Anna McMichael & Clocked Out - Peak Plastique

Publié le 3 Juillet 2025

Anna McMichael & Clocked Out - Peak Plastique

      Le titre déconcertant m'a découragé un temps, puis je suis revenu au disque, qui mérite le détour, comme presque toujours chez l'excellente maison de disques Unsounds. Oubliez le titre de l'album et ceux des pièces, qui déclinent les dénominations des différentes sortes de plastique. Il suffit de comprendre que l'ensemble est sous le signe de la plasticité, d'où l'aspect kaléidoscopique, les contrastes... Sachez tout de même que le plastique, sous la forme de sacs ou d'objets trouvés est utilisé par les trois musiciens pour extraire des sons inattendus de leurs instruments respectifs. (cf. la vidéo)

    C'est le disque d'un trio composé par le duo australien Clocked Out (Erik Griswold, piano + Vanessa Tomlinson, percussion) et la violoniste australienne Anna McMichael.

En haut : Erik Griswold et Vanessa Tomlinson) / En bas : Anna McMichaelEn haut : Erik Griswold et Vanessa Tomlinson) / En bas : Anna McMichael
En haut : Erik Griswold et Vanessa Tomlinson) / En bas : Anna McMichael

En haut : Erik Griswold et Vanessa Tomlinson) / En bas : Anna McMichael

 On ne s'y attendait pas : ce disque respire une incroyable fraîcheur, le bonheur de jouer une musique contemporaine d'une liberté de ton, de style, qui ne peuvent que séduire. Depuis "Polypropylene" (titre 1), très Steve Reich d'allure par sa pulsation, son rythme syncopé, ses motifs répétés avec leurs variations, jusqu'au bouillonnant "PTFE" (onzième et dernier titre), les trois musiciens se régalent, et nous aussi. "PVC" (titre 2) semble une mouture inconnue des compositions pour piano préparé de John Cage qui aurait rencontré Reich (encore lui), notamment dans le puissant moment percussif sur lequel le violon vient glisser des bribes mélodiques.

    Le titre éponyme, qu'on dirait échappé d'un vieux vinyl, se met à bondir, caqueter, rêver, feu d'artifice ou féérie orientale. "Nylon" joue sur des textures voilées, frottées, des sonorités déformées, étranges. "Lego" revient à Reich pour le dynamiter de l'intérieur par l'éclosion de moments oniriques, ludiques, enfantins : pièce jubilatoire, d'une belle délicatesse sculptée !

   Tout ceci n'exclut pas un vrai lyrisme où le violon joue le charmeur, comme sur "Pet" (titre 6), entre élégie et atmosphère jazzy. "VCM", d'abord tel un métronome machinique, se métamorphose en théâtre d'apparitions sonores hypnotiques ou surréelles, envahies de monstruosités tirées des foires, change de vitesse à vue. C'est en somme l'art poétique de l'album, avec sa fin entre facétie et envolée un brin mélancolique. Quant à "Bubble Wrap" (papier bulle, titre 8), c'est une série de courts mobiles sonores, d'éclosions minuscules, une vie des insectes en raccourcis plaisants : un gentil sommet d'humour musical, capable de se muer en jeu de massacre réjouissant. Le sujet de "Sustainabke Seaweed Packaging" (Emballage durable à base d'algues, titre 9) est aujourd'hui éminemment sérieux, d'où une touche émotionnelle sensible... dont on oublie vite l'origine, tant le ton reste léger, l'invention permanente. N'entend-on pas le chant des Sirènes, dangereusement séduisant derrière sa langueur ? "Eucalyptus Obliqua DNA" commence comme du Terry Riley en bouillie, continue en poème répétitif sonore concret avant de se découvrir une dimension visionnaire... à petite échelle, au ras d'un friselis de piano.

 

 

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Un album pétillant de musique contemporaine décomplexée, mené par trois compositeurs-interprètes qui se font évidemment plaisir, et à nous par contrecoup.

Paru fin mars 2025 chez Unsounds (Amsterdam, Pays-Bas) / 11 plages / 48 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

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