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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:01

Peter Broderick Music for Falling from trees   J'avais chroniqué  Under Geant Trees, premier album d'Efterklang, cet étonnant groupe danois avec lequel a tourné un temps Peter Broderick, musicien américain né en 1987, multi-instrumentiste qui mène depuis une carrière solo de compositeur assez passionnante. Entre ambiance, folk, post-minimalisme, la musique de Peter n'est pas si éloignée de l'esprit de Dakota Suite que je célébrais récemment, ou encore de Slow Six.

   Avec cette pièce orchestrale en sept parties destinée à un spectacle de danse contemporaine d'Adrienne Hart, il a réussi un petit tour de force : composer en trois semaines à partir d'un vieux piano cassé, de son violon et de son alto, une œuvre qui convienne à la chorégraphe avec son scénario narrant la lutte d'un homme pour conserver son identité dans un hôpital psychiatrique. Chaque section a un noyau écrit, le reste ayant été improvisé. Tous les instruments sont joués par le compositeur, qui a parfois retraité les sons produits pour étoffer la pâte. Cela donne une atmosphère à la fois intimiste, intense, avec des explosions incroyables, à la mesure du combat mené. "Introduction au patient", le premier titre, est dite avec le piano cassé, comme pour suggérer les fêlures de l'être. L'alto s'essaye à la reconstruction en notes glissées, bientôt soutenu par le violon démultiplié pendant la "Patient observation", magnifique et poignante : quelle belle musique de chambre ! Le piano moribond ouvre "Pill induced slumber", mais l'énergie revient avec un pulse répétitif obstiné qui s'amplifie en strumming où viennent se mélanger les cordes, créant une ambiance hallucinée. Puis vient le rêve, titre quatre :  de la poussière sonore sort le piano évanescent, nimbé d'une aura électronique, et le pulse, le pulse reichien le plus pur surgit, ce n'est pas moi qui en voudrais à Peter de piller Steve, car c'est formidablment bien vu, et d'ailleurs aéré par un pizzicato folk délicieux. "Awaken / Panic / Restraint" commence grandiose, piano strummant (si j'ose le néologisme !!) et cordes majestueuses, puis tout se défait en glissandi, piano glauque et bancal, mélancolie noire que va tenter d'écarter le puissant "Electroconvulsive shock", mélodieux, envoûtant, tout en boucles et en stries, deux textures de cordes et de curieuses percusssions retraitées. Vous avez suivi "The path to recovery" : vous êtes apaisé, un peu fatigué, le piano est avare de ses notes, finit toutefois par ébaucher une mélodie, une danse, presque, fragile et incertaine, à laquelle se joignent les cordes émues, crescendo revient la vie... Un très beau petit (par la durée) disque, qui témoigne d'un sens très sûr des atmosphères : on y met vite des images, on reconstruit l'histoire, et, en l'absence de toute indication, la musique se suffit heureusement à elle-même.

   Un mot sur le titre du disque et du spectacle : j'adore cette idée de tomber des arbres, et je ne peux m'empêcher de songer au beau livre fou d'Italo Calvino, Le Baron perché, autre délice. Vous aurez remarqué qu'un avait commencé avec des arbres, d'ailleurs, géants de surcroît...le baron perche italo calvino

Paru en 2009 chez Western Vinyl / 7 titres / 29 minutes.

Pour aller plus loin

- le site de Peter Broderick.

- son MySpace.

- Un jour à Tokyo, vidéo inspirée par la quatrième partie de "Music for FALLING FROM TREES", "The Dream" :

 

 

25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 17:42

harold budd clive wright a song for lost blossoms

L'infinie dérive de la beauté perdue

   Harold Budd, compositeur majeur de la musique ambiante, doit sa renommée internationale à ses collaborations avec Brian Eno : Ambient 2 / The Plateaux of Mirrors, en 1980, puis The Pearl en 1984. Sa prolifique carrière a alterné albums solos et nombreuses collaborations. De même qu'il avait annoncé  qu'Avalon Sutra (2004) serait l'aboutissement de sa carrière, je pensais en avoir fini avec lui. Peut-être de l'avoir tant écouté, tant aimé, de reconnaître si facilement la somptuosité mélancolique et diaphane de sa musique, ô rien moins que tonitruante, de celle qui fuit la lumière crue, se pare de brume par native discrétion. C'était sans compter avec l'un de mes lecteurs - merci Dom, qui m'a signalé cet album sorti fin 2008, en collaboration avec le guitariste californien Clive Wright. Rien de bien nouveau, si ce n'est cette guitare électrique, justement, aux phrasés qui tracent des flèches de lumière dans la mer mélancolique : échos, réverbérations, retardements, éclaboussent l'horizon saturé de claviers à la douceur engloutissante, comme si souvent dans les compositions éthérées d'Harold. C'est une musique à faire peur, tant elle rend tangible le sentiment de vacuité de toute chose. Tout se dérobe, s'enrobe dans le voile de l'illusion. On cherche un appui, on trouve des sons comme des vecteurs qui s'enfoncent dans le lointain. "Pensive Aphrodite", magnifique premier titre de plus de trente-deux minutes! Je  pressentais, dès que j'ai entendu ces deux mots, qu'ils ne pouvaient être associés à une pièce ordinaire. Soudain plus rien ne compte, on est embarqué dans une poursuite virtuellement infinie. Déchirante dérive vers l'absence de rive, le néant qui absorbe tout sans jamais rien rendre. Cette musique splendide ne nous fait pas de cadeau : aux antipodes de la distraction, et même de ce qu'on appelle souvent à tort de la musique ambiante, elle nous extrait de notre enveloppe pour nous propulser dans l'océan prodigieux, chatoyant, si séduisant, de la mort universelle. Car la Beauté suprême, n'est-ce pas elle, médite Aphrodite, pensive ?

   Le reste de l'album vit à l'ombre de cette comète sidérante. Bluette hyper mélancolique, le titre éponyme vaut par le poème magnifique écrit et dit par Anna LaCazio (chanteuse du groupe Cock Robin, auquel a appartenu Clive Wright), du bout des lèvres, avec une douceur indicible. Le troisième titre, "Forever Hold My Breath", est une reprise nettement plus courte de "As Long as I can Hold my Breath", deuxième partie de l'album Avallon Sutra. Moins effrayant que la version longue, sorte de lutte avec la mort, grâce aux échappées lumineuses de la guitare électrique, mais quelque peu déprimant par son côté malgré tout glauque. "At this moment" nous tire des abysses, s'anime pour survoler les décombres. Le piano, peu présent dans cet album, se manifeste dans le très buddien "Of Many Mirrors" sous le signe de la raréfaction et de l'exténuement. On risque de sombrer dans les rêts de cette acédie qui, de morceau en morceau, exprime la tristesse existentielle la plus accablante. Il faut être fort pour tenir le choc de cette musique insidieusement corrosive, d'une beauté malade.

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Paru en 2008 chez Darla Records / 7 titres / 74 minutes

Pour aller plus loin

-  Deux vidéos pour écouter une partie seulement de "Pensive Aphrodite" :

 

 

 

27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 17:19

 Psychoangelo Panauromni allégée  De la musique électronique, et de la meilleure, voilà ce que nous donne ce duo du Colorado. Glen Whitehead, trompettes et ordinateur, et Michael Theodore, ordinateur, guitare et petits objets, mêlent échanges improvisés et passages écrits pour créer des tapisseries aux sombres chatoiements. Dès le premier titre, "Radiation by design", on plonge dans un univers intense traversé d'ondulations, de stridences : la musique est spatiale, nous entraîne dans une traversée vertigineuse. D'étranges oiseaux électroniques hantent le paysage cosmique, tandis que la trompette pose de longues traces cuivrées dans les couches supérieures de la stratosphère. La musique donne presque la sensation physique de la densité des espaces intersidéraux : rien de plus plein que ces vides abyssaux où navigue une multitude d'objets sonores, où se pressent en bancs épais des nuées tournoyantes. "Panauromni"poursuit avec une dimension épique prononcée. Trompette et drones enveloppent de puissantes tempêtes de particules dérivantes. On atteint des couches plus profondes avec "Pipe Dream in Silver": le rythme se ralentit, on descend toujours plus dans les graves en couches denses, parcourues en surface de frissonnements de lumière noire. Une attraction invisible s'exerce, aimante les masses vers un centre mystérieux. Le duo actualise ce que la musique de Tangerine Dream avait de meilleur : ces "mystérieuses semblances sur la grève des cauchemars", pour paraphraser l'un des titres de l'album Phaedra (1974). Les oiseaux synthétiques reviennent hanter "Dodechophoenix", sublime torsade de trompette majestueuse et de drones déchiquetés. Tout semble exploser avec le début de "The Wary Dream (Threads The Grand Logic)": trompette panique, crissements multipliés, ronflements, palpitations froissées. Effraction au cœur de la matière, de la stellus mater...pour découvrir le centre radieux, "Phosphorus mas frio", phosphore plus froid qui rectifie les trajectoires, coagule en flèches acérées l'inquiétant chaos des morceaux précédents. Un disque impeccablement construit, d'une altière et sombre beauté.

Paru en 2010 chez Innova Recordings / 6 titres / presque 45 minutes.

Pour aller plus loin

- le site de Psychoangelo, qui vous renvoie sur celui du label, leur MySpace, etc., quand vous promenez la souris sur l'une des quatre figures de la pochette (beau design, qui se déploie sur les autres faces cartonnées).

- un extrait de "dodecophoenix" , servi par une belle vidéo (qui tourne mieux que la précédente) :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 24 janvier 2011

Psykick Lyrikah : Cachés (Interlude) / Qui ? / Rien ne change (pistes 8-9-7, 9'10), extraits de Derrière moi (Idwet, sortie en avril 2011) 

Sombres nébuleuses :

  Psychoangelo : Radiation by design / Panauromni (p.1-2, 16'), extraits de Panauromni (Innova Recordings, 2010)

Grande forme :

  Charlemagne Palestine : Strumming for strings (piste unique, disque 3, 24'26), extrait de Strumming Music (Sub Rosa, 2010 ?)

Clin d'œil :

Grimes : Dragvandil / River (p.6-10, 3'40), extraits de Halfaxa (Lorerecordings, 2010) Deuxième disque de cette musicienne de Montreal qui pose ses vocalises sur une pop expérimentale assez drôle.

Vous êtes parvenu au bout de l'article : cela mérite une récompense !! Un disque à gagner : September Canons d'Ingram Marshall, encore grâce à la générosité de Dom. Pour cela, il vous suffit de poster un commentaire, même insignifiant (??) et / ou de me transmettre vos coordonnées postales par le biais du formulaire de contact (confidentialité assurée). C'est le premier qui réagit qui l'aura...

28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 21:52

      Brian Eno 2     L'art de l'épure

   Placé sous la triple égide de Steve Reich, Brian Eno et Thom Yorke, ce blog, créé en 2007, n'attendait plus que Brian Peter George St John le Baptiste de la Salle Eno, dont le vrai nom fait déjà rêver, auquel je suis redevable de tant de merveilleuses écoutes et qui m'a fourni si longtemps de superbes indicatifs. Le voici qui frappe à nouveau, très fort, avec un disque instrumental qui joue sur le double terrain de l'ambiante et des musiques électroniques abstraites et post-industrielles, post tout, en fait. Brian Eno - puisque notre monde pressé raccourcit ce qui risquerait de le ralentir !, a collaboré avec...presque tout le monde dans le milieu de la pop, et peut être considéré comme l'un des fondateurs de la musique "ambiante" et l'un des maîtres incontestés de la musique électronique. Le fait qu'il signe aujourd'hui sur le label Warp, celui d'Autechre, excusez du peu, n'est pas un hasard, mais un aboutissement logique. Son propre  label, Opal, ne disparaît d'ailleurs pas : mariage de raison, en somme, entre deux voies de la musique électronique. Côté Opal, les tissages ambiants, brumeux, le clavier opalescent, justement. Côté Warp, l'énergie brute, les arrachés percussifs, la griserie saturée. Je schématise, bien sûr, car un des disques antérieurs d'Eno, le superbe Nerve Net (Opal, 1992) est ahurissant d'énergie décalée. Alors ? Je vois dans cette convergence une belle ironie de cet homme qui, à soixante-deux ans, montre, preuves à l'appui, qu'il domine la situation, qu'aucun créateur de la musique électronique d'aujourd'hui ne fait mieux. Beaucoup de musiciens et groupes sont victimes de la lourde technologie qu'ils utilisent, même Autechre n'y échappe pas. Et le dernier Ital Tek, dont je parlerai bientôt, aussi réussi soit-il, manque de la finesse du maître. Finesse, voilà ce qui distingue Eno. Écoutez "Bone Jump", le titre sept : intro de dentelle, suivie de la lourde arrivée d'un synthé qui brode une gauche mélodie. Le continuum cristallin de l'arrière-plan, les intrusions percussives hyper fines font la critique du malotru, malheureux égaré dans l'ouvrage discret de Brian. "Dust Shuffle", qui suit, montre l'autre direction, celle du petit radeau (ou de la petite embarcation) sur une mer de lait. Brian manie l'outil électronique en orfèvre du son, en artisan soucieux du moindre détail, ce qui débouche sur des fulgurances, des transparences, des profondeurs dont bien des musiciens électro sont très éloignés. Producteur attentif depuis longtemps, il sculpte ses sons, les aiguise : "Paleosonic" superpose percussions hoquetantes, guitares électriques incisives aux éclairs qui fulgurent, claviers rugueux, dans une composition hallucinée aux antipodes des pesanteurs associées trop souvent à la (mauvaise ..) musique électronique.

  Brian Eno Small Craft on a milk seaLe résultat est un disque impérial. "Emerald and lime" offre un début en forme de clin d'œil, Eno vaporeux pur jus, clavier qui carillonne dans un lent tournoiement de moires. L'atmosphère s'épaissit avec "Complex Heaven", piano de John Hopkins, très buddien, atmosphère de légère étrangeté parcourue de frissons et de voix synthétiques. Le titre éponyme crée ce qu'on pourrait appeler une pastorale magnétique, guitare en apesanteur, battements, glissement insidieux dans le sillage laiteux de multiples cloches et de cordes lointaines. À partir de "Flint March", on rentre dans le cœur volcanique de l'album : percussions affolantes, bruits et textures dignes d'une musique concrète qui aurait contaminé la techno (ou inversement), avec un brin de sauvagerie. "Horse", c'est l'énergie du marteau-pilon et la délicatesse rageuse des guitares qui découperaient de l'acier en lançant des gerbes d'étincelles. On continue dans un industriel hanté, organique,  avec "2 forms of Anger", pas si éloigné du travail d'une Annie Gosfield, guitares survoltées et coupantes sur un tapis percussif de plus en plus  métal. Superbe !! Après la parenthèse critique de "Bone Jump", morceau évoqué ci-dessus, on repart dans la splendeur raffinée de "Dust Shuffle", l'archéologie brûlante de "Paleosonic", digne prolongement de Nerve Net, en plus ramassé. Apaisé par ces titres incandescents, on peut s'abandonner aux douceurs glaciales des six dernières plages, aux lents vertiges cristallisés, aux miroitements somptueux d'une électronique sans égale : "Slow Ice, Old Moon", "Lesser Heaven", "Calcium Needles", sont les étapes d'une traversée à la fois cosmique et abyssale de la matière, l'autre cœur plus secret, plus troublant encore, de ce disque incroyable. Restent "Emerald and Stone", écho solidifié du premier titre, avec un piano plus ferme que d'habitude ; "Written, Forgotten", guitare aérienne sur fond de voix échantillonnées et de claviers en virgules extatiques, sorte de méditation sourdement habitée en boucles approfondies ; "Late Antropocene", le plus long titre, travaillé par une lumière sombre, plongée dans les entrailles telluriques animées de micro secousses, de tressaillements, morceau visionnaire d'une humanité exhumant les ressources fossiles d'une terre peu à peu transformée en cimetière bourgeonnant de monstruosités amorphes, d'épiphanies sournoises.

   Deux musiciens collaborent à l'album : Jon Hopkins, pianiste et compositeur de musique électronique, qui a publié trois disques ; Léo Abrahams, guitariste avec au moins quatre albums à son crédit.

15 titres / 49 minutes // Paru chez Opal /Warp

Pour aller plus loin

- le site officiel de Brian

- Brian Eno sur MySpace (une page d'admirateurs )

- Une fausse vidéo du dernier titre, "Late Anthropocene" :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 22 novembre 2010

Max Richter : Journey 4 & 5 (pistes 9-10, 6'30), extraits de Infra (FatCat, 2010)

Valgeir Sigurdsson : Draumaland / Economic Hitman / Cold ground Hot (p.7 à 9, 8'30), extraits de Draumalandid (Bedroom Community, 2010)

Le Ciel brûle :

 Kafka : the Throb of time / grumpled paper (p. 6-7, 10'40), extraits de Geografia (Pyromane Records, 2010)

 Russian Circles : When the mountain comes to Muhammad (p.6, 8'), extrait de Geneva (Suicide Squeeze Records, 2009)

Grande forme   :

David Mahler : Only Music Can Save Me Now (p.18, 15'46), extrait de Only Music Can Save Me Now (New World Records, 2010)

16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 13:07

Slow Six Tomorrow becomes you   Private times in public places en 2004 chez If Then Else Records, Nor'Easter  en 2007 chez New Albion Records : deux disques magnifiques du groupe de Brooklyn mené par Christopher Tignor, compositeur, violoniste et concepteur du matériel informatique d'accompagnement. Comment ne pas attendre toujours aussi beau, aussi haut ? Tomorrrow Becomes You, sorti voici peu chez Western Vinyl, m'a d'abord laissé sur ma faim. Il fallait lui laisser le temps de se décanter, qu'il développe son atmosphère propre. C'est chose faite. Accomplissement, pour que triomphe la lumineuse douceur des mélodies brumeuses de ce groupe post minimaliste.

   "The Night You Left New York" commence au ralenti, quelques notes piquées sur les cordes, une guitare qui s'étire, des boucles en volutes tranquilles, puis on rentre dans une ronde étourdissante menée par le violon, des particules de lune dans les cheveux. Les percussions s'en mêlent, la guitare s'électrise, flambée post rock, les étoiles se rapprochent dans la déferlante qui semble ne devoir jamais finir (ce qui en exaspèrera quelques uns, ne niez pas !). Vous êtes arrivés, mûrs pour "Cloud Cover", plus de douze minutes en deux parties. La quintessence de Slow Six : trame minimaliste de motifs répétés, un tissage à plusieurs niveaux qui donne l'impression de s'enfoncer dans une constellation radieuse, avec le martèlement du Rhodes, les spirales du violon et de la guitare, les sons électroniques. Le groupe réussit comme d'habitude une synthèse harmonieuse entre trois courants : post minimaliste et post rock, déjà évoqués, mais aussi ambient. La deuxième partie de "Cloud cover" nous transporte en effet au-dessus de la mêlée, dans la raréfaction sensuelle des sons, le lent tournoiement des mélodies qui glissent dans l'éther, diaprées d'échos, alanguies de splendeur. "Because Together We Resonate" reste en altitude, alchimie de sons synthétiques résonants et de violon distant, se rapproche ensuite pour nous envelopper d'intenses boucles lentes - Slow Six, ou l'esthétique de la lenteur, l'auriez-vous oublié ?

   Plus de quatorze minutes pour les deux parties de "Sympathetic Response System" : c'est peut-être la longue intro de ce titre qui m'avait agacé. Je m'étais dit : « Tiens, Slow Six fait du Slow Six, de la saucisse musicale au mètre. » Je devenais méchant en somme, prêt à haïr ce que j'aimais tant, classique quoi. Oublions donc la première partie, car la seconde est si belle, tellement plus légère, émouvante dans sa robe trouée. Et puis la peau frissonne, vous sentez que ça y est, la musique décolle dans ses dentelles de nuées parcourues d'ondes vibrantes et de frappes percussives. Le piano Rhodes amorce "These Rivers Betweeen Us", sorte de gigue allumée qui brûle sur place, menée par le violon auquel se joignent les autres instruments, avant une brusque dépression suivie d'une reprise graduelle et d'un long final nettement post rock, beaucoup plus conventionnel. Deuxième faiblesse de l'album à mon sens, qui explique aussi le passage du groupe chez Western Vinyl ( à moins que ce ne soit l'inverse !). Oublions. Reste un disque souvent superbe : cinq titres sur sept, tout de même...

Pour aller plus loin

- leur site officiel.

- Slow Six sur My Space.

- Slow Six en concert interprète la première partie de "Cloud cover" :

 

 

Programme de l'émission du dimanche 6 juin 2010

Autechre : ilanders / known / seeonsee (pistes 2-3-6, 15' ), extraits de Oversteps (Warp, 2010)

On Fillmore : checking in / Master Moon / Complications (p.1-2-4, 16' ), extraits de Extended vacation (Dead Oceans, 2009)

Andrew Byrne : Desert Terrain for solo crotales / Desert weather for piano and crotales, glockenspiel (p.3-9, 8' ), extraits de White bone country (New World Records, 2009)

Olivier Capparos & Lionel Marchetti : Livre IV : Parliament of stones (dédale du bien triste) (Cd2, p.1, 16' 48), extrait de  Kitty Hawk, le sable et le vent (Césaré, 2010)

Élodie Lauten : Orchestral Memory / Con spirito / Moderato (p.8 à 10, 23' ), extraits de piano works (Unseen Worlds Records, 2010)

Programme de l'émission du dimanche 13 juin 2010

On Fillmore : Off the path / Extended vacation (p.5 et 6, 14' 30), extraits de Extended vacation (Dead Oceans, 2009)

Greg Davis : Clouds as edges (p.2, 10' 49), extrait de Somnia (Kranky, 2004) Le retour du label de Chicago sur Inactuelles ?

Graham Fitkin : Relent for solo piano / White for two pianos (p.3-6, 15' 50), extraits de Circuit (Bis records, 2009)

Élodie Lauten : Concerto pour piano & Orchestral Memory : Tempo di habanera / Andante cantabile / Orchestral Memory Exit  + Tango (p.11 à 14, 15' ), extraits de piano works (Unseen Worlds Records, 2010)

Spyweirdos & Floros Floridis : steps doxm / towers to keep people in (p.5-6, 12' 20), extraits de the sound between us (Creative Space, 2009)

18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 21:51
Spyweirdos Ten LettersSpyros Polychronopoulos, alias Spyweirdos, livre avec Ten Letters, sorti fin 2009 sur Spyweirdos Ten numbersle label grec de musique électronique Creative Space, la deuxième partie du diptyque commencé avec Ten Numbers paru l'année précédente. À nouveau, un Dvd accompagne le Cd. Difficile de rendre compte d'une œuvre si évidemment bicéphale. Quand on a vu le travail vidéo d'Aris Michalopoulos, on ne saurait l'oublier, tant il colle à la musique de Spyweirdos, ou plutôt tant il en est l'émanation visuelle adéquate. Spyros déploie une musique électronique au premier abord plus minimale, abstraite que dans ses précédents opus : dépouillement, ascèse de l'ingénieur du son et de l'étudiant en fin de parcours d'étude dans les domaines de l'acoustique et du contrôle du bruit, peut-être, mais surtout création d'un artiste sonore visionnaire. Échantillons de bruits retraités, distordus, comme vaporisés, d'une infime granulométrie, dont on ne sait plus s'ils relèvent de l'élément liquide ou d'un minéralité radieuse, d'une tellurie métallifère aux ramifications en nuages électrisés. Drones onduleux, lames aigües, craquements et vrombissements furtifs, froissements de particules, tout ce monde en suspension est visité par la grâce de clochettes cristallines, de discrètes nappes de claviers, Spyweirdos Ten numbers Lettre d 1ou soudain traversé de lacérations percussives, de déflagrations erratiques. Le résultat est d'une étrangeté absolue et d'une sidérante beauté...prolongé par les vidéos d'Aris, splendides méditations sur l'impalpable, le lumineux mystère des apparences matérielles. "W", le second titre (les dix lettres sont celles de Spyweirdos dans le désordre), allie une musique qui évoque la respiration d'un scaphandrier, et une ode visuelle à l'ondulation autour d'une figure dont l'aspect n'est pas sans évoquer celui d'une raie nébuleuse, avant que l'on ne se demande si tout ce ballet surréel n'est pas issu d'un visage surgissant en très gros plan, de l'œil rouge aux cils barbelés verts dans lequel nous entrons pour finir. "R" est arachnéen, réseau de losanges colorés et de raies concentriques tournantes issu d'une porte envahie par le lierre : musique et image visualisent les rayonnements invisibles émis par la matière ou les êtres. D'autres titres sont ainsi hantés par une présence qui ne se manifeste que par d'infimes vibrations, une image ectoplasmique rendue musicalement par les basses fréquences, tout un jeu de micro-variations. De même que la lumière et la couleur dématérialisent une main vue en très gros plan (Lettre "Y"), la texture sonore ultra fine gazéifie la musique, ce qui, au casque, accroît son caractère enveloppant, troublant. Elle s'insinue en nous, les plans se confondent dans un langoureux chatoiement, une très lente danse abolit les frontières entre l'intérieur et l'extérieur. C'est à partir de cette expérience conjointe de l'image et du son que s'accomplit le paradoxe : l'abstraction la plus poussée produit l'émotion la plus intense. Rarement une œuvre aura eu ce pouvoir d'intéresser en nous le plus intime, comme si elle caressait nos cellules, libérait le chant secret de la matière. La lettre "D", le titre 9, est à cet égard extraordinaire. Drones et sifflements, claquements, en pulsations ralenties, tandis que sur l'écran, les images d'Aris semblent des tests de Rorschach revus par Miro, Max Ernst et le David Lynch d'Eraser head réunis et dépassés dans une incantation voluptueuse à l'unité fondamentale. Le monde n'est que vibrations et lumières, timbres et couleurs qui tissent d'invisibles et mouvantes relations. Un disque somptueux, qui s'installe d'emblée en première place pour la liste des disques de l'année 2009. En l'absence de la vidéo, cela ne change rien !
   Spyweirdo a sorti depuis un autre album, en collaboration avec Floros Floridis, que j'espère présenter bientôt ici.
Pour aller plus loin
- Chronique de Wetsound Orchestra, double album paru en 2006 chez Poeta Negra.
- Chronique de Epistrophy at Utopia, avec Floros Floridis et John Mourjopoulos paru en 2008 chez Adnoiseam Records.
- Spyweirdos sur MySpace.
- La vidéo de "W", la deuxième lettre :

14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 17:22
   Hendrick Weber, alias Pantha du Prince, connu aussi sous le nom de Glühen 4, Dj, compositeur et bassiste notamment du groupe Stella, sort début février son troisième album, "Black noise". L'allemand a quitté le laPantha du Princebel de Hambourg Dial Record, surtout connu dans le milieu de la deep house, pour signer chez le britannique Rough Trade, marqué rock, mais reste fidèle à une musique électronique minimale, au croisement de la techno et de la house. Musique limpide, à l'image du lac de montagne de la pochette. Cloches et clochettes, peut-être sous l'influence d'un récent séjour dans les Alpes suisses. Micro-bulles rythmiques, prédominance d'éléments percussifs métalliques et cristallins, sont la base d'une œuvre sous-tendue de sons enregistrés en pleine nature, ces sons dont le spectre sonore échappe en partie aux processus d'enregistrement, d'où le titre de bruit noir choisi, l'expression désignant ce bruit silencieux au cœur des compositions. Certains titres font songer au gamelan de Java et Bali, tant l'électronique fait surgir un orchestre cohérent de métallophones qui déploie d'arachnéennes structures cycliques. Les ombres d'Autechre  ou d'Aphex Twin planent aussi sur cet univers d'abstraction vibrante et lumineuse. L'intensité ramassée des premiers titres laisse peu à peu la place à des paysages sonores sublimes aérés de sobres envolées aériennes. Un superbe parcours qui s'achève sur le carillonnant - tourbillonnant "Es schneit", magnifique apothéose !
Pour aller plus loin
- Trois morceaux en écoute ici, dont "Es schneit".
- Pantha du Prince sur MySpace
- le site de Pantha du Prince

Programme de l'émission du dimanche 20 décembre 2009 (Je suis un peu en retard, je sais...)
The Unthanks : Annakie gordon / Nobody knows she was there (pistes 3-8, 14' 10), extraits de here's the tender coming (The Leaf Label, 2009)
Nancy Elizabeth :
Winter, baby(p.11, 3' 10), extrait de Wrought iron (The Leaf Label, 2009)
Evangelista : Crack teeth / On the captain's side (p.6-7, 14' ), extraits de Prince of truth (Constellation, 2009)
Dan Trueman : It is not in the eye / Martin's garden (p.1-2, 8' 30)
                                    The piano student's assigment book / Matisse's garden lesson (p.3-4, 10' 10), extraits de Five gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
Ingram Marshall :
September canons (p.1, 13' 13), extrait de September Canons (New World Records, 2009

20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 18:47
   Le récemment défunt label grec Poeta negra n'a pas fini de livrer ses trésors. Keene, un trio composé de Kostas Giazlas, Haris Martis et Dimitris Mitsopoulos, renforcé parfois du violoncelliste Evi Kazantzi,  au départ un projet audio-visuel, propose une musique alliant sons acoustiques et textures électroniques pour créer des ambiances denses, volontiers incantatoires, répétitives parfois. "Patch", le premier titre, juxtapose notes obsédantes de guitare et appels troubles de claviers, échantillons sonores de bruits divers. "Stroked trees" commence par une belle intro très mystérieuse au piano et aux claviers, puis surviennent guitare et cordes en vagues épaisses, peut-être un trombone en fond, le morceau avance dans la forêt inconnue, rythmé par une pulsation profonde, tranquille, qui ignore les accidents sonores surgis de tous les coins de l'espace. Musique architecturale, en réfractions multiples, comme, sur la couverture de l'album, cette structure du Prada Epicentre Store de Tokyo, conçu par le bureau d'architecture suisse Herzog & De Meuron. Ouverture en apesanteur pour "The River", le titre 3, avant une rupture inattendue, l'entrée en force d'une guitare électrique en boucle courte, du violoncelle plaintif sur bruits de pas qui résonnent lourdement, courant puissant et lent qui charrie tout jusqu'à ce que le violoncelle demeure presque seul en scène, que tout reparte plus puissamment encore tandis que l'arrière-plan se charge d'alluvions bruitistes, avant un duo inégal entre le violoncelle très en avant et la guitare peu bavarde accompagnée d'une clochette lointaine, coda mélancolique avant "Here", morceau pointilliste tout en perspectives lointaines, lui-même sorte d'interlude pour "Weir of fog", collage subtil de piano léger, appels étranges de claviers-cors, grappes de notes de cordes, entrecoupé de micro-silences. La musique de Keene tient du cristal, prismatique, tout en surgissements, en métamorphoses permanentes. "Door on glass", le titre 6, est magistral, inoubliable : dialogue en boucle obsessionnelle entre le piano et la guitare, ponctué de poussées de claviers. On est enfermé dans le labyrinthe, la structure s'opacifie, la tension monte, reflue, rendue sensible par la disparition progressive du piano, englouti sous d'autres boucles d'une sorte de glockenspiel synthétique. La musique devient hantée avec "Cave of error", peuplé de voix fantômales, de chuintements et de rumeurs, le violoncelle déploie un lamento lamentable, un rituel de sorcellerie se tient là-bas, dans les tréfonds. Nous voici devant la clôture, "The Fence", adagio majestueux en canon à la Arvo Pärt (encore lui, source d'inspiration très fréquente...), cordes élégiaques ad libitum, quels trains partiront pour quels ailleurs... Un des excellents albums de ce label consacré aux musiques électroniques-expérimentales.
Label : Poeta Negra, 2007 / 8 titres, environ 45 minutes
1   Patch (3:12)
2   Stroked Trees (8:37)
3   The River (9:12)
4   Here (1:34)
5   Door On Glass (5:14)
6   Weir Of Fog (7:59)
7   Cave Of Error (4:08)
8   The Fence (6:07)
Pour aller plus loin
- trois morceaux disponibles ici.(les 1, 2 et 6)
- pour acheter le disque ici.
Programme de l'émission du dimanche 14 juin 2009
Sonic Youth : Sacred Trickster / Anti-orgasm (pistes 1 et 2, 8' 20), extraits de The eternal (Matador Records, 2009)
Michael Rother : Feuerland (cd2, p.7, 7' 20)
Rune Lindblad : Till Zakynthos (cd2, p.10, 13' 39), extraits de an anthology of noise & electronic music, vol.3 (Sub Rosa, 2005)
An on Bast : Foible / used to S / the purpose of sleep (p.2-6-7, 13' 30), extraits de Words are dead (Rednectic Recordings, 2007 ?)
Vizier of Damascus : Lectures / Secretive modesty living on top of the London rainbow / Lament halves (p.1-2-4, 9' 30 ), extraits de Badshahi (Rednetic recordings, ?)
John Balke : Giada / scintilla / Spread / Castello / Resilience (p.1 à 5, 16' ), extraits de Book of velocities (ECM, 2007)