Francis Heery - Garry Kasparov vs Deep Blue
Publié le 1 Juin 2026
La présentation de l'album m'avait laissé dubitatif, méfiant : encore une intrusion technologique dans la musique ! Certes, je n'oublie pas qu'elle était considérée par Pythagore comme une science mathématique, et qu'aujourd'hui logiciels numériques, algorithmes, déferlent sur Euterpe au point de sembler renvoyer au placard les vieilles méthodes de composition fondées sur l'inspiration, l'intuition, l'artisanat. De quoi s'agit-il ? L'improvisateur, compositeur et artiste sonore irlandais Francis Heery, dont la musique s'inspire de la science-fiction, des philosophies occultes et de la bio-esthétique, retrace dans cet album Garry Kasparov vs Deep Blue les coups joués lors du match revanche de 1997 entre le champion d'échecs Garry Kasparov et l'ordinateur Deep Blue de la firme IBM. Je ne sais pas comment il convient d'interpréter le choix du match revanche, perdu par le Russe : apologie de la technologie ou cri d'alarme. Toujours est-il que le compositeur, nous dit-on, a noté les coups à la main sur papier (!!!), puis composé à partir des données ainsi rassemblées grâce à une sorte « d'algorithme (biologique) à l'ancienne », souligne-t-il malicieusement. Ce qui compte, c'est le résultat, et le résultat, c'est sa présence dans ces colonnes !
Ivresses électroniques
Très vite, avec ce disque, j'ai perdu pied, complètement absorbé, fasciné par l'alternance entre les poussées montantes électroniques et les échappées dansantes de notes, esquissant des figures insaisissables. Je renonce à distinguer les six parties, quatre autour de dix minutes, une autour de huit et la dernière autour de quatre. C'est un brouillard qui monte, une fantasmagorie aux fleurissements baroques en fin de "Game 1". J'ai oublié les échecs, et toute la présentation. Il y a une musique, fabuleuse, et belle, qui vous reprend partie après partie. Une gigantesque partie de cache-cache avec les Mystères tapis au cœur des entrelacs, dans les sources glissantes des traînées électroniques. J'ai pensé parfois aux œuvres de Costin Miereanu, dont la republication fut l'un des événements discographiques majeurs de 2025. Comme chez Miereanu, l''électronique n'est ni effrayante ni machinique : elle est l'élégance même dans ses surgissements, ses répétitions, ses ondulations, ses courbes et contre-courbes d'une grâce sensuelle. "Game 3" est une succession de vagues chaleureuses, miroitantes, accompagnée de micro bousculements quasi aériens. Comment ne pas être sous le charme de cette musique d'une légèreté illuminante, grisante ? Chaque partie semble un labyrinthe aux facettes et couloirs évanescents, renaissants, qui se désagrège en bulles fantasques, se perdant dans une irréalité hypnotique, où le même et l'autre s'échangent dans un vertige fabuleux...
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Francis Heery signe un album de musique électronique d'une beauté diaphane irrésistiblement ensorceleuse.
Paru le 8 mai 2026 chez Flaming Pines (Londres, Royaume-Uni) / 6 plages / 44 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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