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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 21:17

Nils-Frahm-Felt.jpegFelt, sorti fin 2011 chez Erased Tapes, est le troisième album du pianiste allemand Nils Frahm sur le label fondé en 2007 par Robert Raths. Logique, cette fidélité, puisque le compositeur s'inscrit exactement dans la ligne définie par le fondateur, quelque part entre musique classique, ou néo-classique, voire contemporaine, et pop, entre acoustique et électronique. Erased Tapes aime les confluences. Music for Confluence est d'ailleurs au catalogue de la maison, c'est le titre d'un album de Peter Broderick — presqu'un habitué de ces colonnes, l'américain étant devenu un ami de l'allemand, ils ont enregistré ensemble sous le nom d'Oliveray.

   Soucieux de ne pas déranger ses voisins, Nils Frahm a "chaussé" son piano de feutre ("felt" en anglais), matière qu'il a logée entre les cordes et les marteaux, tandis que les micros touchaient presque les cordes. Écouteurs sur les oreilles, il a dû pousser à fond le volume pour s'entendre, ce qui a permis à d'autres sons de s'inviter : craquements du parquet en bois, respiration, actionnement des mécanismes internes du piano et frappes amorties...La musique se prolonge ainsi de bruits parfois amplifiés par des échos, réverbérations. Les pièces sont apparemment à demi-improvisées à partir de canevas mélodiques, d'où l'intérêt à mon sens assez inégal du disque, et donc sa place dans ce que j'appelle maintenant le "Purgatoire (Notes d'écoute)".

  Si tout le disque était à l'image du premier titre, "Keep", ce serait une merveille ! Notes répétées, flux, jeu percussif du piano, très vite la pièce prend des allures reichiennes évidentes, avec de magnifiques ponctuations graves, profondes, les marimbas se mêlant au notes de piano (sans doute un clavier polyvalent, en fait). Je jubile, vous vous en doutez, et j'attends la suite..."Less", titre trop bien porté, emphatique, du ralenti façon ECM, écoutez-comme-c'est-émouvant-mon-peu-de-notes-qui résonnent, avec un tempo mou...

Meph. - Terrible, du jazz narcissique. Je ne comprends pas que tu persistes !

Dio. - Tiens, te revoilà ?

Meph. - J'ai entendu le mot "purgatoire"...

Dio. - "Keep", j'aurais tant aimé que ce soit "Keeeeeeeeeeeeeeeep".

Meph. - Et tu attends, vieil optimiste ?

Dio. - Bien sûr, après un tel début, et malgré "Less". "Familiar" remonte un peu la pente, très belle mélodie, accompagnée par un métallophone diaphane. Joli.

Meph. - Tu ne débordes pas d'enthousiasme. Je te sens au bord de la déprime...

Dio. - C'est que ça se gâte à nouveau avec le maniéré "Unter", qui a tellement peu à dire qu'on laisse les bruits se répandre.

Meph. - Alors ?

Dio. - J'ai eu très peur avec le début de "Old thought", une minute en face à face avec une sorte de bandonéon manié par un Dino Saluzzi dégoulinant d'épaisse mélancolie.

Meph. - Dire que tu as écouté Dino Saluzzi ! C'est impardonnable : au feu, ce fatras sentimentalo-emphatique.

Dio. - J'ai eu raison de persister. "Old thought", passé cette introduction, est un miracle. Sur un continuum pianistique calme, feutré justement, se détachent des sons cristallins de glockenspiel. Une ambiance proche des meilleurs Dakota Suite, comme une hallucination légère qui vous tourne vers une lumière lointaine. "Snippet" continue d'abord sur ce registre, suite de virgules interrogatives, pour hélas sombrer...

Meph. - Dans du bouillon keith jarrettien, un maniérisme jazzy, cache-misère élégant du vide.

Dio. - Tu n'exagères même pas. L'inspiration n'est pas au rendez-vous. "Kind" est un curieux hybride, Harold Budd revisité par Keith...

Meph. - Hélas, nous voilà loin de "Pensive Aphrodite" sur l'album A Song for Lost Blossoms !

Dio. - La fin très buddienne est quand même assez belle.

Meph. - "Pause" porte bien son titre, non ?

Dio. - Je te sens sarcastique...

Meph. - On le serait à moins ! Insupportable, ces notes détachées, cette mièvrerie à prétention rêveuse, prétendûment agrémentée des bruits alentours. Une musique à décrocher la mâchoire.

Dio. - J'avoue que je n'y croyais plus. Pourtant, un troisième morceau, le dernier, "More", est vraiment superbe. On retrouve le flux, une inspiration minimaliste dynamique : ça trace, ça avance, on est saisi. Bel entrelacement des lignes, une fougue qui soulève. De l'enthousiasme, enfin, pour une composition solide, qui tient malgré un passage risqué après quatre minutes, grâce à une résurgence de l'élan initial, voilé de torsades decrescendo.

Meph. - On l'attend au tournant, quand il joue avec Peter Broderick.

Dio. - Et pourtant tu connais ma réticence par rapport aux enregistrements sans support physique...

Meph. - Seulement un vinyl, ou du MP3 de haute qualité qu'ils disent...

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Paru chez Erased Tapes en 2011 / 9 titres / 43 minutes.

Meilleurs titres : "Keep"(1) / "Old Thought"(5) / "More"(9)

Pour aller plus loin

- le site de Nils Frahm.

- une fausse vidéo pour écouter "Keep" :

 

 

Programme de l'émission du lundi 19 mars 2012

Breton : Pacemaker / The Commission (Pistes 1 & 11, 9'45), extraits de Other People's Problems (FatCat records, 2012)

Half Asleep : Sea of roofs / Tout est toujours plus triste quand il fait noir / Personnalité H (p.9 à 11), extraits de Subtitles for the silent versions (We are unique Records, 2011)

Hommage à Arvo Pärt (2)

•Arvo Pärt : Tabula rasa (p.4, 26'26), extrait de Tabula rasa (ECM, 1984)

David Lang : Cello (p.7, 4'54), extrait de this was written by hand (Cantaloupe Music, 2011)

Programme de l'émission du lundi 26 mars 2012

Kuniko Kato : Six marimbas counterpoint (1986 / 2010) (p.4, 16'26), extrait de Kuniko plays Reich (Linn Records, 2011)

Nils Frahm : Kep / Old thought (p.1-5, 9'30), extraits de Felt (Erased Tapes, 2011)
Half Asleep : The Invitation (p. 12, 8'50), extrait de Subtitles for the silent versions (We are unique Records, 2011)

Hommage à Arvo Pärt (3)

•Arvo Pärt :  Arbos / Summa (p. 1-6, 7'40), extraits de Arbos (ECM New Series, 1987)

18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 15:02

Breton-Other-people-s-problems.jpgMeph. - On commence ces notes d'écoute ?

Dio. - Une nouvelle catégorie consacrée à des disques qu'on aime...

Meph. - Mais pas assez pour une chronique  à part entière, c'est çà le concept ?

Dio. - En partie. Ça voudrait aller plus vite pour des disques inégaux de la mouvance pop au sens large, être aussi plus polémique, avec de la critique négative plus marquée. Breton est tout désigné pour ce début.

Meph. - Le groupe, un collectif londonien, fait un tabac bien orchestré, avec clips à l'appui.

Dio. - J'ai bondi quand j'ai entendu la référence à André Breton.

Meph. - Très vite oubliée, disons-le d'emblée. Mais le début de Other People's Problems est excellent. Ouverture d'enfer avec "Pacemaker", du rap intelligent bien syncopé, strié de sons sales, chant acide du meneur, chœurs écoutables...

Dio. - Et une section de cordes superbe auxquels ils laissent toute la fin élégiaque imprévue.

Meph. -"Electrician", le second titre, est tout aussi réjouissant, une électro vive, traversée de claviers incandescents. C'est nerveux, joyeux, bien ponctué et bien fini.

Dio. - "Edward The Confessor" continue sur la lancée d'un rock tout en nerfs, un brin halluciné, aéré de quelques arpèges de harpe.

Meph. - J'adore ce toupet, ces petits grains décalés dans la folie dense de ce groupe qui sait en finir, contrairement à tant d'autres.

Dio. - D'un seul coup il y a "2 years", bluette qui serait bêtement sentimentale si elle n'était désossée, déclinée en tranches troubles et belles, section de cordes magnifiquement découpée par des percussions hésitantes, des ralentis étonnants.

Meph. - Dis, ça prend la tournure d'une chronique ? Pas moyen qu'on fasse court ?

Dio. - Tu seras d'accord avec moi, la suite est moins bonne...

Meph. - Je taille à la hache :  "Wood and Plastic", bruyant pour pas grand chose ; "Governing correctly", de la pop très ordinaire, pas de quoi frémir, trop de chœurs et de chipotages.

Dio. - Quant à "Interference"...

Meph. - On se croirait sur un stade, pas dans le disque d'un groupe qui compte...

Dio. - Je sens que tu vas te faire beaucoup d'ennemis !

Meph. - Halte aux critiques molles, consensuelles, qui veulent hurler avec les sirènes publicitaires !!

C'est mauvais, circulez !

Dio. - "Ghost note" commence mieux, pour se perdre en percussions bien lourdes, en synthés répandus comme du gros rouge...

Meph. - On retrouve un peu de finesse avec la harpe au début d'"Oxides", le chant mis à distance, les décalages rythmiques, avant que le synthé ne bave à nouveau.

Dio. - Au point qu'on se demande si on écoute le même album que celui des quatre premiers titres. Et c'est pire pour "Jostle", même pas drôle, franchement consternant.

Meph. - Ça donne envie de piétiner cette saloperie de clavier envahissant...

Dio. - Oui, heureusement qu'on revient au meilleur avec le dernier titre, "The Commission": presque de l'ambiante, chanté avec retenue, entre pulse et syncope, grondant et émouvant.

Meph. - Cinq titres sur onze à se caler dans les oreilles.

Dio. - On espère qu'ils vont ne garder que le meilleur pour être un peu plus surréalistes.

Meph. - Sinon, plus question de parler d'André...Ils ne seront plus que ...bretonS !!

Dio. - Je te laisse assumer la responsabilité de tes allusions anti-folkloriques...

PICORE-Assyrian-Vertigo.jpegMeph. - Si on passait à Picore ?

Dio. Je sens que tu vibres un peu plus avec les lyonnais, qui en sont à leur troisième album.

Meph. - Je veux : rien de vraiment mauvais, ici. Disons quelques titres moins puissants, et puis un défaut : on entend parfois mal les textes en français, c'est vraiment dommage de sabrer le caractère visionnaire des paroles. On a beau s'allonger les oreilles...

Dio. - Restées pointues...

Meph. - Paix, chrétien refoulé ! Pour les amateurs, voilà un post-rock mâtiné d'industriel et de musique planante qui nous entraîne dans une alchimie barbare, puissante. Le titre ne ment pas : vertige assyrien, vents de sables à décoiffer les tiares les mieux accrochées.

Dio. - D'accord, mais reconnais le caractère plus convenu de certaines attaques, comme le début presque caricatural de "Fiasco", post-rock de mille tonnes...

Meph. - Ma mansuétude n'est pas infinie. Je leur pardonne parce qu'ils sont vraiment dans leur voyage vers une Assyrie largement fantasmée...

Dio. - Déjà par Delacroix dans La Mort de Sardanapale, tableau qu'ils font d'ailleurs figurer sur leur site.

Meph. - Suffit d'écouter le chanteur pour sentir l'authenticité de la fougue, de l'inspiration qui anime cette musique violemment colorée, sculptée par des percussions massives, éclairée par les guitares traçantes et transcendée par les claviers atmosphériques.

Dio. - Avec de très belles pages rêveuses soulignées par une clarinette ou une trompette inattendues.

Meph. - Une musique qui prend le temps d'installer ses atmosphères au lieu de ne penser qu'aux formats radiophoniques imbéciles.

Dio. - Tu penses notamment aux quasi neuf minutes de l'envoûtant "Gilgamesh".

Meph. - En effet. Morceau proliférant, monstrueux, loin des manières de Breton...

Dio. - Tu n'as pas digéré leurs faiblesses !

Meph. - Je n'aime pas qu'on ne tienne pas ses promesses. J'attendais un groupe à mi-chemin entre rock et musique contemporaine, dans la mouvance de Bang On A Can...

Dio. - N'exagère pas...

Meph. - Pas de trahison ou de tapage avec Picore, la trajectoire est claire, le projet consistant. La fin d'album, pas seulement cinq minutes, note-le bien, mais vingt-cinq minutes, les quatre derniers titres, est de très haute tenue, à la fois majestueuse et folle, frénétique.

Dio. - "Vertigo", mélopée voluptueuse introvertie, est une belle invitation à la fuite d'une société verrouillée : « N'attendez pas la lumière de ceux qui la vendent. »

Meph. - Une lente avancée vers la lumière fulgurante... beaucoup plus proche du surréalisme, au fond, que ces usurpateurs...

Dio. - Restons-en là, veux-tu. On attend que Breton écarte les scories qui l'aveuglent.

Meph. - Et on se prosterne devant la hauteur de vue de Picore.

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Breton : Paru en 2012 chez FatCat Records / 11 titres / Moins de 42 minutes.

Picore : Paru en novembre 2011 chez Jarring Effects / 13 titres / 61 minutes (le double CD inclut tout un disque de remixes).

Pour aller plus loin

- Breton sur MySpace.

- le site de Picore.

- une très belle, et très inquiétante (Meph. - Encore la fascination enfantine pour la technologie ?)  , vidéo sur le dernier titre de l'album de Breton :

 

 

- Deux titres d' Assyrian Vertigo en écoute :

 

Programme de l'émission du lundi 12 mars 2012

Hommage à Arvo Pärt (1)

•Arvo Pärt : Cantus in memory of Benjamin Britten / Fratres (Kremer - Jarrett) (Pistes 2-1, 16,24), extraits de Tabula rasa (ECM, 1984)

                               De Profundis (p.4, 6,50), extrait de Arbos (ECM New Series, 1987)

Half Asleep : De deux choses l'une / Instrumental / Mars / The Grass divides us with a comb (P.5 à 8, 16'), extraits de Subtitles for the silent versions (We are unique Records, 2011)

Tim Hecker : Sketch 1 & 2 (p. 1 & 2, 11'10), extraits de Dropped pianos (Kranky, 2011)