Kreng - Wormhole

Publié le 13 Juin 2026

Kreng - Wormhole

   Brièvement mentionné à la fin d'un article consacré à Devolving Trust de Svarte Greiner, le musicien belge Pepijn Caudron, alias Kreng, revient en force avec son nouvel album Wormhole. Chez lui, la musique, le théâtre, le cinéma sont intimement liés. Il a joué dans de nombreuses pièces, s'est associé à la compagnie belge de théâtre d'horreur surréaliste Abattoir fermé pour laquelle il a composé plus de trente musiques. Son attrait pour l'horreur et les musiques sombres n'a pas manqué d'attirer l'attention du musicien Erik K Skodvin, qui dirige aussi la maison de disques Miasmah. Il en est résulté par exemple les disques L'Autopsie phénoménale de Dieu (déjà le titre, quel titre !) en 2009 et Grimoire en 2011. Mêlant instruments acoustiques, échantillons divers et électronique, Kreng se situe à la confluence d'une musique contemporaine expérimentale et d'une ambiante sombre.

Kreng (Pepijn Caudron)

Kreng (Pepijn Caudron)

   Kreng, c'est une expérience de dépaysement, une allée dans l'Étrange. Les cordes, ici, répondent à des configurations sonores monstrueuses. Le piano, dans "You are here", vous assigne une place au milieu de l'horreur inconnaissable. Ne cherchez pas à vous échapper ! Cette musique millimétrée est une toile d'angoisse dans laquelle viennent se prendre des voix, parfois.

    "Cepheide" (titre 3) chante une étoile géante variable : le violoncelle se meut dans un espace immense peuplé d'échos, de trajectoires frissonnantes que ponctue un piano feutré, mystérieux. Rarement on aura entendu une telle musique, de science-fiction si l'on veut. Une musique raréfiée, ramenée à son pouvoir hypnotique, au plus proche d'une transe énigmatique, à la beauté tranchante. " To Yield" (titre 5), ce serait le moment de céder, c'est-à-dire de s'abandonner aux fastes sombres de ces naufrages sidéraux. "Entropy" dérive insidieusement vers des chœurs à la Arvo Pärt, avec un saxophone  faussement réconfortant en contrepoint. Avec "Vacuum" (titre 7), on revient au cœur de ce trou de ver, les cordes inquiétantes ou librement lyriques, le piano toujours affilé : Kreng nous donne une musique contemporaine riche en surgissements tumultueux pour film surréel. "Donker" (titre 8, Sombre) déploie une palette quasi expressionniste parcourue de pulsations sauvages pour un rituel infernal, l'accouchement d'un chaos de gémissements depuis longtemps en germe. C'est le sommet de ce disque sculpté à même les frayeurs innommables, digne prolongement musical des récits de Lovecraft.

   "Altar" (titre 9) condense l'obscène en chants mirobolants, en avancées de blocs noirs sertis de bourdons : du Debussy détourné de tous les faunes pour une adoration veloutée, à se perdre...Le piano conclut dans une "Gymnopédie" dépouillée, bel hommage à Satie, peut-être celui de Le Fils de l'étoile, cette pièce pour piano en trois actes, écrite pour la pièce éponyme de Joseph Péladan : la trou de ver dans le réalisme ? Ou une manière de revenir des espaces effrayants et inhumains...

----------------------------------------------

  Une plongée dans des espaces inquiétants, à la sombre beauté.

Paru début mai 2026 chez Miasmah Recordings (Berlin, Allemagne) / 10 plages / 44 minutes environ

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur Bandcamp :

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :