Lawrence English - The Rest Is My Ghost
Publié le 5 Août 2026
Présent par ses disques, par exemple Even The Horizon Knows Its Bounds paru fin janvier 2025, par sa maison de disques Room40 et ses dérivés, mais aussi par son travail d'ingénieur du son sur de très nombreux albums, par son studio Negative Space, Lawrence English est un continent sonore à lui tout seul. Pour son nouveau disque, il a fait appel à une belle pléiade de musiciens et amis, de Chris Abraham à Norman Westberg, pour faire vivre sa musique. On pourra ainsi entendre selon les titres, guitares et percussions diverses, piano, saxophones, trombones, trompettes, un chœur sur trois titres et la voix de Madeleine Cocolas sur trois autres.
Lawrence English est assez disert pour présenter son album. J'en extrait ces fragments : « C’est une œuvre qui examine comment la nostalgie est instrumentalisée pour occulter les futurs possibles. Récemment, j’ai proposé un terme pour désigner cet usage de la nostalgie érigée en arme : la « nostalgie acide » (...) désigne une projection politique de plus en plus répandue, qui opère sans aucun lien subjectif avec la mémoire qui l’entoure et qu’elle renferme. Telle de l’acide versé sur une surface, cette forme de nostalgie cherche à éroder et à lisser la complexité et la texture du vécu et du désir — ces éléments qui, jusqu’à récemment, guidaient notre rapport à la nostalgie. Au lieu de cela, la « nostalgie acide » efface la texture de l’histoire et dissout les contours du passé ; ce faisant, elle dématérialise l’horizon des possibles qui, par nature, constitue le point de départ de tout futur imaginable. "Acid Nostalgia" est un écran sans rêves, où l’incertitude, l’agitation et l’aspiration sont soumises à la corrosion, désagrégeant et neutralisant la source vive des futurs qui naissent au sein des atmosphères du présent — complexes, chaotiques par moments et chargées d’une ambiguïté particulière. » Mais le disque ne reste pas collé à ces analyses. Lawrence English y investit son parcours personnel, ses propres expériences de la nostalgie, en y intégrant un collage de références variées et de textes d'auteurs interrogeant notre manière d'exister dans le monde. Dans ce cadre, l'échec est accepté comme source de futurs imaginables.
Aux Ciels obscurs de la Nostalgie...
Le début est très solennel : trois coups espacés, comme au théâtre, puis deux fois deux moins espacés, avant que le décor se lève, qu'on entende le chœur lointain, des oiseaux peut-être, dans un halo élégiaque ample et lent. Les voix semblent venir d'outre-tombe : entendrait-on peu après s'ouvrir les tombeaux, avec le grondement des morts-vivants ? "Acid Nostalgia" (titre 2) est un mur noir déchiré de brusques traversées, saturé de bourdons opaques et de voix perdues dans le rayonnement abyssal ou sépulcral. Si de petites lumières s'allument dans ces ténèbres grandioses d'une "Eclosion", est-ce l'annonce d'un futur se dégageant du passé informe ? Les voix du groupe The Australian Voices humanisent à peine ce qui s'enfonce à nouveau dans des vents épais. "Sodium Vapour Halo" (titre 4) serait le souvenir des éclairages au sodium de Los Angeles : la luminescence sonore saturée baigne la pièce d'une irréalité presque liquide, à s'y noyer dans ses clapotis,, poursuivis sur "Grey's Shadow". Décidément, Lawrence English se délecte dans les entre-deux. Son monde est crépusculaire, gris, fantomal, traversé d'ombres et rongé de halos. Qu'est-ce qui différencie le futur du passé ? Les deux sont aussi incertains, fragmentaires, au bord du chaos. Le ciel des deux tient en une ligne clignotante, celle de "One Line Sky" dessinée par les architectures de Hong-Kong, confie Lawrence, amenant le coup de tonnerre des falaises d'immeuble barrant le ciel comprimé qui nous emporte dans son vertige grondant... Sa "Metabolic City"(titre 7) vit d'une vie fragile, menacée de disparition dans cet espace cosmique pour archanges. Un souffle épique saisit "Aerial Cable" envahi d'une brume où se sont abimés les gongs vaporisés, et la voix de Madeleine Cocolas très loin dans l'indiscernable effondrement d'imminences foudroyées. Le sommet de l'album ! Au milieu de la débâcle, "Hack" (titre 9) exhume le piano de Chris Abraham comme le petit signe fragile d'une humanité en germe. "GhostType", enfin, est la réponse spectrale à l'entrée dramatique de l'album. Plus aérée, la composition esquisse des bribes de mélodie dans un brouillard qui s'effiloche, se lève, peut-être...
Décidément, Lawrence English se délecte dans les entre-deux. Son monde est crépusculaire, gris, fantomal, traversé d'ombres et rongé de halos. Qu'est-ce qui différencie le futur du passé ? Les deux sont aussi incertains, fragmentaires, au bord du chaos. Le ciel des deux tient en une ligne clignotante, celle de "One Line Sky" dessinée par les architectures de Hong-Kong, confie Lawrence, amenant le coup de tonnerre des falaises d'immeuble barrant le ciel comprimé qui nous emporte dans son vertige grondant... Sa "Metabolic City"(titre 7) vit d'une vie fragile, menacée de disparition dans cet espace cosmique pour archanges. Un souffle épique saisit "Aerial Cable" envahi d'une brume où se sont abimés les gongs vaporisés, et la voix de Madeleine Cocolas très loin dans l'indiscernable effondrement d'imminences foudroyées. Le sommet de l'album ! Au milieu de la débâcle, "Hack" (titre 9) exhume le piano de Chris Abraham comme le petit signe fragile d'une humanité en germe. "GhostType", enfin, est la réponse spectrale à l'entrée dramatique de l'album. Plus aérée, la composition esquisse des bribes de mélodie dans un brouillard qui s'effiloche, se lève, peut-être...
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Aux frontières de la nuit chaotique des possibles, Lawrence English réinvente la nostalgie dans une fresque fabuleuse.
Paraît le 7 août 2026 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 10 plages / 40 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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