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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 21:22

Nico Muhly speaks volumes  Nico Muhly, né en 1981, appartient à cette jeune génération de compositeurs influencée par les grandes œuvres conceptuelles du trio minimaliste Reich-Riley-Glass. Après des études en littérature anglaise, il obtient son diplôme de composition à la Julliard School de New York. Il est proche de Philip Glass, dont il est l'éditeur et le claviériste pour de nombreuses pièces, travaille avec Björk, sollicite la collaboration du chanteur Antony. Auteur de musiques de film, il est particulièrement remarqué pour la B.O. de The Reader.

   "speaks volumes", sorti début 2007, est son premier disque, qui réunit sept pièces pour petite formation de chambre. Le tout est enregistré et mixé par Valgeir Sigurdsson, producteur et ingénieur du son de la déjà citée Björk et de quelques autres, Valgeir qui sort ces jours-ci son premier album solo. L'islandais imprime sa marque en enregistrant les instruments de très près et en ajoutant un environnement électronique discret et efficace.

   "Clear music" commence par une phrase languide de violoncelle qui s'étire, se déploie peu à peu dans l'énergie retrouvée, s'épanouit au contact du célesta. La harpe apporte son contrepoint plus grave. Et le trio va, plus enjoué ou plus réfléchi, avec de beaux passages transparents, des dissonances calculées, vers sa résolution méditative. Nico Muhly reconnaît deux sources d'inspiration à cette pièce : le motet Mater Christi Sanctissima de John Taverner, compositeur anglais de la Renaissance, et Vespertine ...de Björk ! "It goes without saying" fait dialoguer d'emblée clarinette et harmonium, l'acoustique organique et les machines : morceau tout en tension, en chromatisme ostentatoire, dans une scansion hâchée très reichienne. Les drones percussifs s'invitent pour une envolée auréolée de trouées lumineuses, ponctuée par les bruits de la soufflerie, les frappes sur les touches. Le début de la pièce suivante, "Honest Music" peut faire songer à la musique d'un Michael Nyman : présence emphatique des cordes langoureuses et insinuantes sur un bourdon de clavier. Le violon chante, domine, épaulé par la harpe et des arrangements enveloppants de cordes et claviers, dans un mouvement aéré de stases solo, jalonné de silences et de reprises en chœur, ce qui me fait aussi songer à un autre anglais, Graham Fitkin , c'est frappant notamment sur la superbe fin, proche dans l'esprit de celle de Slow. D'ailleurs, comme Graham, Nico est d'abord pianiste, et un beau pianiste : il suffit d'écouter "Quiet Music", clair obscur austère, où la rareté est densité expressive. Le piano balbutie, tintinnabule brièvement, découpant le silence en lanières de lumière. "Pillaging Music" semble d'abord un clone (assumé comme l'indique le titre), un remix de bien des pièces percussives de Steve Reich, mais en plus dissonant, destructuré : piano, marimba, sorte de gamelan aussi, mènent une danse de trémolos parcourue de silences frémissants. Pièce au final surprenante, pleine de fantaisie. Retour au piano solo avec "A Hudson cycle", morceau choral hanté par Philip Glass cette fois, l'excellent Glass des pièces pour piano : lumineux et émouvant. Le disque se termine avec "Keep in touch" : faux retour au début avec un phrasé solo d'alto,  mais détruit par des froissements, les cordes grincent, grimpent dans des aigus agressifs. tandis qu'une voix se fait entendre. Tout se calme, l'harmonium (et ses clapets bien audibles) apporte sa douceur suave dans laquelle se fond d'abord la voix d'Antony. Le morceau se fait prière miaulante, lamento douceâtre et déjanté, plombé de percussions métalliques. Sans doute la pièce la plus inventive, écartelée entre sentimentalisme et parodie, ferveur et folie, avec son long crescendo incandescent, sa retombée majestueuse et décalée à la fois dans les mélismes gentiment outranciers d'Antony.

    Un disque difficile à classer, entre post-minimalisme et électro. Parler de néo-classicisme à son égard m'étonne. Singulier en tout cas, inspiré et souvent beau, sans rien à jeter comme dirait Georges.

Sept titres / 54 minutes // Paru en 2007 chez Bedroom Community

Pour aller plus loin

- le site de Bedroom community, avec une page consacrée à l'album, en écoute intégrale.

- une vidéo superbe pour la musique de "It goes without saying":

 

 

Programme de l'émission du dimanche 20 juin 2010

Slow Six : because together we resonate (piste 4, 6' 02), extrait de tomorrow becomes you (Western vinyl, 2010)

Four Tet : Angel Echoes / Circling / This Unfolds (p.1-3-6, 17'), extraits de There is love in you (Domino Recordings, 2010)

Nico Muhly : It goes without saying / Honest Music (p.2-3, 15' 40), extraits de speaks volumes (Bedroom Community, 2007)

Olivier Capparos & Lionel Marchetti :Livre V "First flight" / Livre VI "Le sable et le vent" (Cd 2, p.2 et 3, 26' ), extraits de Kitty Hawk, Le sable et le vent (Césaré, 2010)

 

Programme de l'émission du dimanche 4 juillet 2010

Clogs : Red seas / The Owl of love / Adagio of Cleansing (p.3 à 5, 14' 30), extraits de The creatures in the garden of Lady Walton (Brassland, 2010) Avec Shara Worden du groupe ci-dessous.

My Brightest Diamond : Black & Costaud / To Pluto's moon (p.6-7, 11' 15), extraits de a thousand shark's teeth (Asthmatic Kitty Records, 2008)

Maya Beiser : I was there (p.1, 15' 36), extrait de Provenance (Islandia Music, 2010) Le retour très attendu de Maya...

Nico Muhly : Quiet Music / Pillaging Music (p.4-5, 12' 45), extraits de speaks volumes (Bedroom Community, 2007)

Four Tet : Plastic people / She just likes to fight (p.8-9, 11' 10), extraits de There is love in you (Domino Recordings, 2010)

Autechre : os veix 3 / O = 0 / d-shoqub (p.8 à 10' 16' ), extraits de Oversteps Warp records, 2010)

P.S. Dernière émission avant la reprise début septembre. Je ne vous abandonne pas pour autant...


5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 21:30
Pierre-Yves Macé passagenweg   J'aime assez l'idée de chroniquer le dernier opus de Pierre-Yves Macé un an après sa sortie. Dans ce monde qui court après le temps, Passagenweg est un objet insolite : deux ans de préparation, à travailler une matière sonore ingrate et pourtant fascinante, celle fournie par des échantillons de très vieux 78 tours contemporains des premières techniques d'enregistrement et de diffusion de masse. Pierre-Yves ne prélève à chaque fois que quelques mesures, qu'il entrelace avec d'autres, répète, monte avec un art consumé en un continuum aéré par le délicat fondu-enchaîné sonore, les bruits de l'aiguille du phonographe qui gratte le microsillon, et des sortes de puits temporels, de langoureux vortex d'où les mesures rescapées s'échappent. Inspiré par le Livre des passages du philosophe allemand Walter Benjamin (1892-1940), le disque ne se livre pas à de l'archéologie sonore nostalgique. Prenant acte de la perte de l'aura de l'œuvre - définie comme la "manifestation d'un lointain quelle que soit sa proximité", perte causée par sa reproductibilité technique, Pierre-Yves Macé s'empare des traces en artiste d'aujourd'hui pour les mixer, les triturer, j'ai envie de dire pour leur faire rendre l'âme, en extraire la substantifique moelle dont parle Rabelais. En ce sens, il tente d'exprimer ce que le temps a, non pas Pierre Yves Macé Passagenweg 2effacé, mais dissimulé dans ses plis, en le revivifiant, l'actualisant par le travail de composition le plus exigeant. Le résultat est d'une étrangeté fascinante, car l'auditeur oscille entre les époques, l'hier fragile et émouvant et un aujourd'hui distancié et énigmatique qui en est comme l'émanation fraternelle. Inactualité garantie ! Dès "Angelus novus", le premier titre, l'auditeur plonge dans le premier passage temporel, happé par un univers sonore décalé. Ritournelles mélancoliques, pâte sonore épaisse et tout à la fois évanescente. Une valse secoue la poussière, fantôme extirpé par des granulations spasmodiques, voici "La Comédie des Cachemires", comme si nous étions dans l'un de ces passages commerciaux aux vitrines pleines de nouveautés, mais tout se diffracte, miroir brisé, se recompose pour libérer soudain une énergie insoupçonnée. Toute la ville se met à graviter vertigineusement avant de se dissoudre dans le tremblement des lointains, que ne surgissent d'autres languides tournoiements. Musiques mécaniques, brisées en multiples fragments obsédants, c'est "Der Geistiger Automat" qui n'en finit pas de se dérégler avant une "Première parataxe" qui mouline le passsé avec d'horribles triturations, jeu de massacre qui tire à vue sur la nostalgie si facile. Du passé surgit le nouveau, "Il Principe e Il Ranocchio", un conte enchanteur, ensorceleur, parasité par un piano mécanique fou et une bande son proliférante, un des titres inoubliables de l'album. "La Pratique quotidienne de l'Utopie" vient s'intercaler avant la deuxième partie du conte merveilleux, sorte de marche hors du temps dans un laboratoire sonore de pulvérisation des mélodies. Le Prince et la Grenouille reviennent, enveloppés de valses à demi désagrégées, de cloches, comme pour un mariage qu'interrompt brutalement la "Seconde Parataxe". De la recomposition naît alors "Crystal Palace 1", palais des métamorphoses sonores, des monstres, véritable poème électronique "trash", une splendeur qui s'évanouit dans le silence abyssal. Nous sommes au cœur du labyrinthe, dans la chambre secrète des strates à demi détruites pour un "Nocturnorama" de près de 16 minutes. Plus rien ne peut nous Pierre Yves Macé Passagenweg 1atteindre, une torpeur nous saisit, les veux airs défilent et s'évanouissent, repassent dans une trame distendue ponctuée de quelques notes d'un clavier voilé, étouffé. Le temps s'est arrêté, peut-être, ou ne cesse de revenir dans un éternel retour nietzschéen. Séducteur redoutable, dont les effluves surannés dispensent "Le Sex-Appeal de l'anorganique", pot-pourri d'un absolu mauvais goût, aux relents militaro sentimentaux. "Dialektisches Bild" : « Dans l'image dialectique, l'autrefois d'une période déterminée est en même temps l'autrefois de toujours. » (voir l'illustration ci-dessus). Fin du pittoresque, l'autrefois est un, amalgame de toutes les strates temporelles, tout s'y dépose dans l'indifférenciation : le morceau associe boucles minimalistes des claviers et rythmiques ferroviaires, nuages électroniques en couches sonores à peine ourlées, superbe travail, un autre grand moment de cet album !! "Ultime Parataxe", troisième et dernier des interludes grinçants qui attaquent la nostalgie comme un acide salvateur, débouche sur une "Valse" engrossée par des échantillons qui en font un champ de tir de l'expérimentation sonore. Place au deuxième "Crystal Palace" dont les mille prismes piègent l'autrefois-présent dans un carrousel étourdissant toujours sur le point de se briser. Comment faut-il alors comprendre le "Necessary Angel"qui clôt l'album ? Ange de la tourmente et de l'envol, de la disparition programmée, recouvert d'épaisses couches de particules sonores qui le voilent et l'étouffent...
   Avec ce quatrième album solo, Pierre-Yves Macé s'affirme comme l'un des musiciens les plus passionnants de notre temps. Il faut mériter ce disque déroutant à première écoute, si attachant ensuite qu'il semble faire partie de nous-mêmes, comme s'il nous avait révélé quelques-uns des secrets du temps. Un disque quasiment initiatique, parce qu'il a l'immense mérite de nous apprendre à écouter dans les interstices, sous la peau craquelée des années. La pochette et le livret si soignés, si éclairants, sont tout à l'honneur du label Brocoli.
16 titres / Plus de 70 minutes
Pour aller plus loin
- un article antérieur consacré à Circulations, sorti chez Sub Rosa en 2005.
- Pierre-Yves Macé sur MySpace.
- un bon article de Pinkushion (plus rapide que moi, mais ils sont plusieurs...) sur Passagenweg.
Programme de l'émission du dimanche 28 février 2010
Ellen Fullman & Theresa Vong : Blue Tunnel Fields (piste.1, 9' 32)
Duane Pitre : Comprovisation for Justly Tuned Ukelin n°1 (p.6, 7' 40), extraits de The Harmonic Series, a compilation of musical works for Just intonation (Important records, 2009)
Antye Greie : Letters Make No Meaning / Where The White Animals Meet / Cognitive Modules party II / Ooops For Understanding III (p.2-5-6-10, 16' ) extraits de Words Are Missing (AGF Producktion, 2008)
The Album Leaf : Blank pages / There is a Wind / Within Dreams (p.2 à 4, 15' ), extraits de A Chorus of Storytellers ((Sub Pop Records, 2010)
Brain Damage : There is a wind / On ly Lost in the Sound / Smoke in Our Minds (p.1-3-4, 13' 30), extraits de Burning Before Sunset (Jarring effects, 2010)

25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 19:24
Après le long article précédent, une vidéo cette fois : une pièce pour guitare classique, avec retardement et boucles, présente sur Savage Altars (New Albion Records, 2006). Ici interprétée par un guitariste néo-zélandais homonyme, magnifique hasard...

J'en profite pour rattraper mon retard...
Programmme de l'émission du dimanche 10 janvier 2010
Dan Trueman Martin's Garden / The piano student assigment Book / Matisse's garden (pistes 2 à 4, 19' ), extraits de Five Gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
Ingram Marshall :
Peaceable Kingdom (p.2, 17' 58), extrait de September Canons (New World Records, 2009)
David Lang I'm still shaking / Ray's entrance / Chopin / my very empty mouth / Gallery humiliation (p.2-4-5-6-7, 6' ), extraits de Untitled (Cantaloupe, 2009) Pour ceux qui ne connaissent pas David Lang, une introduction que cette bande originale du film de  Jonathan Parker (bandes annonces ici). Sinon, disque composite : fragments inédits qui montrent que David peut le faire...et reprises de compositions majeures sous formes d'extraits, du digest agaçant. Préférer les "vrais" disques du maître !
Phelan Shepard : Broken in the wrong place / Weaving song (p.2 et 3, 13' ), extraits de Harps old master (The Leaf Label, 2006)
Eve Beglarian : Until it blazes (p.1, 10' 35), extrait de The Stroke that kills (New World Records, 2008)
                                            
à la guitare : Seth Josel
Programme de l'émission du dimanche 17 janvier 2010
Ingram Marshall Woodstone (p.3, 17' 38), extrait de September Canons (New World records, 2009)
Pantha du Prince : Abglanz / The Splendour / Bohemian Forest (p.2-3-8, 20' ), extraits de Black Noise (Rough Trade, 2010)
The Unthanks : Annachie Gordon / The Testimony Kershaw / Nobody knew she was There (p.3-5-8, 18' ), extraits de Here's the tender coming (The Leaf label, 2009)
Dan Trueman : Matisse's Coastal Garden/ The Wheelbarrow Piece (p.8-9, 15' 40),
extraits de Five Gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 15:40
Ingram Marshall - September Canons
  De drame et d'éther
   Introduction majestueuse, brumeuse : les violons frémissent sur place tandis que le violon soliste chante éperdu sur les eaux primordiales. Pas de doute, on est bien sur la galaxie Ingram Marshall, compositeur américain passionnant né en 1942. Pionnier de la musique électronique la plus radicale, assistant de Morton Subotnick au California Institute of Arts, connaisseur de la musique de Java et Bali qu'il a étudiée lors d'un voyage effectué en compagnie de Charlemagne Palestine, il refuse de se laisser enfermer dans un style, une tendance. Dans les marges du minimalisme, il écrit une oeuvre post-romantique hantée par Sibelius, Bach et Charles Ives, ou encore les hymnes de son pays. Aucun dogme, une recherche constante du beau : « Le mot "beau" est difficile à définir, mais d'une certaine manière, il est toujours à l'arrière-plan de ma pensée lorque je compose. Je cherche toujours une expression du magnifique, du beau, du splendide, du sensuel, quelque chose qui saisit, qui est palpable et qui n'est pas désagréable en surface. Je pense vraiment qu'une expérience musicale devrait être enveloppante, et que la réussite d'une pièce est liée à l'implication totale de l'auditeur, presque d'une manière narcotique - pas pour s'enfermer dans une transe, mais pour être vraiment en elle. » Ces propos d'Ingram sur le livret d'accompagnement de "September Canons" sont la base de son art de la composition en tant qu'art poétique en effet. On peut y ajouter cette remarque, qui relativise l'importance de la structure : « La structure est très importante, mais j'en suis venu à faire confiance à mon attirance intuitive pour le sombre et le beau et l'inépuisable. » Les quatre titres de cet album en sont une éblouissante illustration, en même temps qu'ils offrent une traversée à rebours de trente années de composition.
   "September Canons" (2002) - en écoute plus bas - ouvre l'album de manière somptueuse, bel exemple de la manière dont Ingram Marshall transcende l'électronique. Pièce pour violon avec processus électroniques, notammment d'amplification et de retardement, c'est un lamento sur les événements du 11 septembre 2001, d'où son titre. Rien de funèbre pourtant, un lyrisme voluptueux qui transporte très loin, avec cette faculté  impressionnante de donner à entendre les esprits, une musique spirite en un sens, envahie par des nuées virevoltantes, des balbutiements de pizzicati.
  "Peacable Kingdom" combine des sons enregistrés lors d'une procession funéraire sur l'île dalmate de Korcula, des sons de cloche d'église à Belago en Italie, et un ensemble de chambre. C'est au départ une commande d'un cousin de sa femme, fatigué d'entendre  toujours les mêmes marches funèbres  dans cette île où un enterrement est une affaire collective. L'atmosphère est sombre, sans doute influencée par l'histoire pleine de violence et de guerre de la Yougoslavie, mais Ingram précise qu'il pensait beaucoup à une vieille ferme du Vermont baptisée "The Peacable Kingdom" par ses habitants.  La guerre est effacée par un lieu référent à une imagerie pacifique. Là encore, un pas de côté vers l'ailleurs, les circonstances dépaysées pour que surgisse la beauté , pour que s'engouffre le sublime.
   "Woodstone" (1981) est un double hommage. C'est la seule composition pour orcherstre gamelan d'Ingram  -un orchestre non pas indonésien ici, mais bien américain, The Berkeley Gamelan, qu'assez facétieusement il se plaît à farcir d'un thème emprunté à la Waldstein Sonata de Beethoven !  Le titre est l'équivalent anglais de "Waldstein". En tout cas, le résultat est un morceau réjouissant aux sonorités cristallines et transparentes, ponctué de brefs moments introspectifs ouatés d'ombres.
   La flûte gambuh, la plus grande des flûtes de la musique balinaise, déploie ses mystères dans le dernier titre, entièrement interprété par le compositeur, qui joue aussi du synthétiseur et utilise en direct des processus électroniques. On remonte aux années 70, pendant lesquelles il élaborait "The Fragility Cycles", dont on trouve des fragments épars dans sa discographie. Magnifique fragilité, évanescente et tendre, lointaine et insinuante, très proche dans l'esprit et les inflexions de la symphonie pour cuivres et synthetiseurs "Light over Water" composée par John Adams en 1983, une des meilleures compositions de ce dernier, publée d'ailleurs sur le label New Albion, comme la majeure partie de l'oeuvre d'Ingram Marshall.
   Le disque n'est toutefois pas sorti sur New Albion, qui semble en veilleuse, mais sur New World Records, qui accomplit un travail remarquable de diffusion des musiques américaines les plus... singulières !
Pour aller plus loin
- ma chronique d'un disque précédent d'Ingram, Dark Waters.
- la sonate n°21 de Beethoven en écoute ici (je ne recule devant rien !).
- un bel article consacré à Ingram Marshall sur Néosphères.
- "September canons", le premier titre, en écoute ci-dessous :

                                                             
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 16:47
Dio. - Quelle claque ! Ô la joie !! Dès le premier titre, "Channel 7", après une brève intro à l'orgue, les deux pianos nous enlèvent, ça piaffe et ça  caracole à un rythme endiablé...
Meph.- Je me sens revigoré ! Aufgang, beau nom allemand pour un sabbat pianistique jubilatoire. On assiste au lever d'un trio étourdissant.
Dio.- Oui, Aymeric Westrich à l'électronique et aux percussions, Francesco Tristano et Rami Khalifé aux pianos.
Meph.- Ce que j'apprécie, c'est la symbiose entre les trois musiciens, Aymerich enveloppant, accompagant avec finesse les envolées pianistiques de ces deux grands instrumentistes. L'électronique n'étouffe pas, elle met en valeur.
Dio.- Tu sais à qui j'ai pensé ?
Meph.- Aucune âme n'a de secret pour moi. À Wim Mertens...
Dio.- Natürlich. Mais ils sont aussi dans un post-minimalisme étonnant, croisé avec des influences jazzy...
Meph.- Ne t'épuise pas. Leurs compositions se laissent difficilement réduire à un quelconque courant. Ce sont des improvisateurs, ils se lancent, nous embarquent avec une prodigieuse aisance. "Barok" commence presque comme du Bach effréné, bondit comme du Mertens en effet, se transforme à vue pour s'intérioriser dans des boucles lancinantes.
Dio.- Et la coda fragile de "Channel 7", après une véritable pyrotechnie pianistique, incroyable. Le début très dancefloor de "Sonar", relayé par des déhanchements répétitifs sur un beat efficace, ne laisse guère prévoir le duo pianistique martelé qui suit, lequel se résout en arpèges très école de Vienne.
Meph.- "Prélude du passé" me réjouit, tellement en rupture par rapport à ce qui précède, pianos évanescents, la délicatesse même...
Dio.- Qu'est-ce qui t'arrive, Meph ? Tu deviens sensible, méfie-toi !
Meph.- C'est dur de porter la lumière, je suis méconnu. Pour en revenir à "Prélude du passé", après ce début hors du temps, intervient la batterie, on se croit dans un excellent trio de jazz, mais alors quelle tenue, pas d'esbroufe, une avancée vers la lumière, là tu comprends ce qui me touche au coeur, cette sereine splendeur.
Dio.- Cinq premiers titres vraiment superbes, on est d'accord, plus de trente minutes impeccables.
Meph.- Le titre 6, "Good generation", est en effet plus bavard, plus mode, l'électro est plus envahissante, peu convaincante.
Dio.- Un faux pas, c'est indéniable. Prolongé par un "3 vitesses" un peu meilleur certes, mais, parasité par une virtuosité encombrante.
Meph.- Le titre éponyme représente sans doute la tentative la plus audacieuse, la plus risquée du disque, piano très contemporain et trame techno. Réjouissant, ce mélange contre nature (diront certains) !! Un hybride, un monstre lâché contre les sectaires de tous bords. Puissant, fort, inventif...
Dio.- Et ce disque généreux se termine sur le superbe "Soumission", presque onze minutes, le piano frappé comme une percussion, joué à l'intérieur comme à l'extérieur, qui sonne parfois comme du piano préparé...
Meph.- Mon morceau préféré, d'un lenteur parfois extatique, au risque d'en agacer les agités, les impatients, tant mieux. Ils sont au meilleur, au plus personnel, pas besoin de démonstration, quelle récompense ce crescendo final, puis cet apaisement tout en éclaboussures suspendues...
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9 titres (pas de titre d'album), presque 60 minutes, sortie le 12 octobre chez InFiné
Rami Khalifé, né à Beyrouth, a étudié notamment à la Julliard School de New-York sous la direction d'élèves de Bartok. Francesco Tristano, qui a joué comme soliste avec de nombreux orchestres, a fondé les New Bach players en 2001, avec lesquels il a notamment enregistré l'intégrale des concertos pour clavier de Bach !
Pour aller plus loin
- "Channel 7" en écoute sur le site du label Infiné.
-
le trio sur MySpace.
Programme de l'émission du dimanche 27 septembre 2009
Fedaden : Sour / Vultures / Contrecoeur (p.11 à 13, 14' ), extraits de Broader (Nacopajaz, 2009), un disque inégal, meilleur sur la fin...
Aufang : Channel 7 / Channel 8 (p.1-2, 14' 50), extraits de (sans titre, InFiné, 2009)
Nick Cave & Warran Ellis : Shrey Leak / Me nea (Disque 2, p.1-2, 5' 45)
                                                             Song for Jesse / Whart must be done (Disque 1, 1-3, 4' 30), extraits de White lunar (Mute records, 2009)
del cielo : L'orage / Reddition / Top models (p.2-3-8, 9' 30), extraits de Sous les cendres (Idwet, 2009 J'y reviendrai, c'est sur le label de Psykick Lyrikah, Arm et Robert le Magnifique apportent leurs contributions.
Bruce Brubaker : China Gates, de John Adams (p.4, 5' 15)
                                         Inner Cities 1, d'Alvin Curran (p.5, 23' 58), extraits de Inner Cities (Arabesque Recordings, 2003)
24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 20:41
   Comme Vincent Segal (cf. un article précédent), Daniel Bernard Roumain, alias DBR, américain d'origine haïtienne, met la pratique classique de son instrument au service des musiques d'aujourd'hui. Sa carrière est encore modeste, quatre disques à son actif. Compositeur, il multiplie les collaborations, comme on le verra par la suite. Sa trajectoire, d'abord incertaine, s'affirme avec son dernier opus.
Qui n'est pas celui-ci...Pulsing, sorti en 2006 sur DBR Music, manifestait encore très maladroitement les velléités d'ouverture de DBR vers les musiques électroniques. L'album s'ouvre pourtant sur un très beau titre, "Orbit", tout à fait digne des meilleures musiques contemporaines. Violon en pizzicati pour des motifs en boucle, jeux de réverbération et d'approfondissement. Mes oreilles étaient ravies, plus dure fut la suite. Morceaux mous, saupoudrés d'une électronique-gadget. "Wanted", le septième titre, prouvait à nouveau les possibilités du compositeur, morceau syncopé assez hypnotique, très minimal. Et puis cela retombait dans le joli insipide avec le justement bien titré "Cotillion 2", tout ce que je déteste dans le violon pour caniches. "Filter" essayait ensuite de réparer mon traumatisme, avec un peu trop de crincrins à mon goût. Le disque se terminait plus heureusement avec un collage de fragments dialogués sur fond de violon au lyrisme tenu : pas encore du Eve Beglarian, notez bien ! Au total, un disque peu pulsant, peu reichien, des promesses...
  etudes4violin&electronix est nettement plus consistant. Sorti en 2007 sur le label Thirsty Ear, il est mieux composé, bénéficie de collaborations de choc, DJ Spooky, Ryuichi Sakamoto, DJ Scientific...et Philip Glass. Dès le premier titre, on prend de l'altitude avec l'éthéré "black man singing", violon libéré, beats de DJ Spooky, flûte envoutante de Peter Gordon. "The Need to be", le titre suivant, est une merveille d'abord toute gracile, dialogue entre le violon de dbr et le piano de Ryuichi Sakamoto, puis le ton se fait plus grave, introspectif, le piano en arpèges éclaboussés, le violon en stases étincelantes. Dbr ose enfin une vraie composition, et c'est un peu plus de dix minutes de bonheur. DJ Spooky réapparaît avec le titre trois, "resonance", presque jazzy, dbr aussi au piano, c'est bien enlevé, finies les mièvreries..."The need to follow", qui forme dyptique avec ""The need to be", est peut-être plus beau encore, chant d'une intensité bouleversante soutenu par le clapotis océanique du piano de Sakamoto. Sur "divergence", dbr est seul au violon, piano et synthétiseurs : c'est limpide, évident. Quelle différence en un an !! Voici qu'il ajoute une partie de violon à une composition pour piano solo de Philip Glass, "Metamorphosis". Pourquoi pas, même si le piano se suffisait seul. Les deux hommes ont en commun le goût des mélodies, des reprises. dbr se coule sans problème dans la musique de Glass, avec un certain brio. Belle composition, de toute façon. Qui vaut mieux que le morceau suivant, le titre faible de l'album, passons..."fayetteville", avant-dernier titre,  en fait un peu trop, mais "lava" renoue avec le meilleur, atmosphère mystérieuse, apesanteur de soieries aériennes.dbr, un violoniste à suivre.
Pour aller plus loin
- le site de dbr.
- dbr sur MySpace
4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 16:46
   Deuxième disque de l'allemand Dani Joss après Liquid photography sorti en 2004 sur le remarquable label grec Poeta Negra, Shaper of form, sorti en 2006 sur le même label, est une révélation majeure, pas très facile à se procurer (absent des grandes plates-formes, l'une d'entre elles ne proposant que des MP3s du premier album, mini-album pour être exact).
  Dani Joss est bien un fabricant, un créateur de forme(s), comme l'indique le titre du disque. Aucune forme préétablie, reconnaissable, ne structure des morceaux qui évoluent enveloppés de silence. Des sons surgissent et s'ordonnent dans l'espace, viennent offrir leurs textures, esquissent peut-être une histoire : apparitions, disparitions, dans un climat de hiératisme merveilleux, d'intense concentration. Rien d'appuyé, la sobriété est de mise, qui met en valeur le grain des instruments, la finesse de la mise en scène. Chaque morceau se fait incantation grâce à une véritable symbiose entre sons acoustiques et électroniques. C'est dire qu'il est malaisé de classer une telle oeuvre. Six musiciens grecs, au piano, basson, cymbales frottées, percussions, violoncelle, fournissent la trame acoustique, tandis que Dani Joss assure l'environnement électronique. "Souls" ouvre l'album : sur continuum d'orgue, le piano picore quelques notes en boucles lentes, le violoncelle joue pizzicato, claviers et drones se croisent dans une atmosphère orageuse, des bruits éclatent comme de petites bulles, des pas s'éloignent, une porte grince. Cinq minutes huit secondes pour entrer dans la chambre hantée, dans cette musique habitée, dépaysante. "Circles/Fingers" commence par une stridulation aigue et douce à la fois, ponctuée de clochettes cristallines, vibrantes. Un vent grave se lève au loin, un gong rejoint le concert de clochettes, chants d'oiseaux synthétiques, pépiements, grincements, battements liquides comme des envols lourds, coda de crépitements rythmiques. La musique est constamment passionnante, parce qu'elle semble toujours naissante, couler de source, libre d'aller où elle veut. "Expectations" a des airs de musique thibétaine avec ses cymbales, son arrière-plan de chants de drones. Troué de brutales interruptions, il renaît chaque fois plus intense, agité dans la seconde moitié de ses un peu plus de cinq minutes par de puissantes percussions. Dani Joss relève à l'évidence autant de la pure musique contemporaine que de la seule sphère électronique par ce souci des textures, ce goût constant de l'expérimentation. Je songe en l'écoutant à l'univers de Kaija Saariaho, par exemple. L'album culmine avec les douze minutes de "Misconception population". Formidable ouverture de basson et drones, fanfare solennelle parcourue de déflagrations somptueuses, de déchirements dramatiques. Des chuchotements s'invitent,  un texte poétique semble se dire, tandis que les sons électroniques tissent un réseau mouvant d'aigus à la limite du perceptible. Reviennent les clochettes, tintinnabulantes, un tambour bat quelque part, les claviers nous encerclent, le temps s'étire, fasciné par la musique envoûtante et envoûtée, peu à peu parasitée par des grappes minuscules de notes d'une sorte de xylophone.
   Lecteurs, vous êtes habitués à mes chroniques enthousiastes - je ne chronique ici que ce qui me plaît, notez-le bien, mais j'essaie de les graduer, et quand je lâche le mot de "chef d'oeuvre", j'aimerais qu'il ait encore pour vous tout son sens. Les belles musiques ne sont pas rares pour ceux qui cherchent vraiment, les chefs d'oeuvre le sont un peu plus. "of change", le cinquième titre, confirme l'impression. Cohérence globale d'un projet ambitieux, déconcertant sans doute pour tous ceux qui attendent des schémas musicaux, magnifique et stimulant pour ceux qui s'abandonnent à la splendeur de ces épiphanies limpides. "approxima" s'approche de la musique industrielle par son atmosphère saturée de percussions sauvages, de bruits métalliques, avant d'être transformé par l'irruption sans appel du piano qui nous transporte vers les carillons de "destinations", court morceau de moins de deux minutes où apparaît une improbable guitare. Et c'est "of goodbyes", entrée magistrale au piano, cordes genre dulcimer avec une parcimonie brouillée, élégie tremblée qui prend des allures de thrène antique très retenu, digne. Second sommet de ce disque admirable, qui rejoint mon panthéon personnel d'oeuvres nécessaires !!

Pour aller plus loin :
- le site de Dani Joss.
- Dani Joss sur Myspace, avec trois morceaux phares de l'album en écoute.
- le très beau site du label Poeta Negra semble avoir disparu (il fonctionnait encore voici peu, et on pouvait commander... à condition d'être patient, environ trois mois et demi avant de voir arriver les galettes convoitées ! Le label lui-même a cessé ses activités en 2008. Je vous signale la très bonne plate-forme Discogs, où tout le catalogue est répertorié et disponible à la vente.
- une vidéo utilisée par Dani Joss pendant ses performances: celle du second titre, "cercles/fingers".
26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 19:06
   La guitare électrique est l'un des instruments les plus fétichisés, les plus adulés depuis l'avènement du jazz et du rock. Moins d'un siècle après sa naissance dans les années 1920, elle est devenue un instrument de répertoire, et fascine aussi bien les compositeurs de musique contemporaine. Le guitariste Seth Josel, instrumentiste renommé sur la scène contemporaine internationale, nous offre avec The Stroke that kills, paru début décembre 2008 chez New World Records, un florilège incandescent dû à six compositeurs majeurs d'aujourd'hui.
  Le disque décline la guitare électrique en solo ou jusqu'à six instruments, avec parfois adjonction de deux basses. Elle est souvent confrontée à elle-même grâce à des systèmes de retardement : voici la guitare jouant avec la nymphe Echo, jusqu'au vertige, jusqu'à l'incendie comme sur l'extraordinaire premier titre, "Until it Blazes", composition d'Eve Beglarian. Guitare radieuse, transparente, multipliée, poursuivie par les doux échos dans des cercles brûlants où émergent des notes comme des étincelles à la surface de l'océan sonore ; et puis ce crescendo final, la guitare épaissie en lave fulgurante !! Un des titres de l'année, à coup sûr, qui confirme tout le bien que je pense d'Eve (déjà célébrée ici). Alvin Curran, que je ne présente plus (il a une catégorie à lui tout seul...), signe le second titre, scindé en trois parties de longueurs très inégales, "Strum City I, II, III", une exploration de la guitare à base de strumming, la frappe rapide et répétée finissant par produire des harmoniques ponctuées par les sons graves des deux basses : l'auditeur est emporté dans un maëlstrom, cerné par le mur de guitares sur lequel il finit projeté...il pourra souffler pendant les parties II et III, plus méditatives. Le trip continue avec "Slapback" de Michael Fiday, élève de George Crumb et Louis Andriessen, qui donne un morceau d'allure très rock, inspiré par un enregistrement en concert de Pete Townsend, le guitariste des Who, qui jouait en duo avec le son de sa guitare réverbéré par les murs. Morceau hallucinant à écouter au casque : dans la voie de droite, la performance du guitariste, dans celle de gauche, son écho déclenché un huitième de note plus tard, ce qui finit par créer une intrication formidable de rythmes et de riffs. Avec un final presque cristallin, d'une finesse inattendue après l'orage magnétique ! On doit à David Dramm, un compositeur que je découvre (tout comme Michael Fiday), le titre éponyme, pour trois guitares électriques : strumming très rythmique, d'esprit flamenco au départ (composé pour le Amsterdam Guitar Trio), plus rude aux guitares électriques, morceau à la texture très répétitive qui se charge de résonances superposées, "cassé" au bout de sept minutes par un passage introspectif, comme hésitant, en voie de reconstruction avant une reprise furieuse, syncopée, des batteries de strumming. Arrivé là, l'auditeur est prêt à tout, et ça arrive, voilà une "stoned guitar" pilotée par Gustavo Matamoros, natif de Caracas, émule de Earle Brown et donc proche de la constellation post-cagienne (derrière cet affreux néologisme, vous aurez peut-être reconnu John Cage...), qui fut le directeur artistique du Subtronics Experimental Music and Sound Art Festival de Miami. Mais "stoned" n'évoque aucune substance hallucinogène, seulement la conduite de la pièce : "Avec une pierre, remonte les cordes de la guitare depuis le chevalet jusqu'au sillet de tête." Dérive mon beau délire débâcle des cordes fusion battements navire night en perdition tout se confond dans la torsion des sons...Le disque s'achève sur "Canon for Six guitars" de Tom Johnson, composition nettement plus faible, à l'écriture trop rigide : n'est pas Bach qui veut, je sais, je suis dur, passons. De toute façon, un des albums de l'année !
Pour aller plus loin :
- le site du guitariste, avec quelques extraits d'autres interprétations en écoute (notamment du Berio)
- un site co-fondé par le guitariste, consacré à répertorier toutes les compositions consacrées à la guitare. Avis aux amateurs !
Trois titres du disque en écoute ( le troisième pas tout à fait en entier):


Programme de l'émission du dimanche 21 décembre 2008
Zoë Keating : Frozen angels (piste 7, 7' 02)
                               Legions (war) (p.1, 6' 02)
                               Legions(rêverie) (p.6, 5' 04), extraits de one cello x 16 : Natoma (2005)
Eve Beglarian : Until it blazes (p.1, 10' 35)
Michael Fiday : Slapback (p.5, 12' 22), extraits de The Stroke that kills (New World Records, 2008)
Michael Byron : A Bird revealing the unknown to the sky (p.2, 16' 40), extrait de Dreamers of Pearl (New World records, 2008)
Philip Glass : The Needle (p.2, 3' 58)
                                Don't go back to sleep (p.3, 9' 02)
                                In the Arc of your Mallet (p.4, 4' 35), extraits de Monsters of Grace (Orange mountain Music, 2007) Encore un Philip Glass ! Une nouvelle collaboration avec le chorégraphe Robert Wilson, sur des textes de Rumi. Surprenant, un peu kitsch, mais de bons chanteurs.