Mark Molnar - Exo
Publié le 26 Août 2025
[À propos du compositeur et du disque]
Pilier de la scène musicale d'Ottawa depuis plus de deux décennies, Mark Molnar se distingue par son éclectisme et son indépendance. Traversant à peu près tous les styles, depuis le classicisme contemporain jusqu'à la musique industrielle et bruitiste, cet instrumentiste à cordes qui a étudié la microtonalité avec James Tennay s'implique dans de nombreux projets, et dirige sa propre maison de disque d'avant-garde, Black Bough Records.
Pour son premier disque chez Constellation, Mark Molnar joue de tous les instruments (violons, altos, violoncelles, contrebasse, harpe, piano, voix, synthétiseurs MS20 et Strega) et a procédé lui-même à l'enregistrement. Précédée d'une pochette impressionnante créée par le photographe britannique Ed Allen, Exo se présente comme une suite de cinq pièces résolument...en dehors !
[L'impression des oreilles]
Dès la première pièce, "Sub Luna", une série d’amples vagues impose un univers dense, tissé de piano, de harpes, de cordes, en retombées majestueuses. Les sons cristallins de la harpe déposent un semis étoilé dans les draperies graves et moelleuses des cordes. La musique de Mark Molnar est océanique, entre ambiante sombre et néo ou post-classicisme austère. « Terre Sacer » nous plonge dans un univers glauque, hanté par une boucle lugubre, à la lenteur inquiétante. On se dit que Mark Molnar est un maître de l’Étrange, qu’il peint avec des cordes fastueuses une ode noire au naufrage absolu, dans la lignée de The Sinking of the Titanic de Gavin Bryars. La beauté des arrangements se développe sur un fond mouvant à la texture proche de l’orgue, on penserait presque à Mysterious Semblance at the Strand of Nightmares de Tangerine Dream, puis une corde monte au firmament une plainte répétée sur un bercement obstiné de cordes et de piano, le temps s’est figé, une voix erre dans les nuées, les nappes semblent immatérielles et se croisent avant un ultime crescendo bouleversant. Une splendeur !
Le triptyque « pallida Mors » (Mort pâle) occupe le reste du disque. Le début dissonant et comme déconstruit de « Disquiet » est peu à peu incorporé dans un mouvement de cordes sonnant comme de l’orgue. De la pure ambiante sombre tapissée de bourdons et de poussières d’un autre monde : une atmosphère dramatique et funèbre de roman noir ! La seconde partie, « Aporia » semble bafouiller, à demi-paralysée par des forces inconnues qui bousculent piano, harpes et cordes les uns contre les autres en débris harmoniques fracassés, survivant au-dessus de respirations sourdes, suffoquées. La dernière partie, « Patior », s’ouvre sur un émouvant dialogue diaphane ralenti entre la harpe et le piano, suspendus au milieu du vide, avant que ne se déchaînent des vagues puissantes comme dans une vaste église soudain ouverte sur les cieux. Il y a là un lyrisme un peu fou, tempéré par la remontée de notes graves de piano, quelque chose de fêlé, encore vêtu d’abysses : le temps d’une méditation minimaliste sur la pâle mort du titre, le glas insistant d’un monastère perdu dans des forêts fossilisées. Autre grand moment de ce disque qui n’a pas peur du Sublime !
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Un disque d'ambiante de chambre sombre et grandiose somptueusement orchestrée pour basculer dans le hors-là...
Paru début juin 2025 chez Constellation (Montréal, Québec) / 5 plages / 37 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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