Zane Trow - Ibis

Publié le 2 Janvier 2026

Zane Trow - Ibis

   Je suis heureux de commencer l'année avec un disque de Zane Trow paru en octobre 2025. Ce sera le cinquième à figurer dans ce blog. Pour tout renseignement biographique, je vous renvoie à mon article consacré à la réédition de For Those Who Hear Actual Voices "(20th Anniversary edition)". Zane Trow fait partie de ceux qui entendent de vraies voix. Arthur Rimbaud se revendiquait Voyant, Zane Trow est un authentique Entendant, bâtissant de disque en disque un univers sonore unique...

   Le disque prend son titre d'un groupe d'ibis que le compositeur fréquente depuis plusieurs années dans la portion de zones humides et de berges autour de la petite ville de Slacks Creek (Queensland, Australie) où il a effectué les enregistrements de terrain pour ce disque. L'habitat des oiseaux est appelé à céder la place à un « développement grossier » selon ses propres termes... Zane utilise des synthétiseurs analogiques, numériques et virtuels, des sons trouvés, des dispositifs sonores, des échos et des retards numériques, des percussions. Le tout a été créé au studio Vector de la même ville sous la haute supervision de Lawrence English.

[L'impression des oreilles]

Fragiles paysages mystérieux...

    La musique de Zane Trow a une présence émouvante. Dès "Channel", une percussion lourde et profonde, mais comme en partie dématérialisée, rythme un friselis de cloches, raclements, grésillements. Étrange canal d'une radio inconnue qui nous parviendrait de très loin pour nous envoûter ! "Ibis" commence avec des balbutiements, des voix tordues, sur un fond lancinant d'appels, comme un dialogue impossible, un essai peut-être de rendre la voix des ibis..."Eonganj" (titre 3), la plus longue pièce, avec presque huit minutes, semble à mi-chemin entre rêve et cauchemar, agitée de battements semi-liquides et de troubles poussées, peuplée de bruits proches mais non reconnaissables. On se tient au seuil d'un monde incertain, dont les manifestations très douces ne laissent pas d'être fascinantes. "Rotunda" est doué d'une énergie machinique qui accueille des éléments envahissants : faut-il y entendre l'annonce de l'irruption du « développement » dans les zones où vivent les oiseaux ? La fin d'un monde qui proteste à sa seule manière en fin de la composition, par des envols successifs ? "Stalune" serait alors le déferlement des présences humaines dans l'ancien royaume des oiseaux, persistant à travers de micro chants incrustés dans l'assourdissement imposé, et des échos magnifiques, magiques, de ce monde disparu.

Et puis c'est "Xenvonlv" (titre 6), au titre mystérieux [j'y décèle ENVOL, VOLVE, XENON, LOVE, LONE, NONE...] dont la musique indiciblement belle semble surgir de toute part. Le rêve d'une musique sans aspérité, douce, nuageuse, neigeuse, d'une irréalité obsédante, dans laquelle vient se poser une cloche, peut-être celle (traitée) du camion de glaces qui passait tous les mois dans sa rue depuis une vingtaine d'années. Je ne sais pas pourquoi, soudain, je pense à Patrick Modiano... peut-être à cause du sentiment de flottement, d'impermanence fragile, distillée par cette musique au charme discret, prête à se dissoudre dans les méandres de la mémoire !

Si les oiseaux reviennent au premier plan dans "Waterwyattin", accompagnés de quelques bruits urbains, c'est pour être enrobés dans la suavité des synthétiseurs, transportés avec une infinie douceur, comme si ce monde déjà n'existait plus vraiment en dépit d'une fin quasi documentaire. Ce que confirme l'aérien "Interupt", fine toile animée de sourds mouvements, comme digérés, traces oniriques des oiseaux métamorphosés roucoulant à l'intérieur de la prison sonore, soudain traversée brièvement par un vent puissant. "909" prend de la hauteur, de la couleur, sorte de mélancolique chant du cygne...

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Zane Trow signe un nouveau disque d'une ambiante électronique raffinée, onirique, au bord de l'évanescence, peuplée de présences fantomatiques bouleversantes.

Paru en octobre 2025 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 9 plages / 42 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Ambiantes - Électroniques

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