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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 17:34
   Il a aidé à l'enregistrement de l'un des albums de son amie Shara Worden, de My Brightest Diamond, et cela s'entend. Il vient d'enregistrer sur le même label, Ashmatic Kitty Records, son premier album, Heavy Ghost. Une voix un peu à la Cat Stevens, veloutée avec des inflexions haut perchées, qui s'enveloppe volontiers de chœurs séraphiques, se love dans des textures instrumentales denses. Un piano presque caverneux, fantomatique, une guitare grattée avec dilection, obstination, des cordes soudain comme une nuée suave, sont au service de compositions constellées d'idées, de surprises. Le résultat est souvent éblouissant. Dès le premier titre, "Isaac's song", on est emporté dans la tourmente inspirée, d'autant plus saisissante qu'elle est brève, 1' 38 !! C'est une musique d'envol, de ferveur, le gospel n'est pas loin, les halètements épuisés d'allégresse succèdent au crescendo irrésistible. "Pity Dance" commence avec voix et guitare, s'étoffe en chemin de chœurs légers, de steel guitar, explose d'une décoction puissante de piano, claquements de mains, cordes, avant une coda fragile et la reprise frémissante de "Creekmouth", dialogue entre la voix feutrée de David Michael et des chœurs retenus, lointains, sur un sous-bassement percussif qui envahit le champ sonore de sa claudication. "Pigs", guitare raclée, voix caressantes, DM soprano évanescent, termine en vents puissants d'anges coagulés. Les esprits sont bien au rendez-vous de "Spirit parade", ils tournoient lentement avant d'être saisis par des appels  et par l'harmonium, ravis en somme. Voix et piano pour "BMB", un soupçon de chœurs, puis des cordes pulsantes, la voix de DM qui se perd très haut, le piano extatique, mur monolithe de cordes, tout s'arrache, c'est à des moments stupéfiants comme celui-là qu'on comprend qu'on a affaire à un vrai créateur, qui sait transcender le format "chanson" pour aboutir à des compositions flirtant avec la musique contemporaine. Tout le reste de l'album est à l'avenant, si bien qu'on ne lui reproche plus de ne durer qu'à peine quarante minutes, car ici tout est plein, tout s'enflamme pour des incendies de beauté, des nuages de passion contenue  comme le superbe "GMS", piano sur un tapis de voix diaphanes. À l'évidence l'un des albums essentiels de cette année ! La fin de l'album est d'une beauté raffinée sidérante !!
Pour aller plus loin
- une belle vidéo du sublime "BMB" (vidéo qui peut être hachée sur la fin la première fois, mettez-la dans ce cas en réserve pour la revoir dans sa continuité) :

- le site MySpace de DM Stith
Programme de l'émission du dimanche 13 septembre 2009
Des nouveautés encadrées par un retour sur le deuxième volume de la série "Aerial", very strange music, décidément passionnante, et un début d'exploration du volume 4 de l'inépuisable mine de l'anthologie Sub Rosa. Avec une série très humide sur la fin...
Tod Dockstader : Clocking / Bottom (pistes 8 et 10, 7' 15), extraits de Aerial#2 (Sub Rosa, ?)
Ballaké Sissoko / Vincent Segal : Oscarine / Houdesti (p.2-3, 15' ), extraits de Chamber music (No ! Format, 2009)
DM Stith : Pigs / Spirit parade / BMB (p.4 à 6, 10' 30), extraits de Heavy Ghost (Ashmatic Kitty Records, 2009)
Death Ambient : Lake Chad / Greenhouse / Thermophaline (p.1-2-5, 15' ), extraits de Drunken Forest (Tzadik, 2007)
Beatriz Ferreyra : Demeures aquatiques (disque 1 / p.4, 7' 20)
Wang Changcum : Sea-Food (disque 1 / p.10, 4' 49), extraits de an anthology of noise & electronic music, volume 4 (Sub Rosa, ?)
7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 16:16
   Finian Greenall, alias Fink, persiste et signe un nouvel album de chansons entre folk, trip-hop, soul et blues. Après Biscuit for breakfast et Distance and time, Sort of revolution éloigne plus que jamais le gallois de ses platines. Guitare sèche et voix, c'est la base de compositions simples, mélodieuses, étoffées çà et là avec un rare discernement. "Come so far", le premier titre se déploie lentement sur un rythme discret, cordes qui crissent, claquements secs, choeurs en sourdine, petites touches de piano, de Fender Rhodes aussi, avec un côté presque reggae vers la fin. Tout est dit, Fink travaille dans de la belle dentelle. Dès le deuxième titre, "Move on me", on sait qu'on n'oubliera plus ce bijou. Composé et interprété par John Legend au piano, il permet à la voix grave et chaude de Fink de montrer tout son potentiel de séduction bluezzy. Des cordes se joignent à la mélodie hypnotique, puis tout s'efface, ne restent que le piano et les coups frappés sur la guitare pour une coda mélancolique très belle. La guitare, frappée et grattée avec parcimonie, revient en force avec "Six weeks", blues lancinant et dépouillé dont l'économie est prolongée de quelques nappes électroniques. Ce qui frappe à chaque fois, c'est le sens de la mesure, rien d'appuyé, des ajouts qui forcent l'attention plutôt que de l'accaparer. Vous allez me dire, voilà justement la musique, la vraie, je suis d'accord, mais force est de reconnaître que les orfèvres sont rares, que beaucoup de chanteurs / compositeurs travaillent plus avec le bulldozer qu'avec le burin du graveur, non ? "Nothing is Ever finished" étale sa nonchalance feutrée, "temptation happens to everyone", pourquoi se hâter puisque "Baby blue, i waVoici l'homme !nt to kiss you", cela s'appelle la sensualité. Deuxième chef d'oeuvre avec "See it all", piano à nouveau, en boucles rapides, coups frappés sur la caisse de la guitare, la voix nue, presque a capella entre les cellules harmoniques, le morceau s'amplifie par brefs moments lyriques, cymbales rares, batterie sèche, fin chorale à tendance minimaliste superbe. "Q&A" , claquements de mains, murmures en choeurs sourds, coups métalliques, est le morceau le plus soul ou gospel, là encore très tenu, aéré, émaillé de trouvailles sonores par touches légères. De la musique à déguster avec toutes nos papilles auditives, affalé dans un divan moelleux, en bonne ou mauvaise compagnie !! "If I had a million" fait claquer les cordes, la voix se laisse glisser dans des répétitions lancinantes, et je ne crie pas au scandale, car la pauvreté, on la sent un choix esthétique, pas une limitation de l'inspiration. Battements et intrusions sonores diverses animent le frémissant "Pigtails", marqué par une splendide micro-intervention d'harmonica. Ouverture à l'orgue électrique pour "Maker", joli morceau à nouveau très soul, avec une allure dub marquée et une courte flambée de guitares électriques un peu avant la fin. L'album se conclut par "Walking In the Sun", voix  -cette voix qui me fait penser à Chris Whitley, et guitare, à la fois dépouillé et si chaleureux, que de courts fragments choraux tirent à nouveau vers le gospel. Le parcours est impeccable, aucun morceau faible, pas de remplissage.
Paru en mai 2009 chez Ninja Tune / 10 titres, environ 50 minutes.
Pour aller plus loin
- Ma liste de titres de Fink.

- Fink sur MySpace.
- le site de Fink.

Programme de l'émission spéciale du dimanche 5 juillet 2005 (dernière avant la reprise en septembre)
Fedaden : Danseur inutile (avec Dominique A, piste 2, 4' 59)
                         Music box / Mélodie (p.4-5, 8' 24), extraits de Broader (Nacopajaz, 2009)
Torso : Mona / Je suce des piles au lithium / Dresseur d'animaux (p.2-3-5, 12' 30), extraits de Rien de nouveau [en quelque sorte] (Factotum records, 2009)
Fink : Move on me / See it all (p.2-5, 9' ), extraits de Sort of revolution (Ninja Tune, 2009)
Neon : 22:22 / Il se faufila entre les arbres (p.1-2, 6' 23)
                perpétuelle / La mer, indifférente (p.3-', 6' 09), extraits de au théâtre des sons imaginaires (¨Poeta Negra, 2007)
Daniel Lentz : Point conception (p.1, 36' 48), extrait de Point conception (Cold blue music, 2007)
Spyweirdos : Seven ways to kill a tree / Come down (p.1-2, 6' 08)
                                Swamp of sorrow / Desert people (p.3-4, 5' 40), extraits de Seven ways to kill a tree (Creative space, 2007)
Nota Le blog restera en principe actif en juillet et (un peu moins...) en août.

4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 15:49
"Des champs / de l'eau / Chicago", le refrain murmuré du premier titre, "LouisEville", donne le ton de ce disque étonnant, d'une liberté poétique et musicale superbe. Un disque de rêve, aéré, sensuel, fougueux, mystérieux, qui passe du folk au post-rock et à l'expérimental, l'électronique, du texte dit du bout des lèvres, qui nous fait tendre l'oreille, aux ballades limpides, évidentes, du français à l'anglais (et au russe ou au polonais comme en passant).
  Olivier Cavaillé, multi-instrumentiste, Félicia Atkinson, textes et voix, Nikolu, guitare et basse, sont à l'origine de ce voyage imaginaire entre Louisville et Chicago.  "Dans LouisEville il y a Louisville", ça commence ainsi, par une évocation litanique des groupes mythiques de Louisville, avec un banjo balbutiant en fond, puis la guitare survient, le banjo lui emboîte le pas, la ballade surgit, le poème s'efface pour reprendre ensuite, et plus tard le texte dit par Félicia" se mêlera à la voix masculine chantée. Quel bonheur ! "a silent effort", quelques griffures électroniques,  la voix distordue de Félicia entre chant et murmure, les cordes suaves, le morceau vire au post-rock, guitare brûlante. "Matin" est un interlude brumeux, piano ouaté, miracle de la venue de la lumière sur les eaux,  bruits feutrés. Le monde est mystère, claviers suspendus, voici "The only thing to come now in the sea", " Tout n'est pas doux / Les aiguilles, les eaux croupies / Les stades, les stades vides / à contourner sans conduire / Les trombes couchées autour forment un rectangle / Autour de l'ovale vert et blanc / Une flaque, une mare / Une larme sur le gazon sec / Clairsemé / ", le morceau s'échauffe, "c'est l'été vers sa chute / la chute de la lumière sur les écorces", l'anglais prend le relais, le poème se fait vibrant, les guitares rageuses ou obsédantes pour une fin de morceau entre incandescence et intensité radieuse, apaisée. "Soir" répond à "Matin", à peine deux minutes hantées par le piano et le violoncelle dans une atmosphère trouble à la Harold Budd, avec les accents cristallins d'un glockenspiel dansant dans le crépuscule. Nous entrons dans la "Forest", le plus long titre avec ses un peu plus de huit minutes, morceau extraordinaire, atmosphérique, "Forest glass / Forest / hidden.(...) The evening is falling down / The forest locked us on / It's around us / A green circle made of leaves / With a visible hole inside", touffeur moite, mots troués de russe, crépitements, résonnances sourdes, le français revient, l'eau est là, voda, l'envolée soudaine des sons électroniques (Jean-Yves Macé n'est pas loin !?), dans le marais des sons d'inquiétants dérapages, "La rivière est un lasso / Chaque tige dans l'eau dévie la surface". Musique idéale pour Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier, car elle aussi peuplée de revenants, saturée de présences. On peut alors s'abandonner, dans la lumière revenue et les repères retrouvés, à la magnifique ballade finale, interprétée par Sylvain Chauveau : entrée dans la légende country... L'un des plus beaux disques de ces premiers mois de 2009, celui qui me touche le plus en tout cas.
7 titres / 32 minutes environ (album court, mais intégralement superbe... aucune allusion à la chronique précédente ?)
Pour aller plus loin
- Louisville sur MySpace
- Pour acheter l'album, sur le site du label debruit&desilence
- le blog de Félicia Atkinson
Programme de l'émission du dimanche 31 mai 2009
Archive : Bullets / Words on signs / Dangervisit  (pistes 2-3-4, 17' 40), extraits de Controlling crowds (Warner, 2009)
Louisville : LouisEville / a silent effort / Matin (p.1 à 3, 12' 20), extraits de a silent effort in the night (debruit&desilence, 2009)
Jon Balke : Toda sciencia trancendiendo (p.11, 12' 22), extrait de Siwan (ECM, 2009)
 Doctor Flake : Melting feelings / Eclaircie / Hip Hop tourist (p.6 à 8, 10' 20), extraits de Minder surprises (New deal / differ-ant, 2009)
An on Bast : permissum sulum / foible / sth important (p.1-2-4, 16' ), extraits de Words are dead (Rednetic records, 2008)
30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 16:04
Je cède. Archive fait son entrée sur INACTUELLES avec son huitième album, "Controlling crowds".
Meph.- Alors ? Boursouflure pseudo-onirique ? Camembert planant indigeste ? Soporifique hip-hop plombé à l'électro ? Symphonies de soupirs synthétiques ?
Dio.- Je me doutais que tu te manifesterais. J'avais écouté distraitement les précédents albums(pas tous, mea culpa), mis en mémoire "Londinium", le premier, que j'ai ensuite effacé. Je trouvais ça emphatique, lourdaud, pas désagréable d'ailleurs...
Meph.- Parce que maintenant ils chaussent des semelles de vent ?
Dio.- Je n'irai pas jusque là. L'emphase ici est en phase (ah ! ah !) avec leur projet. Album long, qui prend son temps, creuse son sillon, soigné, entre post-rock mâtiné d'électro et hip-hop assez sombre et plutôt rare à dire vrai.
Meph.- Oui, l'excellent "Bastardised ink", avec Rosko John, ou "Quiet time" et ses beats enveloppés de claviers en nuages sombres
Dio.- La voix voilée de "Whore"...
Meph.- Relent d'apocalypse confisquée, nous sommes loin du rap, ça patauge dans la guimauve sur la fin, non ?
Dio.- Je te l'accorde, et on tombe dans le joli avec "Chaos", piano domestiqué et l'orchestre de Cannes /Provence / Côte d'Azur sévit sévère...
Meph.- Il est présent sur d'autres titres, heureusement moins envahissant. Jamais entendu un "Chaos" aussi calme : allez plutôt voir Caos calmo, le superbe film d'Antonello Grimaldi. "Razed to the ground" est plus réjouissant, légions démoniaques en sourdine lointaine, je suis dans mon élément, retour de Rosko John, rythmes bondissants et grondeurs, claviers superposés. Dommage que "Funeral" verse dans le grandiloquent, le funèbre pour pompes à cirer. Consternant. Faudrait leur dire d'écouter "The Carbon Copy building" et son extraordianire "Funeral march of the unfinished desserts"
Dio. Tu sais qu'on fait tout à l'envers ? On n'a pratiquement pas parlé de la première moitié de l'album, et notre discussion tourne à l'éreintement.
Meph.- J'aime l'ouverture éponyme, orgue balbutiant, comme enrayé. Long et lourd décollage, trop lourd diront certains. C'est qu'ils ne se prennent pas pour des anges. Musique incarnée, hantée par la chute, ça revient dans les paroles, fly with me falling through the night, ça sue la solitude traquée, une épouvante sourde. Une revendication d'être ici, the world is my playground too, cour de récréation menacée par la venue des controlling crowds, foules contrôlées et contrôleuses qui haïssent la différence.
Dio.- D'où "Bullets", belle invitation à regarder un homme ordinaire dans les yeux, à le toucher, superbe chanson pop au lyrisme incantatoire.
Meph.- Et la plainte écorchée de "Words on signs": Close those eyes down, we all fall down, into the space, gone with no trace(...)There's nobody for me here now.
Dio.-Et le chant fragile de "Dangervisit", le morceau le plus émouvant, rageur sur la fin.
Meph.- La boucle est bouclée. On en est à "Quiet time", le cinquième titre.
Dio. Tu vas rire. Je vais encore parler des illustrations. Je ne trouve pas le nom de l'artiste, c'est curieux. Elles sont à l'image de ce monde naufragé, perdu dans l'espace, où l'organique déchiré dévoile le squelette, tout s'agglutine et se replie dans un camaïeu de bleu froid. Je pense à un artiste comme Miodrag  Djuric, alias Dado : il a un site étonnant, à découvrir !!
Meph.- Pas de conclusion? Tu t'échappes !!
Dio.- Très bien pour la première moitié, parfois calamiteux pour la seconde, à part "Bastardised Ink",  et, partiellement, "Kings of speed" et "Whore", qui ont tendance à s'enliser. Ne boudons pas notre plaisir : nobody's perfect !
Meph.- Reste à méditer sur le titre de cet article, que je trouve vraiment mauvais...
Dio.- J'ai cru qu'il te plairait !
Pour aller plus loin
- le site officiel du groupe.
- une vidéo très minimale (un "viral teaser" ad libitum !! ) sur l'ouverture éponyme.


Programme de l'émission du dimanche 24 mai 2009
Jon Balke : Ya safwa / Ayshyin Raquin / Thulathyath (Pistes 4-9-10, 19' 40), extraits de Siwan (ECM, 2009)
Doctor Flake : Fightclubbing / Let us play with your brain / Sweep out (p.4-5-9, 14' 15), extraits de Minder surprises (New deal / Differ-ant, 2009)
Archive : Controlling crowds / Quiet time / Kings of speed (p.1-5-9, 20' 30), extraits de Controlling crowds (Warner, 2009)
Spyweirdos : First / Second (p.1-2, 11' ), extraits de Ten Numbers (Creativespace, 2008)
4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 15:48
    J'ai survécu ! Ils étaient en concert hier soir à La Cartonnerie de Reims, après Idem+Vunneny, et Oddatee, - très bien tous les trois, un peu court pour Idem, et pas moyen de s'endormir, je vous le garantis. Leur concert a été à l'image de leur dernier disque, "Gutter Tactics" : implacable, d'une rigueur formidable. Voici un trio, Dälek au micro, Oktopus aux machines et Still(?) sur une sorte de guitare préparée jouée à plat, qui s'engage totalement dans une musique d'une puissance sidérante. Le flux précipité des paroles se coule dans des nappes répétitives, industrielles, très noisy mais aussi atmosphériques. Le monde devient musique, coagulé par le flux hypnotique qui bat comme un coeur de foudre noire. Still , assis, gratte éperdument son manche sans lever les yeux vers le public, et Oktopus règne majestueux sur ses boucles, ses claviers qu'il déchaîne avec de larges gestes emphatiques, le visage baigné d'une grande sérénité.Tandis que la sueur dégouline sur le visage de Dälek qui empoigne, soulève son micro, tire convulsivement sur son pantalon flottant sur son corps trappu, les vagues lourdes, brûlantes, envahissent nos entrailles, massent notre cerveau soudain "débué" [je trouve ce mot, employé par Villon dans sa célèbre Ballade des Pendus, très beau, et je me permets de l'employer  à peu près dans son sens originel que vous allez comprendre] de toute sa mauvaise eau des mornes jours. C'est le paradoxe de cette musique si sombre, dense, que de nous remplir d'une joie intense, d'une lumière fulgurante, sans doute en vertu de la loi des vases communicants : l'énergie concentrée des musiciens passe dans nos veines. Les échantillons se téléscopent dans un climat d'apocalypse zébré de tournoiements de sirènes, de nuages de particules électrifiées. S'agit-il encore de révolte ? Les musiciens de Dälek sont des démiurges qui transforment le réel en lave. "Gutter Tactics" est une ode incandescente qui tente dans un geste superbe d'annuler la laideur du monde, et en fin de compte de la réenchanter en lui insufflant l'esprit de feu. C'est ma manière de gloser sur "A Collection of miserable thoughts Laced with wit", le sixième titre.
   Dälek, au meilleur de sa forme, signe avec ce cinquième album l'un des plus forts de ce début d'année ! Le onzième titre lui conviendrait assez bien : "Atypical stereotype".
Pour aller plus loin
- Dälek sur MySpace.
- un articulet de ce blog alors balbutiant, en avril 2007, sur "Abandoned language"(augmenté d'un morceau en écoute !)
Programme de l'émission du dimanche 22 mars 2009
Doctor Flake : Introduction / Amours obscurs (pistes 1 et 2, 4' 43)
                                  Fight clubbing / Let us play with your brain (p.4-5, 9' 39), extraits de Minder Surprises (New deal / Differ-Ant, mars 2009)
Dälek : Who Medgar Evers was (p.4, 8' 04)
                 Street Action (p.5, 5' 29), extraits de Gutter Tactics (Ipecac recordings, 2009)
The Gutter Twins : (vous apprécierez la transition...)
                                             Seven Stories underground (p8, 3' 22)
                                             Bête noire (p.10, 3' 50), extraits de Saturnalia (Sub Pop, 2008)
(an anthology of noise & electronic music, volume#1):
Angus Mac Lise/Tony Conrad/John Cale :
Transe #2 ( disque 1, p.6, 5' 07)
Edgard Varèse : Poème électronique (disque 2, p.4, 8' )
Paul D. Miller, alias DJ Spooky That Subliminal Kid : Bundle / Conduit 23 (disque 2, p.6, 8' 07)      (Sub Rosa, 2002)
(an anthology of noise & electronic music, volume#2):
Tod Dockstader : Song (disque 1, p.3, 12' 56)
Programme de l'émission du dimanche 29 mars 2009
Idem : Up to good / Trauma (p.2 et 6, 9' 05), extraits de The Sixth / Aspiration Museum Overview (Jarring Effects, 2008)
Dälek : Los Macheteros, Spear of a nation / We lost sight (p.7 et 8, 7' 48), extraits de Gutter Tactics (Ipecac recordings, 2009)
(an anthology of noise & electronic music, volume#2):
Daphne Oram : Four aspects (disque 1, p.6, 8' 10)
Robin Rimbaud / Scanner : Emily (disque 1, p.7, 4' 49)    
(Sub Rosa, 2003)
HRSTA : Kotori / Holiday (p.8 et 9, 7' 40), extraits de  Ghosts will come and kiss your eyes (Constellation , 2007)
                         
L'éclat du ciel était insoutenable / Li me kiln (p.1 et 2, 8' 34), extraits de L'Eclat du ciel était insoutenable (Constellation, 2004)

26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 19:14
 Idem, dont j'ai salué le dernier album, est en tournée en compagnie d'un groupe bosniaque, Vuneny, vraiment à découvrir, qui propose une électro mâtinée d'ambient, morceaux amples solidement construits, avec de belles envolées rageuses. Si l'on ajoute que les deux groupes seront parfois rejoints par Dälek, son hip-hop industriel, noisy, extrêmement dense, j'ai l'impression qu'on nous prépare des concerts mémorables, notamment à la Cartonnerie de Reims le 3 avril, où la soirée sera particulièrement généreuse avec en plus la présence d'un groupe américain de hip-hop, Oddateee.
Sur MySpace :
- Idem.
- Vuneny.
- Dälek
Une présentation vidéo du  groupe Idem :

En attendant de vous présenter le dernier album de Dälek, Gutter Tactics, voici une vidéo d'un concert en Tchéquie : impressionnant !

                                                                                              
21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 17:21
  Meph.- Tu vas vraiment le faire ?
Dio.- Quoi ?
Meph.- Ton article sur les Gutter Twins ?
Dio.- Et pourquoi pas ?
Meph.- Tu n'en as pas assez d'arriver toujours après la bataille ?
Dio.- Là tu exagères, je suis souvent le premier ou l'un des seuls à parler de certains compositeurs.
Meph.- T'emballes pas, mais le disque est sorti en mars 2008...
Dio.- Et alors ? Je te rappelle que ce blog a pour titre INACTUELLES : A bas la tyrannie de l'actualité, tu as déjà oublié ? Quoi, parce que le disque a un an, on n'aurait plus le droit d'en parler ? Aux oubliettes, à la morgue, les jumeaux gouttière, les jumeaux caniveau, z'êtes trop vieux, z'êtes raides morts !
 Meph.- Tu ne pourrais pas chroniquer les disques qui sortent maintenant, histoire d'être en phase avec la curiosité insatiable des internautes ?
Dio.- Tu connais quelqu'un qui arrive à suivre toutes les sorties, toi ? A moins d'être rentier du CAC 40 ou héritier d'un magnat du pétrole et de passer son temps à éplucher tous les catalogues...Un bon disque reste bon un an après, non ?
Meph.- Je te le concède. Mais tu as dit "un bon disque"...Et tu n'oublierais pas ton fumeux sous-titre, Musiques Singulières ? Parce que moi, je n'entends rien de singulier dans Saturnalia, rien d'extraordinaire ou d'inouï. De la bonne pop, oui, du rock bien envoyé, certes...mais tu galvaudes ton blog avec ce genre d'article !! Il y a des blogs spécialisés pour cette musique sans surprise...
Dio.- Tu déblogues complètement, Méph. Tu me déchois, sale orgueilleux d'archange qui croit briller plus que les autres. D'abord, je te rappelle que j'ai horreur des spécialistes. Je suis comme Stendhal, un dilettante. Je butine ce qui me plaît où ça me plait. De plus, tu fais fi des catégories dont la liste figure dans la colonne de droite. Saturnalia sera mon seizième article dans "Pop et alentours" .
Meph.- Je ne réponds même pas à tes invectives. J'ai l'habitude, depuis le temps. M'enfin, tu ne vas tout de même pas me dire que Greg Dulli et Mark Lanegan se haussent au niveau de Portishead, Radiohead...
Dio.- ...Talking Heads, tant que tu y es, mais où as-tu la tête ? Je ne chronique pas que des génies. Pour tout te dire, j'ai découvert ce disque récemment, mea culpa...j'ai tout de suite adoré la pochette...
Meph.- Ah ! Tu es trop drôle ! Monsieur le Singulier ne s'intéresse qu'à l'emballage...
Dio.- Ton absence de sens artistique me sidère. T'es trop beau pour voir la beauté ailleurs, Narcisse noir, va. Ce ciel sombre, cet éclairage dramatique, c'est tout l'album. Saturnalia, le temps du débordement, de la violence sourde et lourde. As-tu écouté "All Misery/ Flowers" ?

Alors, tu commences à comprendre ? J'aime cette densité brûlante, le travail sur la pâte instrumentale. Les guitares sont rutilantes, relayées par l'orgue, l'harmonium, un Fender Rhodes épais à souhait comme sur le très bluesy "Bête noire", sans parler de quelques cordes et d'une section rythmique efficace. Et puis, quelles voix ! Grave, profonde, de crooner, de bluesman de Mark Lanegan, qui accroche tous les affects dans sa tourmente, ma préférée, mais celle de Greg Dulli n'est pas mal non plus, plus haut perchée, un peu apprêtée, maniérée, propre aux inflexions les plus subtiles. Arrête de faire ton dédaigneux, tiens, écoute "Circle the Fringes", notamment l'intro...
Meph.- Je ne comprends pas comment tu peux écouter à la fois Chas Smith et ces chats de gouttière...Tu ne me diras pas que tu apprécies "Idle hands", on dirait du Rammassechien !
Dio.- Du Rammstein, espèce d'animophobe ! Ecoute les mots que tu emploies, et tu entendras le rapport secret qui lie ces musiciens.
Meph.- Si tu crois que tu m'impressionnes avec du vocabulaire qui n'est même pas dans le dictionnaire, forgeur à la noix... Quant à tes rapports secrets, peccadille, tu verses dans le ridicule faussement mystique.
Dio.- Tu devrais pourtant aimer, tu sais. Tu n'as pas humé les relents sataniques, toi ?
Meph.- N'est pas diabolique qui veut, je hais les gothiques..

Dio.- Sacré contradicteur, ça te ferait mal d'être d'accord, c'est ça qui te chatouille, avoue. Décontracte-toi, le début de l'album m'emporte, moi. "The Stations", suivi de "God's children"...J'aurais dû m'en douter, tu bloques sur les titres. C'est pas le chemin de croix, vieux soufré, et tu devrais aimer les enfants de Dieu si tu rejettes tes sectateurs...
Meph.- Tu baisses, vraiment !
Dio.- La prochaine fois, je vais t'étonner.
Meph.- Sinon je cesse de te tenter...
                                                                        

Pour aller plus loin
-tout l'album est en écoute sur Deezer et sur Jiwa.
 
Programme de l'émission du dimanche 15 mars 2009
HRSTA : The Orchard (piste 3, 4' 34)
                     Tomorrow winter comes (p.4, 4' 14)
                     Saturn of chagrin (p.7, 5' 11), extraits de Ghosts will com and kiss your eyes (Constellation, 2007)
The Gutter Twins : The Body (p.4, 3' 03)
                                             Circle the fringes (p.6, 5' 24)
                                             Who will lead us ? (p.7, 3' 49), extraits de Saturnalia (Sub pop, 2008)

Chas Smith : Descent / False clarity (p.1 et 3, 28' ), extraits de Descent (Cold Blue Music, 2005)
Daniel Lentz : Nightbreaker (p.2, 9' 47), extrait de Point Conception (Cold blue Music, 2007)                       

8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 18:39
Orgue-accordéon, guitares hurlantes et voix dans la nuit sépulcrale, c'est l'ouverture de Ghosts will come and kiss your eyes, troisième album de HRSTA (prononcer her-shta), groupe canadien mené par le chanteur et guitariste Mike Moya, un des membres fondateurs de Godspeed You ! Black Emperor, et membre actif d'autres groupes de Montréal. Que voilà un groupe de post-rock enfin convaincant ! Aucune des lourdes envolées de post-rockeurs n'ayant pas grand chose à faire entendre. Il aurait déjà fallu oser ce premier titre, Entre la mer et l'eau douce, cette mélopée mélancolique que j'entendrais bien comme musique du très beau film suédois de Thomas Alfredson, Morse. Les vampires rôdent dans les immenses forêts voisines, ils se plaignent, ils ont soif... L'étrange voix androgyne du chanteur entretient une atmosphère troublante dans les ballades suivantes, Beau village et The orchard. Quelque chose plane, on n'est pas si loin des premiers Pink Floyd, de la douce folie insidieuse de Syd Barrett : accords de guitare statiques, coups de gong lointains, atmosphère comme en lévitation, épaissie de bruits de chaînes traînées sous les bouleaux blafards. Il y a des oiseaux noirs dans le verger des songes. On va se réveiller, mais les anges sont déchus : "the orchard is burning", notre prison s'épaissit. L'orgue sonne à nouveau dans Tomorrow winter comes : l'église est vide, envahie de nuages toxiques que la guitare de Haunted Pluckley ne dissipe pas vraiment, en dépit de son petit côté latino, l'électricité monte jusqu'à recouvrir la voix perdue de Moya. On est passé de l'autre côté, les fantômes attaquent en nuées formidables dans l'halluciné Hechicero del bosque, voix chavirée, fêlée, guitares ensorcelées et grondeuses, le ciel est zébré d'appels, brusque chute de tension, tout semble se tordre de calme désespoir, avant le grand surgissement tournoyant final. Saturn of chagrin déploie sa plainte déchirante en nappes hantées d'échantillons, martelées, traversées de notes étrangement cristallines sur la fin. L'album, loin d'être une suite plus ou moins organisée de titres, propose un parcours d'une magnifique et envoûtante cohérence, un voyage vers le feu, celui de Kotori, avant-dernier titre incandescent. Purifié, vous êtes prêt à recevoir Holiday, bouleversante reprise des Bee Gees... Un disque inoubliable, je vous le dis, et qui hantera vos nuits !! 
Label : Constellation, automne 2007.
Pour aller plus loin :
- une sélection à écouter : si le lecteur ne fonctionne pas, sélection en écoute sur Deezer ici.

- HRSTA sur MySpace (aucun titre de cet album).
- leur site officiel (assez dépouillé...).
Et quand je vous disais que c'est une musique de film idéale, voici Saturn of chagrin sur des extraits du film Le Miroir d'Andréi Tarkovski : sublime, doublement sublime, merci Mordumi.