Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 22:13
flight from samarkand                                                                                                        Peu de temps en ce moment à vous consacrer, chercheurs de musiques singulières...J'ai trouvé, en guise d'intermède, d'interlude, cette petite vidéo avec des marionnettes sur une musique de Vizier of Damascus : lotte reinger studios vizier of damascus rework for HELMI SALIM STUDIO YEMEN.  Bon voyage !
16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 21:33
   Non, je ne vous abandonne pas, c'est le temps qui me fait défaut depuis quelques jours. La matière ne manque pourtant pas, soyez rassurés. Je ratisse les ondes, le net surtout, vaste prairie fleurie de petites maisons de disques attachantes, qui méritent bien mieux que la petite niche où l'incuriosité, le conformisme...et le mercantilisme ravageur tendent à les confiner. Après avoir débusqué Debruit&desilence, ce très beau label parisien, je braque mon puissant projecteur sur Rednetic recordings, label anglais consacré aux musiques électroniques. C'est en suivant la piste d'An on Bast, artiste de la scène électro polonaise, que j'ai trouvé son asile actuel et que j'ai ainsi pu me procurer son deuxième disque, Words are dead, un sept titres dans la lignée de Welcome scissors : électro délicate, tout en textures fines, avec des flambées lyriques inspirées de musiciens comme Mozart, Liszt ou Arvo Pärt. Elle invoque également l'influence d'Autechre..."sth important", le quatrième titre, est sans doute le sommet : claviers en boucles lancinantes, beats démultipiés, texte dit fragmenté et traité comme la pâte feuilletée musicale. Du très beau travail, décidément une artiste à l'univers très personnel.
   Sur le même label, après quelques écoutes, j'ai aussi déniché
Arfan Ezra Munir Rai, alias Vizier of Damascus, un anglais dont les racines familiales sont en Arabie, vers Samarcande, bref dans un Orient peut-être en partie fantasmé -comme on peut le voir sur son site Myspace. "Badshahi", un neuf titres, est un disque prenant inspiré par ses voyages de la Lybie à l'Ouzbékistan. Morceaux emprunts d'une poignante mélancolie, avec "Lament halves", lui aussi très inspiré par l'estonien Arvo Pärt, un canon magnifique piqueté de beats et de scratches ; paysages sonores apaisés, baignés de lumière diffuse dans l'hypnose des soirs interminables, comme sur le titre éponyme hanté par un hypothétique muezzin. L'impression que le temps s'est arrêté, soudain, immémorial à jamais, déconnecté de toutes les folies humaines. Il y a du mystique chez ce voyageur en quête d'origines, sculpteur attentif d'espaces sonores denses déchirés par des percussions erratiques.
Pour aller plus loin
- le site de Rednetic recordings, sur lequel vous trouverez des extraits à écouter.
- la page Myspace de An on Bast : je vous recommande particulièrement "cyesmolik".
- la page Myspace de Vizier of Damascus, très belle.
- une vidéo sur "Foible", deuxième titre de Words are dead. Vous pourrez la voir en direct sur la vidéo associée suivante, sur le titre 5, "moonsiso".

Programme de l'émission du dimanche 7 juin 2009
Fink : Move on me / Six weeks / Nothing is ever finished (pistes 2 à 4, 11' ), extraits de Sort of Revolution (Ninja Tune, 2009)
Doctor Flake : Comedy / Loveless / Fin (p.10 à 12, 8' 10), extraits de Minder surprises New deal / Differ-ant, 2009)
Louisville : the only thing to come now in the sea / Soir / Forest (p.4 à 6, 16' ), extraits de a silent effort in the night (debruit&desilence, 2009)
Keene The River / Here / Weir of fog (p.3 à 5, 16' ), extraits de The River and the fence (Poeta Negra, 2007)
9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 18:23

Paris at night

Trois allumettes une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
Et l'obscurité tout entière pour me rappeler tout cela
En te serrant dans mes bras.

 

Pour toi mon amour

 Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
Mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
Mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
Mon amour
Et je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
Mon amour


   Doctor Flake, pour son troisième album Minder surprises, a choisi de nous raconter un conte. Dans un coin, alors que les musiciens parlent des instruments qu'ils jouent, n'écoutent même pas la musique, un homme se tait. L'un des musiciens finit par lui demander de quel instrument il joue, lui qui se tait. Sa réponse, c'est le disque tout entier, qui s'ouvre sur un phrasé obsédant de clavier et.. .sur deux poèmes presque enchaînés de Jacques Prévert (reproduits ci-dessus), extraits du recueil Paroles publié en 1945. Quel rapport me direz-vous ? Quels rapports plutôt. Rapport à la langue française, déjà, qui regagne sa place dans la musique électro, laquelle se marie admirablement à la poésie, l'auriez-vous oublié ? Rapport à une esthétique du collage, ensuite, dont le chirursicien - non, ce n'est pas une coquine de coquille, vous comprendrez bientôt si vous ne faites pas partie du clan des Flakiens, est un expert patenté. Après l'introduction, "Amours obscurs" nous introduit dans un univers mélancolique et doux, ritournelle pour clavier, guitare et percussions ponctuée de soupirs féminins. "A last dance with Leon" est une danse obsédante pour pantin désarticulé. Et c'est le magnifique "Fightclubbing", boucles de piano, paroles chuchotées et déformées de Vale Poher, guitares grondantes qui strient l'arrière-plan, l'incendie sensuel de la voix enfin nue, atmosphère lourde, on voudrait toucher le ciel...des pas se rapprochent, puis s'éloignent... La suite alterne morceaux franchement hip-hop, comme les excellents "Let us play with your brain" et "Hip hop tourist", ou résolument électro-atmosphériques comme l'ensorcelant "Sweep Out", le brumeux "Comedy", le délicat "Eclaircie", ou encore quasi techno comme l'exsangue et alangui "Loveless", sur lequel on retrouve la voix insinuante de Vale Poher. Collage parfait en son genre, qui digère tous les échantillons prélevés par le Docteur ChirurSicien pour distiller des morceaux évidents, prenants, voire très émouvants. L'air de rien, un bel album poétique, qui coule ...comme du Prévert.

Paru en mars 2009 chez New Deal / Differ-ant, 12 titres (10 si l'on enlève l'introduction et la fin), environ 36 minutes

Pour aller plus loin

- un joli travail vidéo sur "Comedy"

 

 

- Doctor Flake sur My Space.

- le site officiel de Doctor Flake

A écouter également

Les deux albums précédents de Doctor Flake, Intervention chirursicale (2006) et Paradis dirtyficiels (2007), tous les deux en écoute sur Musicme.

7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 17:03
Il existe une autre pochette.   Qui connaît aujourd'hui Tod Dockstader ? Né en 1932, ce compositeur américain est pourtant une des grandes figures de la musique électronique ou de la musique concrète. Fellini s'est servi de ses "Eight electronic pieces" de 1960 pour son film Satyricon en 1969.
Dio.- Je sens ta pernicieuse influence.
Meph.- Quoi ? Tu n'aimes pas ce disque ?
Dio.- Si, mais je crains la spécialisation, mon cher.
Meph.- Je ne m'en plaindrais pas. L'électronique me convient. Tod tire des ondes courtes un véritable chant qui me rappelle celui, doux à mes oreilles, de mes damnés chéris.
Dio.- C'est vrai que ce compositeur a sans doute beaucoup souffert de ne pas pouvoir pendant si longtemps produire la musique qu'il entendait. Il n'avait pas assez de références universitaires pour avoir accès aux studios. Il a dû, lui qui n'avait rien moins qu'élaboré quelques unes des oeuvres les plus ambitieuses de la musique électronique dans les années 60, comme son "Apocalypse" ou sa "Quatermass" (on en reparlera bientôt), travailler dans un studio spécialisé dans les films éducatifs, les dessins animés où il fournissait images et sons.
Meph.- Heureusement qu'une nouvelle génération de musiciens s'est rendu compte de son importance.
Dio.- Oui, il est devenu célèbre. Il a pu se remettre à composer dans les années 90.
Meph.- Il est revenu à la radio qui a bercé son enfance, celle des ondes courtes, des stations qu'on a du mal à capter, des grésillements, des plages incroyables entre les stations, avec des espaces sonores inouïs. Il s'est mis à collectionner ces matériaux sur des centaines de bandes magnétiques.
Dio.- Et l'ordinateur est arrivé...
Meph.- Le coup de pouce qui a facilité le mixage et qui a permis un transfert de qualité, sans déperdition, des sons utilisés.
Dio.- D'accord. mais ça ne me dit pas pourquoi tu aimes tant la musique électronique, et celle de Tod en particulier.
Meph.- Tod est une sorte de matérialiste. Il est emballé par la nature physique du son, cette matière concrète qu'il va faire chanter. Il écoute dans le vide la chute éternelle des corps.
Dio.- Tu t'y connais dans ce domaine...
Meph.- Qui ne chute pas ne connait rien au sublime !
Dio.- Ne te vexe pas. Revenons à "aerial #1", le premier d'une trilogie. Des ondes courtes, toujours des ondes courtes, ce n'est pas un peu lassant ?
Meph.- Tod a tiré de son stock, pour ce premier volume, 15 titres qui se fondent les uns dans les autres pour créer un continuum d'une surprenante variété. Les douze minutes de "Song" , l'ouverture de l'album, nous plongent dans un véritable space-opéra pour voix spectrales, anges déchus : surgissements constants, froissements, traînées de météorites magnétiques créent une atmosphère dramatique accrue par de brusques déflagrations. ll faut écouter ça assez fort pour profiter des textures sonores qui se déploient à grande vitesse. Les titres suivants sont éloquents : "OM", pour sa psalmodie statique, aux raclements gutturaux ; "Rumble", grondements et gargouillis en boucles obsédantes, striées d'ondes aiguës ; "Shout", comme une révolte survoltée ; "Raga", oriental en diable -si tu me le permets, j'entends presque le sitar ; "Dada", vertige et hallucination...
Dio.- Laissons la suite aux cosmonautes !
Meph.- Même sur terre, nous sommes des cosmonautes, l'oublierais-tu ?
Dio.- Certes...C'est vrai que ce disque, déconcertant de prime abord, finit par être très attachant. Et puis, pour ce qui est d'être singulier, je ne crains pas tes sarcasmes comme avec les Gutter Twins...
Meph.- Oseras-tu encore parler de mon influence pernicieuse ?
Dio.- Tu es pardonné.
Meph.- J'ai horreur de ça... Disons aux sceptiques d'écouter "Myst", le neuvième titre, formidable de fulgurances rebelles. J'aimerais pour finir proposer une expérience. Ecoutez Tod en contemplant cet extraordinaire tableau de Rubens, Der Höllensturz der Verdammten, La Chute des Damnés, qui se trouve dans l'Ancienne Pinacothèque de Münich.
Dio.- Tu leur payes le déplacement ?
Meph.- J'ai des pouvoirs, moi. Le voici. N'éclairez que le tableau, n'écoutez que Tod. Si vous ne frémissez pas jusqu'au fond de vos carcasses, vous n'êtes même plus bon pour moi...
La Chute des Damnés
Pour aller plus loin
- The Unofficial Tod Dockstader Web Site, très bien fait , où l'on peut écouter une grande partie de son oeuvre.
- Tout "aerial #1" est en écoute sur Deezer. J'essaie ma playlist...

Programme de l'émission du dimanche 3 mai 2009
Autechre : Eggshell / Maetl (pistes 6 et 8, 15' 40), extraits de Incunabula (Warp Records, 1993)
Dani Joss : Souls // circles /fingers // misconception population (p.1-2-4, 22' ), extraits de Shaper of form (Poeta Negra, 2006)
Tod Dockstader : OM / Rumble/ Spout (p.2-3-4, 14' 10), extraits de aerial #1 (Sub Rosa, 2005)
Autechre : rale / notwo / outh9 (p.11-19-20, 16' ), extraits de Quaristice (Warp Records, 2008)
22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 17:18

  "Incunabula", sorti en 1993 chez Warp records, et "Amber", l'année suivante sur le même label, inaugurent la carrière d'un des groupes phares de la musique électronique. Comme tout a été dit, ou presque, sur eux, je laisse parler les titres, les couvertures et la musique. Des incunables d'ambre, assemblage merveilleux qui fait rêver. Qui a dit que la musique électronique était froide et sans âme ?
Meph.- Ce serait désolant. De toute façon, c'est impossible, même pour la musique, car elle procède de l'homme, qui en a une.
Dio.- Tiens, te revoilà. Tout à fait d'accord avec toi, même si au mot "âme" je préfère le mot "esprit", je le signale en passant. J'ai envie de me rouler dans le sable de la pochette d' "Amber", de dévaler la falaise ravinée, découpée en milliers de cônes, comme leur musique, tout en facettes prismatiques.
Meph.- Tu fais dans le joli. Je préfère les incunables, avec leurs lettres gothiques. On y parle beaucoup de moi et de mes sectateurs. Regarde la pochette, ça tremble, ça s'effrite, et ça se pulvérise. Tout à fait comme quand je tente un humain. Leurs belles résolutions se fendillent, je me faufile par les interstices. Et j'anime le bal.
Dio.- Je continue à rêver. Un berceau d'ambre, l'enfance de leur art, l'alpha et l'epsilon. L'ambre des sons dans le berceau des soirs d'or...Le velouté et le moelleux qu'ils semblent renier avec "Quaristice".
Meph.- Il faut bien perdre son duvet, vieux rêveur !
Pour aller plus loin
Une nouvelle sélection en écoute...
Programme de l'émission du dimanche 12 avril 2009
Autechre The Plc / Io / PlyPhon / Perlence (pistes 2 à 5, 13' 30), extraits de Quaristice (Warp Records, 2008)
                           
Nine / Further / Yulquen (p. 7 à 9, 20' 30), extraits de Amber (Warp Records, 1994)
Tamara Williamson : West coast / Counting sheep / Little voice (p.1-3-6, 17' ), extraits de More than a decade (Ocean Music, 2009)

Keith Fullerton Whitman / HRVATSKI : Stereo music for Serge Modular prototype (cd1, p.3, 5' 30)
Scott Gibbons / Lilith : Stone : Reciprocal (cd1, p.7, 3' 30)
 Francisco Lopez : untitled#148 (cd1, p.9, 10' 03)
Michel Chion : Requiem : Dies Irae (cd1, p.12, 6' ), extraits de an anthology of noise & electronic music, volume 3 (Sub Rosa, 2004)
16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 10:13
   Sean Booth et Rob Brown signent avec les vingt titres de ce neuvième album une oeuvre toujours aussi  méticuleusement abstraite, mais qui surprendra plus d'un amateur du duo par la brièveté des morceaux et le caractère à première écoute disparate de l'ensemble. L'impression d'une série de chutes, d'un univers en lambeaux. Quelques parcelles d'ambient flottent dans un univers tout en hachures, en pointillés. L'électronique glacée refuse toute emphase, laisse surgir des froissements, des chiffonnements interrompus comme dans "Fol3". Elle est souvent en apesanteur, presque fantaisiste dans ses déhanchements imprévus, et cela donne le superbe "Simmm", le dégingandé "Perlence",  "Plyphon" troué de partout par des marteaux-piqueurs, qui bute sur des notes bloquées. La musique tend vers le micro-borborygme, s'éparpille en nuages magnétiques de poussières traversés de courtes zébrures. Panorama d'un univers déconstruit, qui survit à peine, comme s'il se retenait, avait peur de trop se montrer, la vie dans les plis des polyrythmies géométriques. L'album est loin d'être désagréable, mais se veut tout sauf séduisant. Il hésite entre pièces paralysées, à l'hiératisme presque poussif comme "WNSN", et titres affolés dans le vide comme "Chenc9", écartelé entre percussions implacables, claviers en boucles rapides, titre superbe d'ailleurs. La fin de l'album corrige un peu cette trajectoire émiettée par des plages plus longues, mélodico-planantes comme "Notwo", ou incantatoires comme "Outh9X",  sept minutes de minimalisme raffiné et envoûtant.
Paru en mars 2008 chez Warp records.
Pour aller plus loin

  

Comme Deezer n'est plus fiable, je teste une nouvelle sélection, dépendante de ce que je trouve sur le site playlist.com..(plus moyen pour le moment de vous faire entendre bien des musiques singulières, hélas...)

Programme de l'émission du dimanche5 avril 2009
Yoshihiro Hanno / Multiphonic Ensemble : On/Off Edit (cd2, piste 2, 9' 12)
Sean Booth / Rob Brown /Autechre : Bronchus one I (cd2, p.1, 6' 04)
Meira Asher/ Guy Harries : Torture-Bodyparts (cd2, p.3, 3' 42), extraits de an anthology of noise & electronic music , volume 2 (Sub Rosa, 2004)
Autechre : clipper / rotar (p.2 et 4, 16' 38), extraits de tri repetae (Warp Records, 1995)
John Luther Adams : Dark waves // red arc/blue veil (p.1 et 4, 25' ), extraits de red arc / blue veil Cold Blue Music, 2007)
Philip Glass : They say Paradise will be perfect (p.10, 5' 22)
                                The New Rule (p.11, 5' 51), extraits de Monsters of Grace (Orange Mountain Music, 2007)
31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 16:12
   Le second volume de anthology of noise and electronic music vol.IIl'anthologie parue chez Sub Rosa s'ouvre sur un court morceau emblématique de l'étrangeté  véhiculée par la musique électronique. "Incantation for tapes", composé en 1953 par Vladimir Ussachevsky et Otto Luening, deux musiciens respectivement d'origine allemande et russe ayant tous les deux émigrés aux Etats-Unis, mêle ondulations sonores, voix mystérieuses, gongs, échos, pour créer une ambiance mystico-éthérée très prenante. L'auditeur, transporté, est alors prêt à découvrir les différents "visages" de la musique électronique. "Visage V" est d'ailleurs le titre suivant, une pièce de la fin des années cinquante de Luc Ferrari : musique concrète façon Groupe de Recherches Musicales, collage disparate peu enthousiasmant. Ce double Cd réserve heureusement de belles surprises. Le très atmosphérique "Song"(2002)de Tod Dockstader, extrait d'un vaste cycle baptisé "Aerial", ample pièce telle une nébuleuse ondoyante, à la fois ténue et tenace. "Music of the sphere"(1938) de Johanna M. Beyer, musique cristalline pour sirènes cosmiques, à la grâce dangereuse qui associe acoustique et électronique. Morton Subotnik est représenté par "Mandolin"(1962), composition en perpétuelle métamorphose d'une superbe plasticité sonore. L'anglaise Daphne Oram, avec "Four Aspects"(1960), joue subtilement avec des harmonies construites sur les fréquences les plus basses pour susciter un mini-opéra dramatique et poétique. "Emily"(2003) de Robin Rimbaud, alias Scanner, est d'une beauté bouleversante, avec pour point de départ une conversation téléphonique : voilà un musicien que vous risquez de retrouver bientôt ! Quant au "Quintet"(1967-68) de Hugh Davies, une performance associant 6 haut-parleurs, onduleurs, cinq microphones et cinq artistes dans un jeu de réverbérations, force est de reconnaître que, passé un début assez ingrat, le morceau invente en effet un nouveau quintette. C'est toutefois loin d'être mon morceau préféré... "Space travel with changing choral textures" (1983) de Alan R. Splet, collaborateur musical de David Lynch, renoue avec la veine atmosphérique de ce premier cd : titre limpide pour une oeuvre sombre, nuage insaisissable. Kim Cascone, avec "Zephirum Scan"(2002) conclut cette première moitié avec une composition qui travaille en finesse sur la nature spectrale du son.
   Le second disque est très différent : rythmé, industriel, bruitiste, brutal même. Sean Booth et Rob Brown, les deux membres d'Autechre, ouvrent le bal avec  "Bronchus One.I"(1991), géométries rythmiques élaborées sur fond pulsant, superbe début suivi par l'un des plus étonnants titres de ce second volume, "On/Off Edit"(2001) de Yoshihiro Hanno, alias Multiphonic Ensemble, pièce qui fractionne à l'ordinateur un morceau de piano virtuose, hallucinant au casque, une merveille de précision. J'accroche encore à l'intense "Torture-Bodyparts (2001) de Guy Harries, sorte d'inventaire litanique d'éléments insupportables dit sur une rythmique pointilliste. Je suis peu réceptif aux morceaux qui suivent, le bombardement sonore effarouchant mes délicates oreilles, à l'exception de "Lathe"(1988) de David Lee Myers, alias Arcane Device, magnifique travail sur les souffles et vents (démoniaques !) à base de sons rétroactifs de guitare (nous dit la pochette aves prudence, tant les sons sont étranges...). Pour les morceaux industriels, je leur préfère de beaucoup les compositions d'Annie Gosfield, ,à laquelle j'ai consacré au moins deux articles (vous avez les deux liens séparément...). Je reconnais toutefois que le morceau de Laibach, "Industrial Ambients"(1980-82), est impressionnant de rigueur glacée.
 
Paru en 2003 chez Sub Rosa / 10 et 11 titres / 70 et 65 minutes environ.
28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 17:43
   Les musiques électroniques sont régulièrement présentes dans ces colonnes : elles risquent de voir leur place s'accroître avec la découverte de cette anthologie magistrale menée par le label Sub Rosa depuis quelques années (toujours difficile avec eux d'avoir les années exactes, mais sans doute 2002...peu importe à dire vrai). Tous les volumes, qui comprennent deux cds généreux,  sont le fruit des recherches de Guy Marc Hinant, membre fondateur du label bruxellois. Ils sont accompagnés d'un livret d'une quarantaine de pages qui situe chaque compositeur, dessine des filiations. Beaucoup des morceaux proposés sont inédits, certains retrouvés dans des archives privées. L'anthologie est tantôt chronologique, tantôt a-chronologique, suscitant des rencontres, des côtoiements qui sont tout à fait dans l'esprit de ce que j'essaie de faire. Le présent article est consacré au volume 1 ; j'ai renoncé, comme je l'avais prévu initialement, à présenter aussi le second : il n'est évidemment pas question de doubler les excellentes présentations de Hinant, ce sera d'ailleurs vrai pour les volumes suivants. Je superpose un nouvel itinéraire à celui des disques, je cueille quelques merveilles sonores dans ce dédale extraordinaire qui témoigne d'une des plus singulières aventures du vingtième siècle et du nôtre.
   "an anthology of  noise & electronic music/ first a-chronology 1921-2001" commence aux origines de la musique électronique avec une des nombreuses curiosités de cette entreprise. On y entend sans doute le premier morceau composé pour une machine à bruits par l'italien Antonio Russolo, frère de Luigi Russolo, compositeur et théoricien  auquel on doit dès 1913 le manifeste "L'Art des bruits", qui se joignit au mouvement futuriste de Marinetti. La machine de Luigi portait le poétique nom d'intonarumori. Il donna en 1921 un concert à Paris recourant à 27 de ces instruments. "Corale", courte pièce de moins de deux minutes, est comme un au revoir mélancolique aux fastes orchestraux d'antan. Dès le titre suivant, les bases de la musique concrète sont posées en 1929-30 par Walter Ruttmann dans "Weekend", étonnant collage de bruits et de fragments de dialogues sans images de ce cinéaste d'avant-garde qui fit ensuite partie des services de propagande nazie. Le parcours se poursuit avec les pionniers des années 50, Pierre  Schaeffer et Henri Pousseur, le premier livrant de véritables poèmes sonores avec ses "études de bruits", ici la très élaborée "Etude violette" de 1948, le second parmi les premières compositions entièrement électroniques, notamment ce "Scambi" de 1957, accompagnement sonore idéal pour un tableau de Tanguy ou de Miro. On passe ensuite par Gordon Mumma, -dont j'ai chroniqué l'oeuvre pour piano, qui nous plonge avec "Dresden Interleaf 13 february 1945" dans un univers industriel inquiétant, ponctué de silences imprévisibles. Puis vient un fragment retrouvé d'une improvisation d'Angus MacLise, Tony Conrad et John Cale, "Trance#2" , témoin de ces longues nuits folles des années 60, dans la mouvance de La Monte Young : électronique inspirée à partir d'orgue et de percusssions métalliques, l'un des joyaux du premier disque. Mais je m'aperçois que me voici pris au piège du disque, que je suis parti pour tout passer en revue ? Cette anthologie bouscule toutes les idées reçues sur ce genre de musique, beaucoup plus varié qu'on ne le pense. Je suis converti à l'abstraction, à la poésie bruitiste !! "Untitled#1", de Philip Jeck, Ottomo Yoshihide et Martin Tétreault,  convoque toute une mémoire sonore avec une grande subtilité, tandis que "Oktober 24, 1992, Graz, Austria" du Survival Research Laboratories des américains Mark Pauline et Gerald Jupitter-Larsen (je n'invente pas, foudre et déformation en perspective...) nous soumet à un bombardement  très réglé de sons déchaînés, bouillonnants et couinants comme dans un chaudron cosmique. On ne sera pas surpris de retrouver les allemands de Einsturznde Neubauten, mais conquis par un titre presque boy-scout, bruits d'ustensiles de cuisine amplifiés et modifiés dans un climat très apaisé, quasi planant., un très beau moment. Le premier cd se termine avec "Aspekt"(1966) de l'allemand  Konrad Boehmer, l'une des musiques idéales possibles pour Les Oiseaux d'Alfred Hitchkock : crépitements, envols, nuées, dans une atmosphère sous haute tension...
  Le disque 2  se concentre sur les années 50 à 2001, faisant se côtoyer John Cage et Sonic Youth, Yannis Xenakis et Paul D. Miller. Ce n'est pas l'un des moindres mérites de cette anthologie que d'effacer les clivages entre musique sérieuse ou savante et musiques électroniques nées des expériences de groupes pop. D'abord parce que les frontières n'existent pas, et l'on s'aperçoit de tout ce que les djs d'aujourd'hui doivent aux musiciens chercheurs, avant-gardistes que l'on croyait confinés dans leurs laboratoires acousmatiques. Ensuite, parce que les compositeurs de musique contemporaine sont beaucoup plus fantaisistes, iconoclastes, inventifs, extravagants que nombre de musiciens électro qui feraient bien de toute urgence d'écouter les incroyables univers sonores concoctés au fil des décennies.  Le coréen Nam June Park est à l'aise dans un "Hommage à John Cage" de 1958-59 qui est déjà un fabuleux remix d'un des musiciens les plus imprévisibles du vingtième siècle. Quant à Edgar Varèse, cet ascète de la musique électronique, qui garda le silence pendant des années en attendant les progrès technologiques qui rendraient possibles la réalisation des sons qu'il désirait, il est représenté par son magnifique "Poème électronique" de 1957-8, émouvant et drôle, d'une finesse de composition imparable. L'autre sommet de ce deuxième disque  est dû à Paul D.Miller, alias DJ Spooky That Subliminal Kid , mixeur hyper-talentueux comme un David Shea : les atmosphères se succèdent au long des huit minutes de "Bundle / Conduit 23", morceau fascinant, frémissant, qui mêle instruments acoustiques et sons électroniques dans une fresque dense, nourrie de fragments mélodiques splendidement retravaillés.  Pour finir, un morceau de 30 minutes de Pauline Oliveros, "A little Noise in the System", précède le "One minute"  de Ryoji Ikeda : une implacable progression électronique bruitiste générée par un Moog System  avant la délicatesse fracassée du japonais...
(à suivre, avec des morceaux en écoute prévus, c'est promis !) 
  Quand même, en attendant, une vidéo à partir du "Poème électronique" d'Edgar Varèse : qu'en pensez-vous ?