Zimoun - Harmonium I-VI
Publié le 20 Août 2025
Après le magistral ModularGuiarFields I-VI, paru chez 12K en septembre 2023 et Dust Resonance un an après (passé à travers les mailles de mes écoutes) et déjà chez Room40, l'artiste suisse Zimoun, connu pour ses installations à grande échelle de bruit et mouvement orchestrés, consacre son nouveau disque à un vieil harmonium d'une centaine d'années, pour lui comparable aux premiers synthétiseurs, comme eux oscillant, respirant, vibrant. Avec l'harmonium, tout se fait à la main ou avec les pieds. En même temps, l'harmonium, si chaleureux, est sensible à la moindre variation de pression, de toucher, d'où la possibilité de multiplier textures et micro intervalles sonores.
En six parties formant un tout, Harmonium nous transporte dans un monde de tremblements, de frissonnements harmoniques. Les notes vivent comme des bougies clignotantes, avec soudain des envolées sous le coup de courants d'air mystérieux. Il y a dans cette musique une majesté tranquille, accueillante. Nous sommes happés par les vagues chaleureuses, vibrantes, leurs chevauchements doucement inextricables. On a parfois l'impression que tout le clavier se met à chanter, dans une polyphonie bourdonnante. C'est peu dire que cette musique est hypnotique, c'est une musique pour entrer en lévitation, porté par l'ample ondulation moirée, qui jamais ne cesse, toujours renaît subtilement différente, c'est une musique pour se laisser couler dans le plus vaste, dans la beauté fastueuse d'églises à demi ruinées et envahies par une végétation proliférante. Sous le retour de boucles apparemment semblables fleurit en effet une exubérance de nuances, de couleurs, Zimoun ayant trouvé dans l'harmonium le vecteur idéal d'un minimalisme microtonal que la page consacrée au disque n'a pas tort de ranger notamment dans la catégorie « post-psychédélique », tant la persistance sonore couplée au balancement ondoyant est à la longue tout simplement hallucinatoire.
Dans cette futaie harmonique (cf. l'illustration de couverture), "Harmonium III" fait figure de clairière, de ventre mou, un peu redondant par rapport à la séquence précédente. On dira que l'on se repose à l'ombre du ronronnement, après l'extraordinaire première partie, ce lent envoûtement parmi le frémissement des feuillages harmoniques, en attendant le flamboiement de la partie IV, son brouillard hanté chargé d'étincelles sèches, de vacillations tuilées, extatiques. Plus sombre, tourmenté de cliquetis, "Harmonium V" semble un bateau à vapeur sur des flots épais ; des voies sonores s'y introduisent à la faveur de la marche, sans le faire couler, à la manière d'aérations invitées se cachant dans le bringuebalement des tuyauteries à plein régime. "Harmonium VI" retrouve le caractère étrangement grandiose des parties I et IV. Sur un fond d'une grondante lenteur, la composition est une suite d'ascensions graves, faillées, qui raclent et déracinent dans un mouvement inexorable pour nous porter au plus haut...des abysses !
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Zimoun sculpte une musique ambiante somptueuse, sombrement luxuriante sous sa robe de bure minimaliste.
Paru fin juin 2025 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 6 plages / 1 heure et 5 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
Pour découvrir Zimoun, architecte sonore : voir son site, très bien fait.
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