Jana Irmert - Messengers
Publié le 18 Août 2026
Ce n'est pas le premier film dont l'artiste sonore et compositrice Jana Irmert (présentation sur l'article consacré à The Soft Bit) compose la bande originale. Messengers, réalisé par le cinéaste canadien Jeffrey Zablotny, a été présenté au Festival Visions du Réel de Nyon (Suisse) en 2025, dans la catégorie "Moyens et Courts métrages". Le film nous mène au cœur de trois observatoires souterrains dissimulés dans les profondeurs du Canada, du Japon et de l'Antarctique. Ces vastes installations consacrées à l'étude de ce qui nous échappe encore inspirent à Jana Irmert une musique frangée d'ombres, dans laquelle son choix d'utiliser notamment un orgue électronique Yamaha Electone de génération ancienne joue un grand rôle. Pour en atténuer l'aspect éthéré et irréel, elle laisse entendre les bruits matériels de l'instrument comme les bruits des touches, des mécanismes, et du souffle, lui conférant une dimension concrète.
Aux limites vacillantes des Imperceptibles...
La "Dream Cabin" initiale est le sas d'entrée dans cet autre monde. "A Fear of Wasps" nous donnerait l'illusion d'être dans un essaim de guêpes : vibrations multiples, striées, hachurées, micro bourdonnements tourbillonnants... "Subatomic Collisions" pétille des fameuses collisions dans des nuages de particules. Jana Irmert tente d'être au plus proche de l'impondérable. Sa musique se fait flottante, d'une dangereuse douceur. N'abrite-t-elle pas des bruits inexpliqués, troublants ? La beauté ici ne saurait être qu'étrangeté, lente lévitation de matières inconnues, comme en témoigne l'un des meilleurs titres, l'énigmatique et envoûtant "Something is Listening" (piste 4). Sur le seuil des invisibles et des inaudibles, elle tente de capter les signaux enfermés dans ces mondes souterrains, comme dans l'étonnant "Ultrapure" (piste 5), une des splendides réussites de cet album, bourdonnements irisés et vagues résonantes d'une vie mystérieuse ponctuée de coups ouatés. Ô doux ensorcellement !
Le diaphane "Sleeping, Listening to the Stars in Darkness" est un bel exemple de cette écoute au cœur de la volonté musicale de Jana Irmert : il s'agit de saisir le chant de ce qu'on n'entend pas, en s'abandonnant aux prestiges de la nuit pour saisir celui des étoiles, ou en pénétrant les intérieurs de la matière ("Inside the Coccon", titre 7) pour en restituer la densité émouvante, incroyable, comme l'émanation de l'Immatériel qui se meut dans les replis en imperceptibles battements et déplacements d'ondes. La solennité divagante de "Hallway of Shrines", aux vifs coloris écrasés, est bien la seule intrusion d'une matérialité plus consistante, au point de paraître mal venue dans ces univers. "Frozen into Ice" est à la musique ambiante ce que "The Cold Genius Song" de Purcell est à la musique baroque, l'effort de rendre, ici, le lent figement des textures, et c'est plutôt réussi ! À l'inverse, "Flickering in Time" s'abandonne au fil du temps, à sa nature vibratoire, sa scintillation fragile, au bord de la dissolution.
Le dernier titre, avec presque huit minutes, donne la mesure du talent créateur de Jana Irmert, dont je regrette qu'elle n'aborde pas plus souvent des formes plus longues. "Monuments To Our Questions" atteint une vraie grandeur, tel un vaisseau parcourant les espaces infinis du dedans. L'orgue un peu trouble paraît une confluence de mystères bordée par les eaux noires à peine frissonnantes de l'Inconnu...
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Un disque qui vaut par lui-même. Jana Irmert compose une musique ambiante d'une troublante beauté suprasensible.
Paru le 17 juillet 2026 chez Superpang (Rome, Italie) / 11 plages / 31 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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