Stephen Holliger - Fives and Sixes
Publié le 26 Août 2026
Stephen Holliger considère son disque comme une réflexion sur la mémoire, la foi et l'impermanence, une méditation sur le temps, la mémoire et la beauté silencieuse de ce qui nous échappe. À l'aide de textures de guitare, de résonance métallique et de bribes de souvenirs de son enfance (un Noël, des moments avec le chien de la famille, échantillons de la voix de sa grand-mère, un service religieux paisible, une dernière partie de yams...), il s'interroge sur ce qui reste quand le passé commence à s'estomper. Faire de la musique avec les souvenirs, c'est tenter de retenir ce que l'on peut alors que tout autour de soi se transforme...
Son précédent disque, Glass Tongue, sorti en juin de cette année, semble les prémices de Fives & Sixes, au titre inspiré par le jeu de yams, ce jeu sans doute au cœur des souvenirs dont ce nouveau disque s'est emparé...
La Beauté tranquille de ce qui glisse dans les Lointains...
Est-ce la voix de la grand-mère, ou celle d'autres parents ? On entend le chien, le tout saisi dans un mouvement magnifique, une profondeur tapissée de bourdons, comme l'intérieur de la chambre mémorielle... "First Breath" est une entrée majestueuse, d'une beauté spectrale, à faire frémir, ornée de griffures fines de guitare. Se lèvent peu à peu de multiples bruits-souvenirs, charriés dans cet ample mouvement d'une somptuosité renversante qui ne serait peut-être, en somme, que la fabrication de la Mémoire ? "Hymn of Light" (titre 2) vibre de sortes de harpes résonantes tel un raga énorme lancé vers le firmament, calmé par une clochette qui ouvre la boîte aux souvenirs. La pièce semble une éclosion permanente de traces de vie qui se fondent en un long glissement sur fond bourdonnant, en une apothéose tranquille, émerveillée...
"Beneath the Pew" (Sous le banc d'église) donne l'impression d'écouter un organiste fantôme dont la musique se mêle à des vents venus de partout : n'est-ce pas ce que pourrait éprouver un jeune enfant traversé par ce flux puissant et si mystérieux ? Le titre éponyme vogue sur des flots moirés. La musique de Stephen Holliger immerge l'âme dans un passé sublimé. On entend les jets de dés, littéralement emportés dans un courant noir pour être jetés sur le rivage de la mémoire !
"Final Drift", long titre de presque vingt minutes, est un beau massif d'ambiante noyée d'une brume mouvante, digne de la galaxie sonore de Lawrence English qui a veillé sur le disque dans son studio Negative Space. Dans ce flux doucement extatique sont coulés les souvenirs, petits bruits émouvants, si fragiles, les riens de la vie que la Mémoire enrobe et confond au bord de la dissolution. L'intime avalé par le fleuve grandiose du Temps, ce grand transformateur...signé par quelques accords de guitare translucides.
Paru le 21 août 2026 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 5 plages / 46 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
Extrait de son album précédent ci-dessous :
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