Christopher Colm Morrin - Sketches 1-17

Publié le 18 Novembre 2024

Christopher Colm Morrin - Sketches 1-17

Sketches ? Ce sont dix-sept archives sonores accumulées par Christopher Colm Morrin, artiste multidisciplinaire de Dublin (Irlande), expérimentant avec une guitare et quelques pédales. Des esquisses, des croquis, « témoins de l'immobilité et de l'attention » pour permettre aux choses « de prendre le temps qu'elles prennent » comme l'écrit la poétesse Mary Oliver.

Christopher Colm Morrin, par © Karolina Spolniewski

Christopher Colm Morrin, par © Karolina Spolniewski

Ébauches du Transitoire infini...  

    La première esquisse dure dix-huit minutes trente. Christopher Colm Morrin prend le temps de saisir ce qui vient. La pièce développe sur un léger bourdon continu des accords, des griffures de guitare, repris en boucles, étirés. La musique flotte au gré des scansions rythmiques imprimées par la guitare à ce flux fragile. Douce somptuosité, qui s'approfondit de passages plus texturés, pendant lesquels les lignes ondulent dans un nuage d'harmoniques. J'étais conquis !

 

   Prêt pour cette longue odyssée sonore, car il y a quelque chose de maritime dans ces compositions dérivantes, enveloppées de lumières un peu troubles. On dirait parfois des sillages se mélangeant peu à peu à l'océan, ou bien des émergences de rêves, qui se maintiennent à peine au fil du réel, guettées par la disparition. L'esquisse six est l'une des merveilles de cet album. Carillonnante, elle flamboie dans un brouillard de réverbérations, animé d'une sourde pulsation, et se vaporise dans un long embrasement.

La guitare transfigurée...

    L'une des beautés de ce double album, c'est la transfiguration de la guitare, reconnaissable par exemple au début  de l'esquisse sept avec ses accords hésitants, puis totalement autre grâce aux pédales (sans doute, aucun autre instrument n'est mentionné...), devenue comme un synthétiseur ou un orgue, ou encore comme un vibraphone éthéré.

   L'autre longue pièce, la 9 (plus de seize minutes), est dans sa première partie une splendeur stratifiée de bourdons micro-saccadés et de guitare rauque, épaisse, trouée d'un bruit de pas avant une extraordinaire remontée en puissance comme le suivi de pales d'hélicoptère et un foisonnement grandiose de girations : Apocalypse, now ! Une coda majestueuse en façon de comète traçante termine cette composition magnifique.

   L'esquisse 11 démultiplie les résonances de la guitare, rayonnante et coupante, devenue presque guimbarde. De titre en titre, Christopher Colm Morrin esquisse des paysages lointains souvent sublimes, empreints d'un calme majestueux, auxquels des fulgurances, des envolées, de lentes volatilisations et métamorphoses donnent une dimension fabuleuse, comme en 13, des mouvances moelleuses se transformant en rayonnements cosmiques habités par des voix spectrales. Toute la fin est d'ailleurs d'une renversante beauté, à commencer par l'esquisse 14, esquif lancé dans l'espace, que de courtes mélodies incantent au cours d'une navigation dissolvante.

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Dix-sept nocturnes pour guitare nimbée : de quoi enluminer toute la Nuit !

Paru le 25 octobre 2024 chez Stray Signals (Berlin, Allemagne) / double cd, 17 plages / 2 heures et 17 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Rédigé par Dionys

Publié dans #Guitare(s), #Musiques Contemporaines - Expérimentales

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