Rebecca Foon / Aliayta Foon-Dancoes - Reverie

Publié le 4 Septembre 2025

Rebecca Foon / Aliayta Foon-Dancoes - Reverie

Pourquoi la musique devrait-elle être un déferlement de décibels, s'autoriser de justifications théoriques plus ou moins fumeuses, d'engagements pour des causes irréfutablement bonnes ? Je me posais ces questions en écoutant ce disque de deux sœurs, Rebecca Foon et Aliayta Foon-Dancoes, sur le label - jadis très militant, Constellation. D'autant que la première, violoncelliste, vient notamment de A Silver Mont Zion, que le disque est produit par Jace Lasek, qui a enregistré des albums de Godspeed You! Black Emperor. En somme, comment vieillit le post-rock le plus flamboyant ? Il accouche, comme c'était prévisible d'ailleurs en écoutant attentivement ces groupes, et particulièrement A Silver Mont Zion, d'une musique de chambre pétrie de sublime. Les mauvaises langues diront que le gâtisme atteint les plus échevelés des révoltés. Je dirai plutôt que derrière les flammes, dans les flammes, le sublime était là. Le voici à nu, tel qu'en lui-même, fragile et presque mièvre ainsi dépouillé. Violoncelle, violon pour Aliayta, et piano pour les deux, avec quelques touches électroniques. Quant au titre, sans son bel accent circonflexe (le disque vient quand même du Québec, non ?), il est interprété dans le sens écologiste : rêverie sur l'écocide en cours, la bonne conscience veille !

Les deux sœurs : Rebecca et Aliayta

Les deux sœurs : Rebecca et Aliayta

   Le premier titre, "Eternal I" est une belle élégie embrumée, violon, violoncelle et piano légèrement réverbéré. Douce solennité, prémices de l'éternité ! "Incandescence" dérive autour du violon tournoyant, avec de graves ponctuations comme dans le titre précédent, ce sera l'une des marques de cette musique qui prend son temps pour escalader le ciel, à coup de boucles amples délicatement illuminées par des triturations électroniques vraiment pensées pour se fondre dans les lacis des cordes suaves. Comment ne pas fondre dans ces envolées de plus en plus éthérées ?

  À partir de "Phosphorescence" (titre 3), le tissu de variations qui sous-tend le disque crée une familiarité, favorise une osmose atmosphérique avec cet univers nébuleux, contemplatif, d'un lyrisme n'ayant pas peur d'une certaine emphase dramatique. "Between Us" (titre 4),  est gravement scandé par le violoncelle qui se laisse emporter dans une danse langoureuse, un émouvant frémissement. Les boucles minimalistes de "Drifters And Dreamers" évoquent des milieux liquides propices aux rêves. Sur un fond changeant, velouté, légèrement bourdonnant, les cordes dessinent de fines arabesques, donnant à la pièce une apparence arachnéenne. "Surrounded By You"(titre 6) chante une ivresse folle, nous enveloppe dans ses spirales en crescendo, avant une retombée de glissements mélancoliques. S'il est un nocturne, "Midnight Shadow" semble pétri de rêves féériques : comme un carrousel un peu caché sous la pleine lune, qui tourne et tourne encore, qui tournera toujours, étourdissant et irréel...Reprenant un thème de "Incandescence", "Devotion" (titre 8) déploie des ramifications langoureuses, ô délices envoûtantes !

Pianos au premier plan du très trouble titre éponyme (titre 9), marqué par des tessitures électroniques envahissantes : une marche lente nous conduit vers des abysses douteuses, insidieuses. L'inquiétude s'amplifie encore avec "Dream Of What Was" (titre 10), le violon tournoyant de "Incandescence" revient, mais parasité par des matières sombres, des engourdissements, des étouffements. La tension monte dans un ciel devenu opaque : l'ultime sursaut de ce qui fut, ligoté dans une nostalgie épaisse. Le disque se referme avec un retour au premier titre : l'éternel retour, si l'on veut, la prise de distance. Les pianos réverbérés donnent à la pièce l'allure d'une composition d'Harold Budd, parmi ses plus hallucinées, grandiosement noire. C'est une fin magnifique !

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Le post-rock est mort ? Peu importe s'il nous donne cette musique sublime, tour à tour illuminée et sombre. 

 

Paru en avril (ou juin) 2025 chez Constellation Records (Montréal, Québec) / 11 plages / 38 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

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