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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 16:51

itsnotyouitsme walled gardens   Quand l'actualité nous déprime par sa laideur, rien de tel qu'un bain dans la musique de ce duo. Grey Mcmurray joue de la guitare électrique et Caleb Burhans du violon électrique, des claviers. Tous les deux utilisent largement les boucles, aussi bien en concert que sur disque. Ces deux musiciens new-yorkais ont fondé itsnotyouitsme en 2003. À côté de leurs propres compositions, ils interprètent aussi bien du Bach que du Philip Glass. Grey a joué notamment avec So Percussion et avec Matmos, tandis que Caleb a travaillé avec LaMonte Young, Philip Glass, Steve Reich, John Adams, David Lang - j'arrête la liste !, est l'un des fondateurs de Alarm Will Sound et membre de l'ensemble Newspeak que j'ai récemment chroniqué.

  Leur musique se situe à la confluence du post minimalisme et de l'ambiante, voire du post rock par la dimension électrique. Les compositions volontiers étirées se déploient dans une atmosphère d'apesanteur brumeuse traversée de traînées lumineuses. Le lyrisme délicatement élégiaque se fonde sur d'amples boucles qui tournoient très lentes, se chargent d'électricité comme dans le premier titre de walled gardens sorti en 2008 : "Throne Built For The Past" sonne ainsi comme un superbe hymne à la fois post-minimaliste et nettement post-rock par l'intensité du ciel qui se sature de stridences au long des huit minutes. "Great day", sur le même album, commence presque comme un morceau folk, avec un côté ballade, ritournelle obsédante : musique patiente, qui nous happe par sa douceur ensorcelante pour nous emmener dans les jardins clos du titre de l'album (titre d'un album de Wim Mertens, si ma mémoire est bonne). "A Moment For Nick Drake", bel hommage au musicien anglais, repose sur une ligne de guitare très simple, en boucles serrées, surmontée d'un violon au son épais qui trace d'amples virgules langoureuses. Mais le meilleur morceau est le quatrième et dernier, près de onze minutes qui propulsent le duo au niveau du meilleur d'un Slow Six, par exemple. "we are malleable, even though they seem to own us" réunit la trame rêveuse, moelleuse d'une pièce ambiante et l'intensité lumineuse du post rock revu par le post minimalisme,  La pièce se densifie au fil de sa progression, multipliant les plans, les strates par un jeu savant d'entrecroisements culminant dans une sorte de baroque somptueux, queue de comète électrique qui n'en finit pas de se déployer avec la majesté des révérences flexibles.

   En 2010, le duo a sorti un second album plus fourni, fallen monuments, sur le même label Newitsnotyouitsme fallen monuments.aspx Amsterdam Records - label qui se taille une belle place ces derniers temps dans ces colonnes, vous l'aurez peut-être remarqué. D'emblée, on sent que le duo a pris de l'altitude, avec un premier morceau entre Tim Hecker et Slow Six (encore eux), dominé par l'orgue. "kid icarus (little jam)", à l'image du héros mythologique, ne cesse de monter, d'escalader le ciel dans une gerbe éblouissante de violon purifié et de guitare transcendée. "music for a blue whale documentary", le second titre, nous plonge au contraire dans un univers glauque parcouru de houles troubles, de grondements et d'aigus rauques bien sûr évocateurs des cris de la baleine bleue. La troisième pièce, "Dead Men Make Good Heroes", a la densité douloureuse d'un mémorial : lent feu d'artifices de trajectoires réverbérées, avec des irruptions sombres de guitare à l'avant plan sur un fond magmatique de drones. Le début de "Vanity Stays My Hand" frappe par son dépouillement recueilli, prélude à un chant magnifique, envol fusionnel où la guitare et le violon s'étreignent dans une saillie lumineuse extatique. Je pense à "Pensive Aphrodite" d'Harold Budd sur l'album A Song for Lost Blossoms, mais ici une splendeur au-delà de toute mélancolie, la musique même du ravissement. C'est dire que je place le duo au plus haut. Et il reste trois morceaux...Comment rester à une telle altitude ? "Lost Nation Municipal Airport" reste prudemment dans des nuages cotonneux, enveloppé de volutes épaisses. "Season's Greetings", plus ramassé encore, est une torsade lourde lancée vers le ciel. Le disque se termine sur un titre de dix-huit minutes, "We Are The Sons Of Our Fathers", pas tout à fait au niveau de "Vanity Stays My Hand", mais bouleversant dans la simplicité de ses très amples boucles, rêverie éblouie au pas discret et obstiné de la guitare. J'aime cette musique aux antipodes de toute démonstration, attentive à capter la moindre source de lumière, à détourer la beauté enfouie dans les silences infinis.

walled gardens sorti en janvier 2008 chez New Amsterdam Records / 4 titres / 33 minutes

Meilleur titre : "we are malleable, even though they seem to own us" (titre 4 : 10'57)

fallen monuments sorti en janvier 2010 chez New Amsterdam Records / 7 titres / 55 minutes

Meilleur titre : "Vanity Stays My Hand"(titre 4 : 9'03)

Pour aller plus loin

- le duo en concert à Brooklyn le 23 octobre 2008 :

 

 

Programme de l'émission du lundi 16 mai 2011

Psychoangelo : Phosphorus mas frio (Piste 6, 6'59), extrait de Panauromni (Innova, 2010)

Pièces recomposées / Grande forme :

Carl Craig & Moritz von Oswald : Mouvements 4 et 5 / Interlude (p.7-8, 27'10), extraits de Recomposed by C.C & M. V. O (Deutsche Grammophon, 2008)

Réécoute  :

Dani Joss : Souls / Misconception population (p.1-4, 17'30), extraits de Shaper of form (Poeta Negra, ?)

Un des albums magnifiques de ce label grec de musique électronique aujourd'hui disparu. L'année de parution est généralement absente, comme chez Sub Rosa par exemple, et cela me plaît aussi...

9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:04

Carl Craig M von Oswald recomposed  Après les Sessions de Carl Craig, pas question d'en rester là. Une publication sur le label allemand Deutsche Grammophon, une référence pour la musique classique et celle du vingtième siècle, m'intrigue : que vient-il faire dans ce sanctuaire respecté ? Il n'y est pas seul...

   À partir d'enregistrements originaux sous la direction d'Herbert von Karajan chez Deutsche Grammophon du Boléro (1928) et de la Rapsodie espagnole (1907) de Maurice Ravel et des Tableaux d'une exposition (1874) de Modeste Moussorgski - ces derniers furent d'ailleurs orchestrés par le même Ravel,  Carl Craig et Moritz Von Oswald, deux icônes de la musique électronique, le premier aux États-Unis (voir l'article précédent), et le second en Allemenagne, ont élaboré ce disque extraordinaire, et je pèse mes mots.

  Je vous sens partagés sur le disque précédent, encore réticents à reconnaitre le talent de Carl Craig. Trop techno, ces sessions, élémentaires par leur minimalisme affiché, pensez-vous. Vous le soupçonnez de facilité, ne niez pas. Ce "Recomposed" écarte vigoureusement ces reproches infondés. Les deux hommes, à peu prés de la même génération, Carl est de 1969 et Moritz de 1962, plongent dans la matière sonore des deux chefs d'œuvre pour en tirer une véritable symphonie électronique d'une ampleur inédite, plus de soixante-quatre minutes qui dépaysent radicalement le substrat classique - lequel s'y prêtait évidemment si l'on pense particulièrement au Boléro languide et répétitif de Ravel, matière rêvée pour une transposition dans l'univers des boucles machiniques. Le résultat est une fresque synthétique ambiante qui commence dans d'amples drapés (l'introduction) pour s'étoffer progressivement de strates percussives entrelacées de plus en plus complexes, bondissantes (les mouvements 1 à 4). Suit un interlude à la Tim Hecker, splendide avec ses nappes ondulées, puis deux mouvements plus longs encore. Le mouvement 5 est dû à Carl Craig, qui prouve sa capacité à écrire une musique d'une beauté raffinée, plus ravélienne que nature, mystérieuse et puissante : il dégage du Boléro la quintessence du sortilège pour le décupler, tout en conservant la structure solide des Tableaux. Presque treize minutes de stupeur : l'auditeur terrassé est sous le charme, au sens étymologique, placé devant un véritable Graal musical. J'ai pensé au David Shea du Satyricon ou de Tryptich. C'est inoubliable, magnifique, majestueux, total, et le mouvement 6, un peu plus de quatorze minutes dues à Moritz von Oswald, donne à l'ensemble une imprévue dimension africaine avec l'adjonction de percussions boisées sur le fond des cordes. On s'enfonce dans une nuit tropicale touffue, traversée d'éclairs sourds et de fulgurances rampantes. Diantre, ces deux hommes sont des sorciers, des sourciers qui ont su choisir les sons les plus passionnants, sans ajouter qu'un piano sur une plage, une contrebasse sur trois pistes et les percussions sur le dernier mouvement. Pendant le long mouvement de Moritz carillonnent comme  les cloches extatiques d'un mariage qui suspend le temps, avant de laisser la place aux seules percussions pulsantes. Chapeau bas : la musique électronique confirme la stature de deux compositeurs qui n'ont rien à envier à leurs prédécesseurs classiques. 

Paru chez Deutsche Grammophon en 2008 / 8 titres / 64 minutes.

Carl Craig Moritz von OswaldPour aller plus loin

- une fausse vidéo du cinquième mouvement :

 

- et le Bolero de Ravel, idem :

 

 

Programme de l'émission du lundi 9 mai 2011

Fuse Ensemble : L'Usina Mekanica (piste 7, 6'20), extrait de L'Usina Mekanica (2010)

Grande forme :

  Nico Muhly : Fire Downbelow / First Storm / Salty Dog / Varied Carols (p.1 à 4, 21'45), extraits de I drink the air before me (Bedroom Community / Decca, 2010)

Pièces recomposées / Grande forme :

  Carl Craig & Moritz von Oswald : Mouvements 3 et 4 / Interlude (p.4 à 6, 21'), extraits de Recomposed by C.C & M. V. O (Deutsche Grammophon, 2008)

Elisa Vellia : Kalinihtia (p.3, 4'05), extrait de La Femme qui marche (Le Chant du Monde, 2011)

7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 15:25
Carl Craig - Sessions : la pureté chaleureuse.

   Il était inévitable que, reichien mordu depuis longtemps, je croise la musique de Carl Craig. Pourtant, à la première rencontre sur Impermanence d'Agoria, j'ai dégainé quelques sarcasmes au sujet des murmures lascifs de l'américain. Un malentendu qui n'est pas rare lors d'une première rencontre. Comme la techno m'intéressait de toute façon en tant qu'admirateur de Kraftwerk, j'ai voulu écouter au moins un disque complet. Mon choix s'est porté sur Sessions, double album paru en 2008. Plus de deux heures de musique, véritable rétrospective de l'œuvre abondante de ce DJ, producteur de musique électronique, considéré comme l'un des artistes majeurs de la seconde génération techno. On y trouve des originaux, des mix et remix inédits. Je passe sur les détails.

   Un seul titre ne suffit pas pour comprendre, apprécier la techno, musique de danse pour les clubs, mais aussi musique tout court, à part entière. Le musicien de Détroit, amoureux des synthétiseurs et autres machines modernes, construit un univers marqué par la recherche de la pureté. Ses multiples pseudonymes sont le corollaire logique d'un processus compositionnel qui repose sur la réécriture, le réagencement d'éléments préexistants. Le mixeur isole les sons pour les recombiner autrement. Il les ouvre pour en libérer de nouveaux potentiels. Aussi la techno est-elle d'un certain point de vue l'équivalent musical de ce qu'est l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) pour la littérature, basée elle aussi sur une combinatoire. Comme la techno est d'essence répétitive, on n'est pas étonné que Carl Craig soit, lui aussi, un fervent admirateur de Steve Reich. La régularité rythmique est ici le correspondant du pulse reichien. Un titre comme "Help myself", le quatrième du Cd1, musique de Chez Damier reconstruite par Carl, n'est d'ailleurs pas éloigné de la pure musique répétitive avec ses répétitions hypnotiques et ses boucles serrées. Mais à la différence du minimalisme qui cherche à tirer le maximum du minimum par un jeu de combinaisons d'un nombre limité de patterns (motifs), la perspective est plutôt multiplicatrice, associative ou dissociatrice. Un même titre peut être mixé, remixé, un nombre infini de fois, jusqu'à la dilution, l'oubli, de l'original : l'ajout ou le retrait de nouvelles pistes sonores permet une variété beaucoup plus grande qu'on ne le croit généralement. Le reproche de monotonie, également adressé au minimalisme, ne tient ni dans un cas ni dans l'autre. Autre point commun entre les deux courants, c'est qu'ils développent des structures hypnotiques propres aux musiques de transes. Issus d'une technologie élaborée, ils cherchent à provoquer des émotions ancestrales, physiologiques, corporelles, fusionnelles. Leur écoute prolongée "décolle" l'auditeur de la réalité ordinaire, de son moi isolé, apparentant l'expérience à une forme de méditation, d'ascèse. Celui-ci accède à un autre niveau de perception, ultra-fine, qui lui procure un plaisir charnel en vivant l'impression d'une fusion extatique avec une réalité d'ordre cosmique, et simultanément une émotion spirituelle liée à l'incroyable beauté rayonnante de cette musique virtuellement infinie. Toutes les frontières mentales tombent, le temps se dilate. Peu de musiques sont à même de donner un tel sentiment jubilatoire de libération : le rail pulsant ou le rythme métronomique propulsent dans un univers ondulatoire insoupçonné de l'auditeur distrait, mais évidemment à la source du succès de ces musiques du côté de la danse. Ajoutons pour terminer ce petit parallèle que techno et minimalisme sont fondamentalement des musiques érotiques (voir mon article sur Reich) et donc à tort considérées comme froides, impassibles. C'est un autre beau paradoxe que l'utilisation des sons électroniques, synthétiques (plus important dans la techno que dans le minimalisme) débouche sur une authentique chaleur émotionnelle, organique. La simplicité apparente de lignes qui semblent fixes est prise pour de la froideur, alors que ces lignes obstinées sont le support de variations infimes, dans le cas du minimalisme, d'apparitions et de disparitions dans le cas de la techno, deux formes de "broderie" qui à la longue réchauffent l'esprit et les sens. D'ailleurs, murmures, fragments vocaux, soupirs accompagnent volontiers la techno.

   La techno est l'art de transformer le temps en chaleur.

   Dans Sessions, la pureté des lignes, liée à la régularité rythmique impeccable et au travail par couches sonores nettement dissociées et recombinées, est absolument fascinante. Je n'ai de réticence que pour "At les" et "Bug in the Bass Bin", les morceaux qui terminent le disque deux, un  peu rutilants à mon goût, qui frisent, horreur, ce que j'appelle la muzak - dans laquelle sombrent bien des  musiques électroniques lourdaudes.

    Du très beau travail !

Paru en 2008 chez !K7 Records / 2 cds / 22 titres / 2h10 environ

Pour aller plus loin

- le micro site de Carl Craig consacré à l'album.

- un bel article de Maxence consacré à l'album sur fluctuat.net

- "Falling up" de Theo Parrish remixé par Carl Craig :

Et voici l'original : vous pourrez mixer les deux...

 

12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 16:05

   Comment écrire en ce moment sur la musique ? À l'heure de la catastrophe qui frappe le Japon, tout le reste peut sembler dérisoire. Paradoxalement, il me semble que c'est une raison supplémentaire pour rappeler notre besoin vital d'harmonie. Le nucléaire, par la complexité des technologies qu'il nécessite, par la société hyper-organisée et sécuritaire qu'il génère, par les déchets qu'il produit sans savoir quoi en faire, si ce n'est les enfouir pour ne plus les voir, ne plus y penser, est incompatible ryuichi-sakamoto-alva-noto-insen.jpgavec la sérénité, donc le bonheur. C'est justement d'un japonais dont je voulais parler depuis quelque temps, un pianiste que je connaissais et appréciais déjà en solo, et dont je viens de découvrir deux disques magnifiques, qui me donnent un immense bonheur. Il s'agit de Ryuichi Sakamoto, mais pas seul, en duo avec Carsten Nicolai, alias Alva Noto, compositeur de musique électronique découvert lorsque je cherchais autour de son homologue grec Spyweirdos. Deuxième album issu de leur collaboration après Vrioon sorti en 2003, Insen (2005) propose sept titres d'une musique minimale impeccablement ciselée. Ryuichi égrène des notes rares qu'il laisse résonner, tandis qu'Alva tisse un réseau de mailles électroniques ténues, à base de micro pulsations, de blocs répétitifs de notes bloquées à la texture plastique d'une émouvante fragilité. Chaque morceau sonne comme une méditation à la fois sereine et sensible, attentive à capter les frémissements imperceptibles d'une beauté discrète. Les deux musiciens donnent l'impression d'une connivence, d'une écoute réciproque en parfaite symbiose. Il en résulte une musique équilibrée, aérée, qui sollicite l'attention. Nous partageons un mystère, nous assistons à l'avènement d'une grâce évanescente. Quelque chose advient, de l'ordre du miracle, surgi des silences entre les notes, entre les répliques mesurées des deux célébrants de cette pénétrante cérémonie électro-acoustique. Frôlements, crachotements électroniques cernent les notes du piano pour l'envelopper d'un halo de lumière douce, si bien que chaque morceau se déploie comme une épiphanie bouleversante, illuminante, celle de la vie tapie dans les plis et les creux, débusquée avec une infinie délicatesse.

  Ryuichi Sakamoto Alva Noto Revep   On pourrait reprocher à Revep, paru la même année, d'être bien court, trois titres pour à peine vingt minutes. Mais le miracle se poursuit. La première pièce, "silisx", plus labile, est tout aussi magnifique, animée de somptueux glissements de nappes de claviers qui nous mènent vers l'extraordinaire "mur", plus de huit minutes extatiques. Le piano rayonne littéralement, serti par la ponctuation lancinante, les bouffées de particules sonores électroniques qui sont autant de respirations transparentes.

  Deux disques qui nous rappellent ce que nous oublions si souvent - et que devrait nous rappeler ce qui se passe en ce moment au Japon : que la beauté de la vie est indissociable de sa fragilité, que l'harmonie et le bonheur ne surgissent que si l'on respecte la vie. Cela passe par l'attention, l'écoute, inlassables, dans la plus grande humilité.

Pour aller plus loin

- le duo en concert :

 

 

Programme de l'émission du lundi 7 mars 2011

Piano et électronique :

  Agoria : Kiss my soul / Speechless (pistes 1 & 2, 13'10), extraits de impermanence (InFiné, 2011)

  Alva Noto & Ryuichi Sakamoto : aurora (p.1, 8'50), extrait de insen (Raster-Noton, 2005)

Aux marges du silence :

  Alain Kremski : L'oubli, l'Eau et les Songes... / Neige, les pas étoilés des oiseaux (p. 6-7, 10'35), extraits de Résonance / Mouvements → Mouvement / Résonances Iris Music, 2009)

Grande forme :

  Alva Noto : Xerrox Phaser Acat 1 (p.1, 12'15), extrait de Xerrox vol. 2 (Raster-Noton, 2009)

2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 21:47

   Un petit bijou en attendant mon retour. Le morceau est extrait d'Insen, sorti en 2005. Une belle rencontre entre le piano de Ryuichi et les sons électroniques d'Alva Noto.

 

7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 19:45

Victoire Cathedral City  L' électrique vêture veloutée du mystère

   Victoire, quintette de chambre entièrement féminin fondé en 2008, appartient à cette floraison d'ensembles de grande qualité qui témoigne de l'extraordinaire vitalité des musiques contemporaines aux États-Unis. Dirigé par Missy Mazzoli, compositrice, claviériste, qui ajoute à sa panoplie jouets et mélodica, il compte quatre autres instrumentistes : la violoniste Olivia de Prato, la claviériste Lorna Krier, la clarinettiste Eileen Mack, et la contrebassiste et bassiste électrique Eleonore Oppenheim. Cathedral City est leur premier disque, mais elles sont toutes des instrumentistes à la carrière déjà bien remplie. Quelques invités enrichissent la palette du groupe.

   Que voilà un  disque pour réconcilier le public avec la création d'aujourd'hui ! Mélodieux, chaleureux, il associe sonorités acoustiques et sons électroniques pour créer des morceaux à la fois beaux et complexes, à mi-chemin entre abstraction et musiques expérimentales, électroniques ou post-rock. C'est dire qu'il défie les catégories, ou plutôt qu'il les transcende, qu'il s'en moque. Dès "A Door in the Dark", le premier titre, on sait qu'un territoire se dessine, tout en courbes et en chaudes résonances. C'est intense, ça dérape électrique : une porte en effet s'ouvre sur le mystère créé par une écriture à base de claviers soutenus par le boisé de la clarinette, le violon déchiré. Du Slow Six à leur plus haut niveau, en plus resserré, plus intrigant. "I am coming for my things" débute à la clarinette et au violon, avec échantillon vocal retraité. Boucles et variations, avancées enveloppantes et envolées discrètes tissent une atmosphère intimiste troublante, comme si l'on nous chuchotait un secret qui explosait au soleil sombre des chambres closes. Le morceau-titre s'ouvre sur la lumière de vocaux diaphanes ponctués de percussions pointillistes, puis le violon, des échantillons, démultiplient la perspective. La clarinette approfondit le tout, rejointe par la contrebasse profonde, pour un cantique englouti dans une gangue sinueuse. Et l'on débouche sur un titre sidérant, magnifique : "Like a miracle", tout en vocaux retraités, tremblés, cernés de nappes bégayantes de claviers, de violon frémissant. Du post minimalisme à la fois voluptueux et rigoureux. Ce titre justifierait à lui seul l'acquisition de l'album, c'est peu dire. La fin est prodigieuse, complètement hoquetante, avec l'impression de rentrer au cœur épais de la fabrique souterraine des affects. La suite confirme les talents de compositrice de Missy Mazzoli. "The Diver" superpose nappes glissantes de claviers et de clarinette traversées de zébrures de violon pour libérer ensuite une mélodie élégiaque au violon soutenue par les claviers ouatés : nage en eaux profondes, avec des torsades lumineuses et des moments dansés. Le chœur nonchalant des sirènes vous accueille dans cet aquarium où se déroule un ballet virevoltant qui creuse comme un appel... Le violon dialogue avec la guitare électrique de Bryce Dessner (de The National) sur fond de clavier sostenuto : voici "A Song for Mick Kelly", les accordailles de l'acoustique et de l'électrique avant l'échappée belle de la voix de Melissa Hughes pour un hymne suave qui s'enflamme dans une superbe montée électrique. Voix syncopée, beats et orgue donnent à "A Song for Arthur Russell" une allure de gospel furieusement singulier parti à l'escalade d'un ciel en trompe l'oreille, perdu dans les boucles et les soupirs. L'électronique se fait plus présente dans les cafouillis, crachotements d'échantillons qui marquent le dernier titre, mystérieux et envoûtant : le violon écorché survole une plaine de claviers profonds, tout semble s'arrêter avant la reprise crescendo et les ultimes voltes  aiguës du violon. Un disque superbe de bout en bout, qu'on ne se lasse pas de réécouter.

Paru en 2010 chez New Amsterdam Records / 8 titres / 45 minutes.

Pour aller plus loin

- le site de l'ensemble, très bien fait, avec 5 titres en écoute.

- "Like a Miracle" en concert à "The Stone" :

 

 

Programme de l'émission du lundi 7 février 2011

Le Ciel brûle  :

  Psykick Lyrikah : Quelle langue / Melmoth (Interlude) (p.3-4, 5'), extraits de Derrière moi (Idwet, sortie en avril 2011)

  Esben and the Witch : Argyria / Marching Song (p.1-2, 9'45), extraits de Violet Cries (Matador, 2010)

Victoire : Cathedral City / Like a Miracle (p.3-4, 11'), extraits de Cathedral City (New Amsterdam Records, 2010)

Grande forme :

  Phil Kline : In Cognito (cd 1, p.9, 6'01) Remix de "In C"

  Terry Riley : In C (cd 2, p.8, 20'43), extraits de In C remixed (Innova, 2010)

22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 20:57

   Max Richter InfraMax Richter, pas encore sur Inactuelles ? Si ! En tant que fondateur, en 1989, du groupe Piano Circus, six pianos pour interpréter Steve Reich, Terry Riley, Michael Nyman et tous les grands noms du minimalisme et des alentours. Cet allemand qui a étudié en Grande-Bretagne vit désormais à Berlin, se consacre à une carrière solo véritablement commencée en 2004 avec The Blue Notebooks. J'écoute actuellement Infra, sorti en juin de cette année, et Songs from Before , de 2006. Dès le premier morceau de ce dernier, "Song", je crois entendre du Arvo Pärt : la pureté qui désarme, la joie poignante, la lenteur tintinnabulante, l'orgue ponctué de percussions étouffées, de cordes éthérées."Flowers for Yulia", c'est comme un lointain écho de "Tabula Rasa", du même Arvo : prière balbutiée, litanie de cendres blanches dispersées dans la neige, majesté de la déréliction...Puis le piano s'avance, seul, mélancolique et nu comme chez  Harold Budd, suivi d'un court poème de Haruki Murakami sur fond de pluie. "Ionosphere" ? Un interlude d'un peu plus d'une minute qui m'évoque le travail de Pierre-Yves Macé sur Passagenweg (Je sais, ce disque est postérieur !)...Vous vous inquiétez ? Ferais-je de Max Richter un plagiaire ? Sur le même disque, "Automne music 1", n'est-ce pas du Michael Nyman ? Nyman que l'on retrouve sur Infra avec le merveilleux "Infra 4", droit sorti de  Drowning by Numbers, musique pour le film de Peter Greenaway. Voilà encore Wim Mertens dans "Infra 3" et dans l'envoûtant "Infra 5", valse lancinante et frénétique... ou encore dans "Automn Music 2", difficile parfois de départager l'anglais Nyman et le belge Mertens, tant ils sont cousins ! Je comprends Max Richter. Imprégné de toutes ses musiques qu'il a tant interprétées ou écoutées, il les Max Richter Songs from beforerecompose pour nous, à dose homéopathique. Il sait que nous sommes des gens pressés : pas de longs titres (maximum inférieur à sept minutes, la majorité entre deux et quatre, parfois moins). Tout pour plaire, en somme, et je ne lui en veux pas, j'aime sa musique, et tant mieux si grâce à elle on découvre ses inspirateurs. Avez-vous vu Valse avec Bachir, le superbe film d'animation du réalisateur israélien Ari Folman ? Max Richter a signé la musique, une des plus belles musiques de film de ces dernières années. Le minimalisme peut enchanter le grand public. Je dois vous avouer quelque chose : si j'étais compositeur, je serais peut-être Max Richter, mon semblable, mon frère. Nous sommes tous  quelque peu des arlequins dans la société de surconsommation.

- Songs from Before : paru en 2006 chez FatCat / 12 titres / 37 minutes environ... seulement ? Ne mesurons pas le sublime avec des unités dérisoires...

- Infra : paru en 2010 chez FatCat / 13 titres / 40 minutes environ

À noter que ce dernier disque correspond à une musique conçue pour un ballet, ce qui explique aussi la brièveté des titres...? (J'ai pourtant vu une superbe chorégraphie sur l'intégrale de Music for Eighteen Musicians de Steve, pas loin d'une heure sans coupure.)

Pour aller plus loin

- le site officiel de Max Richter

- Max Richter sur MySpace

- Infra à écouter sur le site du label FatCat

- Un photo-montage à partir du titre "On the nature of Daylight"...dans Shutter Islands de Martin Scorcese. Il est partout, Max Richter !!!

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 18 octobre 2010

Coup de cœur :

 Antony and the Johnsons : Everything is new / Ghost (pistes 1 et 3, 7'45), extraits de Swanlights (Rough Trade, 2010)

Grande forme :

 Nico Muhly : Wonders (p.5 à 7), extraits de mothertongue (Brassland / Bedroom community, 2008)

Voix de femmes :

 Shannon Wright : Palomino / Violent colours (p.1-2, 7'), extraits de Secret Blood (Vicious Circle, 2010)

 Elastik : Clinik / Panik (p.3-8, 10'40), extraits de Metalik (Sounds Around Records, 2010)

 Olivia Pedroli : To be you / Bow (p. 4-1, 8'45), extraits de The Den (Betacorn / Dscograph, 2010) 

N.B Pas d'émission lundis 25 octobre et 1er novembre.

8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 15:07

Duane Pitre est l'un des musiciens de référence de ce blog. Sa discographie reste hélas limitée, mais, ô joie, Origin vient de sortir en CD : une composition en cinq parties dont j'espère vous reparler bientôt. En attendant, une belle vidéo d'un extrait de "Koan Collage", traitements électroniques et sons acoustiques ou électro-acoustiques pré-enregistrés. Les visuels sont de Greg Hunt.

 

 

Pour mieux connaître Duane Pitre

- "Aux portes d'une nouvelle perception"

- "The Harmonic Series"

- Ses disques sont disponibles ici.

- Duane Pitre sur MySpace

 

Programme de l'émission du lundi 4 octobre 2010

Michael Fiday : Some rivers different (p.22, 8'30), extrait de some rivers different (Innova, 2009)

So Percussion / Matmos : Swamp (p.6, 6'55), extrait de Treasure state (Cantaloupe Music, 2010)

Le ciel brûle :

Agora Fidelio : Les métamorphoses / Il est des livres (p.1-2, 10'05), extraits de Les illusions d'une route : Barcelone (autoproduit, 2010) Premier d'un triptyque annoncé et quatrième album de ce groupe toulousain bien enflammé. De très beaux moments, et une évidente authenticité, émouvante.Kyle-Gann-Nude-rolling-down-an-escalator.jpg

Olivia Pedroli : The Day / House (p.2-9, 8'30), extraits de The Den (Betacorn / Discograph, 2010) Une Suissesse qui chante en anglais sans me faire hurler, pas si mal. Et puis une superbe mise en place, des accompagnements raffinés... avec le concours de Valgeir Sigurdsson, que je ne cesse de retrouver à tous les coins...des bons disques !

Grande forme :

Kyle Gann : Unquiet night (p.10, 16'20), extrait de Nude rolling down an escalator / Studies for disklavier (New World records, 2005) Un absolu.