Ben Vida + Lea Bertucci - Murmurations

Publié le 3 Mai 2026

Ben Vida + Lea Bertucci - Murmurations

Ben Vida (suite)

[ Suite de l'article précédent consacré au tout dernier disque de Ben Vida, Oblivious Seekers, car j'ai retrouvé dans mes archives sonores un album d'avril 2022, Murmurations, fruit de la collaboration avec Lea Bertucci, que j'avais découverte sur l'album au si beau titre I Know the Nimber of the Sand and the Measure of the Sea, réalisé en collaboration avec Olivia Block et sorti en avril 2025.] D'une collaboration l'autre...

Quand la musique expérimentale ne se prend pas au sérieux...

   Ce n'est pas un album évident en dépit de sa magnifique couverture, qui annonce toutefois la jubilation déconstructrice du premier titre "Gasps and Spasms", curieuse réminiscence lointaine d'un groupe comme Gong dans les années soixante-dix, en beaucoup plus expérimental, mais aussi délicieusement érotique dans sa bouffonnerie espiègle.. Ben Vida est aux échantillons, au synthétiseur, Lea Bertucci à la clarinette basse, au saxophone, à la flûte, aux bandes magnétiques, et tous les deux jouent de leur voix bien évidemment. "Ghost Pipes" plonge dans des drones profonds que la flûte traverse de part en part. Ces tuyaux fantômes sont également facétieux, on y joue à cache-cache (voir la créature masquée de la couverture...) pour s'y engloutir paisiblement. "Flared Margin" propose une polyphonie d'une folle vivacité dans une atmosphère enchantée. Ce qui me frappe dans ce disque, c'est sa liberté, son inventivité permanente. Cette musique respire, elle déborde d'une poésie rare. La belle voix grave de Ben Vida sert de base à "Static Pressure" : nous sommes au bord de murmures, de jouissances minuscules qui prennent soudain une ampleur inattendue, comme si nous étions dans un temple, et le morceau finit presque comme une prière ! "Fugue State" (titre 5) est une suite rapide de moments esquissés, de chuchotements terminés en queue de poisson : très joli titre à l'ambiance magique, juste avant "Basso Profundo", la plus longue pièce, aux bourdons délicatement foisonnants, avec des accents curieux de musique bouddhique, les voix entremêlées dans un arrière-plan brumeux. Ce serait presque sérieux, sauf que ces deux-là s'amusent beaucoup à subvertir les formes qu'ils empruntent, ici par une outrance de belle allure, une explosion interne de chuintements conjurés.

   "The Vast Interiority" (titre 7) marque tout de même un changement de cap momentané, en dépit des accidents sonores dont les deux musiciens se plaisent à peupler leur composition : nous voici dans une musique ambiante extatique, animée d'une ample pulsation ondulante, tapissée de réverbérations et de vocalises minuscules, marque de l'album.

   Le très court titre éponyme est une pochade moqueuse, faux entretien s'effilochant en cascades de gloussements et terminé par un grand rire. "Permanent Singularity", entre clapotements et battements, sifflements, crée un climat mystérieux et prenant avant de s'évaporer en nouvelles facéties vocales. L'impressionnant dernier titre, "I am the size of what I see", n'échappe pas à ces glissements délicieux, manifestations d'une vitalité débordante qui excède la forme foisonnante pour l'aérer, l'ouvrir au plaisir du démasquage...

Paru en avril 2022 chez Cibachrome Editions (apparemment le label de Lea Bertucci) / 10 plages / 40 minutes environ

Pour aller plus loin

- Plus rien sur Bandcamp...

- En concert le 5 novembre 2022, au Kunsthalle de Mannheim.

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