Mike Majkowski - Tide
Publié le 31 Octobre 2025
Contrebassiste et compositeur australien installé à Berlin, Mike Majkowski est membre du trio de rock alternatif polonais Lotto et a collaboré avec des musiciens de... The Neck, dont j'ai célébré récemment le triple album Disquiet ! Il était invité en avril 2025 au Festival Archipel à Genève avec un dispositif électroacoustique, ayant développé depuis le début des années 2000 un style personnel à partir de sons analogiques ou électroniques formant de lentes trames en perpétuelle transformation. Son nouvel album Tide comprend deux sections formant un tout continu, faisant de la fin de la première partie le début de la seconde.
La musique de Mike Majkowski, c'est comme une toile de brume constellée de gouttelettes sonores, animée d'une douce pulsation. Les résonances s'étirent dans une atmosphère méditative propice à une écoute profonde. Il y a quelque chose d'arachnéen aussi dans cette manière d'emprisonner le temps dans une boucle répétée, où tous les sons sont feutrés, finement découpés. Si c'est une marée, comme le suggère le titre d'ensemble, c'est une marée éternelle, celle d'un flottement nuageux (voir la couverture).
Les cymbales sont caressées, et les autres instruments acoustiques ou non sont enveloppés d'une traîne délicate. On avance avec précaution, comme pour ne pas déranger la respiration essentielle dont sourd la musique. On avance vers l'imperceptible cher au poète Jacques Ancet, au bord d'un vacillement indicible, et l'on réveille, oh à peine, des ombres endormies depuis des siècles dans les limbes de la mémoire. Au fond, Mike Majkowski déploie un rituel magique d'écoute d'un l'au-delà enfoui tout près, qui risque à tout moment de s'évanouir, comme ces fresques antiques qu'on retrouve à la faveur d'une excavation et qui disparaissent si l'air continue de s'y engouffrer : il faut alors refermer pour les préserver. Le compositeur s'introduit dans le mystère en jouant d'une torpeur enchanteresse, prudente, par respect pour la Beauté qui dort là, fragile, prête à fuir au moindre bruit agressif...
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Ça n’existe pas, peut-être.
La pierre ou l’arbre l’ignorent,
l’oiseau qui passe, le ciel
et sa lumière. C’est un feu
qui n’aurait jamais brûlé,
une eau qui n’apaiserait
jamais la soif. Mais c’est là.
Le matin vient, sa pluie lente,
sur tes yeux des gouttes brillent,
tes cils battent : ce n’est rien.
Extrait de L'Imperceptible (Lettres vives, 1999), par Jacques Ancet
* Extrait de El Desdichado de Gérard de Nerval
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Un disque d'une grâce irréelle, suspendu dans un hors-temps merveilleux. Sublime.
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