Publié le 2 Février 2026
L'artiste et producteur sonore britannique Craven Faults m'a pris dans ses filets à nouveau avec son troisième double album Sidings (Voies de garage). Standers, en juin 2023, m'avait déjà conquis, malgré quelques réticences. Comme les précédents, il serait enraciné dans le Yorkshire post-industriel où se trouve l'ancienne usine qui l'abrite. C'est difficile d'en juger à l'écoute, aussi n'en dirais-je pas plus à ce sujet. Ce qui est certain, c'est que la lourdeur que je lui reprochais ne me semble plus un défaut. C'est une caractéristique de cette esthétique hypnotique, post-industrielle et post-pop. Les synthétiseurs modulaires remplacent batterie et basse, boucles et retards soutiennent et font durer des mélodies réduites à quelques notes. Craven Faults est le laboureur d'une musique électronique qui enfonce lentement en vous les socs de ses boucles inlassables.
Huit titres, dont trois de plus ou moins quinze minutes, les deux premiers et le dernier. Il a raison, Craven Faults, il lui faut la durée. Le temps de nous traîner dans son labyrinthe de reprises, d'appuis percussifs massifs, comme dans "Ganger", le premier titre lancinant, orageux, hanté d'appels comme des lassos, un titre de post-rock minimaliste électronique dont on a peine à ressortir. La répétition obstinée d'une ou deux notes sert de matrice au second titre "Stoneyman" (Homme de pierre, traduction éloquente !), au rythme puissant, implacable, laissant entendre comme des voix enfouies dans les textures tourbillonnantes. L'évocation hallucinée d'un monde industriel transformé en matériau musical fascinant !
Les plus courtes pièces (entre trois minutes au moins, quand même, et six) ne sont pas insignifiantes pour autant. "Three Loaning End" (titre 4) chaloupe un univers de pluies de suie sur fond de bourdons et de claviers suspendus dans des résonances chaleureuses. "Up Goods Distant, Down Goods Home" (titre 5), ce serait un train de marchandises cheminant parmi les collines, allant son allure nonchalante et obstinée, soufflant et sifflant. "Incline Huttes"(Huttes en pente) commence dans des glissendos, en pente comme son titre, impose son balancement, marque de fabrique du compositeur, ses boucles majestueuses, gorgées de sinuosités mélodiques. L'étonnant "Drover Hole Sike" esquisse un univers plus inquiétant, réchauffé par un lyrisme de voix synthétiques.
Enfin, "Far Closes" (Fermetures lointaines), aux synthétiseurs diaprés et tournoyants, est une pièce répétitive superbe. Il y a une forme de poésie épique dans cette musique volontiers planante nous entraînant dans ses immenses girations extatiques.
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Massive attaque de musique électronique enveloppante et hypnotique !
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N.B. (titre en rouge) Petit détournement du poème de Charles Baudelaire, La Mer...
Paru le 23 janvier 2026 chez The Leaf Label (Royaume-Uni) / 8 plages / 1 heure et 9 minutes environ
Pour aller plus loin
- album en écoute et en vente sur Bandcamp :
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