magnifique, grandiose, c'est "Stillness #3". Drones profonds, violoncelle (ou contrebasse) tellurique, beat sec espacé, des icebergs se séparent, vallées pleines d'échos étagés. Puis tout semble se taire, reste une onde frissonnante qui part doucement en vrille : un rayon se pose avec d'infinies précautions sur la banquise...Le deuxième "(Chinstrap)" sert d'intermède : sons d'oiseaux, vagues, une mélodie chaude et caressante, derrière les vitres d'un café ou d'une taverne, l'or du crépuscule qui fait battre  la mer...Nous voici en Antarctique. "Stillness #4", monde opaque, masses grondantes, déplacements invisibles. L'électronique de Machinefabriek fait merveille. Nous sommes à l'intérieur de la calotte colossale, dans une cathédrale de glace ; nous sentons la formation des stalactites de glace, la lente coulée de forces troubles qui font craquer les couches accumulées par des millions d'années. Cette musique glaciale est paradoxalement bouleversante, parce qu'elle est écoute du cœur du monde, célébration de l'énigmatique beauté des origines. Ne sommes-nous pas très proches des premiers surgissements, des premiers frémissements de la lumière, enfermés dans ce continent mystérieux ? Nous avançons, suspendus au moindre bruit, au moindre rayon, vers la beauté absolue. Un chef d'œuvre ! "Stillness #5" paraît d'abord par contraste plus léger, une marche précautionneuse parmi les effritements, mais les graves surgissent, plus profonds encore, épanouis, ronds, une subtile pulsation anime une puissante dérive vers les abysses. Le titre prend des allures orchestrales, un orchestre des ténèbres blanches, mené par des cordes suaves, tandis que les falaises environnantes se fissurent et tombent dans des ralentis sublimes.

   Une splendeur, ce disque ! Quant aux films d'Esther Kokmeijer, dont je ne connais que de brefs fragments, ils paraissent à l'avenant. Vivement une édition en Dvd (il y a eu une édition limitée de cent clés usb, hélas épuisée...) ! 

   Paru en juin 2014 chez Glacial Mouvements Records / 7 titres / 43 minutes

Pour aller plus loin

  - l'album en écoute sur la page bandcamp du label, italien je le signale. Glacial Mouvements est basé à Rome, dirigé par son fondateur Alesandro Tedeschi. Le label est spécialisé dans les paysages sonores électroniques, ambiants, inspirés par l'Arctique et d'autres lieux oubliés par l'homme.

- un bref montage d'extraits du film Stillness d'Esther Kokmejer :

- "Stillness #4" en écoute :

Programme de l'émission du lundi 10 novembre 2014

Hommage à Machinefabriek (1) :

* Machinefabriek : Stillness #3, #4, #5 (Pistes 4 - 6 - 7, 26'), extraits de Stillness Sountracks (Glacial Movements Records, 2014)

                                    Part two (colour) (p. 2, 32'33), extrait de Secret photographs (Important Records, 2012)

                                  

3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 16:00

   C'est une rencontre. Entre Michel Banabila, compositeur de la scène électronique expérimentale néerlandaise, et Oene Van Geel, altiste et compositeur improvisateur qui passe allègrement du jazz à la musique indienne, participe à de multiples formations. Ils se sont rencontrés pour le Cloud Ensemble, ont décidé d'aller plus loin, d'où ce disque. Absolument magnifique, envoûtant.

   Le premier titre, "Sinus en Snaar", commence par ce qui ressemble à des sirènes, mais des sirènes suaves - comment ne pas penser encore une fois à cet album extraordinaire qu'est Weather  de Michael Gordon ? -, l'alto fondu dans les sons électroniques. Notes tenues, longs glissandos, de discrètes percussions sur un fond de drones. Le temps s'étire. Tout flotte dans une indistinction sensuelle où l'on entend parfois comme une voix subliminale murmurer très vite une syllabe. Le temps s'enroule autour des claviers, des bruits ponctuent  cet étirement, puis tout s'enfle, l'alto se dégage, trace des lignes légères, l'effet de sirène recommence, l'espace sonore s'approfondit, se strie de strates superposées. Vers la fin de la pièce, les bruits se déchaînent mœlleusement avant le silence.

   "Dondergond" joue de la rupture, plus dissonant, percussif, grondant sur une base de boucles bourgeonnantes. L'alto virevolte, tout se détraque sans que le fil harmonique se perde, entre jazz et musique industrielle. L'archet frotte, grince, une batterie (synthétique) s'énerve : stratégie du chaos (titre évitable selon moi, trop long pour son contenu) qui permet de mieux apprécier la troisième composition, "Echoes from Hadhramaut". Nous serions donc à l'est du Yemen, sur le golfe d'Aden. L'Orient, le rêve : claviers brumeux, nappes lointaines, l'alto qui se contorsionne comme un serpent, lève la tête et considère avec dédain les environs. Le sable, partout le sable : nuages de particules fines, mirages, échos démultipliés. Graves fracturés au premier plan, aigus zigzaguant à l'arrière, tourbillons, le vent, puis la retombée dans la lenteur majestueuse, l'envolée des djinns, peut-être emploi de ce fameux violon Stroh, à pavillon, amplifié (qui serait originaire de Birmanie). On est en pleine cérémonie magique, chamanique, une basse rentre en transe pour finir.

   Que reste-t-il ? Rien sinon le ciel bleu, traduction du quatrième titre, "Nothing but Blue Sky", très ambiant et mélodieux : sculpture sonore délicate, raffinée, volutes et torsades en apesanteur qui s'éloignent ensuite dans des battements d'ailes aigus, d'aériennes nappes d'orgue. Au bout, c'est le Royaume de la Terre, "Kingdom of Earth" mystérieux, dépouillé, poignant. Terre des surgissements somptueux, irréels. L'alto déroule une mélopée très lente devant un paysage sonore mouvant qui s'anime peu à peu. Le système Doepfer A-100 modulaire de Michel Banabila fait merveille : textures miroitantes, on ne sait plus très bien ce qu'on entend, tout peut advenir dans ces changements à vue, ces virées diaphanes, ces timbres évanescents qui se résorbent dans un souffle.

   Un superbe mariage électro-acoustique !!

Paru en 2014 chez Tapu Records / 5 titres / 46 minutes

Pour aller plus loin

- Michel Banabila sur Bandcamp avec l'album en écoute et à acheter (cd ou en téléchargement)

Alto, Doepfer A-100 modulaire...et violon Stroh.

Alto, Doepfer A-100 modulaire...et violon Stroh.

Programme de l'émission du lundi 29 septembre 2014

Fink : Green and the blue / White flag (Pistes 2 & 3, 11'10), extraits de Hard Believer (Ninjatune, 2014)

Grande forme :

* David Shea : Ritual 32 (p.1, 18'39), extrait de Rituals (Room40, 2014)

Rivages électroniques :

* Oneohtrix Point Never : He She / inside World / Zebra (p.3 à 5, 12'), extraits de R Plus Seven (Warp records, 2013)

Spyweirdos (with Antonis Anissegos) : First Act (p.1, 9'27), extrait de Piano Acts (Room40, 2014)

9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 13:13

La neige brûlante

d'outre mélancolie 

   Le titre est sobre, c'est son deuxième album en solo ; le nom de la compositrice américaine d'origine grecque figure en tout petit sur la pochette où elle se tient devant un mur ou une toile, les mains croisées cachant une partie du visage. En soi, c'est déjà tout un programme pour Christina Vantzou (Vantsos de son vrai nom), d'abord vidéaste et artiste sonore, ex-membre de Dead Texan aux côtés d'Adam Wiltzie, lui-même de Stars of the Lid et de A Winged Victory for the Sullen. Ce dernier intervient d'ailleurs sur le septième titre en tant qu'instrumentiste et il a mixé presque tous les titres de ce nouveau disque.

   Depuis Bruxelles, elle distille une musique impersonnelle d'une perfection glacée. Élaboré sur une période de quatre ans, N°2 est la rencontre magnifique des synthétiseurs et des échantillons de Christina et du Magik*Magik Orchestra, une section de cordes enrichie de bois et de cuivres, à la croisée nocturne de l'ambiante et de l'électronique.

   "Anna Mae" s'ouvre avec le piano sur fond orchestral. Le son monte, s'élance solennellement, s'enfle. C'est un appel venu de l'abîme, feutré de drones. "Going Backwards To Recover That Which Was Left Behind" : le violoncelle guette, rejoint  par le piano. Douceur et très lent tournoiement, l'orchestre murmure puis décolle cuivré comme du Wim Mertens ou du Michael Nyman. Serions-nous dans un jardin anglais par une sombre nuit ? L'impression se précise avec le somptueux "Brain Fog" où cor, basson et autres soutenus par les cordes donnent au morceau l'allure d'un titre de Tangerine Dream à l'époque de Phaedra. "Strange Symptoms" s'ébroue entre des nuées diaphanes. Les titres, jamais longs, sont comme des apparitions sonores. "Vancouver Island Quartet" est l'alliance entre une voix féminine éthérée et des frémissements qui se matéralisent en vagues orchestrales : on n'est pas si loin que cela d'un groupe comme Dead Can Dance, en plus resserré, dense. Avec "Sister", on retrouve la voix, noyée sous les violoncelles et les cordes, et l'on comprend alors le miracle de cette musique que j'ai qualifiée d'impersonnelle : aucun pathos, mais une tenue telle que l'émotion naît de cette pureté du trait, de la ligne. Une élégance noire...un parfum d'ailleurs comme dans l'envoûtant "VHS" mené par flûte et clarinette, et quand les cordes viennent, tout s'en va, on frémit d'une telle beauté, on plonge dans ces eaux troubles qui tremblent dans les graves, et l'on retrouve des naïades chantantes, une harpe sur la rive enchante le soir englouti. "Arp", justement, suit : du Arvo Pärt, on le jurerait, ces violons déchirants et lumineux, seuls dans l'espace immense, épaulés par l'orchestre suave et grave. Quel sens de la mesure, de la suite dans ce disque qu'il faut écouter d'un trait comme on boirait une liqueur divine ! "Little Darlin' Seize The Sun" poursuit la trajectoire stratosphérique de cette musique sans concession. "Vostok" est une mélodie gracile au charme onirique à la Peter Broderick se développant en hymne puissant en moins de deux minutes : magnifique et sidérant ! Le dernier titre est comme une signature : "The Magic Of The Autodidact", n'est-ce pas une allusion à son propre parcours que glisse Christina ? Sous ses dehors glacés, cette musique est de la lave dont nous suivons les souterraines ondulations, les acmés fulgurantes.

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Paru en 2014 chez Kranky / 11 titres / 35 minutes (seulement, diront certains, mais peu importe !!)

Un album de remixes est déjà sorti, avec notamment Loscil.

Pour aller plus loin

- le site de Christina Vantzou

- la vidéo de Christina pour VHS :

 

Programme de l'émission du lundi 23 juin 2014

Histoire d'un document retrouvé : Têtes ensablées / Désemparés / Éternel passager (Pistes 4 à 6, 7'30), extraits du disque sans autre titre (Quadrilab, 2014)

Zéro degré : La Nuit (p.5, 3'38)

Guillaume Gargaud : Overflow 1 (p.6, 5'11), extraits de la compilation Quadrilab V01

Christina Vantzou : Brain fog / Strange symptoms / Vancouver Island (p. 3  à 5, 8'30), extraits de N°2 (Kranky, 2014)

Grande forme :

*Yannis Kyriakides : Varosha (Disco Debris) (p.2, 30'56), extrait de Resorts & Ruins (Unsounds, 2013)

Programme de l'émission du lundi 7 juillet 2014

Histoire d'un document retrouvé : En bonne compagnie / Tirage au sort / Espagne / Final énigmatique / Cartes sur table (Pistes 7 à 11, 7810), extraits du disque sans autre titre (Quadrilab, 2014)

Scott Wilson : On the Impossibility of Reflection (p.1, 12'40), extrait de Shadow Piano (Innova Recordings, 2013) par Xenia Pestova, piano & électronique

Charles Tomlinson Griffes : Three Preludes (p. 3 à 5, 7'30), extraits de Panorama of american Piano Music 1911 - 1991  (Mode records, ?) par Yvar Mikhashoff, piano

Christina Vantzou : Sister / VHS / ARP (p. 6  à 8, 11'), extraits de N°2 (Kranky, 2014)

Pan& Me : The Lighthouse (p.1, 10'20), extrait de Pal (Denovali Records, 2012)

Oneohtrix Point Never : Boring Angel (p. 1, 4'17), extrait de R Plus Seven (Warp Records, 2013)

12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 14:19

   Trois titres seulement pour cette collaboration entre sept musiciens néerlandais. Je ne connaissais que Michel Banabila, dont j'ai chroniqué le récent More research from the same dept, et Rutger Zuydervelt, alias Machinefabriek, avec lequel il a déjà collaboré, Machinefabriek présent sur le sublime Mort aux vaches, et auquel il faudra que je consacre au moins un article, tant ce musicien de la scène électronique et ambiante est pour moi important.

   Voix, instruments acoustiques et électroniques, c'est le cocktail de cet ensemble : les voix de All n4tural et Yuko Parris, guitare, violon, alto, piano électrique, archet électronique, traitements divers, verres frottés, sons de terrain. "Here and there", premier et plus long des trois titres, s'ouvre sur des cordes frottées, l'orgue "philicorda" de Rutger en nappes quasi statiques, des sons d'extérieur, peut-être des enfants qui jouent, puis la voix grave chantonnant-murmurant de All n4tural, à laquelle vient se mêler la voix frêle, plus dans les aigus, de Yuko - du moins je le suppose (cela peut être l'inverse !). Le décollage a eu lieu. On restera très haut, rejoints par la guitare de Michel. La pièce est rythmée par les échanges vocaux, savamment étagés, en courtes interventions suaves, profondes, enveloppées de frémissements harmonieux, de virgules envolées, avec une très belle coda tout en traînées, frottis et raclements. "Hide and seek", au rythme d'abord plus rapide, évolue également dans les hauteurs, enchanté par la voix de Yuko, un violon nettement plus présent, qui rappelle parfois la musique indienne. La pièce se fait langoureuse, câline, doucement disco : son titre n'est-il pas une invitation au jeu de cache-cache, si délicieux ? "Silent World" est plus majestueuse : c'est la plus ambiante des trois compositions, au rythme profond et ample, aéroportée par le chant du violon dans les aigus. Pièce nébuleuse, parcourue de pluies intérieures.

    Bien sûr, on en voudrait plus. Je regrette aussi que l'album ne soit pas disponible en cd (mais on peut le comprendre étant donné la durée). Les fans de vinyle seront toutefois ravis par une belle édition colorée !

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Paru en mars 2014 chez Tapu Records / 3 titres / 20 minutes

Pour aller plus loin

- la page consacrée au disque sur bandcamp

- d'autres informations sur la page SoundCloud

-  le disque en écoute : 

Cloud Ensemble, suavité ouatée de l'éther...
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 09:04
Kleefstra / Bakker / Kleefstra - Sinne op 'e Wangen

    "Le Soleil sur les joues", c'est la traduction du titre frison - langue de la Frise, au nord des Pays-Bas - de ce film de Sabine Bürger, photographe et vidéaste allemande qui a produit plusieurs films en collaboration avec des musiciens. Il est très rare que je me lance dans un article consacré à un dvd, de surcroît difficile à se procurer, mis à part auprès des artistes qui y ont contribué. Mais ce film est une merveille à découvrir. Nous voilà loin d'une modernité de pacotille, prétexte à nous infliger des images laides ou quelconques, de préférence à un rythme si rapide qu'on n'y voit plus rien. Sabine Bürger filme en un somptueux noir et blanc les épiphanies de la lumière dans ce qui semble d'abord un champ de graminées vu de très près. On est parmi les tiges qui bougent, on est immergés, comme pris dans le flux des raies lumineuses qui traversent de biais l'écran, emportés dans un voyage d'une magique fluidité. Puis tout ralentit, l'on suit les frémissements des tiges courbées sous le vent invisible, elles s'approchent, deviennent floues, porteuses de lumière sur le fond noir strié de lignes claires entrecoupées, s'écartent pour dévoiler la multitude des tiges noires à l'arrière-plan. Visuellement somptueux, envoûtant !

   Et la musique ? Elle est signée Anne Chris Bakker, Jan & Romke Kleefstra, trois musiciens néerlandais. J'ai consacré au premier deux articles (voir en fin d'article). Quant aux frères Kleefstra, Jan est l'auteur de poèmes en frison dits très doucement, fondus dans la musique, Romke guitariste notamment. On les retrouve dans Mort aux vaches de Peter Broderick et Machinefabriek, ils font partie de The Alvaret Ensemble avec Greg Haines.     

Kleefstra / Bakker / Kleefstra - Sinne op 'e Wangen

   Guitare, percussions sourdes et translucides, clochettes, drones légers : c'est la recette de ce miracle renouvelé de disque en disque. Une musique d'un douceur indicible, animée de mouvements lents, comme des spirales, des volutes, que la caméra de Sabine Bürger épouse à la perfection. Le film est une longue extase visuelle et auditive. Les mots frisons de Jan viennent s'y enchâsser avec délicatesse, avec précaution, comme s'il s'agissait d'un mystère. Et c'est bien en effet un mystère auquel nous sommes conviés. L'image et le son s'écoutent, s'éclairent mutuellement, donnant à voir et à entendre ce que notre monde frénétique trop souvent ne voit plus, n'entend plus, la beauté de l'imperceptible, de l'impondérable...

Frissons de la lumière

du vent,

souffles du noir

du blanc

doux battements

petit monde

la pulsation s'enfle

s'ensuave

dans l'effacement ineffable

danse de la lumière

parmi les graminées graciles

 

soudain nous savons

pourquoi nous sommes là

suspendus aux courtes vagues

des claviers en boucles

aux brefs déchirements

de la guitare chantant

l'avènement

 

Ce qui se joue là

dans les crépitements

les froissements

les fragmentations percussives

serrées et sourdes

l'accélération musicale

C'est l'avènement

la joie radieuse

tapie parmi

les interstices

fulgurance

de la simplicité

le soleil sur les joues

 

© tous droits réservés

Kleefstra / Bakker / Kleefstra - Sinne op 'e Wangen

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DVD publié en février 2014 par la galerie Vayhinger, Radolfzell / un seul titre d'un peu plus de 36 minutes.

Le dvd comporte le texte frison de Jan Kleefstra. Je n'en ai pas encore la traduction.

   Le texte qui précède est de moi, pas de Jan. Improvisé en écoutant, regardant le dvd. Les trois photogrammes sont extraits du dvd.

Pour aller plus loin

- la page de bandcamp, avec écoute intégrale de la musique et possibilité de commander le dvd.

- le site d'Anne Chris Bakker, la page consacrée aux films qu'il a réalisés ou pour lesquels il a écrit (ou coécrit) la musique.

- mon article consacré à Weerzien d'Anne Chris

- celui consacré à Tussenlicht

- le site de Sabine Bürger, la page des collaborations.  Trois extraits du dvd ici.

- un très court extrait du dvd :

Programme de l'émission du lundi 2 juin 2014

Pour Renaud, amateur de Frédéric Lagnau :

*Ann Southam : Rivers n°8 (p. 7, 2'38)

*Federico Mompou : El Lago (p. 20, 5'14)

*Frédéric Lagnau : Ça va son dire (p. 17, 3'36) extraits de Jardins cycliques (Lycaon, ?)

                                                                                                          de  Frédéric Lagnau

Pour Sylvain, fidèle auditeur de Montréal :

*Ann Southam : Pond Life I à IV (cd 2 / p. 7 à 10, 11'30), extraits de Pond Life (Centre de Musique Canadienne, 2009)

Andy Moor & Yannis Kyriakides : Folia 3 à 5 (p. 3 à 5, 15'), extraits de Folia (Unsounds, 2010)

Grande forme :

*Anne Chris Bakker : I Thought My Heart Was Calm (p. 2, 16'02), extrait de Reminiscences (Dronarium, 2014)

31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 15:24

L'Odyssée de la lumière 

Après Weerzien, son premier disque solo sorti en septembre 2012, le néerlandais Anne Chris Bakker a continué son chemin, si bien que j'ai pris du retard ! Mais comme le chemin est beau, peu nous importe...En septembre 2013, il faisait paraître Tussenlicht (Entre la lumière / Between Light) sur le même label Somehow Recordings. C'est de lui qu'il s'agira ici, en attendant que j'aborde son troisième, paru en février de cette année.

  À l'aide d'un archet de violon sur une guitare plus ou moins préparée et de quelques processus électroniques et sons de terrain, Anne Chris Bakker élabore une musique fragile et prenante, aux frontières d'une ambiante minimale, de l'électro-acoustique et de l'expérimentale. "Winter", le premier titre, c'est la rencontre avec des objets sonores à la dérive, qui tracent de profondes trajectoires vibrantes, ponctuées par un piano méditatif. Des cordes frémissent, des harmoniques persistent, des coulées langoureuses s'élèvent à l'assaut du ciel immense. Au bout d'un peu plus d'une minute, on y est, au pays de la lumière calme. L'auditeur s'abandonne au doux massage de ces sons qui tournoient avec une incroyable douceur veloutée, se vêtent de silences intermédiaires tapissés de decrescendos majestueux, sans emphase aucune.

   "Tussenlicht" commence au piano, un piano qui se cantonne à un contraste entre médiums et aigus, comme un appel de la lumière qui surgit de l'arrière-plan sous forme d'ondes sonores et de bruits du quotidien. Un feu qui crépite, la lumière qui se précise tandis que le piano s'éloigne, c'est une vague d'orgue (ou similaire), à peine ondulante d'abord, qui monte ensuite en se tordant très légèrement, entaillée de piqûres aigues qui lui font une dentelle. Claquements secs de temps à autre, la vague reprend, illuminante, avec en contrepoint quelques notes éparses de guitare, un fouillis d'ondes, des crachotements, des enfants, tout se suspend presque, de rares notes frottées, puis la vague revient, s'élève dans sa pureté fastueuse, porteuse de quelques incidents sonores, rythmée avec infiniment de douceur par la guitare qui flambe à peine, puis un peu plus haut. J'ai beaucoup de mal à sortir de l'envoûtement dans lequel me tient cette musique extraordinaire...

   D'autant que "Trage lichamen" (Corps lents / slow bodies) suit, nous emportant plus haut, plus loin. C'est la musique de l'ineffable. Anne Chris Makker nous emprisonne dans une comète sidérante. Cette musique dit l'odyssée de la lumière, cette lumière d'avant le temps, qui traverse et en traversant crée le monde. Nous ne pesons plus rien, elle nous prend dans ses bras cosmiques, nous soulève par profonds mouvements de houle successifs jusqu'à l'empyrée des sons battant le temps. Il n'y a plus rien que cet avènement splendide, cette respiration égale, enrichie des sons fondus en elle, comme tordus d'extase sourde. Rien d'angoissant comme chez un Harold Budd, par exemple, dont la musique est tant sous le signe de la nostalgie.

   Non, c'est la musique du maintenant, plein, si émouvant, des petits riens du quotidien, comme le confirme "Ochtend" (Aube / Dawn), le chant de joie d'une aube toujours nouvelle. Lyrisme grandiose, guitare et cordes qui s'envolent à l'unisson, tracent des lignes de feu dans le ciel du matin...avant de continuer leur course infinie, de nous inviter à suivre leur trace qui décroit tandis que des sons métalliques s'agitent comme s'ils voulaient s'envoler. Reviennent des sons de récréation peut-être, des enfants jouent, écho terrestre de la joie extra terrestre de la lumière en allée. Et l'on retombe, parce qu'il faut bien retomber, pour retrouver le musicien qui vient de finir de jouer, de nous enchanter.

   Le second disque solo magistral d'un musicien à la fibre indéniablement mystique. Ce qui fait sacrément du bien en ces temps d'implacable et brutale "réalité". 

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Paru chez Somehow Recordings en 2013 / 4 pistes / 37 minutes

Pour aller plus loin

- le disque en écoute sur bandcamp. Disponible aussi sous forme physique (cd) en écrivant au compositeur.

- le site du compositeur

"Entre la lumière", hommage à Anne Chris Bakker / Photographie © Dionys Della Luce

"Entre la lumière", hommage à Anne Chris Bakker / Photographie © Dionys Della Luce

Programme de l'émission du lundi 24 mars 2014

Michel Banabila : Sunbeams / Cryptography (Pistes. 7 - 8, , 11'30), extraits de More Research from the same dept. (Tapu Records, 2014)

Ann Southam : Fidget creek / soundstill I à III (p. 1 à 4, 24'30), extraits de Pond Life (Centrediscs / Centredisques, 2009)

itsnotyouitsme : Sometimes it's hard being alive seeing bright stars in the sky (p.6, 8'55), extrait de This I (New Amsterdam Records, 2013)

Anne Chris Bakker : Winter (p. 1, 4'46), extrait de Tussenlicht (Somehow Recordings, 2013)

10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 17:36

   Quatrième album de itsnotyouitsme, duo constitué par le guitariste Grey Mcmurray et le violoniste compositeur Caleb Burhans, après Everybody's pain is magnificent, double cd de 2011, fallen monuments en 2010 et walled gardens en 2008,  This I installe tout de suite les vastes paysages sonores, mélancoliques et raffinés, des deux comparses, qui jouent ensemble depuis 2003. Rejoints par Theo Bleckmann à la voix çà et là, et par Skuli Sverrisson à la basse, ils savent mieux que jamais sculpter l'espace de griffures de guitare, de virgules de violon tandis que l'air frémit de touches électroniques. Tous les deux fans de Brian Eno, Pink Floyd...et Jean-Sébastien Bach notamment, ils construisent avec rigueur une musique ambiante, électronique, d'une confondante beauté, toujours émouvante, peuplée de voix déchirées et fantomatiques qui se fondent dans les textures amples des morceaux. Les titres se font l'écho d'un monde doucement incompréhensible, frissonnant d'incertitude. "If the Ground Is Covered, Are We Still Ouside ?" demande le premier, plus de onze minutes d'ondulations inextricablement liées qui nous enveloppent de leurs caresses voluptueuses. On se baigne dans cette mélancolie frisée par des soleils couchants multiples, balayée par des vagues surgissantes se perdant dans les arrières d'un univers translucide. "things past are pretty now", le second titre, est le plus post rock de l'album, avec de petites incandescences nerveuses de la guitare électrique. C'est une sorte de danse sur place, tout en courbures, en sinuosités entre lesquelles la voix de Theo s'insinue, à peine détachée de la nébuleuse ambiante, soulignée par des chœurs plus graves à l'arrière-plan, danse qui se cogne doucement à des angles percussifs, comme si l'on se trouvait dans un palais des miroirs où les échos du passé ne cessent pas de mourir. Le titre suivant, "Long Tales of Short Lived Victories" est l'un des plus envoûtants de l'album, saturé de réverbérations, d'effets de perspective trouble. Une ligne se déplace dans les airs au-dessus d'un relief dévasté, banquise des victoires célébrées déjà oubliées ; elle se rapproche, s'éloigne, tel un oiseau aux très vastes ailes qui pousserait parfois l'air très fort devant lui avant de disparaître dans un ultime coup d'aile. "Wrinkling Into A Beautiful And Broken World" détisse peu à peu des nœuds de guitare et de butées percussives pour prendre de l'altitude au-dessus d'un monde agité, foré de tourbillons sourds : second moment post rock assez net, sans pesanteur toutefois, sans cette emphase qui plombe trop souvent les compositions de ce courant. On arrive dans une contrée déblayée avec "The You Since Me", pièce très planante, doucement rythmée par la guitare obsédante, incantée par le violon et la voix qui se laisse aller à de belles envolées, sobres et lumineuses. En un sens, une pièce de réconciliation, d'harmonie supérieure entre les mois constitutifs du duo devenu quatuor, qui digèrera sans difficulté les aspérités bruitistes du début de la seconde moitié, en profitera même pour atteindre des couleurs extraordinaires avant de se permettre un ultime et rayonnant survol tandis que sombrent les miasmes d'un monde inquiétant. Le dernier titre, "Sometimes It's Hard Being Alive Seeing Bright Stars In The Sky", élargit et transcende la perspective, tout en lignes diaphanes, en disparitions malicieuses, en surgissements miraculeux de délicatesse. Les sons deviennent ceux d'une ruche cosmique, radieuse, frémissements de milliers d'ailes légères obéissant à l'appel répété de la guitare charmeuse.

   À la confluence du post rock, du post minimalisme, de l'ambiante et des musiques électroniques, itsnotyouitsme continue de nous enchanter !! 

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Paru chez New Amsterdam Records en 2013 / 6 titres / 48'

Pour aller plus loin

- l'album en écoute sur bandcamp

- en prime, une collaboration entre le duo et le chanteur et pianiste Son Lux, en concert  au Poisson Rouge, la célèbre salle new-yorkaise :

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Programme de l'émission du lundi 3 février 2014

Musiques ambiantes, électroniques

itsnotyouitsme : the you since me/ sometimes it's hard being alive seeing bright stars in the sky (Pistes. 5 - 6, 19'32), extrait de This I (New Amsterdam Records, 2013)

Grande forme :

 

Jim Fox : The Copy of the drawing (p. 1, 39'36), extrait de Last things (Cold Blue Music, 2000)