Madeleine Cocolas - Syndesis
Publié le 13 Novembre 2025
Après Spectral en 2022 et Bodies en 2024, la compositrice, productrice australienne Madeleine Cocolas, dorénavant installée à Tokyo, revient sur les traces de ses ancêtres et de son premier voyage en Grèce, où elle est retournée récemment pour collecter des sons qu'elle a tissés en compositions personnelles chargées de ses émotions. « Ces sons, confie-t-elle, ont été capturés du sommet de l'Acropole à la porte de Mycènes, du clapotis de l'eau contre la forteresse de Bourtzi aux cloches de l'église Agios Georgios de Nauplie.» Le disque est donc comme la synthèse de son attache à la Grèce, ce qui explique son titre et la photographie de couverture, une vue d'Athènes sans doute depuis l'Acropole, photographie d'un bleu liquide comme baignée des eaux de la mémoire. Six compositions retracent ce parcours personnel : six étapes encadrées par le diptyque "Where We Began" (Où nous commençâmes) et "Where We Go" (Où nous allons), avec entre ces deux pièces "Parthenon", "The Lion Gate" (La Porte des Lions, à Mycènes), "Bells of Athena" (Cloches d'Athènes) et une étonnante divagation sonore baptisée "Theory of Divination" (Théorie de la Divination).
"Where We Began" commence avec des sons urbains et une stridulation de cigales, se charge d'éléments orchestraux, cordes et piano, pour une évocation lyrique d'une douceur flottante, hantée par des voix incrustées dans le tissu sonore, ample mouvement des vagues synthétiques. Le piano coud les nuages de son ostinato minimaliste, intense et brumeux. C'est l'impulsion natale, initiale, celle qui vous porte pour la vie. "Parthenon" se dresse au milieu des ombres et des tournoiements, majestueux. Il scintille comme s'il était une étoile dans les cieux. La pièce est monolithique, balayée par des vents immémoriaux. "The Lion Gate" fait entendre une sorte de guimbarde mystérieuse, ou de lyre, sur un fond d'unissons bourdonnants. Le contraste entre les clapotements pincés de l'instrument et l'arrière-plan crée une profondeur de champ tout à fait étrange où peut s'engouffrer l'imaginaire, où peuvent apparaître les lions (ou les lionnes) à la faveur de ponctuations percussives lourdes, massives comme les murs mycéniens...
Rarement comme dans "Bells of Athena" Madeleine Cocolas n'aura ainsi sculpté les souvenirs, les laissant émerger d'eaux immémoriales comme des icebergs puissants et fragiles. C'est le piano qui transporte, tranquillement, qui tire des profondeurs les cloches enfouies, les cloches qui battent joyeusement à l'intérieur d'une épaisse gangue résonnante et respirante. "Theory of Divination", représente l'étape suivante, le cœur de la mémoire, débarrassée de ses enveloppes, recréée en faisant fi des traditions du chant byzantin masculin dominant. Les voix s'élancent libres sous des voûtes grandioses pour une polyphonie archangélique bruissante, caressante : la divination passe par les femmes surtout, les hommes n'intervenant qu'à peine dans le dernier tiers de cet hymne d'une pureté diaphane.
Le dernier titre, "Where We Go", est une rêverie entée sur des sons de terrain, une dentelle d'orgue qui vole au vent, sur laquelle le piano pose ses notes espacées, chat de velours en équilibre là-haut, entre le Parthénon et le Lycabette, sur le fil incertain de l'avenir.
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De disque en disque, Madeleine Cocolas invente un lyrisme ambiant chargé de réminiscences enracinées dans les lieux des souvenirs, emprunt de grâce et de puissance imaginaire.
Paru début août 2025 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 6 plages / 39 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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