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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 20:37

alva noto xerrox2Sur le devers là, ailleurs, en.  

   Alva Noto me poursuit ! Après avoir chroniqué ses collaborations avec Ryuichi Sakamoto et Blixa Bargeld, j'aborbe sa production en solo avec le deuxième disque de ce qui est annoncé comme une série de cinq. Vous êtes habitués, je n'en fais qu'à ma tête, qui suit mes oreilles...et puis je n'ai pas encore écouté le volume 1. J'y viendrai, car le deux est superbe, à l'image de la pochette (le cadre rouge est de moi...) : un minimalisme électro-ambiant radical, parfait. Le ton est donné dès "Xerrox Phaser Acat 1" : sur un fond de drones et de poussières sonores traversé de courants parfois violents, l'orgue majestueux ondoie à peine en déployant une courte mélodie comme un drapeau qui flotterait aux vents intersidéraux. Infinis bercements de l'oreille envoûtée...D'album en album, ce qui me fascine chez Alva est l'alliance de rigueur, de finesse...et d'émotion. La musique électronique s'est allégée de tous ses oripeaux clinquants pour être au plus près du son, de ses textures : Alva écoute, et nous à sa suite, les bruits infimes qui sourdent quelque part, tout près peut-être. Il les prend, les enveloppe, leur fait exprimer leur musique intérieure en leur donnant le temps de se révéler. Au départ de "Xerrox Meta Phaser", presque rien, une fuite d'ondes, un clavier si léger qu'on l'entend à peine se noyer dans l'aura sonore, et tout cela accouche d'un nouveau monde - c'est le sous-titre de ce second volume, par opposition au vieux monde du premier : imaginez des prismes sonores, des émissions spectrales, une géométrie de l'invisible. Vous êtes immergés dans des cercles de grâce radieuse. C'est dense et aéré, lumineusement sombre, noir-blanc. La trilogie "Xerrox Monophaser", titres six, sept et onze (le dernier), est un véritable voyage immobile-flottant, au-delà de tout conflit : nouvelle dramaturgie non-dramatique dans laquelle de micro crachotements dansent avec les claviers diaphanes. Il arrive qu'on entende soudain comme un outre-espace indescriptible, qu'on soit saisi, emporté par une douceur ineffable. Mystères splendides d'une abstraction vivante, d'une beauté à couper le souffle, car on n'en croit pas ses oreilles. Qu'est-ce qui se joue, là, qui est Alva Noto ? Le moindre son devient matrice. Et pas un titre qui dénote : la ligne est tenue, plus d'une heure de pure lévitation sonore sans percussions, beats...non, des battements imperceptibles, des surgissements en essaims pulsants à peine. Un disque prodigieux, l'un des plus importants de la musique électronique de ce début de siècle.

Paru en 2009 chez Raster-Noton / 11 titres / 66 minutes environ

Pour aller plus loin

- le site d'Alva Noto : le dépouillement qu'on trouve de moins en moins sur la toile grangrenée par la publicité...

- Parmi les nombreuses vidéos associées, celle-ci, à la fois belle et discutable (parce que la musique d'Alva est pour moi tout sauf imagée, n'est pas un requiem...) :

 

 

25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 18:38

anbb mimikry   Encore une belle rencontre : Carsten Nicolaï, alias Alva Noto, expérimentateur électronique, et Christian Emmerich, alias Blixa Bargeld, un des fondateurs de Einstürzende Neubauten, ex-guitariste de Nick Cave and the Bad Seeds, comédien qui participa à des créations théâtrales de Heiner Müller. L'alliance du froid et du chaud, de l'abstrait et du concret - si l'on s'en tient aux clichés, le brouillage des lignes, l'invention de nouvelles entités. La pochette, un auto-portrait de Veruschka, l'artiste transformiste Vera Lehndorfff photographiée par Andreas Hubertus, en danseuse-araignée, nous avertit d'emblée : nous sommes entrés dans l'ère des mutations. Ne nous accrochons plus à des formes fixes, dépassées. Les artistes disent le monde de demain, fascinant, étrange.

   Cela ne commence-t-il pas avec le cri inhumain qui ouvre "Fall", dix minutes de perte des repères ? L'humain fusionne avec la machine à l'ère de l'échantillonnage. Non pas qu'il disparaisse, d'ailleurs, il en ressort plus plein dans sa singularité. "Fall" juxtapose textures électroniques affolées, crissantes, et une voix humaine hyper-théâtralisée, énigmatique, dans un jeu de miroirs sidérant. Qui est la machine ? Le piano qui se glisse soudain paraît plus chaleureux que l'acteur dont la diction dépayse la langue. Quelle différence entre "das alte Spiel" et "das neue" ? Chacun se copie, se duplique, change à vue. L'électronique chante, balbutie, se tait pour écouter les déploiements de la voix humaine. Car "Fall' est un hymne aux mystères de la voix humaine, charnue, nasale, envoûtante, de Blixa Bargeld, en allemand, en anglais. Voix démultipliée parfois, sublimée par les claviers, voix au bord du silence, fondue en murmures, en répétitions obsédantes. Décidément, Alva Noto est d'abord un immense écouteur, qui sait se mettre au service de l'autre, et je pense bien sûr à ses magnifiques albums avec le pianiste Ryuichi Sakamoto.

   "Once Again" commence par un tir de mitrailleuse synthétique inquiétant, prolongé par la voix de Blixa en boucles échantillonnées, altérées : sorte d'électronique industrielle parcourue de frémissements rythmiques implacables, de jeu de massacre, mais "patienza, patienza", l'humain ne disparaît pas ainsi, il ressurgit entre les plaques de la mécanique pour la subvertir, l'envahir insidieusement. "One" le confirme d'ailleurs, chanson inattendue, charmeuse -réécriture d'une chanson de Harry Nilsson, sous-tendue par un bip lumineux et drapée de claviers moelleux : "One is the loneliest number / much much worse than two", l'entendra-t-on, ce refrain ? L'hybridation n'est réussie que si deux ne se réduisent pas à un, mais continuent à exister dans la nouvelle entité, fût-elle perçue au début comme monstrueuse. Preuve en est donné par le troublant "Ret Marut Handshake", hommage à l'acteur pacifiste et anarchiste qui signa ses romans (dont Le Trésor de la Sierra Madre adapté au cinéma par John Houston) du nom de B. Traven et qui passa sa vie à brouiller les pistes en se créant de multiples identités. Le morceau est hanté par l'appel récurrent "Ret Marut", repris en sourdine, prolongé par un texte en allemand et en anglais, d'abord murmuré, puis scandé de manière glaciale tandis que l'électronique cerne les mots d'une atmosphère épaisse, incantatoire, celle d'une jungle où mots et sons tordus donnent leur force subversive.

   L'humain peut disparaître un temps : c'est le début du somptueux "bernsteinzimmer (long version)", amples ondulations et percussions raréfiées, énigmatiques, scories mélancoliques dont surgit la voix enfouie de Blixa,  d'abord méconnaissable  bouillie de larve, puis profération majestueuse, orgueilleuse soutenue par un violoncelle et des cordes. " I wish I was a mole in the ground - extended", autre reprise, cette fois d'un air folklorique, est une ritournelle dépouillée trouée de picorations électroniques, comme si la voix était enfermée, mouche agaçante (plutôt que taupe...) qu'une invasion électronique libère en la difractant dans plusieurs directions. La thématique de l'insecte est au cœur de "mimikry" : texte lancinant, percussions métalliques, sèches et brutales, grondements et froissements suggèrent comme une métamorphose, le processus même du mimétisme, c'est-à-dire une disparition au terme d'un étrangement radical à soi-même. Avec "Berghain", il s'agit d'aller "weiter" : la déconstruction est plus poussée, les mots écartelés, repris en litanies serrées. Une véritable folie sonore succède au début très minimal : les stridences explosent dans un rythme accéléré jusqu'au final halluciné envahi par des textures chiffonnées.

   L'album n'a pas fini de nous surprendre : "wust" déploie une forêt de sifflets cristallins, de fûts rayonnants entre lesquels se glissent une sorte de clavecin évanescent et de micro surgissements prudents, moment magique qui sert d'écrin à la voix ressurgie. Pièce authentiquement surréaliste dans ses poussées, ses contrastes, où se parle un inconscient refoulé : quelle liberté souveraine, déferlante, en brefs crescendos suivis d'instants graves, frémissants où chaque mot semble celui d'un carmen intemporel, au-delà des vieilles dichotomies entre humain et inhumain, mécanique et organique. Ma pièce préférée... mais la dernière, avec les miaulements de Veruschka, la câlinerie de la voix de Blixa, apporte une touche d'humour... que l'électronique d'Alva tourne délicieusement en dérision.  

Paru en 2010 chez Raster-Noton / 10 titres / 53 minutes.

Pour aller plus loin

- le premier titre, "Fall", en écoute ici :

 

- une vidéo (très bien conçue...) sur le titre "Bernsteinzimmer":

 

9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 15:36

   Encore une trouvaille que je dois à mes aimables lecteurs, en l'occurrence une lectrice : merci Eleni, d'Athènes, de m'avoir signalé ce musicien français qui avait échappé à mes oreilles de lynx ! Il associe la guitare et les sons électroniques.

guillaume gargaud lost chords  Lost chords, sorti en 2011, est le neuvième album de Guillaume Gargaud, le troisième en solo. Le début est flamboyant. "Oeil humide", le premier titre, décolle sur un mur de particules agitées lacéré par la guitare saturée, hurlante, qui plonge pour finir dans le magma incandescent. "Sortir" commence plus doucement, pour lâcher vite une guitare qui joue des distorsions et des envolées troubles. Le son est incroyablement dense. Déchirements de textures, crépitements voilés accompagnent la guitare, tantôt aérienne, tantôt grave à se fondre dans le tapis oscillant, hoquetant. Le ton de l'album est donné : on reste au cœur des magmas d'étoiles, dans le maelstrom des fusions, des naissances fulgurantes, des arrachements, même si certains morceaux sont plus classiquement planants, comme le très beau "Pas là", presque une ballade, mais dans une nuée agitée, pulsante. Guillaume Gargaud réussit à magnifier la matière même du son, son épaisseur, ses raclements. Écoutez l'étonnant "Passerelle", d'une rugosité hypnotique. L'ouïe rencontre le toucher, grâce au travail à l'intérieur du son : pas de lissage, surtout pas, Guillaume Gargaud lui laisse son étrangeté, son aspect brut, en élargissant son spectre pour en révéler la complexité. La beauté n'est pas le fruit d'une réduction, d'une élimination des résidus, elle surgit au contraire de l'attention donnée à la moindre des composantes. Expérimentale, sa musique l'est au plus noble sens du terme, en effet une recherche des accords perdus comme l'annonce le titre. Perdus au nom d'une conception du son appauvrissante. Ici, le son foisonne, se brouille, on pense aux ondes courtes de la radio, ce en quoi le travail du français rejoint celui d'un musicien comme  Ingram Marshall dans ses premières œuvres électroniques, ou d'une  Annie Gosfield. Au total, un album passionnant, entre fulgurances et rêves pour un voyage dans l'inimaginable des espaces infinis, des trous noirs et de l'antimatière. Et un hymne à la guitare, lumière arrachée aux ténèbres natives.

  guillaume gargaud sheShe, le second album solo sorti en 2009, paraîtra d'abord plus monolithique, plus planant, ce qui n'est pas un reproche. Lente montée du premier titre, "Le Chien de José", très noir, science-fiction qui donne des frissons : noyau compact de drones dont se détachent à peine des excroissances tournoyantes, avec une coda de comète. "La Légende du Scarabée" ne dément pas l'impression : des boucles d'orgue font pulser un corps astral aux rayonnements de plus en plus intenses, parcouru de frissons imprévus. Le son se fait plus transparent pour "Mer du Nord". La guitare se détache, évolue tranquillement sous les nappes électroniques légères : la mer est un champ paisible. Album bucolique marqué par les écoulements aquatiques. Cette "Clairière" doit être marine, parce que la lumière coule, circule à la surface du sol de drones, tout à coup envahi par des écarquillements stupéfiants. L'inconscient est un cosmos enfoui au fond de nous, que Guillaume Gargaud écoute gargouiller. Qu'est-ce que la lumière, sinon la levée de l'inconnu dans l'aube éternelle ? "Géante rougewave", est-ce le nom d'une étoile double, ou celui,  secret,  de la beauté qui s'offre soudain dans ses dentelles déchirées ? Ou comme un écho au nom du groupe électronique français Lightwave ? Chaque morceau est une rêverie émerveillée, je prends rêverie au sens fort : pas de mièvrerie, il suffit d'écouter "Lumière froide", cyclone radieux de pur anthracite sauvage, prolongé par un "Émissaire" strié d'accents plaintifs et acérés de guitare, véritable vortex incandescent. Il est vrai qu'on termine "Au Bord du lac", un morceau qui sonne furieusement comme du  Tim Hecker, orgue grandiose enveloppé de rets électroniques mélancoliques : ne faut-il pas un reposoir pour les voyageurs émus par le périple odysséen aux territoires de l'Imaginaire ?

Lost Chords, sorti en 2011 chez Dead Pilot Records / 10 titres / 43 minutes

She, sorti en 2009 chez Utech Records / 8 titres / 39 minutes

Pour aller plus loin

- Lost chords en écoute sur Souncloud.

- She en écoute ici :

 

Programme de l'émission du lundi 6 juin 2011

Elisa Vellia : Pause à Hios / Anathema ton etio / Exi epta Kalogries (Pistes 4-5-7, 8'40), extraits de La Femme qui marche (Le Chant du Monde, 2011)

Sarah Kirkland Snider : Home / Dead Friend / Calypso (p.8 à 10, 14'), extraits de Penelope (New Amsterdam records, 2010)  

Univers électroniques  :

  Guillaume Gargaud : Passer sous silence / Pas là (p.3-4, 8'30), extraits de Lost chords (Deadpilot Records, 2010)

                                                            Lumière froide / Émissaire (p.6-7, 6'40), extraits de She (Utech Records, 2009)

  Alva Noto & Blixa Bargeld : Fail (p.1, 10'04), extrait de mimikry (Raster-Noton, 2010)


26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 12:14

  Agoria Impermanence J'aime bien Sébastien Devaud, alias Agoria. Je le suis depuis la sortie en 2006 de The Green Armchair. Entre temps il y a eu Go Fast, bande originale pour le film, chroniqué dans ces colonnes. Ce DJ, qui pourrait rester sur les plates-bandes étroites de la techno, figurez-vous qu'il rêve au fond d'être un musicien à part entière, si bien qu'il lui vient des titres très inattendus, dans lesquels on sent qu'il se fait plaisir en oubliant les codes, en traversant les genres. Il y avait ainsi eu notamment l'étonnant "Altre vocci", second titre sur Go fast. Il récidive dès l'ouverture cette fois avec "Kiss my soul", qui a l'air d'en exaspérer plus d'un, et qui me ravit. Boucles de piano dans l'esprit minimaliste pour commencer : son superbe, ouverture qui a de l'allure dans son épure. Puis la mélodie, toujours avec Sébastien au piano, une petite merveille interprétée par Kid A, jeune chanteuse originaire de Virginie qui signe également les paroles. Voix pointue, caressante, avec des inflexions à la Björk. Le violoncelle apporte une profondeur supplémentaire à ce qui aurait pu n'être qu'une bluette, s'est développé comme une superbe chanson, tout simplement. Ce début enthousiasmant est suivi par un morceau toutefois beaucoup moins convaincant. Le parlé murmuré de Seth Troxler sur "Souless Dreamer" est tout à fait inconsistant, posé de surcroît sur une techno molle. Le troisième titre, "Panta Rei", est heureusement plus abouti : belle montée en puissance sur une techno très ambiente, à la texture travaillée par des incisions, des irruptions lancinantes. Parfait pour les clubs, mais aussi pour une écoute détendue ! L'interlude "Simon", un peu plus d'une minute, n'est pas sans évoquer les musiques africaines, manière sans doute de nous échauffer, de nous préparer à "Speechless", encore du parlé murmuré, par Carl Craig, un nom connu, je veux bien, mais pour le deuxième enlisement de l'album. Il faudrait oublier les susurrements pseudo-érotiques du monsieur et les soupirs de chatte brûlante de la demoiselle qui semble lui répondre pour se concentrer sur la trame hypnotique de ce morceau, qui explose si bien tout seul. Personne n'est parfait. Toute la suite de l'album est, elle, très réusssie. "Grande Torino", techno de grande classe, illuminée par les nappes de claviers, les boucles de piano : océanique, carrément, lyrique aussi avec la très belle intervention du violoncelle en plein milieu, qui ménage une respiration magique avant une reprise toute frissonnante de cordes, qu'on souhaiterait infinie tant elle est d'évidence, belle. Nouvelle intervention de Kid A sur "Heart Beating", roulements percussifs, battements, cordes somptueuses pour un orage très doux autour des envolées de la voix chaude : le violoncelle gratte, incante pour mieux soutenir la pop inspirée de ce titre bien composé. Et puis c'est "Little Shaman", autre merveille de l'album : de la pure musique de transe, dense, à la beauté sombre, complètement sublimée par l'étonnante prestation de Scalde, qui va chercher des sons de gorge comme dans les musiques traditionnelles de Mongolie ou de Sibérie, le tout sur un fond de bourdon envoûtant. Le mariage entre la techno et le meilleur de ces anciennes techniques vocales est redoutable ! Transportés, on arrive sur les rivages apaisés de "Under the river" : là plane un cor - on pense à la trompette d'un Erik Truffaz, pour un jazz atmosphérique très limpide, détendu. J'ai découvert que "Libellules", le dernier titre, figurait déjà sur un maxi, mais il offre à cet album une fin majestueuse, neuf minutes d'une techno élégante, impeccable, qui déploie tranquillement ces rêts irisés. Regardez la très belle pochette : quelle différence avec les précédentes, rien moins que laides. Ce qu'Agoria a acquis, c'est le style. Encore quelques coups de gomme pour ôter les décorations douteuses, et ce monsieur nous décrochera les étoiles pour les mettre dans nos oreilles ébahies.

Paru chez InFiné (dont Sébastien est l'un des patrons) en 2011 / 10 titres / une heure environ.

Pour aller plus loin

- Agoria sur MySpace.

- une (fausse) vidéo de "Little Shaman" :

 

 

Programme de l'émission du lundi 14 mars 2011

Victoire : The diver / India whiskey (pistes 5-8, 13'40), extraits de Cathedral city (New amsterdam records, 2010)

Grande forme :

  Harold Budd & Clive Wright : Pensive Aphrodite (p.1, 32'15), extrait de A Song for Lost Blossoms (Darla Records, 2008)

Agoria : Heart Beating (p.7, 5'29), extrait de Impermanence (InFiné, 2011)

Programme de l'émission du lundi 21 mars 2011

Psykick Lyrikah : Rien ne change (piste 7, 4'24), extrait de Derrière moi (à paraître début avril chez Idwet)

Agoria : Little Shaman (p.8, 7'27), extrait de Impermanence (InFiné, 2011)

Grande forme :

  Alva Noto : Xerrox Sora / Xerrox Monophaser 1 (p.5-6, 15'), extraits de Xerrox, volume 2 (Raster Noton, 2009)

Newspeak : I would prefer not to (composition de Stefan Weisman / p.2, 5'50)

                             Sweet light crude (composition de David T. Little / p.3, 8'08), extraits de sweet light crude (New Amsterdam Records, 2010)

Zoe Keating : Zinc (Cd 1, p.5, 5'20)

DJ Spooky That Subliminal Kid : In sea of C (Cd 1, p.8, 5'07), extraits de In C Remixed (Innova, 2010)

13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 16:40

Jon-Hopkins-Insides.jpg      Tranquilles dérives

   Insides est le troisième album de ce britannique, pianiste et compositeur d'une musique électronique qui laisse encore une place à des instruments acoustiques, musicien  que j'ai découvert à l'occasion de la sortie du dernier opus de Brian Eno, Small Craft On a Milk Sea. L'album s'ouvre sur un titre très folk avec violon et cordes, fond brumeux de claviers : pourquoi pas, mais rien de bien passionnant. Le titre qui suit, "Vessel", est par contre une merveille de musique ambiante : ouverture intersidérale (il s'agit donc d'un vaisseau spatial), piano en boucles douces, beats syncopés, pour une belle montée en intensité dans une gangue de violon électrique et de cordes lointaines. Dommage que la sérénité qui nous envahissait soit brutalement brisée par un déferlement de déchirures percussives cette fois incongrues..rupture heureusement annonciatrice de la plage titre, elle aussi réussie... Mais il y a décidément chez Hopkins une suavité mélodieuse qu'il semble prendre plaisir à saccager par des dérapages métalliques et des froissements épais. Le flux reprend, mystère plombé qui ne manque malgré tout pas de charme. "Wire", tout en claviers tournoyants ponctués par une rythmique sèche et dynamique, confirme le sens mélodique, l'aisance du musicien qui sait nous titiller l'oreille : nous voici presque dans le monde de la techno. "Colour eye" reprend l'indolent voyage interplanétaire dans un cosmos piqueté de beats nerveux, avec un piano nébuleux pas si loin de l'univers d'Harold Budd : c'est ne pas compter avec les nuages méchants de particules qui viennent bombarder l'astronef, trou noir dans la plage qui ne s'en remet pas, pataugeant dans l'humide d'une planète inconnue. Sans doute faut-il apprécier la musique à l'aune d'un scénario de science fiction, ici d'une collision suivie d'un écrasement mou dans un monde putride ? Toujours est-il que nous voilà propulsés à l'intérieur d'une mélodie qui vrille le crâne, oh si doucement, et qui se répète dans le battement des claviers et des percussions assagies : c'est "Light through the veins", nous pulsons dans les artères de ce monde intrigant, neuf minutes supendues, trop étirées, qui virent vers une certaine fadeur mièvre, dommage. Le piano est au premier plan de "The Low places", quel beau titre et quel beau début ténébreux, à l'insidieux moelleux. Le morceau s'anime avec des beats pointillistes qui semblent s'intercaler entre les notes délicates du piano : tricotage audacieux qui laisse la place à des moments éthérés. Jon Hopkins conduit sa barque avec sureté pour nous offrir une musique séduisante, pourquoi le lui reprocher ? Qui ne fondrait à l'écoute de la délicieuse pièce "Small memory", piano si doux aux notes clairsemées ? "A Drifting up" tient les promesses de son titre : il suffit de se laisser porter. Une légère mélancolie voile le dernier court titre, ruisseau limpide de piano.

   Un disque à la beauté discrète et insinuante, auquel on finit par pardonner ses quelques moments plus discutables.

Paru en 2009 chez Double Six / Domino Records

Dio. - Au fait, et le second passager ?

Meph. - Passager de quoi ?

Dio. - Ben, du radeau...

Meph. - Je l'ai poussé !

Dio. - Quoi, tu n'apprécies pas le grand guitariste Leo Abrahams, convié par maître Eno sur son dernier disque ?

Meph. - Cette musique d'instrumentiste talentueux m'ennuie à mourir. Jamais pu supporter. Même John Mclaughlin, j'ai envie d'écrire Mac Laughing tellement je m'esclaffe sévère.

Dio. - Tu as raison. The Grape and the Grain, pas moyen d'en tirer vendange ou récolte. Je l'envoie...

Meph. - Au diable ? Merci, qu'il se noie dans sa mer de lait. Je ne me souviens que de "A Ghost in every Corner", là je commençais presque à frémir...

Pour aller plus loin

- le site personnel de JH

- JH sur MySpace (où vous pourrez écouter notamment "Vessel", le plus beau titre)

- une vidéo d'un remix de "Vessel" par Four Tet : visuellement superbe !

 

 

Programme de l'émission du lundi 10 janvier 2011  Noir Sombre, Sombre Noir

Le titre est venu avec l'idée d'associer Marcel Kanche et Psykick Lyrikah pour commencer. Le reste s'y est ajouté comme naturellement.  

Marcel Kanche : Combien d'amis / Les Vigiles de l'aube (pistes 1 & 2, 8'40), extraits de Vigiles de l'aube (Cristal Records / Harmonia Mundi, 2010) Quand me déciderai-je à chroniquer ce chanteur vraiment singulier, qui tantôt m'agace et tantôt me fascine et me séduit ?

Le Ciel brûle :

  Psykick Lyrikah : Dans les temps / Jusque là (p.1 & 2, 9'10), extraits de Derrière moi (Idwet, sortie en avril 2011) Un des compagnons d'Inactuelles, en avant-première !! (moi qui suis si souvent à la traîne de l'actualité...) Toujours à 200 pour cent avec toi, Arm !

Victoire : A Door in the Dark / i am coming cor my things (p.1 & 2, 11'20), extraits de Cathedral city (New Amsterdam Records, 2010) Un ensemble, un disque et un label dont je reparlerai bientôt.

Death Ambient : Drunken Forest / Coral Necropolis (p.10 - 11, 12'50), extraits de Drunken Forest (Tzadik, 2007)

Réécoute :

  Zoë Keating : Frozen Angels (p.7, 7'02), extrait de one cello x 16 : natoma (autoproduit, 2005) Disque extraordinaire toujours disponible !                                                                            


6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 10:57

   Ital Tek Midnight ColourAlan Myson, alias Ital Tek, arrondit les angles. Son premier disque Cyclical, sorti en mai 2008, s'il était inégal, contenait au moins deux titres extraordinaires, comme le premier titre éponyme, ou "Tokyo Freeze (Remix)", le cinquième. Midnight colour, sorti sur le même label Planet Mu Records, est plus homogène. Moins de folie et d'arrachement. Le rythme s'est apaisé, les beats s'espacent. Restent les basses profondes, des claviers en nappes langoureuses, des mélodies qui tournent dans l'air nocturne. Quelques grondements rageurs encore sur "Moon Bow", mais contenus, enveloppés dans la beauté des mélodies assumées. Ce qui donne des réussites comme l'envoûtant  "Babel", insidieuse folie tournoyante des textures électroniques, beats et scratches qui déchiquètent l'espace sonore, beau dérapage avec intrusion du piano électrique nébuleux. Ou encore le dansant "Strangelove V.I.P.", parcouru d'une fièvre sourde, mécanique virtuellement infinie. Le titre éponyme est peut-être le plus proche des fulgurances du premier album. Sa matière sombre, installée sur une rythmique puissante, est fissurée par quelques arrachements et joue avec virtuosité de l'étagement des plans pour ménager une atmosphère dramatique. "Infinite", qui suit, est le plus trépidant - tout est relatif dans ce disque !, marqué par les jeux d'échos et le caractère syncopé du phrasé. C'est aussi l'un des plus dépouillés, qui se refuse les facilités de la mélodie, ou du moins la déconstruit pour la rendre essentiellement rythmique. "Restless tundra", le dernier titre, est aussi une belle surprise, qui confirme d'ailleurs les prémisses planantes pas toujours convaincantes de Cyclical : après deux minutes hypnotiques bien scandées qui fondent éléments percussifs, claviers voilés et voix retraitées, Anneka vient poser sa voix douce et claire sur le magma qui tombe alors sous le charme pour disparaître dans une ultime pirouette. Un album qui s'écoute de mieux en mieux, presque bon enfant, et ce n'est pas un reproche. Alan s'amuse à l'évidence par exemple dans le premier titre, assez clinquant, sur lequel on entend son rire (?) répondre à de brefs soupirs féminins qui servent de ponctuation rythmique. Ensuite, il se laisse aller. Oui, un album plus détendu, sans la prétention de tout casser.  Un nocturne électronique qui renoue avec la rêverie, résolument ailleurs.

13 titres / 52 minutes / Paru chez Planet Mu records, label anglais basé à Kent.

Pour aller plus loin

- Ital Tek sur MySpace

- le site de Planet Mu Records

- une vidéo à partir de "Babel":

 

 

Programme de l'émission du lundi 29 novembre 2010

Brian Eno (with Jon Hopkins & Leo Abrahams) : Small craft on a milk sea / Flint March / Horse (Pistes 3-4-5, 7'), extraits de Small craft on a milk sea (Opal / Warp, 2010)

Réécoute :

  AGF : Dis-Hero Equals / Einzelkämpfer / Her beauty kills me (p.3 à 5, 16'30), extraitys de Einzelkämpfer (Agf Produktion, 2009) Décidément une artiste majeure, trop peu connue, faut-il le répéter ?

Univers électroniques :

  Ital Tek : Talis / Babel / Subgiant (p.2-4-6, 12'40), extraits de Midnight colour (Planet Mu records, 2010)

  Tim Hecker : 100 years ago / Sea of pulses (p.1-2, 8'30), extraits de An ImaTim-Hecker-An-Imaginary-Country.jpgginary country (Kranky, 2009) Je n'ai pas chroniqué l'album, longtemps abandonné dans une pile de disques, le pauvre. Exhumé, je lui trouve une belle force onirique. Tim est à des années-lumière de nous, à l'évidence, retranché derrière ses claviers et ses machines. Curieusement, il dit pourtant quelque chose de notre étrange monde à la beauté abandonnée. La nostalgie se fait abyssale, elle voudrait nous emporter, tout balayer dans un vent cosmique de pulses...

  Brian Eno : Fractal Zoom (p.1, 6'24), extrait de Nerve Net (Opal, 1992) Le superbe début d'un album phare de l'alchimiste...

4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 16:41

   Johann Johannsson FordlandiaUn petit retour en arrière, comme souvent sur ce blog, pour attraper au vol un disque singulier, sorti en novembre 2008. Je m'étais déjà intéressé à l'opus précédent de l'islandais Jóhann Jóhannsson, consacré à une étrange ode décalée inspirée par les premiers puissants ordinateurs, IBM1401-A Users Manual, paru deux ans plus tôt. Cette fois, l'album, intitulé Fordlandia,  s'inscrit dans l'univers Ford : aucune vision optimiste du fordisme, plutôt une mise en perspective, une rêverie teintée de mélancolie comme l'attestent les photographies et illustrations de la pochette : rouages, photographie sépia d'une vieille voiture embourbée (?) contemplée par toute une famille sur fond de ruines (?), maquette de fusée dans un laboratoire... "Fordlandia" renvoie à une ville utopique fondée par Henry Ford en Amazonie pour tenter de se procurer le caoutchouc à un meilleur prix. Le projet échoua parce que trop pétri  de principes étrangers aux travailleurs locaux, qui finirent par se rebeller. Ne restent aujourdhui que les ruines de cette cité reconquise par la forêt et la jungle. Le disque mêle la musique classique, avec la participation de l'Orchestre philharmonique de Prague notamment, et l'électronique, pour des morceaux au lyrisme puissant, construits sur des crescendos de variations répétitives étirées. Des interludes baptisés "Melodia" I à IV font entendre des instruments solistes qui viennent colorer cette vaste fresque : clarinettes démultipliées en boucles lancinantes, piano aux accents frêles et poignants sur fond de guitares embrumées. À chaque écoute, le temps semble se dilater un peu plus, comme si la musique nous propulsait, un peu comme les fusées de la pochette ou celles signalées par certains des titres, dans une traverse temporelle aux pulsations plus amples. Chœurs, cordes, orgue, nous emmènent à la dérive au creux de ces spirales insidieuses, et l'on est tout surpris que le monde extérieur puisse encore exister...Le dieu Pan n'est pas mort, qui reprend tous ses droits quand meurent les utopies en Chimerica (titre du septième morceau), le pays des chimères. C'est à la poétesse victorienne Elizabeth Barrett Browning (1806-1861), épouse du poète Robert Browning, que Jóhann Jóhannsson emprunte ce qu'on peut considérer comme l'épigraphe du disque :

Et ce lugubre cri s'élevait lentement

Et lentement sombrait parmi les airs

Remplis de la mélancolie de l'Esprit

Et du désespoir de l'Éternité

Et ils entendirent les mots qu'il disait :

"Pan est mort. Le grand Pan est mort"

(Traduction personnelle)

Paru fin  2008 chez Mute Song / 4AD. 11titres, environ 70 minutes.

Depuis, Jóhann Jóhannsson a sorti &In the Endless Pause There Came Sound of Bees, en avril de cette année.

Pour aller plus loin

- Jóhann Jóhannsson sur MySpace

- le superbe site personnel de Jóhann Jóhannsson

- une video sur "The Rocket Builder (Lo Pan !)", troisième titre de l'album :

 

 
26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 16:55

Autechre Oversteps   Après l'intermède Quaristice avec ses titres à la brièveté déconcertante ou/et frustrante, Rob Brown et Sean Booth reviennent à des morceaux plus longs (entre trois minutes trente et six minutes trente).

  Et voilà : le chroniqueur atterré relit sa première phrase avec une immense fierté. Il a réussi à ne pas parler de la musique du duo. Il va pourtant falloir s'y frotter...

   La musique semble sortir des limbes : comme une fanfare de synthétiseurs qui se bousculent à la sortie d'un tunnel, c'est "R Ess". Quelques égratignures rythmiques, un beat léger sur des déflagrations erratiques, des échos qui meurent dans de courbes agonies. La planète électronique efface tout repère pour s'emparer de vous. Des chœurs synthétiques ténébreux vous saluent à l'orée de "Ilanders"; des mines explosent, le sol se fracasse, des percussions lourdes défoncent l'air tandis que des mélodies épaisses tournoient dans le vortex des alarmes, somptuosité broyée. "Known(1)" émerge : cithares ou clavecins synthétiques pour une sarabande orientale totalement étrange, beaux étranglements sonores à coups de faux gongs. On marche dans une forêt d'éclats mélodiques, fascinés. "Pt2ph8" poursuit cette espèce d'errance musicale prismatique, en plus paisible, quasi bucolique si le mot pouvait encore avoir un sens dans ce monde minéral qui joue avec délectation des miroirs brisés. Le ralenti s'accentue avec le début  trompeur de "Qplay", tuyaux d'orgue d'une cathédrale aquatique soudain balafrés de percussions froissées. Le morceau jouera du contrepoint entre leurs sonorités épaisses, leurs rythmes irréguliers, et les synthétiseurs lumineux, presque langoureux (un comble, non ?) qui folâtrent dans les espaces vacants.

   Cinq titres, et l'on est déjà si loin, si profond. Très loin des draperies parfois pompeuses des débuts, des méditations mélancoliques. Les deux anglais sont de plus en plus des alchimistes minutieux, qui travaillent sur de très petites unités sonores, agencées en séquences labiles, aux multiples chatoiements. Capables d'ouvrir soudain les vannes d'une antique beauté que l'on croyait perdue : "See on see" ruisselle, déferle, dans un luxe de claviers grandioses, radieux. C'est si simple, la beauté, si évident, surtout enchâssée dans un tel monde... "Treale" reprend la route obscure : rythmes lourds de techno aveugle, foisonnement des arrière-plans, un clavier qui chante sur la poussière sonore. Le paysage s'atomise plus encore avec "Os Veix3", magnifique ballade lointaine à la rythmique minimale éclaboussée de crépitements, d'apparitions déformées. La distinction bruit-musique n'a plus de sens, volatilisée par cette avancée de micro échardes sonores sur un champ de mines surgissantes. Autechre atteint ici une perfection sereine, une forme d'élévation troublante à laquelle on a peine à s'arracher. Le carillon de "O=0" nous paraît alors outrageant de grossièreté, mais il s'émiette, se résorbe en glissades, lorgne vers un orient de pacotille caricaturé par un musicien amateur... "D-Sho Qub" en paraît d'abord la résurgence monstrueusement accentuée, affligée d'un rythme agressif, mais très vite laminée, découpée par d'incisives frappes, des silences et des bouffées intenses de sons texturés superbes : sur la carcasse du dragon s'épanouissent des fleurs explosives, et des entrailles décomposées surgissent des chœurs synthétiques plus étoffés qu'au début de "Ilanders" : envolée majestueuse ponctuée de douces décharges nébuleuses. Pas question pour autant de rester dans ces hauteurs lyriques. "St Epreo" nous ramène fermement sur le chemin du chaos maîtrisé, pavé de rebondissements incessants : la mélodie se faufile loin à l'arrière, tandis que les percussions ou sons percussifs lacèrent le premier plan. Même écartèlement pour "Redfall", à la fois cristallin en fond et froissé en surface, et parcouru par un troisième plan intermédiaire où circulent des sons plus ronds ou comme chiffonnés. "krYlon" renoue avec l'inspiration de "See on see" : veine merveilleuse des claviers qui se chevauchent dans un savant désordre de sonorités étirées, soyeuses, beaume pour le voyageur-auditeur dont les oreilles sont si sollicitées. Ainsi reposé, l'on aborde aux rivages farouches de "Yuop", mélange de splendeur hiératique aérienne et de plongée dans la matière sonore boursoufflée d'éruptions corrosives : et l'on disparaît dans les sables, absorbé, terrassé par la Beauté, l'impitoyable Beauté.

  Je comprends que les deux anglais en concert jouent dans le noir : cette musique sculptée comme un diamant noir peut alors briller de tout son éclat intérieur, d'une incomparable densité. Depuis 1993, date de la parution d'Incunabula, que de chemin parcouru ! Nulle doute que Quaristice, sorti en 2008, n'ait marqué une étape décisive dans le renouvellement de leur musique : ils cherchaient une nouvelle voie...Oversteps. Un disque à écouter en intégralité pour en apprécier la composition soignée. Un chef d'œuvre ? Il me semble... Je suis en train de réécouter "Os Veix3", sublime...Et les titres, de quoi rêver de surcroît, de quoi se détourner de la laideur des manipulations financières qui jouent avec la vie des gens dans l'impunité la plus attristante.

Plus le temps d'aller plus loin ce soir...