Amosphère - Cosmogonical Ears
Publié le 10 Septembre 2025
[À propos de la compositrice et du disque]
Présente par un titre dans la compilation Epiphanies (2022) du label suisse Hallow Ground, la compositrice et artiste multidisciplinaire Amosphere avait sorti un premier album en 2021 sur un autre label avant Cosmogonical Ears, à nouveau chez Hallow Ground. Travaillant à Paris, elle associe électronique et acoustique pour créer des méditations sonores. Elle présente ainsi son travail : « En mêlant philosophie et sculpture bouddhistes à mes propres pratiques de méditation, j'ai cherché à explorer un moyen pour les gens de transcender les frontières de l'espace et du temps, non pas en tant que croyant, mais en tant qu'observateur. » Ses instruments ? Synthétiseurs et orgue électronique, instruments en céramique fait main, auxquels s'ajoutent la flûte de Marc Lochner sur les titres 1 et 2, et la clarinette basse de Mia Zhao sur le titre 3. Le disque comprend trois pièces de durée décroissante.
[L'impression des oreilles]
La première et plus longue pièce, avec presque vingt-deux minutes, "Land of eternal delight", a été composée pour l'exposition "Buddha10" au Museo d'Arte Orientale de Turin. C'est une immense respiration rythmée par la flûte basse, accompagnée d'un bourdon d'orgue de notes prolongées, étagées dans l'espace sonore. Peu à peu, la flûte semble se multiplier, les plans se chevauchent, plongeant l'auditeur dans un creuset sonore feuilleté, velouté et vibrant. Les amples boucles et rebonds ont un effet hypnotique saisissant. Amosphère tisse ainsi une musique ambiante organique d'inspiration minimaliste, vecteur idéal d'une méditation profonde. La relative simplicité du matériau initial laisse la place à une savante complexité. Ce pays de délices éternels apparaît comme une symphonie pastorale de meuglements, beuglements de bêtes à cornes, comme si un vaste troupeau adorait les corps célestes dans une calme transe, quasi ad libitum. Une splendeur !
"Teleportation" (titre 2) associe synthétiseur et flûte pour suggérer une porosité temporelle qui rendrait possible la téléportation, thème si en vogue dans le domaine de la science-fiction. Les masses mouvantes sont traversées par de fines nervures, oscillent de manière irréelle, si bien que toute matérialité devient douteuse, comme si se mélangeaient des temporalités dans des amas vibratoires. Là encore, électronique et acoustique s'épousent au long d'un axe temporel distendu, vaporisé...
Quant au troisième titre, "Black Hole In, White Hole Out", il se greffe sur le précédent, la clarinette basse remplaçant la flûte et l'orgue d'église le synthétiseur. Je laisse de côté la thématique du trou noir. Le balancement bourdonnant de la composition, la plus minimaliste des trois, est absolument envoûtant, favorise un lâcher prise enivrant.
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Trois respirations sonores pour sortir de la prison temporelle et se perdre dans les espaces infinis de la méditation.
Paru fin juin 2025 chez Hallow Ground (Lucerne Suisse) / 3 plages / 47 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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