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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 13:28

John Zorn The Hermetic Organ   John Zorn, compositeur et improvisateur féru d'avant-garde, se frotte à l'orgue. Pas n'importe lequel, celui de la chapelle Saint-Paul, un édifice religieux de New-York inauguré en 1766, doté d'un orgue du dix-neuvième plusieurs fois restauré. Un orgue dont la puissance projette hors du monde : c'est cette dimension grandiose qu'il se plaît à explorer dans une improvisation de plus de trente minutes. Le disque est l'enregistrement de ce solo du 9 décembre 2011, à 23h. Les différents moments de cet Office n°4, Introït - Bénédiction - Offertoire - Élévation - Communion - Descente, ne sont pas distingués sur le disque : les pauses séparatrices ne doivent pas empêcher l'auditeur d'écouter l'ensemble d'une traite. Il faut plonger dans les grondements de l'au-delà, dans les flammes de la fournaise. Il faut être écrasé par la puissance déchaînée, malaxé par les drones, ému par les soudaines caresses extatiques de l'instrument lorsqu'il prend des allures pastorales. Il y a tout dans l'orgue : de l'ange d'une sidérante douceur, de l'archange terrible et rayonnant, du démon dont le souffle destructeur balaye toutes nos petitesses. John Zorn s'en donne des allures de prophète, lui qui se faisant revient au premier instrument à l'avoir fasciné. Lui, qui l'eût cru, qui écoutait aussi tous les musiciens s'y étant intéressé : pas seulement Bach, mais Kagel, Ligeti, Messiaen, et Charles Tournemire, et bien sûr Terry Riley (liste évidemment incomplète). Tant pis pour ceux qui ne voient en lui que le saxophoniste de jazz, le musicien fou, un iconoclaste pas toujours inspiré. John Zorn est ici tour à tour méditatif, recueilli, embrasé : totalement en phase avec cet instrument dantesque qu'il chevauche avec un évident plaisir. L'orgue, il s'en souvient et nous le rappelle, est l'instrument de prédilection de certains films d'horreur, comme ce Fantôme de l'Opéra (1925) inspiré du roman de Gaston Leroux et mis en scène par le réalisateur américain Rupert Julian, avec Lon Chaney dans le rôle du fantôme. Stupeurs et frémissements, ébranlements et suavités : quelles sensations ! Mais l'orgue n'est-il pas là pour nous faire prendre conscience de nos vies vaines, nous rappeler à la transcendance ? Peu importe pour l'auditeur — qui choisira sa voie — transporté, ravi par la performance !

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Paru en 2012 chez Tzadik / 1 titre / 36' 25

Pour aller plus loinLe-Fantome-de-l-Opera-affiche.jpg

- John Zorn en solo à Anvers le 13 août 2011, car le bougre y prend goût, aime bien se faire inviter pour des solos d'orgue ! Seulement du son :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 1er octobre 2012

Erdem Helvacioglu : Bridge to horizon / Dreaming on a blind saddle (Pistes 1 & 4, 15'34), extraits de Altered realities (New Albion Records, 2006)

Réédition :

• Maria Monti : Il Serpente innamorato / Lo zoo (p.4-5, 5'30), extraits de Il Bestiario, parution initiale en 1974 / réédition par Unseen World Records, 2012. Une chanteuse de cabaret, un peu comme Dagmar Krause. Et, parmi ses accompagnateurs : Alvin Curran !!

Grande forme :

•John Zorn : Office n°4 (p.1, 36'25), extrait de The Hermetic Organ / St Paul's Chapel NYC (Tzadik, 2012)

Programme de l'émission du lundi 8 octobre 201

Peter Broderick à l'honneur :

• Peter Broderick : Low light / Eyes closed and travelling (p.5-7, 7'35), extraits de Glimmer, disque avec Takumi Uesaka pour les premiers titres (cotelabo, 2011)

                                            We didn't find anything / It wasn't a deer skull / What was found / Circumstancial evidence (p. 3-7-8-11, 11'), extraits de Music for Confluence (Erased Tapes, 2011)

Astrïd Suite / James (p.3-4, 13'45), extraits de High Blues (Rune Grammofon, 2012)

Mark Dancigers : The Bright Motion (p.3-4, 18'34), extraits de The Bright Motion (New Amsterdam Records, 2012), disque du pianiste Michael Mizrahi

30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 21:01

Je me lance : elle sera très sélective...

Gavin Bryars Hommages- Hommages, un ensemble de pièces enregistrées "avec les moyens de fortune" ; Gavin Bryars dirige son propre ensemble. Producteur : Wim Mertens ! Années 1978 -1981. Cd chez Les Disques du Crépuscule - label indépendant de Bruxelles fondé en 1980 et disparu en 2006 : un super catalogue, éclectique et fou - en 1989. On y trouve notamment "Vespertine park" : deux pianos (dont Gavin, j'avais oublié !), deux vibraphones, deux marimbas, cloches, gongs, cymbales.

Meph - Complètement abyssal, en roue libre. Minimalisme pur jus, ventru de vibrations.

 

 

 

 

 

 

 

 

Gavin-Bryars-The-Sinking-of-the-Titanic.jpgDio. - The Sinking of the Titanic, une heure avec l'ensemble de Gavin : plus de piano, mais des cordes (Alexander Balanescu est là avec son alto), toujours des percussions, clarinette basse, cor ténor, clavier...Pièce de 1969, publiée en 1990 en cd sur le label ci-dessus.

Meph - L'incontournable : le glauque du glauque, majestueuse ode au naufrage. Je n'ose pas dire : renversant !

Dio. - Tu l'as dit. Méandres, volutes...

 

 

 

 

 

 

 

 

Gavin Bryars Three Viennese dancersDio. - Three Viennese dancers, le premier disque dans les nouvelles séries d'ECM, en 1986. Avec le Quatuor Arditti pour le quatuor à cordes, et le corniste Pascal Pongy, Gavin et Charles Fullbrook aux percussions pour les trois autres pièces.

Meph. - La grande claque avec le chef d'œuvre, le "String Quartet N°1" de 1985 : rarement entendu sonner les cordes de cette manière hallucinante, grâce à l'emploi des instruments RAAD créés par Richard Armin dans ces années-là.

Dio. - Violon, alto et violoncelle sont électrifiés, dotés de transducteurs et de sorties d'effets. Gavin a tout fait pour brouiller la frontière entre sons naturels et sons artificiels.

Meph - Mieux qu'une attaque à main armée : le gang des cordes a frappé !

 

 

Gavin-Bryars-After-the-Requiem.jpgDio. - After the Requiem, dans les nouvelles séries d'ECM aussi, en 1991. Du beau monde : l'ensemble de Gavin, Bill Frisell à la guitare électrique, des membres du Balanescu Quartet, et un quatuor de saxophones.

Meph - Outrageusement mélancolique, d'une lenteur splendide. Quelles couleurs !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gavin-Bryars-Vita-Nova.jpgDio. - On garde aussi Vita Nova, dernier volet de la trilogie ECM New series, en 1994. Un disque marqué par la participation du Hilliard Ensemble — tous les quatre sur "Glorious Hill", du superbe chant contemporain — son contreténor David James ouvrant le premier titre, "Incipit Vita Nova", accompagné par violon, alto et violoncelle, un décollage assez fulgurant, et fermant...

Meph - ...l'extraordinaire "Four Elements", presque une demi-heure avec un ensemble de chambre assez large : l'alchimie Bryars, ses timbres colorés, profonds, toujours cette impression de plonger, je n'ai pas dit de couler, note-le bien, comme si l'on était massé par les ondes sonores, le mouvement à la fois calme et fort. Ce qui nous entraîne vers "Sub Rosa", interprété par l'ensemble de Gavin, un ensemble plus restreint, mais toujours une belle palette, le tout mené par le piano mystérieux : la texture même du rêve, une apesanteur fascinante.

 

 

 

Gavin-Bryars-The-Last-days.jpgDio. -Enfin, The Last days, chez Argo en 1995.

Meph - Argo qui te servit longtemps de guide, belle nef chargée de disques, mieux qu'une toison d'or...

Dio. - Ici, le quatuor Balanescu au gouvernail : une reprise du quatuor à cordes n°1, rien à redire par rapport au quatuor Arditti, le quatuor à cordes n°2, un grand quatuor aussi, moins sidérant que le un, mais au chromatisme somptueux. Et cinq duos de violon justement baptisés "The Last days", cinq bijoux pour (ré)apprendre à aimer le violon.

Meph - Après ? En voici déjà assez pour vous mettre en oreilles. Voyez aussi l'article consacré au piano concerto...

 

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 24 septembre 2012

Hommage à Gavin Bryars :

                   - Ramble on Cortona (Piste 2, 12'34), extrait de Piano Concerto (The Solway Canal) (Naxos, 2011)

                   - String Quartet n°1 (p.2, 20'03), extrait de Three Viennese Dancers (ECM New Series, 1986)

                   - After the Requiem (p.1, 15'38), extrait de After the Requiem (ECM New Series, 1991)

                   - Incipit Vita Nova (p.1, 6'02), extrait de Incipit Vita Nova (ECM New Series, 1994)

25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 14:01

Gavin-Bryars-Piano-Concerto--The-Solway-Canal-.jpeg   Je viens de vérifier que le nom de Gavin Bryars ne figurait dans aucun titre d'article de ce blog. Incidemment, on le trouve dans un article consacré à Carla Bozulich, et un second à Pierre-Yves Macé...

Meph. - Je te sens consterné, effrayé par ce trou incompréhensible dans ta liste de références sacrées.

Dio. - Content de te revoir, vieux démon. Tu ne crois pas si bien dire !

Meph. - Parce que Gavin, quand même, est au cœur de ton parcours.

Dio. - Je me rappelle le choc produit par l'écoute du Quatuor à cordes n°1.

Meph. - Interprété par le Quatuor Arditti, qui comprenait encore Alexander Balanescu avant qu'il ne fonde son propre quatuor. Un enregistrement de 1986 des nouvelles séries d'ECM encore assez récentes.

Dio. - Oui, la collection commence en 1984.

Meph. - Et va publier, en plus de Gavin, Steve Reich, Meredith Monk...

Dio. - Je te vois venir : tu ne vas quand même pas verser une larme, toi ?

Meph. - Big brother, il serait interdit de se souvenir ? Le fait est que tu as décroché de la production de Gavin après cette période féconde de la fin des années quatre-vingt et du début des années quatre-vingt dix.

Dio. - J'ai moins aimé ses disques du label Point Music, une filiale de Philips. Et j'en ai manqué quelques suivants.

Meph. - Tu le retrouves chez Naxos.

Dio. - Label indépendant fondé en 1987, qui fête donc en 2012 son vingt-cinquième anniversaire.

Meph. - Et cela ne te chagrine pas de le retrouver dans cette collection réputée d'abord pour être bon marché ?

Dio. - Pas du tout. D'abord, parce que Klaus Heymann, son fondateur, n'a jamais sacrifié la qualité. Ensuite parce qu'il a édité des compositeurs peu connus en valorisant des répertoires nationaux. Enfin, parce qu'il a l'audace de consacrer des disques à des compositeurs d'aujourd'hui, et pas n'importe lesquels. Vois le disque consacré à David Lang, magistral !

Meph. - Tu as raison. Je le retrouve avec plaisir.

Dio. - Quelques mots rapides pour le présenter : compositeur britannique né en 1943, contrebassiste de jazz, fondateur de ce drôle d'orchestre, le Portsmouth Sinfonia, qui avait le toupet de proposer des versions sonores approximatives de pièces classiques...

Meph. - Et membre du Collège de pataphysique, n'oublie pas, ça situe le bonhomme au parcours atypique. Devenu compositeur post minimaliste en suivant sa pente, pas un véritable cursus académique.

Dio. - Que nous retrouvons ici avec deux pièces pour piano seul et le concerto qui donne son titre à l'album. Je m'étonne qu'il te plaise, toi l'amateur d'énergie, de force. Ne le trouves-tu pas un tantinet mou ?

Meph. - Cela m'arrive de lui décocher ce reproche. Pour cet enregistrement, je retiens ma langue. J'apprécie en lui la mélancolie, le sens de la lenteur, le goût des graves. Sa musique est chaleureuse, brumeuse. Elle me semble témoigner de la faiblesse humaine. Éloignée de toute prétention, elle coule comme une rivière modeste aux beautés discrètes.

Dio. - Une musique facile, dans le meilleur sens du terme, en somme : pas de tics avant-gardistes,  un zeste d'électronique...

Meph. - L'équivalent britannique d'un Philip Glass : tous les deux ont réussi à être vraiment populaires, ce qui déplaît, tu t'en doutes.

Dio. - Gavin, comme d'autres minimalistes, revient aux sources anciennes. La première pièce l'affiche dès son titre "After Handel's Vesper", à l'origine prévue pour clavecin.

Meph. - Clavecin ? Impensable pour Gavin, l'homme des cordes sombres. Déjà, le piano, c'est une surprise.

Dio. - Cela donne une pièce fluide, parfois lente, à d'autres moments d'une belle vigueur, qui tient à la fois de l'ornementation baroque et du minimalisme par les accès de flux pulsant la dynamisant à intervalles réguliers, héritage de la première période de Gavin.

Meph. - De l'allure, vraiment, une ligne mélodique prenante, un lyrisme parfois orchestral.

Dio. - La composition suivante, "Ramble on Cortona", doublement dérivée d'une pièce antérieure de Gavin, "Laude", et de thèmes issus d'un manuscrit du treizième siècle trouvé à Cortona...

Meph. - Je t'arrête : à chaque fois, je pense à Janácek, "Dans les brumes".

Dio. - Gavin appartient donc au passé ?

Meph. - Il y a du néo classicisme dans le post minimalisme, non ?

Dio. - Je te l'accorde. Pour en revenir à Janácek, je trouve la narration de Bryars plus simple, et s'il y a brouillard, il est plein de douce lumière, ce n'est pas oppressant : le piano résonne tranquillement, il nous montre un chemin. "ramble", c'est une balade. Tu vois, moi, je pense bien plus à Gurdjieff, surtout dans les deux dernières minutes.

Meph. - On bavarde, mais on va  bientôt excéder la longueur maximum d'un article.

Dio. - Signe des temps : se presser, jeter. J'en arrive et termine avec le concerto.

Meph. - Le gros morceau, presque une demi-heure. Impressionnant, grave, dramatique, sur le temps qui passe. Une méditation élégiaque au bord dudit canal, sur les mots du poète écossais Edwin Morgan - on regrette que le livret ne nous en dise pas plus, ne fournisse pas le texte, le chant passant de temps en temps à l'arrière-plan de surcroît -, par un bel ensemble vocal, la Cappella Amsterdam.

Dio. - Le piano est plus lyrique que jamais, tandis que l'orchestre compose une tapisserie sonore vaporeuse, chatoyante.

Meph. - Et l'on se laisse porter par cette coulée profonde, hypnotique, le grand Gavin du Sinking of the Titanic...

Dio. - Bien avant le film...Oui, la vie est un songe aux multiples couleurs, un nuage qui passe, somptueux et changeant. On pourrait reprendre les mots de Walt Whitman que je citais dans l'article sur The Open road de Kate Moore : « We will sail pathless and wild seas ; / We will go where winds blow, waves dash... / Allons ! with power, liberty, the earth, the elements ! »

Meph. - C'est en effet un hommage émouvant à la vie. Le canal ne mène-t-il pas à la mer, à l'infini ?

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Paru en 2011 chez Naxos / 3 titres / 52 minutes environ.

Pour aller plus loin

- le site personnel de Gavin Bryars

- "After Handel's Vesper"... dans la version initiale pour clavecin !! Interprétée par Julie Ventoura à la fondation Theodorakis à Athènes en 2008 :

 

10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 16:40

 Lisa-Moore-Stainless-Staining.jpeg  Le compositeur irlandais Donnacha Dennehy, fondateur du Crash Ensemble, auquel on doit l'extraordinaire  Grá agus Brá sorti l'an passé, a le vent en poupe. Après son irruption fracassante sur le label Nonesuch (Steve Reich, Ingram Marshal, notamment), le voici adopté par Cantaloupe Music, le label fondé par Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe. Et joué par la fougueuse pianiste d'origine australienne Lisa Moore, dont la production discographique témoigne de l'ouverture et de l'engagement au service des musiques les plus passionnantes d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'aux côtés d'une intégrale de l'œuvre pour piano de Leoš Janácek on trouve de multiples collagorations avec différents orchestres et ensembles - on ne sera pas étonné de la retrouver dans le Bang On A Can All-Stars, et publiant des enregistrements de pièces des compositeurs américains défendus dans ces colonnes.

   Stainless Staining est le troisième volet d'une trilogie de formats courts entamée par Lisa avec Seven consacré à Don Byron, poursuivie avec Lightning Slingers and Dead Ringers, musiques de Annie Gosfield. Je ne vais pas polémiquer au sujet de ces disques-cds dont la durée est nettement inférieure à trente minutes, mais à l'heure de la prolifération des fichiers au détriment des disques physiques (comme on dit, n'est-ce pas), de tels choix éditoriaux me laissent encore plus perplexes qu'à l'ordinaire : pourquoi diable ne pas utiliser le support à plein, et ainsi gaspiller de la matière ??? Vous sentez mon agacement devant ce non-sens... Passons à l'essentiel !

   En dépit de sa durée - c'est juré, je n'insisterai pas davantage - ce disque vaut le détour. Le morceau éponyme, presque un quart d'heure, lui, est un nouvel exemple de la puissance de la musique de l'irlandais. Composée à partir d'échantillons de piano à la fois normalement joué, mais aussi de l'intérieur, la pièce doit sa fascination à la masse d'harmoniques charriée dans une irrésistible pulsation -pas étonnant que Donnacha soit accueilli par des labels reichien et / ou languien (néologisme forgé à partir de David Lang, avec un "u" intercalé pour la prononciation française). Les martèlements étagés se chevauchant génèrent un climat frénétique et trépidant, mais non dénué d'un sfumato qui donne une dimension rêveuse assez imprévue à cette cavalcade farouche. Les décrochements internes fréquents, les frappes sur le bois, les touches et les cordes de l'instrument, fracturent et densifient l'aura sonore, modelant une sculpture aux reliefs accusés. Donnacha Dennehy est décidément un compositeur inspiré ! Quelle force, quelle chaleur !

  "Réservoir", un peu moins de dix minutes, c'est l'autre face de Donnacha : une sensibilité frémissante, un lyrisme bouleversant sans pathos. Le compositeur établit un lien entre sa composition en deux temps distincts et une vidéo vue des années auparavant d'un homme coulant peu à peu. La première partie, c'est comme un au revoir passionné, la lutte pour rester dans la lumière : notes répétées en crescendos ou decrescendos, spirales vertigineuses, le gouffre qui réclame sa proie. La seconde, c'est le monde sous-marin, glauques harmonies, paniques amplifiées par le jeu insistant de la pédale, la chute dans les graves profonds malgré les révoltes aiguës. 

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Paru en 2012 chez Cantaloupe Music / 2 titres / 24 minutes environ

Pour aller plus loin

- le site personnel de Lisa Moore

- le disque est en écoute intégrale ici.

- Pas encore de vidéo pour ces deux titres, alors j'en profite, en attendant, pour vous la faire voir et entendre en concert interpréter "Hallelujah Junction", une belle pièce pour deux pianos de la brève période minimaliste de John Adams : elle est à gauche. Il s'agit d'un large extrait, environ la moitié du morceau.

 

 

L'émission, c'est reparti !!

Programme de l'émission du lundi 3 septembre 2012

Bachar Mar-Khalifé : Marée noire (Piste 4, 10'58), extrait de Oil slick (InFiné, 2010)

Kate Moore Spin bird / I will be honest with you / To that which is endless (p.7-10-13, 15'), extraits de The Open Road (autoproduit, 2010)

Fred Frith : Hopscotch Horizon / King dawn (p. 15-16, 6'23), extraits de To Sail To Sail (Tzadik, 2008)

Grande forme :

• Astrïd : High Blues (p.1, 21'34), extrait de High Blues (Rune Gramofon, 2012), morceau coupé , d'où sa rediffusion vraiment intégrale la semaine suivante...

Programme de l'émission du lundi 10 septembre 2012

Grande forme :

• Astrïd : High Blues (p.1, 21'34), extrait de High Blues (Rune Gramofon, 2012)

Hommage à la pianiste Lisa Moore :

Donnacha Dennehy : Stainless Staining (Piste 1, 14'51), extrait de Stainless Staining (Cantaloupe Music, 2012). Piano : Lisa Moore

Annie Gosfield : Lghtning Stingers and Dead Ringers (p.1 à 3, 19'), extraits de Lightning Slingers and Dead Ringers ( Cantaloupe Music, 2011). Piano : Lisa Moore

28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 15:42

Admirables lecteurs,

  Avant de recommencer à vous bombarder d'articles enthousiastes consacrés à des musiques plus ou moins incroyables, inaudibles, je vous dédie cet adorable dessin animé de John Foster sorti en 1932, sonorisé par le compositeur français Régis Campo, que j'ai découvert il y a quelques années grâce au superbe disque Continents (2003) du pianiste américain Jay Gottlieb. Ce beau choix de musiciens peu soucieux de hurler avec les loups dogmatiques de tout poil préfigurait sans doute la croisade entreprise depuis début 2007 avec ce blog. Le disque est toujours disponible dans la collection "Signature" de Radio France. La musique de Régis Campo a une nonchalance rare, tout en légers déhanchements, si bien qu'elle nous glisse entre les oreilles, s'amuse à nous perdre...sans s'y perdre, car elle est obstinée à sa manière. Jeux est extrait de son premier livre pour piano.

 

 

22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 17:01

Superbe pièce chantée par la soprano Abigail Fisher : le paradis est à notre portée...

 

 

- Chronique de mothertongue, paru en 2008 chez Brassland / Bedroom Community.

9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 11:24

  New-Albion-Records.jpg   Ce blog aurait-il existé sans New Albion Records ? Je me le demande parfois. C'est par l'intermédiaire de John Luther Adams que je viens d'apprendre la nouvelle de l'arrêt définitif du label - dont les dernières publications remontaient d'ailleurs à 2008 : le stock de cds est redistribué aux artistes, à charge pour eux d'éventuellement les proposer aux amateurs. Reste pour le moment un espace de téléchargement : les fichiers triomphent des cds.
  Une aventure se termine, l'une des plus belles de l'histoire du disque. Foster Reed, le fondateur du label, a contribué à la découverte d'artistes majeurs dans des domaines assez divers : minimalisme et post-minimalisme, et plus largement musiques contemporaines, électroniques, expérimentales, avec quelques belles incursions dans les musiques anciennes. Une partie de l'index des musiciens de ce blog vient de là ! Pour n'en citer que quelques uns, ceux qui me sont les plus chers : Ingram Marshall, Terry Riley, John Luther Adams, John Adams, Kyle Gann, Alvin Curran, Stephen Scott, Peter Garland... Avis aux amateurs : le catalogue du label est dorénavant un gisement d'incunables précieux.

   On ne dira jamais assez le rôle fondamental d'un éditeur avisé. Je suis assez d'accord pour considérer Foster Reed comme un équivalent pour les musiques novatrices d'un Manfred Eicher, le fondateur et animateur du label munichois ECM, consacré au jazz, prolongé à partir de 1984 par ECM New series, tourné vers les musiques contemporaines. Ce qui est sûr, c'est que si je suis redevable à Manfred de la découverte d'Arvo Pärt, je dois à Foster d'avoir ouvert d'immenses horizons qui m'ont permis de sortir des musiques trop souvent compassées ou à mon goût trop dificiles, offertes par le catalogue des Nouvelles séries d'ECM. 

Les deux dernières parutions du label ont mis en lumière la pianiste Sarah Cahill :

Kyle-Gann-Private-dances.jpg - en janvier 2008, Private Dances de Kyle Gann.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Leo-Ornstein-Fantasy-and-metaphor.jpg - en mai 2008, Fantasy and Metaphor de Leo Ornstein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   D'autres labels indépendants passionnants ( Je n'envisage ici que les labels américains) restent heureusement au service des nouvelles musiques les plus exigeantes : Lovely Music, Cold Blue Music, Mode Records, Cantaloupe Music, New World Records, New Amsterdam Records, Innova Recordings, Tzadik... Ces petites maisons irriguent largement ce blog...

  J'en profite pour vous faire écouter un peu d'Ingram Marshall, musicien qui n'a pas encore l'audience qu'il mérite :

 

 

28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 14:42

John-Zorn-The-Gnostic-Preludes.jpg  Étonnant que le saxophoniste, le prolifique compositeur et producteur ne figure pas encore dans ces colonnes : tous les chemins ne mènent-ils pas à John Zorn ? Je devais y arriver, par Fred Frith, autre musicien d'avant-garde, par sa maison de production, le label Tzadik. Bien sûr, on colle un peu vite l'étiquette "jazz" sur ce musicien, alors qu'il s'échappe de tous les côtés, se caractérise avant tout par une formidable liberté, une ouverture qui l'amène à se lancer dans les projets les plus divers. Une des dernières aventures en date, c'est l'exploration d'une veine mystique. Aves ces Gnostic Preludes, il court sur des chemins transparents. La rencontre du guitariste Bill Frisell - un vieux compagnon de route de John qui revient !- , de la harpiste Carol Emanuel et du vibraphoniste Kenny Wollesen (qui manie aussi des cloches) produit huit délicates merveilles, la seconde étant la plus convenue, peut-être justement trop marquée jazz. L'intrication des sonorités claires, plutôt dans les médiums et les aigus, donne l'impression de danses aériennes. La guitare de Bill se promène avec une souveraine aisance, associant le moelleux et l'incisif pour servir d'écrin à la harpe et au vibraphone. Certains diront que nous voilà loin des expérimentations, des avant-garde : en effet, cette "musique de splendeurs", pour reprendre le sous-titre justifié de l'album, vise un effet sensible, immédiat. Musique des sens, et non de l'intellect. S'il y a bien quelques échos du minimalisme, notamment dans les boucles de "Music of the spheres", les influences orientales sont sensibles dans le développement orné de mélodies suaves, et le jazz, le meilleur, se ressent dans l'abandon à une virtuosité joueuse. Je n'entends guère, comme il est indiqué sur le site de Tzadik, les influences d'un Debussy... Peu importe, car le résultat, c'est un disque lumineux, à la beauté tranquille par son lyrisme doucement hypnotique : à l'écoute facile, dans le meilleur sens du terme, et c'était loin d'être le cas pour d'autres compositions du fougueux Zorn.

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Paru en février 2012 chez Tzadik / 8 titres / 48 minutes

Pour aller plus loin

- une rétrospective intégrale de l'œuvre de John Zorn et du label Tzadik sur un blog en français, Tzadikology.

- John Zorn sur MySpace.

- Le prélude n°1, "The Middle Pillar", en écoute :