ØjeRum - Vågnende Jeg Ser De Døde / Scanner Remixes

Publié le 21 Février 2023

ØjeRum - Vågnende Jeg Ser De Døde / Scanner Remixes

   Le prolifique musicien danois Paw Grabowski, alias øjeRum, auteur également de collages étonnants, a enregistré pendant la période de Pâques sur un vieux piano dans une maison isolée de la campagne danoise. Comme les ondes radio et l'électricité statique ont interféré avec l'enregistrement, de manière plus ou moins prononcée, il a eu l'idée de faire appel à Robin Rimbaud, alias Scanner, sachant que ce dernier utilise les ondes radio et les lecteurs optiques (scanners) de la police pour ses compositions. Le disque comprend l'enregistrement initial pour piano et les deux remixes de Scanner. Le titre « Vågnende Jeg Ser De Døde » est le début d'un psaume danois de Pâques signifiant " Au réveil, je vois les morts (dans un rouge matin de Pâques)".

  Le premier titre fait penser à des bulles éclatant à la surface d'un étang dans un matin transparent. Une boucle tranquille ne cesse de revenir, envahie de petits accidents sonores, grésillements, voix, éternuements, comme si elle était la vie même, doucement chantante, chargée des esprits des morts en ce jour de Résurrection. Le vieux piano aspire à devenir cloche, il claudique et bat, butte contre le bois. Il est la mélancolie de l'immuable et du sans fin, car ce qui meurt revient. C'est splendide.

 

    Les deux remixes de Scanner fouillent dans les tréfonds de cette mélancolie, vont chercher l'obscur, le vertigineux, le plus inquiétant. Nappes de drones, orgue, voix trafiquées, dressent un cadre grandiose, impressionnant. « Sleeping, i'm blind to Life » est le titre du premier remixe. Nous sommes chez les Morts, dans les brouillards léthargiques des profondes vallées où coule le Styx. La musique est bruissante de ce concert informe des voix disparues ; elle se déploie en amples mouvements lents, et sa robe charrie les morts dans un cortège de ténèbres grondantes.

   Le second remixe se définit comme une variation dérivante du précédent. C'est un immense et doux balancement trouble saturé de drones, décalque ténébreux du premier titre. Un glas hypnotique, abyssal, pour nous entraîner irrémédiablement loin de la vie. Du Harold Budd en plus fantomatique, plus épais, pour descendre un escalier infini. Ô musique stupéfiante, qui fait vibrer les espaces d'en-bas, les opalescences confuses des Mystères enfouis dans les houilles primordiales. J'adore cette musique fabuleuse, berceau funèbre et magnifique.

  Un grand disque entre lumière fragile et ténèbres aspirantes.

Paru début février 2023 chez Room40  / 3 plages / 1 heure et 2 minutes environ

Pour aller plus loin

- disque en écoute et en vente sur bandcamp

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