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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 20:30

(Suite de l'article précédent)

Matmos-Supreme-balloon.jpgDio. - Supreme Balloon paraît deux ans plus tard sur le même label, Matador Records.

Meph. - Et nous sommes d'emblée prévenus : aucun microphone n'a été autorisé. Cent pour cent pur jus de synthétiseurs et d'ordinateurs. Aucun objet, escargot (voir "Snails and lasers for Patricia Highsmith" dans l'album précédent), instrument ou voix. Des modèles de synthétiseurs de toute taille, anciens ou non. Et quant aux invités, quel que soit leur instrument d'origine, ils respectent la règle : ainsi la pianiste Sarah Cahill, si présente dans nos colonnes, joue du Korg MS2000 sur "Les Folies Françaises" de François Couperin (pièce très raccourcie...).

Dio. - Relecture malicieuse qui fait songer à la bande originale d'Orange mécanique de Kubrick. Il y a un côté outrageusement kitsch qui m'avait écarté de l'album au début.

Meph. - Môsieur veut du beau tout de suite ! Et pourtant l'auditeur un peu patient se trouve emporté dans un flux coloré de sons moelleux, rebondissants, et déposé dans des jungles exubérantes, même sur d'imprévues pages planantes. Les musiciens s'amusent comme des petits fous. Ce n'est pas parce que "Polychords" commence avec un air faussement martial, genre Kraftwerk, qu'on va être enrôlé dans une armée de robots patibulaires : les machines dérapent assez vite, glissent, couinent pour nous réserver une fin délicate et calme. "Mister Mouth", avec sa voix synthétique, éructe de partout, le vilain, se dégonfle en longues traînées flasques, ronflantes. Tu as dû souffrir, non ?

Dio. - N'empêche que j'y suis revenu, et qu'après le débridé "Exciter Lamp and the Variable Band", véritable moulinette infernale à dézinguer des airs de fête foraine, j'ai été récompensé par les vingt-quatre minutes du titre éponyme succédant à "Les Folies Françaises" déjà évoqué. Là, on a pris le large. Finis les hoquets, les quolibets synthétiques : une envolée, ample, de sons étirés, qui pourrait faire penser à un groupe comme Gong, en moins éthéré tout de même car revu par un Terry Riley en pleine période musique indienne avec ce tabla électronique qui nous accompagne une partie du morceau.

Meph. - Moins éthéré ? Écoute mieux vers les huit minutes. Ce qui est très beau, c'est la palette de timbres des synthés qui se chevauchent, s'entrelacent dans un infini nettement moins dramatique que chez beaucoup.

Dio. - Je te rejoins. "Supreme Balloon" est un long hymne à la chaleur radieuse de ces synthétiseursLe duo Matmosmatmos-supreme-balloon.jpg rutilants. Les sons sont gorgés d'une énergie joyeuse, galvanisante. Déprimés qui lisez ceci, consommez cet album sans modération, jusqu'à l'ivresse de vivre enfin retrouvée !

Meph. - Amoureux des musiques planantes, prenez place sur leur tapis volant pour aller très haut. Ennemis farouches des musiques électroniques pour qui électronique équivaut à froideur, raideur, sautez à pieds joints sur vos préjugés médiévaux ! Les synthétiseurs se gondolent dans les espaces intergalactiques, finissent par concocter un voyage onirique...

Dio. - Magnifique, osons le terme. Il faut toujours aller jusqu'au terme, d'ailleurs, pour apprécier les choses. La fin du voyage est rêveuse, sereine... Et le dernier titre de l'album, "Cloudhoppers",  est à l'avenant, tout en chatoiements fluides, en torsades légères...

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Paru en 2008 chez Matador Records / 7 titres / 44 minutes

(à noter que le vinyl offre un huitième titre, "Orban")

Pour aller plus loin

- Matmos sur MySpace

- la seconde moitié du titre éponyme en écoute :

 

 

Programme de l'émission du lundi 11 juin 2012

Evangelista : Tunnel to the stars / Die Alone (Pistes 6-7, 8'05), extraits de in Animal Tongue (Constellation, 2011)  

Thomas Bel : Grieves / Les Heures grises / Pâle (p. 4 à 6, 14'20), extraits de  Innerly (Annexia Records, 2012)

Grande forme :

• Duane Pitre : Sections 3 à 5 (p. 3 à 5, 19'01), extraits de Feel free (Important Records, 2012)

Matmos : Semen Song for James Bidgood / Snails and Lasers for Patricia Highsmith (p. 5-6, 11'), extraits de The Rose has Teeth in the Mouth of a Beast (Matador Records, 2006)

16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 11:00

   Né en 1997, Matmos est essentiellement un duo de musique électronique composé de M. C. (Martin) Schmidt et Drew Daniel, auxquels s'ajoutent différents musiciens au fil des projets. Ils ont travaillé pour Björk, ont tourné avec la harpiste Zeena Parkins. En 2010 sortait Treasure State avec So Percussion, en 2011 on les retrouvait avec des remixes, excellents, sur l'album Quartets de Jefferson Friedman.

Meph. - Et tu étais passé à côté de leur production propre, si j'ose dire !

Dio. - Tout à fait. Mais n'est-il pas toujours temps de rebondir sur INACTUELLES ?

Meph. - D'autant que l'un des deux albums dont on veut parler s'intitule Supreme Balloon, paru en 2008 chez Matador Records...

Dio. - Ne t'y trompe pas : "balloon" désigne ici une montgolfière...

Meph. - Mot magnifique, rien à voir avec la vulgarité de mon gardien de but hautain.

Dio. - N'égare pas le lecteur, veux-tu ? Fragile lecteur...

Meph. - De céder, mon frère, ne t'avise pas.

Dio. - Tu as trop contemplé les couvertures pleines de fantaisie hallucinogène des disques du duo ! Nous commencerons par un disque sorti en 2006 sur le même label.

Matmos-The-Rose-has-teeth-in-the-mouth-of-a-beast.jpgMeph. - The Rose has Teeth in the Mouth of a Beast, un titre qui s'inscrit parfaitement dans les errements surréalistes de nos derniers articles. Je me sens pousser des dents partout, tel un vampire fier. Mais dis, au passage, tu escamotes les disques précédents, cinq si je sais encore compter...

Dio. - Tu voudrais que je ne sois plus qu'un ramassis d'oreilles massé sur un oreiller de signes sonores ?

Meph. - Un Ganesh oreillipotent, empilement de platines molles chargées par ses trompes véloces.

Dio. - Tu crois qu'on y arrivera ?

Meph. - Dix titres illustrés chacun par une carte postale, en hommage à des célébrités homosexuelles ou transexuelles de tout sexe. Dix titres qui sont d'étonnants portraits musicaux, à écouter dans les moindres détails, bourrés d'allusions et d'anecdotes illustrées qui ne prendront évidemment tout leur sens que pour ceux qui connaissent un peu la biographie de ces personnalités. Ça commence par Ludwig Wittgenstein pour se terminer sur Louis II de Bavière : encadré par deux Ludwig - je ne sais pas s'il y a une contrepèterie...-, en passant par Valérie Solanas, Patricia Highsmith ou William S. Burroughs, qui a droit au morceau le plus long, presque quatorze minutes d'un rag(time) s'ouvrant avec un piano de bastringue parasité par une ménagerie de bruits confus, un coup de feu qui nous permet d'entrer dans le quotidien d'écrivain de William peu à peu recouvert par des percussions envahissantes drôlatiques créant une atmosphère de transe colorée.

Dio. - C'est cela qui est excitant avec le travail des deux compères : des orfèvres amusés, dispensateurs d'une électronique vibrionnante, jubilatoire.

Meph. - Je me souviens de ta tête d'évêque revêche lors des premières écoutes.Matmos-1.jpeg

Dio. - Tu exagères, Ténébrissime. Mais il est vrai...

Meph. - Que ça te changeait des musiques sinistres dont tu abreuves l'internaute égaré sur tes pages consternantes.

Dio. - Si tu le vois comme cela...En tout cas, j'ai bien changé d'avis sur ce disque vraiment étonnant, qui nous embarque à chaque titre en mêlant des genres qu'on n'imaginait pas ensemble avec une désinvolture...

Meph. - Je dirais une élégance...suprême ! Disco, pop, électro, rock même, musique concrète et contemporaine, jazz, textes dits, et j'en passe, sont le vocabulaire de base d'une musique dont le montage est l'imprévue transcendance.

Dio. - Transe en danse...

Meph. - Tu es enfin au diapason ! Et tu as vu les instruments utilisés pour le "Tract for Valérie Solanas par M.C. Schmidt : « Cow Uterus, Reproductive Tract, and Vagina ; Vacuum Cleaner ; Plastic gloves, Mix. » Quelle poésie, non ? Et de superbes décollages, à la guitare électrique par exemple dans "Public Sex for Boyd Mcdonald", juste avant un passage jazzy moite et décadent.Matmos 2

Dio. - Et un autre très grand moment, la magnifique "Semen Song for James Bidgood", superbes arrangements de harpe, cordes, piano et piano préparé autour de la voix d'Antony Hegarty.

Meph. - À se damner une seconde fois. Un chef d'œuvre délicat et brûlant. Sans parler du truculent, de l'inénarrable "Banquet for King Ludwig II of Bavaria", cors et tuba ronflants, soprano miaulante, vaisselle, le summum du kitsch. Désopilant de grandiloquence, ce qui n'exclut pas l'émotion quand on entend le clapotis de l'eau à la fin, évocation sonore de la noyade du souverain dans le lac de Starnberg. Je ne regrette même pas de n'avoir pas fait mon golf hier.

Dio. - Superbe ballot ! On va terminer en images : autour de l'article, quelques unes des cartes du beau portfolio.

Meph. - Tu as raison. Supreme Balloon, ce sera pour l'article suivant. Il paraît que l'internaute moyen est très pressé...

Matmos-3.jpeg
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Paru en 2006 chez Matador Records / 10 titres / 55 minutes

Pour aller plus loin

- la page de Matador Records consacrée au duo, fort bien faite.

- "Semen Song for James Bidgood" en écoute :

 

 

17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 19:00

Et Quelque chose lentement d'ap(dis)paraître...

Thomas-Bel-Innerly.jpg   Une respiration : notes tenues de violoncelle, environnement sonore spectral, petits chocs sourds. C'est le début de "Souffles et souvenirs", le premier titre de Innerly, deuxième disque (après des œuvres autoproduites) de Thomas Bel, musicien toulousain. Quelques notes de piano rejoignent les lentes inspirations-expirations. Comme si nous étions dans un scaphandre à l'intérieur de nous-même, immergés dans cet ailleurs plus radical encore d'être au plus profond, à l'écoute d'une guitare submergée égrenant un embryon de mélodie. "Notes for Dusk" allie piano et environnement électronique, puis guitare, à la voix lointaine et proche pour un morceau qui confirme l'ancrage dans une ambiante sombre, amoureuse des traînées mystérieuses : « Something slowly appearing (...) Something slowly revealing » me fournit l'idée du titre de ma chronique - pas d'erreur : j'ai bien écrit "ap(dis)paraître" pour essayer de traduire l'ambivalence du mouvement. Chaque titre est comme une peinture de Giacometti, entre apparition et disparition, tissé d'ombres, de silences. Tout est suspendu à la magie des boucles tranquillement lumineuses du piano qui rayonne avant d'être avalé par les couches électroniques. Nous plongeons peu à peu dans la splendeur d'un monde où les strates sonores s'interpénètrent. La voix très loin derrière les motifs hypnotiques tissés par les drones divers, parce que nous sommes de l'Autre côté avec "The Passing Bird", à l'intérieur du chant. La même impression persiste sur les morceaux suivants : la voix sera toujours recouverte, incorporée au substrat musical qui finira par la dissoudre. Ainsi, dans "Grieves", se fond-elle dans la rutilance électronique finale. "Les Heures grises" est comme l'histoire d'un lent effacement : mélodie au piano (clavier) en boucle insidieuse, grésillements, chocs sourds, surplombent une voix exténuée, de dessous, qui s'enfonce inéluctablement, mais par-delà toute tristesse.

   Car ce monde est en demi-teintes, peuplé d'esprits peut-être, hanté de souvenirs. Quelque chose se déplace dans "Pâle", environné de grondements de drones, pour laisser surgir de rares notes plus claires, grignotées, envahies par une courte mélodie plus intense. Je pensais en écoutant cela à un groupe français que j'ai chroniqué en 2008, B R OAD WAY (et dont le nouveau disque ne m'a pas totalement convaincu pour l'instant), ou encore à certains passages du très beau  A silent effort in the night de Louisville paru en 2009. Ce disque se rattache en effet à toute une mouvance musicale attachée à l'exploration de l'infra, aux limites de l'audible, à la confluence de la musique, des bruits et du silence : musiques oniriques, discrètes. On avance dans l'obscur, enveloppés de sillages troubles et doux, frôlés par des présences frémissantes. Le chant de Thomas dans "Inland" se fait hymne fragile à l'avènement du presque rien, du dépouillement. D'impressionnants drones de violoncelles ouvrent "Aux ambrées", en écho au premier titre, pour se résorber très vite dans un quasi silence, revenir parés de traces instrumentales au milieu desquelles s'invitent des cliquetis, comme des sons de cloches. D'aucuns trouveront à un tel appauvrissement volontaire une allure funèbre, sépulcrale : c'est se méprendre sur cette grande voie de la recherche musicale, aux antipodes de la tonitruance et des prouesses. Aux confins surgit parfois une immense délicatesse, ainsi au début du "Mouvement d'Orchidée", ces vibrations harmoniques tenues, en guise de corolle pour la guitare et quelques sons feutrés. Il me semble qu'il y a, dans notre quotidien saturé de bruits et de lumières agressives, de couleurs éclatantes, un besoin d'autre chose, d'une musique qui sache écouter les tressaillements infimes, débusquer les beautés secrètes. C'est le chemin presque initiatique qu'emprunte ce disque à la fois sobre et fouillé, comme en témoigne le bonus 3, "Lingered", mini-symphonie électronique bruissante dont émerge un battement de guitare...Une très belle découverte !

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Paru en avril 2012 chez Annexia Records  / 12 titres / 55 minutes

Pour aller plus loin

- la page d'Annexia consacrée au disque, avec les notes de Thomas.

- une version longue et plus acoustique d'"Inland", le titre sept, en concert : soyez patients pour atteindre la seconde partie, d'une rayonnante limpidité !

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 14 mai 2012

Dominique A Rendez-nous la lumière / Parce que tu étais là (Pistes 2-4, 7'01), extraits de Vers les lueurs (Cinq7 / Wagram Music, 2012)

Grande forme :

•Terry Riley : Aleph (Cd1 / Part 1, 45'47), extrait de Aleph (Tzadik, 2012)

7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 22:10

Andy Stott Passed me by : We stay together   L'anglais Andy Stott n'en est pas à son premier album. Si je me fie aux connaisseurs, il a publié le premier, Merciless, en 2006. Il pratiquait une dub techno semble-t-il bonne, mais pas particulièrement exceptionnelle.

Meph. - Tu ne peux en juger, tu le découvres.

Dio. - En effet, et grâce à une lectrice, de plus.

Meph. - Pourquoi "de plus", affreux misogyne ? Tu crois les filles insensibles à son nouveau style ?

Dio. - Je n'ai pas dit cela. C'est une manière, maladroite je te l'accorde, de signaler son mérite insigne.

Meph. - Parlons de ce double cd, qui réunit deux albums parus successivement courant 2011. J'aime beaucoup les couvertures, disposées en vis à vis inversés. Musique de sauvage pour Passed me by ?

Dio. - Une techno lourde, déchirée de salves brèves, traversée d'échantillons déchiquetés.

Meph. - On tape sur des tuyaux tandis que des voix déformées se répandent en coulées répétées. Rythmique minimale, un dub désossé qui vire à l'industriel, au bruitisme. Rien pour séduire...

Dio. - D'où ce visage de profil, au regard farouche, qui nous offre ses scarifications.

Meph. - Des rituels tribaux inquiétants dans des villes désertées, vides. Images d'un monde dévasté.

Dio. - Seuls survivent des fantômes, réduits à des voix vocodées qui viennent hanter les derniers soubresauts dilatés de cet univers. Le titre éponyme répand son atmosphère charbonneuse en de lentes ondulations de basses peu à peu dépecées par des poussées de synthétiseurs, éclairées par des claquements inquiétants.

Meph. - L'un des titres les plus impressionnants. Comme un monstre indescriptible qui, en avançant, avalerait tout sur son passage. Je vois un dragon, car j'entends son souffle haletant dans cette musique hypnotique.

Dio. - Tu mets l'accent sur un point fondamental. Paradoxalement, ces trames réduites, oppressantes, stimulent l'imaginaire, appellent images et histoires.

Meph. - La disparition des mélodies, des airs, ne laisse subsister que des charpentes...

Dio. - Démultipliées, dans des jeux d'échos, de reprises, de segmentations. La musique comme travail de couture, de suture, comme le laisse entendre "Stitch house" ? La house brode ses points en refusant l'image.

Meph. - Une musique proprement iconoclaste, en un sens, qui suggère au lieu de montrer. Ce qui peut sembler aride, mais ce qui lui donne une puissance peu commune, radicale. Je pense au dernier titre, "Love nothing", souvenirs de voix, techno qui fait du sur place en ne cessant pas de sortir d'un nuage de drones, lévitation et transe froide dans un cliquetis métallique.

Dio. - Passons à We Stay together...

Meph. - Quel début ! "Submission", opératique et grondant. Profondeur du champ sonore...

Dio. - Dès le départ, en effet, des textures plus fouillées, une dramatisation. Pulsations et battements d'ailes métalliques de millions de vampires.

Meph. - L'attaque se poursuit avec le glauque "Posers", sirènes de navires énormes, trains cliquetants pour un voyage halluciné. Après la nudité osseuse, aiguë, de Passed me by, une techno proliférante, presque baroque dans ses enflures. "Bad wires" revient aux fondamentaux techno, autour d'une trame férocement grouillante tout de même.

Dio. - Même constat sur le bruitiste titre éponyme, envahi par des grognements, déformé par des invasions sonores sournoises.

Meph. - Excellent, l'essence même du cauchemar provoqué.

Dio. - Oui, c'est pourquoi on l'aime, non ?

Meph. - Tout à fait. Un univers émerge, une vraie cohérence de titre en titre. Tu entends "Cherry Eye" ? Habité par un essaim bourdonnant d'insectes non identifiés, visité par des stridences étranges. Rien de connu, un autre monde, de l'autre côté.

Dio. - Sous le masque de la couverture ?

Meph. - Oui, le regard du scarifié y conduit d'ailleurs. Nous restons ensemble pour une cérémonie secrète qui fait exploser toutes les apparences : c'est "Cracked", implacable, dilacéré par des inclusions métalliques amplifiées. Les voix y sont aplaties, coulées dans des écroulements incroyables, des froissements sombres.

Dio. - Ma parole, tu rayonnes !

Meph. - Un bain de vigueur, cet album. Et les deux bonus ajoutés au LP initial enfoncent le clou. "Work gate" est magnifiquement infernal : percussions sombrissimes, hachis menu secoué de convulsions  un tantinet épileptiques, une infra danse noire...

Dio. - Andy nous offre une deuxième partie du titre éponyme pour finir de nous clouer aux poteaux de couleur, comme dirait ce brave Arthur, avec quelques amples vagues de synthés déchainés sur la fin, tout râpeux d'être dégainés à l'arrache.

Meph. - Mortel ! Pour mieux renaître.

Dio. - Âmes sensibles s'abstenir...

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Paru en 2011 chez  Modern Love / 2 cds : 9 titres - 45 minutes / 8 titres - 51 minutes

Pour aller plus loin

- Passed me by en écoute sur Soundcloud

- We Stay together idem

- Fausse vidéo pour "Submission", le premier titre de We Stay together

 

 

Programme de l'émission du lundi 2 avril 2012

Julia Wolfe / Bang On A Can All-Stars Big Beautiful Dark ansd Scary (Piste 1, 8'59), extrait de Big Beautiful Dark and Scary (Cantaloupe Music, 2012)

Grande forme :

 •Donnacha Dennehy : Grá agus Bás (p.1, 24'31), extrait de Grá agus Bás (Nonesuch, 2011)

Andy Stott : Submission / Posers (p.1-2, 10'), extraits de We Stay together (Modern Love, 2011)

Evangelista : Artificial Lamb (p.1, 5'02), extrait de In Animal tongue (Constellations, 2011)

Lona Kozik : On a clear day you can see for miles (p.3, 2'18), extrait de Fast jump (Innova recordings, 2009) par le pianiste Danny Holt.

18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:24

 Mathias Delplanque Passeports  Premier article consacré à mes trouvailles par l'intermédiaire des réseaux sociaux, une manière de dénicher des artistes indépendants, expérimentateurs passionnés qui ont décidé de prendre leur destin artistique totalement en main. Mathias Delplanque, musicien français de Nantes, travaille sous différents noms depuis les années quatre-vingt-dix dans le domaine des musiques électroacoustiques à base d'enregistrements de terrains. Passeports, son huitième album sous son propre nom, interroge les relations entre espace et musique, entre le son et son espace. Partant de sons captés dans des gares, des ports, des zones de transit, il les transporte chez lui, les rejoue dans les différentes pièces de sa maison. Il sont ainsi mixés avec les bruits domestiques.

  Il en résulte un album dense, prenant, combinant poussières sonores et drones. Rien d'aride ou de tristement prosaïque dans ce voyage. Chacune des sept plages, titrées "Passeports" de 1 à 7, est une plongée dans l'épaisseur d'un lieu devenu méconnaissable parce que littéralement traversé. Le train qui brinquebale sur les rails nous emmène plus loin que prévu, enveloppé de vecteurs sonores, porté par une aura luminescente. Comme si l'invisible, l'inaudible se manifestait enfin. Le musicien est magicien qui réenchante le quotidien en en révélant les sous-bassements, l'extraordinaire beauté radieuse. La fin de "Passeport 2 (Lille) devient un hymne aux transports, croisant bruits d'avions et drones étincelants qui sonnent comme un orgue. Le titre suivant, à base de sons captés à Dieppe, prend les allures d'une mini-symphonie pour trompes de navire qui se mettent à onduler, à se croiser dans un ballet somptueux enrichi de voix, de cris de mouettes.

   Vraiment un choc que cet album beaucoup plus varié qu'on aurait pu s'y attendre, travaillé en finesse avec un sens remarquable des atmosphères : à chaque fois, on est embarqué, surpris par la qualité des textures, les pulsations subtiles qui animent ces paysages immenses. Car on respire dans ces espaces ouverts sur le rêve, parcourus de frémissements mystérieux, d'une vie sourde et douce. Aux antipodes de la musique industrielle, Mathias Delplanque nous entraîne dans un monde flottant. Chacune de ses plages est l'équivalent contemporain d'une ukiyo-e, une estampe sonore raffinée invitant à la méditation, à l'apaisement. Splendide !

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Paru en 2010, collaboration entre le label portugais Cronica et Bruit clair / 7 titres / 50 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Mathias Delplanque

- sa musique sur bandcamp. Á écouter... et télécharger légalement (prix modiques !) : aidez les musiciens à vivre !!


Trouvé sur son site :

« Nous sommes comme des aveugles dans une ville inconnue. Nous errons dans ses rues mais revenons bien des fois sur nos pas avant d’arriver au but. Je vois quelques ruelles qui ne mènent nulle part. Mais de nouvelles combinaisons apporteront peut-être la lumière. Un homme ne peut rien inventer qu’un autre ne puisse résoudre ».

Extrait du film  Manuscrit trouvé à Saragosse  de Wojciech J. Has (Discours de Don Pedro chez le cabaliste).

   J'adore et le livre de Jan Potocki, et le film que Has en a tiré...

2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 17:57

  Que penser de cette rencontre très festive de deux grands de la musique électronique d'aujourd'hui, accompagnés par Floros Floridis, saxophoniste et clarinettiste ? Le son sur mon portable est assez mauvais :  j'espère qu'il n'en est pas de même pour vous. Nuits chaudes, emportez-nous !

 

23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 18:51

    Un artiste rare, un disque inoubliable : petite piqûre de rappel, en somme. La couverture du cd paru chez Poeta Negra (l'excellentissime label grec de musique électronique, au jourd'hui disparu) et une vidéo du visuel utilisé par Dani dans ses concerts pour "of goodbyes", le dernier titre.

   Pour en revenir à Poeta Negra, il y a bien  Creative Space qui a pris le relais, mais la production de cd semble raréfiée : là comme ailleurs, le téléchargement (illicite ou légal) sévit... Triomphe de la quantité sur la qualité : le baladeur comme hyper-marché individuel de la musique délocalisée, décontextualisée. Le mélomane existe-t-il encore, d'ailleurs ? Restent quelques toqués - parmi lesquels je me range évidemment - attachés au disque, à l'album comme concept, œuvre...

Meph. - Tu te rends compte que tu emploies des mots aujourd'hui désuets, aux connotations ridicules ? Ringard, va !

Dio. - Te revoilà, toujours pour me plomber le moral ?

Meph. - J'éclaire tes ténèbres aristocratiques, mon gars.

Dio. - Parce que pour toi, aimer un son de haute fidélité, apprécier un disque comme un tout pensé, organisé, cela relève du privilège...

Meph. - Tout à fait. La musique pour les anglo-saxons fait partie de l'entertainment, du divertissement. C'est pas de l'art, surtout que je te soupçonne de vouloir y mettre par-dessus le marché une majuscule. Plus de majesté à l'âge démocratique. On consomme et on jette. On télécharge, on écoute vite fait, et puis on oublie, on efface, dans l'attente de la prochaine, très prochaine sortie du nouveau tube.

Dio. - Je suis donc d'arrière-garde ?

Meph. - Réactionnaire, archaïque, à l'évidence. Et ça te fait peur ? Assume, et charge. Tu as encore le droit d'être différent. Et puis, tu sais que j'aime les maudits, les réfractaires...


Dani-Joss-Shaper-of-form.jpg

 

 

 

 


6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 09:41

Agf & Craig Armstrong Orlando   En 2010, Antye Greie, alias AGF, écrit la musique d'Orlando, le roman de Virginia Woolf adapté pour la scène par Darryl Pinckney, dont la première est donnée le 30 septembre de la même année à Edimbourg : électronique et vocaux en direct, avec une bande son originale du musicien écossais Craig Armstrong, arrangeur de U2, Madonna et Massive Attack, compositeur de nombreuses musiques de film. Tous les deux reprennent le travail pour en faire un cd cohérent, qui propose un voyage évocateur. Le résultat est un mélange de sons de terrain, de violoncelle classique interprété par Alison Lawrance, de voix retraitée ou non et de traitements électroniques.

   Cela donne un disque beau et mystérieux. Comme d'habitude, AGF sculpte sa voix, joue avec maestria du dit-chanté, des échos, dislocations, déformations, développe des ambiances sonores délicates et fortes à la fois. Fort bien conçu, l'album joue des rencontres, de l'alternance entre les interventions mélodiques, somptueuses, du violoncelle (et de cordes), les fragments de textes et les passages électroniques oniriques. On se laisse emporter en effet dans une histoire, même si l'on ne connaît pas le roman de Virginia Woolf, tant la musique parle à notre imagination. Les sommeils d'Orlando marquent la trame de ce voyage à travers les époques, mais finalement aussi intérieur. "Konstantinopolis", le titre onze, est un exemple de cette réussite : cordes en lentes poussées à l'ouverture, bruits de chemins de fer et de foule, cordes qui reviennent en impulsions profondes, voix d'AGF murmurante, piano aux notes rares par-dessus, brouillage final avant le titre suivant "You sleep", tissage de la voix et des bruits dans un flux hypnotique, suivi de "Sleep", torsade lourde de cordes et d'électronique.

   Un des excellents albums de cette très grande AGF - qui a déjà collaboré avec Craig Armstrong à plusieurs reprises.

Paru en février 2011 chez AGF Produktion / 20 titres / environ 59 minutes.

Pour aller plus loin

- cinq titres (2 à 6) en écoute ici :

- le site dédié à l'album par AGF

article sur Einzelkämpfer, sorti en 2009.

- article sur Words are missing, sorti en 2008

- le site de Craig Armstrong.