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Musiques Singulières

    Au fil du temps, une encyclopédie visuelle et sonore des musiques différentes (plus ou moins). Pour les amateurs de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique ! Utilisez le module "Recherche" pour trouver musiciens ou disques. Créé le 20 février 2007.
N.B. Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:45
Gina Biver et le Fuse ensemble : sur l'aile de la musique.

Gina Biver appartient à cette catégorie de compositeurs américains décomplexés, qui font miel de toutes les influences sans se soucier des appartenances à telle secte ou courant musical. « Je laisse le monde m'influencer. », écrit-elle : jazz, musiques du monde ou contemporaines, électroniques, la sollicitent. Pas étonnant qu'on la retrouve sur INACTUELLES. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire d'Eve Beglarian, compositrice célébrée dans ces colonnes, que nous nous sommes "rencontrés". Guitariste de formation, elle écrit aussi bien des pièces acoustiques qu'électroniques, se plaît à tisser des rencontres entre les deux grâce à son ensemble FUSE, créé conjointement par l'artiste nouveau média Edgar Endress. Cet ensemble - qui réunit guitare électrique, piano et claviers électroniques, clarinette, flûte, basson, violon et violoncelle, percussions,  a pour vocation d'interpréter non seulement la musique de sa fondatrice, mais aussi les musiques nouvelles, et de proposer une expérience multimédia qui « fonde ensemble musique, vidéo et humains dans un état liquéfié » comme l'indique son site.

   Je ne connais pas le travail vidéo de l'Ensemble, mais on peut se faire une idée de sa musique par deux cds et les nombreux MP3s disponibles sur son site. "Big Skate" est le premier de l'Ensemble, un cinq titres attachant. Le premier titre éponyme s'ouvre par une grappe sautillante à la clarinette, reprise au violon électrique puis par les autres musiciens. Le morceau est vif, tout en reprises incisives de petits motifs, dans un esprit post-minimaliste, avec des échappées lyriques plus caressantes. S'agit-il de mimer les mouvements de la grande raie qui donne son nom au morceau ? Il y a comme des ondulations, l'atmosphère bucolique des plaines sous-marines suggérée par le rôle solo de la flûte, de brusques accélérations étincelantes, un art du surplace survolté. "Unhinge" joue du trouble des textures, qui bousculent une introduction champêtre à la flûte pour y introduire cassures, superpositions dissonantes, irruptions facétieuses de percussions, glissendi acides ou suaves de cordes. Musique frétillante, virevoltante pour les djinns si prompts à s'évanouir après d'imprévues apparitions. La flûte tente de reprendre le contrôle, tournée en dérision par les autres instruments. Gina dispose les timbres en peintre de miniature, parvenant à donner à la composition à la fois une étonnante profondeur et une grâce acérée dans les transparences.

   "Train" est le morceau phare de ce petit album. Deux marimbas nous entraînent dans un périple dynamique sur fond de sons électroniques mystérieux. Décidément, le train reste une source d'inspiration pour les musiciens. Après Darius Milhaud et Steve Reich, Gina Biver propose un voyage plus exotique. Le jeu entre les marimbas et l'arrière-plan est fascinant d'un bout à l'autre de ces 5'18. Le disque se poursuit avec un exercice difficile, accompagner musicalement un texte poétique, "Those who last", réflexion sur les forces de vie, le temps et l'univers. Je commence seulement à accepter cette composition, agacé d'abord par les intrusions de trompette. Elle a voulu éviter le piège de l'emphase, par un contrepoint volontiers jazzy, après tout concevable lorsqu'il s'agit d'évoquer l'énergie vitale. Ce qui n'empêche pas une fin tissée d'impalpable. Le disque se termine avec "L'infini" (titre en français), très belle composition : sonorités étirées de la clarinette, du violon et du violoncelle qui se répondent en échos majestueux pour une longue introduction, suivie d'un développement dansant traversé de phrases lyriques de violoncelle. J'aime assez que l'infini prenne le visage d'une danse, d'une cadence pleine d'accidents imprévus, de rebonds, sans pesanteurs appuyées. Quelques pirouettes diminuendo en guise de fin.
   Je suis tout étonné d'avoir tant écrit. Je regarde la pochette, si délicate. Une musique papillonnante, ailée, qui tournoie jusqu'au vertige, le vertige de vivre.
Pour aller plus loin
- le site de Gina Biver
- deux photographies de Steven Biver, son mari, que je publie avec sa très aimable autorisation.

Gina Biver et le Fuse ensemble : sur l'aile de la musique.
Gina Biver et le Fuse ensemble : sur l'aile de la musique.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 29 janvier 2021)

13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 16:54
My Brightest Diamond : "a thousand shark's teeth", n'ayez plus peur des requins !

    Née dans une famille de musiciens, soumise à des influences musicales variées allant du tango au gospel et au jazz, Shara Worden a étudié le piano, puis l'opéra  et la composition à l'université : Purcell et Debussy s'ajoutent à son paysage musical. Elle chante le Pierrot lunaire de Schoënberg, participe à plusieurs groupes new-yorkais en tant que chanteuse avant de mettre sur pied My Brightest diamond, son groupe, son ensemble, qui sort un premier disque en 2006.
   a thousand shark's teeth est le second, et c'est une superbe réussite. L'album commence plutôt rock avec "Inside a boy", lyrique et énergique, tout de suite la voix limpide, qui plane très haut, guitares et cordes nerveuses. "Ice & the storm" est une ballade avec harpe cristalline et cordes crissantes, un peu parasitée par des envolées conventionnelles, un point plus faible, un. Nous en sommes aux hors d'œuvre. "If I were a queen" ouvre le pays des merveilles : quatuor à cordes moelleux, voix suave, une ravissante miniature. Avec "Apples", le quatrième morceau, le violoncelle se fait langoureux, les percussions intrigantes, la voix dérape dans les souvenirs, côté Kate Bush, Björk. "From the top of the world" oscille entre ballade sucrée et discrets accents reggae ou folk, au risque d'agacer les durs rockeurs. Le disque décolle une nouvelle fois avec "Black & costaud", admirable composition, bouleversante, clarinette et quatuor à cordes, percussions frémissantes, mini-symphonie à la klézmer avec une coda dépouillée. Dès lors, les séraphins nous environnent, c'est "to Pluto's moon", "this is a state of electric ocean", rarement on aura mieux chanté l'amour infini. Shara Worden transcende la variété, infusée de musique de chambre et servie par un sens très sûr de la composition qui réserve à chaque instant des surprises dans les timbres, les tempos. Le morceau se termine par un crescendo de guitares saturées qui ne déparerait pas chez Portishead ou Sonic Youth. "Bass player" semble une chanson des Balkans, prend de la hauteur, finit en apesanteur, la grâce. Survient "Goodbye forever", totalement trouble, hanté, qui se développe en houles incantatoires parsemées de notes lumineuses de guitares et de glockenspiel, avant l'hypnose finale : " come closer to me / still". Des percussions étranges ouvrent et ponctuent "Like a sieve", chant fragile troué de quasi-silences, cordes pizzicati. Le disque s'achève par un morceau lyrique et sombre sur l'attente " : I can see you shining", murmures amoureux, extase languissante, guitares lourdes, cordes déchirantes, quelques riffs rageurs en arrière-plan, et puis la disparition...

  Lecteurs, vous allez me dire que nous voilà aux antipodes de Gordon Mumma encensé voici peu dans ces pages, que le romantisme vilipendé naguère envahit nos oreilles. C'est indéniable, mais cela ne change rien : le charme de ce disque est irrésistible parce que Shara Worden n'a pas peur du sublime, que son chant est naturellement sublime. Et puis quelle compositrice ! Une chanson pour elle ne consiste pas à répéter quelques pauvres mesures épuisées au bout de trente secondes, c'est une mélodie au sens le plus noble du terme, un mini poème où chacun de ses quinze (si j'ai bien compté) musiciens peut apporter sa touche, c'est enfin la rencontre réussie entre une formation de chambre et un groupe pop. Oubliez toutes vos réticences, laissez-vous aller !

Paru en 2008 chez Asthmatic Kitty Records / 11 plages / 46 minutes environ
Pour aller plus loin 
- - album en écoute et en vente sur bandcamp :

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 novembre 2020)

28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 22:31
Jean-Philippe Goude : "aux solitudes", soyons dignes des étoiles !
   Il a commencé à écrire de la musique pour le théâtre avant de se lancer, entre 1976 et 1979, dans l'étonnante expérience Weidorje, ce groupe dans la mouvance de Magma. Il en est l'un des deux claviéristes, et il collabore à l'écriture des morceaux. On le retrouve ensuite directeur artistique et arrangeur pour le chanteur Renaud, arrangeur pour  Dick Annegarn. Il collabore avec Michel Portal, écrit de nombreuses musiques de film. En 1992, c'est De Anima, le premier CD de son ensemble, avec la participation du contre-ténor Gérard Lesne. Quatre disques plus tard, voici  aux solitudes, dont le titre n'est pas sans évoquer le célèbre titre homonyme, "O solitude", cet air de Henry Purcell qu'a chanté et enregistré justement Gérard Lesne en 2003.
Jean-Philippe Goude est toujours là aux claviers, synthétiseurs, dans les interludes baptisés "Prolégomènes" I à III, puis "De la consommation". Il aime toujours les contre-ténors. C'est Paulin Bündgen, contre-ténor français, que l'on entend sur trois titres, un amateur de ...Michael Nyman ! La musique de aux solitudes  évoque furieusement  ce dernier : petite formation  de chambre, rythmes trépidants, tressautants, lancinants des musiques écrites par Nyman pour les films de Peter Greenaway. Comment ne pas penser aussi à Wim Mertens, son goût pour les formations insolites, son chant haut perché parfois, une ambiance de fête baroque vaguement macabre ?  Jean-Philippe Goude dirige son ensemble à géométrie variable avec un sens très sûr des transitions, des atmosphères. Introduction au synthétiseur solo, suivie de l'entrée du quintette à cordes pour un morceau dansant très nymanien, l'ensemble s'étoffe ensuite, renforcé par le piano, la clarinette, le basson, trompettes et trombones, glockenspiel, avec un pulse presque reichien, la voix du contre-ténor prend son essor avec un texte sur la folie du monde, "embarqués dans les pentes", l'atmosphère se fait mélancolique, grave avec "l'Homme dévasté", lamento où le quintette à cordes hoquetant est ponctué par le basson, relayé par l'onde Martenot, un instrument que l'on entend trop rarement, aux spirales filées si humaines, deux récitants, Jean-Philippe Goude lui-même et Laurence Masliah, émergent alors peu à peu pour dire l'inventaire des déroutes ou des tentatives humaines. Les voici, ces fossoyeurs d'idéaux :  " rabatteur d'existence / planificateur de stabulation / générateur de conditions d'opportunité / adoucisseur de gouffre / conditionneur de chair à acheter / miroiteur de profit / lustreur d'espoir / prédateur de marges / vendeur de monde / niveleur d'alentour (...). Ce n'est pas un des moindres mérites de ce bel album que de glisser quelques textes pour " embrumer les précipices / (...) / devenir flou ", des textes qui font écho aux peintures de Susanne Hay reproduites en première et en quatrième de couverture de la pochette. "No hay camino, hay que caminar", le titre 6, déroule une ritournelle façon Mertens, entêtante dans sa simplicité, avant le poignant "A nos rêves évanouis", contre-ténor, quintette à cordes et piano... A vous de découvrir la suite de ce disque généreux, jusqu'au morceau éponyme final, leçon de survie aux accents élégiaques où se croisent la voix de soprano d'Issaure Equilbey, l'onde Martenot sur fond de claviers et de cordes. L'Ensemble Jean-Philippe Goude est une divine surprise dans le paysage musical français.
Paru en 2008 chez Ici d'Ailleurs / 15 plages / 59 minutes environ
 
Pour aller plus loin :
- le site de Suzanne Hay (1962-2004), peintre, vous retrouverez dans la galerie 5 des tableaux assez proches de la couverture de l'album.
- album en écoute et en vente sur bandcamp :
10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 21:55
Phil Kline / Hans Otte : Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue...
   Exquisite corpses, c'est le titre du premier morceau de ce deuxième volet de l' hommage à Phil Kline (cf. article du 28 décembre). Je ne voulais pas mettre la pochette du disque dont le morceau est extrait, parce que l'ensemble Bang on a Can, interprète de l'oeuvre, présente d'autres musiciens dont j'aurai à reparler. J'ai donc tapé "Phil Kline Exquisite corpses" pour trouver une autre illustration. Vous voyez le résultat : la folie de l'imprévu, cette photographie de Luis Gonzales Palma, artiste guatémaltèque contemporain, "Estrategia que nos une"(2004), un beau titre à appliquer à l'œuvre de Phil Kline, collage lyrique d'un peu plus de onze minutes. Un dialogue délicat et envoûtant entre le piano et la percussion ouvre la composition, qui s'envole sur un rythme syncopé avec l'entrée en scène de la clarinette et de la basse, relayé par un pulse très reichien. La guitare électrique densifie et chauffe encore l'atmosphère, avant un retour au thème initial, plus mystérieux encore, cuivré, doré par la clarinette, tandis que le piano égrène des perles étincelantes. Phil Kline, souvenez-vous de ce nom : finesse, émotion, écriture rigoureuse, une grande figure de la musique américaine contemporaine.
   Maintenant, regardez bien la photographie ci-dessus : la chambre est bleue. Non ? Fermez les yeux, rouvrez-les : je vous l'avais dit, elle est bleue, n'en doutez plus. Phil Kline l'a peinte en bleu pour vous, avec le quatuor à cordes Ethel. La vidéo vous y transportera. Il vous faudra traverser une rivière (The River), sombre, lourde d'incantations noyées qui tressaillent sous votre regard. Vous secouez le charme, vous marchez vite pour arriver (March). Une frénésie vous prend, vos gestes sont saccadés par la beauté qui vous submerge et vous engouffre : ô caresses graves du violoncelle... Entrez dans la vidéo (The Blue room). La chambre s'ouvre. Vous savez qu'elle est bleue, car des sirènes s'y sont logées : qui pourrait leur résister ? Leur infinie suavité épouse les cavités de votre oreille, de votre cerveau. C'est en vous qu'elles habitent et qu'elles se tordent à jamais. Et voici qu'elles se lèvent et jettent leurs beaux bras d'alarme vers le ciel, qu'elles s'agitent et se mettent à danser une sarabande irrésistible, une tarentelle exultante qui vous laisse pantelant (Tarantella). The Blue room and other stories devrait réconcilier tous ceux qui trouvent la musique de chambre ennuyeuse et guindée avec le quatuor à cordes, dont Phil Kline exploite à merveille la charge imaginaire, le potentiel narratif auquel je me suis à mon tour laissé aller en écoutant cette merveilleuse musique.

 
Phil Kline / Hans Otte : Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue...
Le compositeur Hans Otte

Le compositeur Hans Otte

Phil Kline / Hans Otte : Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue...
   En mars 2007, je faisais part de mon impatience à entendre le Stundenbuch du compositeur allemand Hans Otte. Le label Celestial harmonies nous en propose deux versions. L'œuvre, qui compte 48 pièces réparties en quatre livres de 12, est moins monumentale que je ne l'avais annoncée suite sans doute à une lecture un peu rapide de la pochette du disque ECM New series dû au pianiste Herbert Henck. Une cinquantaine de minutes sous les doigts du compositeur en personne. Le disque paru en  décembre 2006 célèbre les 80 ans du musicien en proposant un double CD interprété par lui-même sur lequel on trouve aussi Das Buch der Klänge, un cycle  de 12 pièces d'une durée de 75 minutes environ, indéniablement un des chefs d'oeuvre de la musique qu'on pourrait appeler post-minimaliste, et Face à Face, composition des années 60 pour piano et bande magnétique, intéressante pour entendre comment Hans Otte, tout en s'inscrivant dans une certaine mode qui rendait l'utilisation de l'électronique et la référence au sérialisme incontournables, parvenait déjà à faire entendre son tempérament lyrique et méditatif.
   Ce livre d'heures, à l'image des textes médiévaux enluminés, s'il ne fait aucune référence aux différents moments de la liturgie, est constitué de micro-méditations, de miniatures délicates sculptées sur le silence. Les formes sont simples, mais harmoniquement subtiles, ouvertes sur la respiration de l'espace. On est loin du Livre des sons, de son ivresse extatique et de ses stases mélancoliques. La sérénité ici se gagne petit à petit, comme par surprise, par surcroît. Rien ne presse, et tout advient, dans la lumière de ce regard intense qui voit plus loin que nous la joie qu'on ne voit pas.

 
Les DISQUES
Le disque du quatuor Ethel, sans titre, est paru en 2003 chez Cantaloupe Music
Celui de Hans Otte en 2006 chez Celestial Harmonies
   Je ne savais pas, en écrivant ces lignes, qu'il venait de mourir, ce 25 décembre 2007, à l'âge de 81 ans. Je viens de l'apprendre, à l'instant, sur le Net et pas ailleurs... Hans est vivant par sa musique intemporelle. Puisse cet article contribuer à mieux le faire connaître. Hans écrivait aussi des aphorismes, d'un esprit très zen, qui sont le contrepoint de son Stundenbuch. En voici quelques uns :
Vois comment les branches ploient à l'approche de la pluie.

Il n'y a rien du tout à dire. Le chant des pins, une réponse - mais sans question.

Chaque objet aimé - le centre du paradis.

Un artiste véritable ne travaille pas, il aime plutôt.

Maintenant que la cuvette est vide, je peux y plonger.

Toutes les grandes choses rient.

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A l'instant, le titre de l'article me frappe : le saugrenu surréaliste rejoint par la Vie-Mort... Je le garde en vertu du dernier aphorisme que je viens de traduire.
(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores )
20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 15:22

     Déçu par les nouveautés (celles que j'ai pu écouter, précisons, il a pu m'échapper des trésors, hélas !)du côté de la pop-rock au sens très large, je reviens à la musique contemporaine avec un programme qui associe Slow six,  dont l'album Nor'easter est décidément pour moi un chef d'œuvre étincelant, le pianiste néerlandais Jeroen van Veen , et le pianiste et compositeur belge - employons le terme tant qu'il a encore un sens, Jean-Luc Fafchamps.

Improvisation sur Distant light                            
distant light tant de light
tu me dis je me tends de lumière
léger de lumière vêtu je vais
dans la distance tremblée je je je
me dissous dessous tant de
temps transparent allumé
de lumière dans la baignoire rougie
du crépuscule tu me dis distant
je suis la distante light tendre light

léger écho d'ego terme échu
la tombée des sons déchus déchire
ma trame c'est mon drame léger
distant light aurore cathédrale                            

de rayons tente engloutie tant de
temps reconquis sur les chemins comme
des filles chromatiquement belles
ouvertes sur la nuit divine la

distant light glissante de violons
doux martelé piano de feutre et
de mystère lacté tu m'as trouvé

ivre gisant chrysalide à peine
sous la pluie des couleurs comme
une dédicace fragile m’as-tu dit
tombant ensemble dans le vortex
des limbes lumière light tant de

________________________________________

   
Jeroen van Veen
Jeroen van Veen au piano
Jeroen van Veen au piano : cet instrumentiste-arrangeur-compositeur a plus de 40 CDs à son actif, avec un autre coffret de 11 disques consacrés aux œuvres pour pianos multiples de son compatriote Simeon ten Holt. Son éclectisme joyeux a de quoi séduire Inactuelles et tous les amateurs de diversité musicale. Dans le coffret "Minimal Piano Collection" présenté la semaine dernière, les disques VI et VII présentent ses propres compositions, vingt-quatre préludes minimalistes à la manière de Bach, manière de clouer le bec à ceux qui méprisent les "facilités" du minimalisme. La démonstration est impeccable, fait éclater l'évidente beauté, la force sereine de ces mélodies aux réfractions répétées, qui jouent du martèlement, des échos, décalages et glissements, boucles et hiatus, silences et stases, grappes accélérées et vrilles. La musique alors est invasion, marée montante et possession, et c'est tout l'être qui vibre dans l'oubli du monde grossier des apparences, transporté au cœur de l'ineffable, dans la matrice mystérieuse des harmoniques sensibles.

 

 

Slow Six / Jeroen van Veen  / Hommage à Jean-Luc Fafchamps (1)
   L'oubli momentané de l'actualité accaparante me permet de commencer à rendre hommage à Jean-Luc Fafchamps, pianiste et compositeur belge que j'avais découvert à travers son interprétation de "Triadic memories" de Morton Feldman - auquel il faudra bien que l'émission revienne....Attrition, sorti en 1993 chez Sub Rosa, est le premier disque consacré à ses propres œuvres. Le quatuor pour deux pianos, interprété par le Bureau des pianistes dont il fait lui-même partie, est une pièce en cinq mouvements à l'abord très abrupt : notes plaquées, isolées, dans les graves, au début ; atonalité, intervalles asymétriques, brisures, pas de fluidité, ni de vraie mélodie, chevauchements et rencontres entre les interprètes dans une configuration variable sur les deux pianos. Nous voici a priori loin du minimalisme, dans des paysages abstraits, âpres, qui offrent toutefois soudain des perspectives incroyables et qui réservent des moments d'une grâce d'autant plus émouvante que rien ne la laissait prévoir. A cet égard, la fin est magnifique, reprise du début surgissant de reliefs arides comme une oasis de consonance et d'harmonies retenues, à la fois debussyste dans sa grâce mystérieuse et très minimaliste dans le discret martèlement des motifs : le jeu dans les cordes de deux des trois pianistes lui confère de surcroît un charme désolé. [début de la fausse vidéo ci-dessous très lent ]
(Nouvelle mise en page + illustrations sonores / Émission du 14/10/07)
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 17:39
Slow Six : Splendeur sereine du post-minimalisme électro-acoustique.
  Créé en 2000, le groupe Slow six, basé à Brooklyn, s'est beaucoup produit à New-York et a sorti un premier disque remarqué en 2004. Nor'easter, qui vient de sortir sur le label californien New Albion Records, est à l'évidence l'un des chefs d'oeuvre de cette année. Mené par son fondateur Christopher Tignor, compositeur, violoniste et concepteur du matériel informatique d'accompagnement, épaulé par Stephen Griesgraber à la guitare électrique et compositeur sur l'un des titres, le groupe constitue un véritable ensemble de chambre électro-acoustique qui comporte alto, violoncelle, une seconde guitare électrique sur quatre des six morceaux, grand piano, fender rhodes et deux autres violons en renfort. On le voit, cette alliance d'instruments de musique de chambre, amplifiés, retravaillés et de plus pour certains provenant du rock au sens large, prévient déjà tout étiquetage un peu hâtif. Bien sûr, la scène new-yorkaise offre l'exemple du Bang on a can all stars, ensemble dédié à toutes les musiques inventives d'aujourd'hui. Slow six s'inscrit dans cette mouvance passionnante. Les compositions sont d'inspiration minimaliste, très aérées, jouent du déploiement des sons dans l'espace par des échos discrets, des réverbérations ou des silences, ce qui donne à chacune d'elle une allure fragile et sensuelle à la fois. On peut penser à l'esthétique de la musique japonaise aussi bien qu'au sublime "Light over water" de John Adams. Si le premier titre contient le mot "pulse", une des clés de la musique de Steve Reich, on est souvent assez loin du maître, car l'utilisation de boucles reste ponctuelle et se distingue de toute façon de la composition par "motifs" qui lui est chère et de son dynamisme puissant. C'est une musique volontiers rêveuse, attentive à ses propres développements, au mystère de son évolution capricieuse. Des cadences de frémissements , des battements d'ailes ou d'élytres dorés, la venue d'inconnus qui marchent à pas feutrés dans les avenues baignées par une lumière vibrante, vaporeuse. Soudain, des courbes qui s'enfuient, des glissements furtifs qui s'accentuent avant de se fondre dans la pénombre qu'on sent vivante. Merveilleuse musique où l'on se baigne parmi les grâces tournoyantes d'un ciel traversé d'éclairs calmes, parmi "les nouvelles couleurs (qui) tombent comme la pluie", pour reprendre le sous-titre de la seconde partie de "distant light", parmi le chromatisme suave des subtils dérapages mélodiques qui peuvent aussi évoquer certaines oeuvres de Lois.V. Vierk, compositrice américaine marquée par son étude  du Gagaku, la musique de la cour impériale japonaise. Cette pure splendeur suspend le temps dans ses méandres, ses étirements méditatifs ou ses brisures délicieuses!
Slow Six
Slow Six

Les voici dans un jeu de reflets bien à l'image de leur musique. Le programme de ce dimanche 30 les associe avec Naïal, présenté la semaine dernière, et avec Duane Pitre et son Pilotram Ensemble, évoqués la semaine d'avant.

(Nouvelle mise en page + illustrations sonores / Émission du 30/09/07) 

15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 15:26

  Teknic Old Skool :   Arcold (piste 5 / 6' 10)

                                    Stop crying (p. 9 / 3' 58)
                                           (sans titre, Such prod, 2006)

Peter Ives, David Aknin Aka Akninganing, Robin Notte et Charly Sy Aka Unklebenz sont parisiens sous leurs pseudos, instrumentistes "old skool" avec leur basse, leur violoncelle et leur Fender rhodes, mais voilà, ils jouent plutôt de la drum'n bass, avec un DJ, des scratchs et des synthétiseurs ; ça ressemble aussi à un soul-jazz électro improvisé, à une pochade bourrée d'énergie qui part un peu dans tous les sens et c'est furieusement réjouissant à la longue, c'est pourquoi les revoilà dans l'émission ! Baudelaire et quelques autres se retrouvent les otages d'un collage très slammé, "Pirate", second titre de l'album qui donne le ton : enivrez-vous sans cesse...Les voix d'Irène Morel, M'tiss apportent un contrepoint chaleureux aux rappeuses voix masculines.
Premier CD du quatuor Ethel

Premier CD du quatuor Ethel

Ethel : Be-in (p.9 / 8' 51), pour clarinette basse, de  Evan Zyporin
                      (sans titre, Cantaloupe 2003)
 
   Ce jeune quatuor new-yorkais célèbre toutes les nouvelles musiques avec fougue, dépoussiérant l'image du quatuor à cordes comme le fait si magistralement depuis plus de vingt ans le Kronos Quartet. 

    On reparlera de ces musiciens.

Ci-dessous en fausse vidéo, un très beau titre du compositeur Phil Kline. C'est la première partie d'un cycle de quatre pièces.