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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 20:45
   Tout est gris, sent la poussière. Les moulins n'ont plus d'ailes tandis que la courbe de votre salaire ressemble à une morne plaine en voie de tassement insidieux. Il est donc temps d'écouter le second album des nantais de Depth Affect, Hero crisis, emprunt d'une belle nonchalance alanguie, rap à la RZA sur l'excellent Street level, ritournelles électro farcies de voix échantillonnées, morceaux à danser très doux jusqu'à tomber dans les bras de la nuit. Rien de très nouveau, c'est sans prétention, on trouve d'abord la musique convenue, mais on se laisse prendre, on oublie le gris parce qu'on est gris entre amis qui ne font pas de manières.
  
Avec le d
uo morlaisien Revo, l'énergie est là, farouche et acérée, qui vous saisit : douze instrumentaux d'une électro implacable, parsemée sur quelques titres de souvenirs humains tronçonnés, répétés, soupirs, rires ou choeurs éthérés et désincarnés, comme sur le premier, Mcmlxxx, ou sur le quatrième, Adversaire. Entre musique expérimentale abstraite et hard-rock, machines et guitare construisent un univers à la majesté ravagée. Ce premier album est impressionnant de maîtrise ! S'il peut faire songer au terrifiant Duck and Cover des Suisses de Reverse Engineering, il est heureusement moins glacial, plus varié aussi. Evil raid, le titre 3, est exemplaire d'un style de composition stratifiée, à l'image de l'étonnante couverture, qui joue sur les fractures pour nous propulser ailleurs. Je suis de plus en plus séduit par ce disque qui m'avait d'abord interpellé par deux ou trois titres, et que je trouve après plusieurs écoutes décidément fort et plus original qu'il ne paraît, et en tout cas  meilleur que bien des disques de groupes anglo-saxons que nous recevons ces derniers temps à la radio, -Portishead et quelques autres mis à part. Le label Jarring Effects devient incontournable, offrant à la scène électro française une production impeccable, un son  fouillé en profondeur.
Pour les retrouver :
- Depth Affect sur
MySpace.
- Revo sur
MySpace.




En prime, une assez belle vidéo, avec des extraits de films muets, sur la musique tranquillement ensorcelante de Depth Affect :

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Programme du dimanche 18 mai (deuxième partie)
Depth Affect : Street level (piste 3, 3' 18)
                                  Dusty records (p.7, 4' 07), extraits de Hero Crisis (Autres directions, 2008)
Revo : Wire (p.2, 4' 55)
                Evil raid (p.3, 4' 11)
                Adversaire (p.4, 4' 20)
                Opiace (p.7, 3' 58), extraits de Artefacts/... (Jarring Effects, 2008)
23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 07:44
        LETTRE à ARM
   Les mots manquent pour dire, Arm tu nous rends "l'odeur forte du sol", l'homme dépouillé, tel qu'en lui-même, "à ses pieds dort son ombre / alors il marche un peu / avance comme il tremble / car l'air se soulève et l'entoure", l'homme qui sait "qu'il ne cèd(e)ra rien", même si "c'est l'époque qui décide / furieuse et douce", l'homme mélancolique et qui a des raisons de l'être, "c'est curieux comme sa tête penche / il sait que les temps l'auront à l'usure / bref puni d'emprise lente".
    Il fallait commencer par tes mots, j'ai pris ceux du quatrième titre, Le premier soir, sombre et sourde promenade déchirante sur fond de percussions lentes, de notes raréfiées de guitare et de programmation à l'image du ciel d'orage très noir de la couverture. Tu ne perds pas le fil. Après Des lumières sous la pluie en 2004 et Acte en 2007 (voir mon article du 7 juin 2007), tu reviens avec Vu d'ici, tes mots et tes musiques. C'est toi aux programmations, à la guitare parfois, mais Olivier Mellano t'accompagne aussi avec la sienne, et puis tu as invité d'autres amis pour des duos, notamment Robert le Magnifique-Iris et Dominique A. Le premier intervient sur le titre 8, Comptez les heures, un rap flamboyant pour répondre "à la pénombre que l'on sait infinie" et prendre position, "allez-y comptez les heures / je suis de l'autre côté(...) loin des armes communes / qui n(e) tolèrent / que dollars et colères / étendards et peaux dures". Dominique apporte son chant fragile au titre 3, Un point dans la foule, une rencontre qui me semblait inévitable, car vous avez l'un comme l'autre "deux traces d'ailleurs / à la place des yeux" : beau duo, sa grâce d'ange déchu, ta ferveur rugueuse,  tu lui laisses la fin, l'envolée lyrique, électrique, les choeurs et le déchaînement des guitares, et moi je suis comme vous "souriant juste d'être / emporté par la foudre", conquis par ton détournement d'Edith Piaf.
    J'aime que tu prennes comme point de départ cet instrumental inattendu qui ouvre l'album, Nulle part, majestueuse ouverture que certains trouveront injustement emphatique quand elle n'est que l'élégie inaugurale, le champ de blé doré menacé par l'orage sans fin d'une société asphyxiante, l'avant-texte  tout en cordes courbes, en caresses violoncelles, battements d'attente de l'infini qu'on  veut assassiner. C'est à cette agression délibérée que tu réponds avec tes mots de feu dès le titre 2 éponyme, entre rap rageur et post-rock puissamment lyrique, véritable manifeste pour une autre vie que celle qu'on nous programme, "vive le sourire aussi / l'ivresse / les drames mineurs". Tu les préviens, ceux qui "pensent qu'ils peuvent prévoir", "vu d'ici / seul le feu nous atteint (...)/ des vagues / nous sommes la force des creux". Tu nous rappelles aussi, dans  De plein fouet, l'incandescent titre 5 traversé d'images d'apocalypse, que "rien ne sert de courir / quand tout s'effondre". Il y a du prophète en toi, je veux dire un homme pleinement lucide, décidé à regarder le monde et ses impasses. Et qui se laisse aller à la déréliction, comme dans le magnifique titre 6, Anonyme, court blues sans parole qui laisse chanter la voix et la guitare. Qui croit malgré tout en la vie de toute sa force et sait alors devenir tendre, comme dans Ne regarde pas, le titre 7, déclaration d'amour "puisqu'à l'écart / j'ai vu d' autres formes naître/ puisqu'à les croire / on n'y prend  / rien d'autre que du rien", et toi tu sais que ce rien c'est tout l'homme. Un homme qui sait se taire pour laisser rêver, c'est Le chant d'une nuit, le titre 9, bel instrumental dépouillé, guitare nonchalante en traîne de lumière, piano parcimonieux et retenu, batterie étouffée, cymbales lointaines. Un homme qui suit sa route, celle d'Acte, que prolongent les derniers titres : "c'est sur cette route / qu'on a dû percher nos rimes(...)c'est vers là-bas / que chaque soir fut en avance(...)c'est sûrement là / qu'on a laissé nos imprévus / qu'on y laissera nos visages / et les lueurs d'un autre temps". Pour atteindre L'aube, enfin, le dernier titre, scintillante aubade pour guitare.
   Merci, Arm, pour cet album admirable et bouleversant, passionnant de bout en bout, sommet de la trilogie amorcée avec Des lumières sous la pluie. Qu'il fait bon entendre la langue française, scandée, fécondée par une inspiration si vraie, loin des fadaises sentimentales et des messages assenés avec hargne, servie par des musiciens accomplis. Rap, rock, voire blues, chanson française, étiquettes que tu décolles à coup de musique et de poésie. "mais qui te parle/ de repli hors du temps / j'écoute et puis j'attends". C'est cette écoute et cette attente qui nous rassemble, voyage pour sortir du bout de la nuit...
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 Pour écouter quelques titres :
- le site de
Psykick Lyrikah.
Une video du dernier titre en public fin février à Bruxelles (la version disque est très différente) :











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Programme du dimanche 11 mai 2008
Psykick Lyrikah : Nulle part (piste 1, 5' 19)
                                       Vu d'ici (p.2, 2' 51)
                                       Un point dans la foule (p.3, 4' 16), extrait de Vu d'ici (Idwet, 2008)
Daniel Palomo Vinuesa : Lent (p.6, 6' 46)
                                                       Global 3 et 4 (p.11 et 12, 5' 06)
                                                       Pythagore (p.13, 1' 32), extraits de L'homme approximatif (Signature / Radio France, 2006)
Portishead : the rip (p.4, 4' 31)
                            We carry on (p.6, 6' 28)
                            Machine gun (p.8, 4' 47)
                            Small (p. 9, 5' 46), extraits de Third (Go ! discs, 2008)
B r oad way : High treason (p.5, 4' 56)
                              Night lights (p.6, 1' 57)
                              Automatons (p.7, 5' 46), extraits de Enter the automaton (Jarring effects, 2008)
Programme du dimanche 18 mai 2008 (Première partie)
Portishead : Magic doors / Threads (p.11 et 12, 9' 20) (ibid.)
B r oad way  : Airtight part 2 (p.9, 6' 44)
                               Teddy gun (p.11, 9' 36) (ibid.)
Psykick Lyrikah : Le premier soir (p.4, 4' 41)
                                       De plein fouet (p.5, 4' 38)
                                       Anonyme (p.6, 1' 52)
                                       Ne regarde pas (p.7, 2' 58)
                                       Comptez les heures (p.8, 3' 14) (ibid.) Regardez les titres, déjà cette limpidité. Cinq titres de suite pour apprécier la construction soignée de l'album...

16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 15:04
  Après un premier album ambiant, minimaliste et radicalement au bord de l'audible, et une expérience avec Angil, les stéphanois reviennent avec une musique moins en retrait, distillant une pop-électro au charme hypnotique insidieux. Piano brumeux, répétitif, à la lenteur envoûtante, percussions tranquillement fascinantes, guitares immobiles, accompagnent le chant traîné-murmuré. Des textures électroniques troubles, scratchées de tournoiements parasites, des échantillons venus d'un monde lointain, enveloppent le tout de voiles mystérieux, comme sur le très beau High Treason. Ils ont évidemment écouté Radiohead, mais on songe aussi à Stars of the Lid ou à Tim Hecker (voir article du 19 juin 2007), ce dernier pour l'ouverture du morceau suivant, Night lights, orgue pulsant sur fond de nappes grésilleuses. L'album pourrait sembler monotone, mais je le dirais plutôt monochrome, se lovant entre ombre et lumière. Chaque titre installe une atmosphère pénétrante, une étrangeté qui suspend le temps, avec des mélodies simples et évidentes nimbées de halos de particules : ça vient de là-bas, ça nous envahit, on ne bouge plus, engourdis, à l'écoute de ce qui parfois n'émerge pas tout à fait comme dans le très court Airtight part 1. Fête foraine engloutie pour automates, pendules et boîtes à musique, traversée de quelques accélérations, intrusions plus lourdement percussives, toujours à la fin résorbées dans de sourds tourbillons, dans le retour obsédant du même, ad libitum comme dans le dernier titre, Teddy Gun, plus de neuf minutes à traverser des nuages épais chargés d'une électricité pétrifiante...Je ne sais s'ils connaissent Half Asleep, mais ils sont cousins dans des univers parallèles. Comme pour Valérie Leclerc, je leur pardonne de trahir la langue française, -car j'appelle trahir le choix de l'anglais pour des considérations commerciales, je ne parle même pas de l'accent lamentable de la plupart : ici, les inflexions douces, intériorisées de cet anglais en demi-teintes contribuent à créer ces paysages mélancoliques d'un monde décalé, résolument en marge, hors course. Une magnifique surprise pour tous ceux qui aiment sombrer, se laisser absorber dans les rêves en oubliant tout le clinquant de l'aujourd'hui. Ce disque est un poison subtil, on y revient, encore, et encore, pour chercher la clé qui nous permettra d'accéder au monde de l'éternel retour.
Pour les découvrir :
- le
site du groupe.
- leur
page sur MySpace.
Une vidéo en public de High Treason aussi pour avoir une idée du travail vidéo qui accompagne leur musique depuis les débuts du groupe:

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Programme du dimanche 4 mai 2008 (troisième partie et fin...)
B R OAD WAY : Caution wet floor (piste 1, 4' 48)
                                    Letters inHearts (p.2, 4' 47)
                                   The Key maker (p.3, 7' 47), extraits de Enter the automaton (Jarring Effects, 2008)
11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 17:54
                        
  Je le sais, j'arrive après la bataille, tout a été dit sans doute, et j'en vois qui s'inquiètent du rapprochement que semble annoncer le titre. Quoi, comparer le groupe phare d'une pop électronique, expérimentale, avec les rois du trip-hop ? Loin de moi cette audace...
   J'entends d'abord deux voix, celles de Thom Yorke et Beth Gibbons, qui montent dans l'aigu, se tordent et sanglotent, nasillent ou murmurent, voix de tête irritante(s), voix de fausset, aptes à capter et à exprimer toutes les nuances du spleen contemporain, voix écorchées de l'émotion qui chavire et submerge. On peut être agacé, je les adore, ces deux voix inoubliables qui chuchotent nos rêves et chavirent vers l'infini si désirable de l'amour parfait. Elles flirtent avec la bluette pour mieux déraper vers la rage ou l'incantation, la plainte simplement humaine.
   15 step, le premier titre de In Rainbows, commence sur le constat d'une dysharmonie: "You used to be allright / What happened ? / Did the cat get your tongue ? / Did your string come undone ? ", la voix mâchonne les mots sur fond de boîtes à rythmes qui semblent presque déréglées, livrées à elles-même, puis la guitare intervient, la mélodie se construit, tout roule trop bien, et ça bascule heureusement avec l'irruption des claviers et quelques choeurs discrets d'enfants en salves joyeuses, la chansonnette est devenue musique haletante, envolée vers l'ailleurs. C'est l'alchimie Radiohead, qui bouscule les schémas convenus et crée tant de malentendus : ce ne sont plus de simples chansons ronronnantes, ce sont des confidences, des cris rentrés, des aveux, des coq-à-l'âne qui appellent une musique en perpétuelle transformation, épousant les méandres intérieurs. " I am trapped in this body and can't get out", entend-on dans le titre suivant, Bodysnatchers, qui commence roguement sur des guitares enrouées, rock lourd, saturé que vient éclairer au bout de deux minutes une guitare lyrique, tout s'allège et se décante un bref moment avant le retour de la rage impuissante, l'aveu final, "I'm a lie". Après un début éthéré, Nude est une confession désenchantée, à voix nue en effet, entre guitare, percussion tic-tacante et claviers lointains, choeurs d'anges en sourdine : " So don't get any big ideas / They're not gonna happen / You'll go to hell / For what your dirty mind is thinking." Pas d'avenir pour la pensée, retour de l'obscurantisme : penser est sale, penser c'est pécher. Haro sur les intellectuels ! Mieux vaut plonger vers les étranges poissons du fond de l'océan, là où tes yeux "turn me into phantoms", nous dit le titre suivant, chanson calme, guitare et voix, percussion, puis jeux d'échos, eaux troubles des claviers, lente coulée vers l'insoutenable, "I get eaten by worms and weird fishes", appels et dépression avant la remontée inespérée, les lumières qui pulsent, "I hit the bottom and escape" : c'est Weird fishes / Arpeggi, premier point culminant de l'album, la musique qui sauve des abysses, des cauchemars. Dès lors, l'album est comme transfiguré, affirmation de l'être en tant que manque, de son besoin impérieux de lumière. " I am the next act waiting in the wings / I am an animal trapped in your car", affirmations qui ouvrent All I need, ce curieux credo, crescendo qui explose, écartelé par une image ambivalente de l'autre "s'all wrong / s'all right". Faust Arp surprend alors par ses arrangements de cordes, sa grâce aérienne liée au surgissement d'images surréalistes, à l'euphorie amoureuse : " I love you but enough is enough / (...) / There' no real reason". L'amour est sans raison...la séparation ne s'explique pas non plus, dira le titre suivant, Reckoner, romance sucrée qui plaide non coupable pour l'aimée : " You are not to blame (...) / Because we separate like ripples on a blank shore". House of cards, contre l'évidence, réclame l'amour plutôt que l'amitié, aveu déchiré de déni sur une rythmique butée, conscient que " The infrastructure will coillapse". Jigsaw falling into place, dans cette perspective, dit le désir panique du retour, le rythme se précipite, les guitares hurlent avec la voix qui clame, mais " words are blunt instruments"...Et c'est le chef d'oeuvre qui clôt l'album, le referme vraiment, Videotape : introduction au piano, la voix nue du désespoir, chant d'adieu, percussions en courtes rafales et choeurs, le murmure qui se perd, le piano qui poursuit obstinato en boucles et les percussions claudicantes qui traînent la patte, ô cette admirable coda, le sublime après la mièvrerie frôlée si souvent, les affleurements du désespoir, les désirs d'arc-en-ciel...
   Il faut cesser de déchiqueter les vrais albums ! Un morceau n'a de sens que dans son contexte. In rainbows est inégal, c'est sûr, et tel titre pris isolément peut sembler faible. Mais cette musique raconte une histoire, c'est un voyage sentimental d'aujourd'hui, l'odyssée banale et bouleversante d'un être en quête d'amour qui finit par se replier sur une cassette vidéo : "When I'm at the pearly gates / This'll be on videotape / My videotape / When Mephistophilis is just beneath / And he's reaching to grab me " L'autre ne s'atteint que dans le média : " You are my centre when I spin away / Out of control on videotape (...) This is my way to say goodbye / Because I can't do it face to face ". Prenons le temps, écoutons la musique, écoutons la voix, les mots, le tout, avant de juger, de jauger à l'aune réductrice de l'apport supposé du disque à l'avancée de la musique. C'est du beau travail, modeste, vrai, et c'est déjà beaucoup !
  Il me reste peu de temps pour parler de Third, troisième album de Portishead, plus de dix ans après l'album éponyme, chef d'oeuvre, diamant noir de ce qu'on a appelé le trip-hop. L'aspect mystérieusement incantatoire, tournoiements et miaulements inquiétants, diaboliques, tout cela a tendance à disparaître, sauf sur le magnifique dernier titre, Threads, qui réunit les deux époques, au profit d'un son plus industriel, de percussions implacables comme dans We carry on ou Machine gun au titre évocateur. La guitare se fait plus sobre, acérée, les scratchs ont disparu (?), mais Beth Gibbons est là, plus émouvante que jamais, son chant sur la corde sensible, fragile et forte entre les massifs percussifs. Un album puissant, impressionnant, sombre et déchiré qui signe une véritable renaissance : à l'évidence un des grands disques de l'année.
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Programme du dimanche 4 mai 2008 (deuxième partie, je suis en retard...)
Portishead : Silence (piste 1, 5' )
                            Nylon smile (p.3, 3' 20)
                            Plastic (p.5, 3' 30)
                            We carry on (p.6, 6' 28 ) [ce  dernier passé après Radiohead], extraits de Third (Go! discs, 2008)
Radiohead : Weird fishes/ Arpeggi (p.4, 5' 18)
                           All I need (p.5, 3' 49)
                           Faust Arp (p.6, 2' 10)
                           Videotape (p.10, 4' 42), extraits de In Rainbows (2008)
3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 14:52
Au fond des sombres forêts, revêtue d'une chemise de nuit blanche, elle attend le Monstre : il a promis de venir. Comme il tarde, qu'elle ne sait plus très bien ce qui l'emporte, du froid qui la saisit, de la peur ou du plaisir, elle prend sa guitare et chante. Sa petite voix acide monte dans l'air glacé de la vaste nuit. Tout écoute et se tait. Non loin, le Monstre s'est arrêté, retient ses grognements et son haleine pestilentielle. Couché sur le dos, il laisse les étoiles le transpercer de leurs couteaux transparents, lui ôter son lourd pelage galeux. Les chansons s'inscrivent dans son cerveau de brute. Sidéré, il se lève, et voilà qu'il s'envole, laissant sur les herbes aplaties son ancienne dépouille.
  Elle, c'est Billie Lindhall, une jeune suédoise d'à peine vingt ans. Lui, c'est l'auditeur moyen, transporté par ses chansons évidentes, lumineuses. Transparent knives est son premier album, succédant à un quatre titres d'ailleurs inclus dans ce premier grand opus. C'est sorti en octobre 2007, et j'ai failli le manquer ! Douze chansons folk à la douceur angélique, à la tendre mélancolie un peu voilée. Un miracle diaphane qui ravira tous ceux qui ont aimé le disque de Nancy Elizabeth (cf. article du 30 novembre 2007).  Billie Lindhall troque parfois sa guitare contre un dulcimer ou des cordes, tandis que son producteur, Jörgen Wall, intervient pour quelques parties d'orgue ou de claviers, dans les choeurs aussi. C'est si simple, le bonheur !
Pour l'écouter et la voir :
- le site MySpace de
Billie Libdhall. Je place ci-dessous  une vidéo du splendide premier titre, Sheets.


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Programme du dimanche 23 mars 2008 (deuxième partie)
Promise and the Monster : Sheets (piste 1, 3' 34)
                                                           Antarktis (p.5, 3' 46)
                                               Light reflecting papers (p.9, 3' 19), extraits de Transparent knives(Imperial Recordings, 2007)
Gong Gong : A pas feutrés (p.9, 5' 25)
                             Birds in books (p.11, 4' 14), extraits de Mary's spring(F Communications/ PIAS, 2008)
 
13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 14:21
   Deuxième volet de l'émission du 2 mars consacrée à  la musique et au cinéma. Deux groupes français proposent, dundefinedans des perspectives certes différentundefinedes, des musiques "imagées". Mygük, groupe originaire de Pau formé en 1999 par quatre musiciens, sonorise un film allemand muet de 1924, Le Dernier homme, de Murnau. C'est leur deuxième tentative de ce genre, puisqu'ils ont déjà écrit en 2004 une musique pour Nosferatu le Vampire, film de 1922 du même réalisateur. Ne connaissant pas leurs oeuvres antérieures -il y a deux autres albums encore, je ne rends compte que de ce dernier opus, à mon sens tout à fait abouti dans un certain genre, celui d'une musique illustrative, en prise directe avec les images, quand bien même l'auditeur moyen, qui n'a pas assisté aux ciné-concerts donnés par le groupe, se contente de la musique, sans souvent connaître le film. Voilà un post-rock très orchestral, composé avec soin, chargé d'émotions et d'atmosphères délicatement oniriques, aux envolées électriques qui n'ont rien à envier à leurs homologues américains  Filmschool  (dont je n'ai pas chroniqué le dernier disque, qui m'a semblé décevant) ou Explosions in the sky. Superbes parties de guitare de Ghislain Jantroy (pas étonnant qu'Olivier Mellano, extraordinaire sur Acte, fasse partie de leurs amis) attaques dramatiques à souhait des claviers ou lyrisme intime du piano de Michaël Bentz, batterie puissante ou attentive de Mathieu St Picq, la musique est constamment inventive, mélodieuse, se déploie dans une évidence qui vous emporte. Fermez les yeux, les images sont là, si fortes, si simplement humaines...
undefinedAltaï, duo électro formé par Cédric Stoqueret et Johann Usureau, tous les deux aux échantillonneurs, synthétiseurs et autres machines, accompagnés sur scène par la batterie de Gatien Butstraen, propose une musique difficile à classer, qui recycle toutes sortes de sons, y compris les siens, pour créer un monde hybride en perpétuel mutation. Leur dernier disque, Videosphere, se veut un voyage sur lequel chacun mettra ses images, créera sa vidéosphère justement : passages puissants proches du post-rock, moments improvisés jazzy, couches stratifiées jouant sur les textures granuleuses, brisures, collages improbables à la Third Eye Foundation, l'ensemble a vraiment de l'allure et montre encore une fois la vitalité, la créativité de la scène française.
- le site de Mygük
- leur site sur Myspace.
- le site d'Altaï.
- leur site sur ...Myspace (ça devient incontournable ?)
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Programme de l'émission du dimanche 2 mars 2008 (deuxième partie)
Mygük : Eröffnung (piste 1, 6' 26)
                  Quartiers populaires (p.2, 3' 04)
                  La destitution (p.5, 8' 26)
                  Le manteau déchiré (p.6, 3' 52)
                  Le rêve (p.7, 2' 58), extraits de Le dernier des hommes(2008) [pas de maison de disque, disque disponible sur leurs deux sites]

Altaï : No more coffee (p.5, 2' 13)
              Videosphere (p.6, 4' 53)
              Hitoshi warriors (p.7, 0' 44)
              Cross-border (p.8, 3' 54), extraits de Videosphere(2008) [téléchargement quasi-gratuit à partir de leur site officiel.] 
                        
23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 19:33
Dominique-A-Sur-nos-forces-motrices.jpgPour une fois, la chanson. Plaisir des  voix, des mots, des mélodies simples et belles. Trois disques récents raviront les amateurs. D'abord le disque en public de Dominique A, que je découvre (je l'avoue, il n'était qu'un nom pour moi, et c'est à l'émission  Stéréo, sur la Radio Primitive bien sûr, le samedi à 12 heures, que je dois  ce choc, qu'ils en soient loués !). Si l'on excepte le premier titre, L'Amour, qui ressasse un peu trop les mêmes paroles, et le dernier, Empty white blues, à mon sens inutilement en anglais, restent  treize titres magnifiques d'émotion, de pudeur, d'énergie aussi. Car les guitares électriques se déchaînent parfois, zébrées d'éclats cuivrés, succédant à des moments intériorisés, où la voix murmure presque, fragile. Ecoutez le poignant Pour la peau (en écoute ici), qui évoque l'amour comme une cérémonie religieuse qui "l'a rendue toute chose" avant de célébrer jusqu'à la frénésie l'embrasement du désir. Ou encore Marina Tsvétaïéva, hommage à la poétesse russe scandé sur une rythmique obsédante à la Léonard Cohen dans Songs of Love and Hate : "Marina, Marina, tu le sais ici tout / brûle", avec cette façon si particulière qu'a Dominique de segmenter l'énoncé  en en détachant la fin et en l'accentuant, ou, ailleurs, de désarticuler la phrase en faisant attendre la suite. L'alliance réussie de textes, de vrais textes quoi, littéraires (pour le meilleur !), et d'un accompagnement rock intelligent, à la Sonic Youth qui sert à merveille cette voix délicate et vibrante, limpide comme une source surgie de très loin. Tout est déjà dans la pochette, sublime : l'homme de Music Hall, "qui avance parmi les dunes" et "chemine en se balançant", est un Stalker sorti du film d'Andréi Tarkovski, l'homme qui se détourne pour se fondre dans le sépia, c'est lui qui suit sa route, les yeux fixés sur l'intérieur du coeur et les échappées de l'âme.
gravenhurst-the-western-lands-copie-1.jpg 
Cinquième album deGravenhurst, groupe de Bristol mené par Nick Talbot,  The Western Lands ne présente guère qu'un seul défaut, sa relative brièveté, à peine plus de quarante minutes. Entouré du batteur Dave Collingwood, du bassiste Robin Allender et du second guitariste Alex Wilkins, l'anglais chante avec bonheur entre folk et rock sur des mélodies à l'évidente beauté. Comment oublier Song among the pine, ballade folk à la mélancolie sereine, ou She dances, au début électrifié d'une grande élégance acérée, auquel succède un air léger et tournoyant peu à peu envahi par les guitares rageuses ? La voix aérienne de Nick baigne l'album d'une lumière discrètement psychédélique, tant on songerait parfois à Syd Barrett. Tout est juste, sans esbroufe, serti d'accompagnements délicats. Plaisir des guitares électriques jouées en finesse, de la batterie qui offre ses battements avec une retenue pas si fréquente, de la basse presque voluptueuse. Un petit bijou...
Fink-Distance-and-time.jpgLe DJ Finian Greenall a abandonné ses platines au profit de la guitare. Après Biscuits for breakfast, première surprise folk, il récidive avec Distance and time. Avec un batteur, un bassiste, sa guitare et sa voix caressante et insinuante, il égrène des chansons simples, qui prennent leur temps. Et on revient l'écouter pour comprendre comment il a pu nous accrocher, l'air de rien. De quoi surprendre sur le label électro Ninja tune, non ?
L'émission du 18 novembre a inséré ces trois artistes entre Robert Wyatt et Slow six, déjà chroniqués ici.
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Programme du dimanche 18 novembre 2007
Robert Wyatt : Out of the blue (piste 11, 3' 41)
Del mondo (p.12, 3' 29)
Cancion de Julieta (p.13, 7' 32), extraits de comicopera(Domino Recordings, 2007)
Dominique A : La relève (p.2, 5' 26)
                                 Pour la peau (p.5, 5' 24)
                                 Exit (p.6, 4' 56)
                                Marina Tsvétaïéva (p.7, 4' 08), extraits de Sur nos forces motrices(Cinq 7 Wagram music, 2007)
Gravenhurst : She dances (p.2, 4' 01)
                                Song among the pine (p.4, 4' 12)
                                Trust (p.5, 4' 06)
                                Farewelle Farewell (p.7, 3' 15), extraits de The Western lands(Warp records, 2007)
Fink : Trouble's what you're in (p.1, 4' 26)
              Get your share (p.5, 3' 18)
              under the same stars (p.6, 4' 10), extraits de Distance and time(Ninja tune, 2007)
Slow six : evening without atonement (p.2, 18' 45), extrait de private times in public places(
If Then Else records, 2004)

9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 18:48
Robert-Wyatt-Comicopera.jpg
Quatre ans après Cuckooland, voici  "comicopera"et le retour en très grande forme de ce jeune homme de 62 ans à la voix haut perchée, immédiatement reconnaissable, à la fois légère et vibrante, chargée d'émotions. La première écoute est surprenante, voire décevante pour celui qui, comme moi et bien d'autres, pense au sublime Rock bottom de 1974. L'album paraît d'abord disparate, inégal, une collection de chansons, dont certaines mièvres, inabouties. Et puis l'on réécoute, et le charme commence à opérer, la conception d'ensemble se dégage. Loin d'être un fourre-tout, un recueil de chansonnettes, l'album est une oeuvre accomplie, pensée comme un tout. Aussi est-il très injuste de le juger sur une quelconque de ses composantes. Il s'agit bien d'un opéra-comique, dans la mesure où le comique a son sens grec : est comique ce qui concerne les faiblesses humaines, comme le déclare le compositeur : " Je veux insister sur ce point, parce que je termine l'album en chantant une sorte d'hymne à Che Guevarra, mais je parle des travers humains, je ne cherche pas de nouveaux dieux." Pas question donc d'enfermer Robert dans son engagement militant. Les chansons parlent d'amour, de paix ou de guerre, avec des mots simples, parfois ceux de sa compagne Alfie, qui dessine aussi la pochette. Quand on connaît son histoire personnelle, évidemment marquée par la chute de quatre étages voici plus de trente ans et la paralysie des jambes qui en est résulté, plus aucune parole n'est anodine. Dès le premier titre, composé par Anja Garbarek :"In between, got no choice/ but to be there,/ somewhere, somewhere". L'amoureuse du second titre, chanté par Monica Vasconcelos se demande : "What should I Do ? / Try to love you / just as you are ?" et plus loin : "Should I leave ? Should I stay ?", ce à quoi Robert répond dans la deuxième partie de la chanson : " It's that look in your eyes, / I know you despise me, / for not being stronger". Aucun pathétique appuyé pourtant, tout est en filigrane dans cet opéra en trois actes. Acte I, lost in noise, est une traversée sentimentale illuminée par l'amour d'Alfie (auteur des paroles des titres 2 à 4), commencée avec le superbe et bouleversant Stay tuned (avec la collaboration de Brian Eno aux claviers et aux effets sonores), ponctuée in fine par un instrumental où dominent les cuivres, cornet de Robert, saxophone de Glad Atzmon et trombone d'Annie Whitehead, avec une belle coda de cymbales et batterie. L'acte II, the here and the now, est d'un humour grinçant et désabusé, opposant la grisaille d'une paix peu attirante, comme envahie par le hall d'une église méthodiste à faire fuir, dans A Beautiful Peace, aux attentes offertes par A Beautiful War. Ce diptyque est signé Eno côté musique, tandis que Robert signe toutes les autres compositions  et les paroles à l'exception de celles de Out of the blue (signées Alfie), chef d'oeuvre où sa voix dialogue avec celle d'Eno, traitée en "enotron",dans un choral magnifique avec accompagnement de claviers disloqués, de cuivres déchaînés. Cet acte dénonce l'implantation méthodique de la haine dans les coeurs : rien ne va plus, il faut fuir la langue infectée, l'anglais. L'acte III, away with the fairies, est donc en italien ou espagnol, l'acte de l'espoir un peu fou, qui reprend des titres  enregistrés déjà auparavant, mais retravaillés pour s'intégrer à l'ensemble. Il s'ouvre avec Del Mondo, arrangement de Wyatt d'une composition d'un groupe italien, autre chef d'oeuvre qui sonne comme un De profundis, avec voix sépulcrales en arrière-plan, violon basse de Yaron Stavi en pizzicati dramatiques, souffles d'orgue d'église. Suit la Cancion de Julieta, musique de Robert sur un texte de Garcia Lorca, encore un sommet, véritable petit concerto pour voix et orchestre de plus de sept minutes, avec cordes déchirées, trompette à vif, claviers frémissants : " Oh ruina! / Oh soledad sin arco / Mar de sueno! ". L'instrumental suivant, Pastafari de Orphy Robinson pratiquement seul au vibraphone, apparaît alors comme un îlot ravagé, aux mélodies déconstruites, quelque part entre une bribe d'orchestre gamelan balinais et un orgue de barbarie ou un "piano player" livré à lui-même. Le morceau 15, intitulé Fragment, a le même statut précaire, écho lointain du second titre, avec la voix de Monica Vasconcelos psalmodiant en arrière-plan tandis que Robert chante en courtes boucles incantatoires son effort pour l'aimer. L'album s'achève, après ces plages désolées,  par la reprise très wyattienne (voix très haute chutant dans des quasi-murmures, claviers et cuivres entrelacés, cymbales frémissantes) de Hasta siempre Comandante, hymne au Che aux rythmes latino transcendés par le "monicatron" et le "karenotron" (voix de Monica déjà citée et de Karen Mantler) en échos prolongés. L'album terminé, on se dit que c'est ça, un grand album. Robert Wyatt, fondateur jadis de Soft machine, de Matching mole, reste un immense chanteur, un compositeur et arrangeur inspiré, un multi-instrumentiste sidérant, qui a su effacer toutes les frontières entre rock, pop et jazz. "Chansons de chambre", comme on dit musique de chambre : chaque titre est bourré d'idées musicales à faire pâlir bien des artistes qui tirent à la portée et ne savent même pas finir... Aux collaborateurs déjà cités, il faudrait encore ajouter David Sinclair, pianiste qui fut membre de Matching mole et fondateur du groupe Caravane, ou Phil Manzanera, guitariste de Roxy Music. Manière de souligner que ce disque est l'aboutissement de tout ce que la musique pop(ulaire) peut offrir de meilleur : une chaleur, une intensité et, pour paraphraser Lorca, un océan de songes (mélodieux).
Bel entretien avec Robert Wyatt sur ce blog : il s'y explique notamment au sujet de la reprise de Hasta siempre Commandante.