Publié le 27 Juillet 2026

Terry Riley - The Holy Liftoff (Claire Chase / JACK Quartet / Samuel Clay Birmaher))

[À propos du disque et des musiciens impliqués] 

   Ce disque de la flûtiste Claire Chase s'insère dans le projet de célébration du centenaire de Density 21.5, pièce pour flûte seule composée en 1936 par Edgar Varèse. C'est le onzième volet de cette initiative qui se déploiera au total sur vingt-quatre ans, dans le but de constituer un répertoire nouveau et audacieux pour la flûte. Le compositeur en est.. Terry Riley ! En 2022, alors âgé de 87 ans, il commence la composition de The Holy Liftoff (Le Saint Décollage), sous la forme d'un carnet d'esquisses à partition ouverte destinées à être interprétées par Claire Chase en collaboration avec un nombre variable de musiciens. Terminée en 2024, l'œuvre comporte d'importantes sections entièrement écrites et d'autres en notation graphique, laissant aux interprètes une grande liberté d'interprétation. La version que nous entendons, conçue par le compositeur new-yorkais Samuel Clay Birmaher, en étroite collaboration avec Terry Riley et les interprètes, est écrite pour plusieurs flûtes et un quatuor à cordes.

[L'impression des oreilles]

« ...et toutes les énergies s'élevaient vers un paysage céleste surréaliste. » *

Joies et gravités d'une Suite illuminée !

   The Holy Lifthoff est caractéristique de la veine cosmique prise par Terry Riley depuis quelques années. Les vingt-deux mouvements évoluent dans une atmosphère douce et fluide, vaporeuse dans la première partie, plus grave parfois dans la seconde moitié. On y entend à plusieurs reprises la voix de Terry annonçant le titre de la nouvelle section. La flûte, seule ou en chœur multi-pistes à huit voix, dialogue avec le quatuor à cordes dans une joie merveilleuse. Ce sont d'abord comme des vignettes, des tableautins charmants inspirés par les dessins du compositeur. La flûte y est tantôt pastorale (deux sections sont titrées "Pastorale" et "Pastorale Hymn"), suave, tantôt brillamment dans des harmonies envolées. Le quatuor la soutient de ses boucles minimalistes et incantatoires. La musique est çà et là tapissée de bruits de pierres frottées ou de vents, de chants d'oiseaux.
   Presque au centre de l'œuvre, "Ishi Dream" (titre 13) campe brièvement une atmosphère presque grinçante se résolvant en une élégie bourdonnante. Ishi, dont le nom revient pour plusieurs sections, est-il une référence au dernier du peuple autochtone Yahi en Californie, ou le mot japonais (Terry vit au Japon depuis quelques années) signifiant « pierre ou roche » ? Je penche pour la première solution, qui rend mieux compte de l'alternance entre joie et mélancolie dans la seconde moitié du disque, avec le poignant "The Realm of the Silver Balloons" et le grand moment de "The Tragedy of What We Lost" en mémoire à la tragédie de la fusillade d'Uvalde le 22 mai dans une école du Texas (titres 16 et 17), cordes envoûtantes, mystérieuses et flûte passant d'une suprême douceur à d'étourdissantes arabesques. La gravité cède à nouveau la place à la légèreté, à la fantaisie sur "Angels in the Snooker Parlor" : qu'on s'imagine des anges jouant au billard américain, et figurez-vous qu'ils dansent et jouent comme des claquettes ! "Horizon Streakers Rag" est tout aussi réjouissant, cordes charmeuses et flûte sémillante.

   Avec "All Arise" (piste 20), on est au cœur de l'alchimie à la Riley, de ses meilleurs quatuors à cordes : envolées frémissantes, voltes et contre-voltes, bousculades sur un bourdon, atmosphère irréelle de conte et passages élégiaques. Une splendeur ! Que l'étonnant "Pulsing Liftors" prolonge d'une rêverie frémissante, où la flûte se baigne dans les cordes et par-dessus elles en tremblements et roulements. "Escape" conclut par une pulsation farouche, écorchée, caquetage d'un poulailler halluciné, suivie d'une échappée glissante, cette œuvre inépuisable qui n'a cessé de nous surprendre et de nous enchanter !

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* Terry Riley présentant son œuvre.

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   Un nouveau chef d'œuvre de Terry Riley !

Paru le 17 juillet 2026 chez Sono Luminus (Boyce, Virginie / États-Unis) / 22 plages / 1 heure et deux minutes environ

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Publié le 23 Juillet 2026

Lynn Wright - Before the Sinking Plains

   New-yorkais installé à Berlin depuis fin 2022, le compositeur Lynn Wright, qui joue de la guitare hawaïenne au sein du groupe Insect Ark,  a arpenté les scènes underground de New-York et d'ailleurs avant d'enregistrer son premier album personnel  avec son collaborateur le compositeur, monteur et ingénieur du son Simon Goff qui l'a mixé.

  Before the sinking plains (Devant les plaines qui sombrent) est né de boucles de guitare que Wright créait chaque matin dans son appartement. Il en a sélectionné certaines pour y ajouter des couches de guitare traitées, de voix sans paroles et de synthétiseurs. Le résultat est une suite de compositions atmosphériques dénuées de toute violence ou agressivité sonore.

Le compositeur Lynn Wright

Le compositeur Lynn Wright

Élégies perdues...  

L'ouverture du disque, "El Cabanyal" est grandiose : orgue d'église (ou synthétiseur...), bourdons, voix éthérée(s), sur lesquels la guitare vient poser ses quelques notes détachées, gouttes de lumière sur un océan sombre. Les voix reviennent hanter la trame, comme un prélude au naufrage annoncé. "Surely As the Tea" se fait plus ténébreux, respiration trouble de synthétiseur et poussées glauques. Lorsque les voix se font entendre, c'est pour un lamento déchirant que la guitare réapparue brode d'un motif obsédant. "The Simple Keys Falling" semble une chanson mélancolique au bord de la dissolution mais s'élançant vers le ciel en élans mélodieux.

    Quand tout disparaîtra...

   Rhodes brumeux aux longues résonances, guitare aux notes comme figées, répétées, "Réunion" (titre 4) avance lentement sur un fond de voix perdues. "Morning Voices", aux boucles entêtantes de guitare, s'enfonce dans des graves bourdonnants sur lesquels évoluent des voix presque défaites, puis envolées dans les hauteurs. La musique de Lynn Wright excelle à magnifier une tristesse sans nom, sans paroles !

   "Snowbirds" (Hivernants ?), c'est une comète floue, brouillée, lancée dans l'infini, hantée de voix diaphanes. Le titre éponyme, le plus long avec ses sept minutes, déploie un chœur de voix à demi effacées sur un carillonnement de guitare et de synthétiseur fondus dans une trame grondante scintillante lui conférant une dimension majestueuse.

  "At Last It Leaves You" répond au morceau d'ouverture par des textures de synthétiseur-orgue en voiles ondoyants, doux, au revoir ralenti d'une tristesse exsangue... 

Paraît le 4 septembre 2026 chez Miasmah Recordings (Berlin, Allemagne) / 8 plages / 33 minutes environ

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Publié le 21 Juillet 2026

Futuro Ancestrale (Giuseppe Doronzo, Yannis Kyriakides, Andy Moor, Franck Rosaly) - Elsewhen

   Futuro Ancestrale, c'est la rencontre entre le saxophoniste et multi-instrumentiste italien Giuseppe Doronzo, installé à Amsterdam, et les cofondateurs du label Unsounds Andy Moor (guitare électrique) et Yannis Kyriakides (électronique en direct, échantillonnage), avec le renfort du batteur portoricain - américain Frank Rosaly. Elsewhen est le deuxième disque du groupe, dont le nom même annonce la volonté de célébrer les musiques anciennes en les confrontant aux nouvelles musiques, y compris électroniques. Autrement dit, on s'attend à un disque sous haute tension, entre musiques du monde, free jazz et musique contemporaine, le tout avec une bonne dose d'improvisation ! Des instruments traditionnels chinois, tchadiens, albanais, côtoient l'électronique.

 

   

   Sur le premier titre, "Eye of the Hurricane" (L'Œil du cyclone), Giuseppe Doronzo joue du hulusi, sorte de flûte chinoise composée de trois tubes percés de trous sortant d'une calebasse, dont le son rappelle celui de la clarinette. Sa douceur contraste avec la guitare électrique d'Andy, aux sons métalliques, écorchés. La mélodie sinueuse est emportée dans un rythme blues-rock bien lourd, de plus en plus chargé de décharges rageuses, enflammées. De quoi réveiller l'été engourdi de chaleur !

   La cyla dyjare, double flûte albanaise, se pose sur un socle de  gestes percussifs erratiques dans "Ghostline" (Ligne fantôme). Musique bucolique revisitée, bousculée, d'un berger hanté par des esprits manifestement frappeurs, jappeurs ! Des textures électroniques feutrées, râpeuses, rêveuses, s'immiscent entre les hoquets, soubresauts de la batterie, de la flûte, de cette pièce fantasque, apaisée sur la fin. 

   Le troisième titre, "Scindone", prend son nom d'une ancestrale prière païenne des Pouilles, murmurée par les paysans au soleil avant d'entrer dans les champs. Jolie pièce à l'introduction chorale chantée en italien (ou/et dialecte ?) sur un frottis percussif, elle se développe ensuite librement en nuages de saxophone, étincelles de guitare, presque irréelle. Une atmosphère magique, méditative, se dégage de ses volutes harmonieuses tapissées de textures étranges concoctées par Yannis Kyriakides.

  "Elsewhen" sonne comme une cérémonie secrète : pièce plus nettement contemporaine, elle se tisse sur une ligne resserrée, lacérée de guitare, de saxophone très free, de batterie attentive et frémissante, sur un fond bourdonnant de basses.  Le saxophone sur "Blind Needle" se débat entouré de sons troubles, comme s'il était, justement, pris dans une aiguille à chas borgne (beautés de la traduction, quand même !). Toutes les textures sont déchirées, le saxophone craque les tissus vers la sortie... "Saturno" (titre 6) est un bouillonnement autour de la guitare déchaînée et du saxophone halluciné, la batterie ponctuant ce pandémonium de fourberies sonores que "Underrun" prolonge de plaintes de saxophone et d'une mixture de guitare enflammée en longue pulsation, avant une pause méditative hantée par les sons d'ailleurs de Yannis Kyriakides.

   Sur "Faló"(cheval, en hongrois ???), Giuseppe Doronzo enfourche le kakaki, une trompe de trois ou quatre mètres de long utilisée en Afrique lors de cérémonies officielles et de rituels, ici le rite nocturne de passage de l'hiver au printemps. L'impressionnante sonnerie est entourée de sons comme d'insectes, devient danse, avec retour du saxophone affolé, sur un mur électronique qui dépayse la cavalcade trépidante, trépignante, achevée par la guitare implacable.

   Le dernier titre est pour moi le plus beau, plus épuré, plus dans la lignée des compositions de Yannis, même si le morceau est crédité à Giuseppe, ce qui montre bien l'étroite parenté musicale entre ces hommes. "Driftlight", oui, une lumière dérivante, éclairs de guitare, quelques notes de piano, coups de gong, dans une atmosphère d'orage latent, quand tout prend du relief, le saxophone se faufilant dans cette avancée magnétique, suspendue, cymbales frottées sous le saxo parti dans les aigus, la guitare au plus proche de froissements métalliques, bruit de sonnailles sur la fin du titre, extatique, recueillie...

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   Un disque turbulent, entre magie et extase, où les musiques traditionnelles sont emportées dans le tourbillon d'un mélange détonnant de free jazz et de musiques contemporaines inventives.

Paru en juin 2026 chez Unsounds Records / Tora Records (Amsterdam, Pays-Bas) / 9 plages / 46 minutes environ

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Publié le 17 Juillet 2026

Kassel Jaeger - Sub Re

[À propos du compositeur et du disque] 

   Directeur depuis 2018 du GRM (Groupe de Recherches Musicales de l'Institut National de l'Audiovisuel) le compositeur et musicien électroacoustique franco-suisse François J. Bonnet a collaboré notamment avec Stephen O'Malley, Giuseppe Ielasi. Sous le nom de Kassel Jaeger, il revient chez Shelter Press avec Sub Re, un album dont le titre latin insiste sur son exploration de la matière sonore brute « sous la chose, sous la substance ». Il s'agirait rien moins que de plonger dans l'immanence des sons, leur flux moteur. Le compositeur recourt pour cela à des sources diverses : acoustiques, électroniques, naturelles ou artificielles, trouvées par hasard ou créées. Deux fragments, le premier entendu pour la première fois lors d'un concert organisé à Venise dans le cadre de la contribution de la plasticienne franco-marocaine Latifa Echakhch au pavillon suisse de la Biennale d'art de 2022, le second en conclusion d'une œuvre présentée lors de la première biennale du son à Sion (Suisse) en 2023, ont été façonnés et détachés de leur contexte d'origine pour être intégrés dans les deux grands mouvements du disque, chacun d'environ vingt-et-une minutes. Sub Re fait aussi écho à un chapitre des Travailleurs de la mer de Victor Hugo, lorsque le protagoniste, seul en pleine mer, sous une épave gigantesque prise dans les mâchoires d'un récif isolé, doit faire face à l'impossible. Sous la surface...

Le compositeur François J. Bonnet © Ele_onore Huisse

Le compositeur François J. Bonnet © Ele_onore Huisse

[L'impression des oreilles]

Les Charmes réservés des Beautés enfouies

   La première partie commence par une vaporisation de couches musicales superposées, une sorte de méta-pop saturée, bourdonnante, déchirée de larsens de guitare, suivie d'une accalmie tout en grondements doux. Nous sommes parvenus dans les grands fonds, si nous pensons à la référence au roman de Victor Hugo. Et c'est alors que commence un mouvement, baptisé a shell, a bell, a spell. Sur le bourdonnement sonne(nt) une ou plusieurs cloches, en un canon vers les graves, l'incantation, le charme monte en une boucle se balançant : c'est un moment magique, qui a immédiatement déclenché l'envie d'écrire cet article. Les tintinnabulements se chevauchent dans des courants profonds, des vagues comme des ostensoirs émettant leurs fumées sonores. On se dit, c'est cela, la musique, cette lame de fond enchanteresse, cette sonnerie des abysses. On est au-delà, tout est réconcilié dans ce baume sonore. On navigue ensuite au fond du fond, dans l'émission fragile d'un picotement synthétique à la limite de la perception, dans une ouate qui tapisse nos oreilles envahies par cette suavité modeste. Puis quelque chose bat la matière, pulse, fait se lever une force venue de très loin, un chant irisé un peu trouble planant sur un bourdonnement de micro-battements fondus. Une véritable polyphonie de textures se rapproche peu à peu d'un chœur de voix éthérées, se mêle à lui en un finale d'une éblouissante et hypnotique beauté...

Ô Elégies, douces transes lucides...

    Introduite par des frappes percussives comme des déflagrations résonantes, les départs d'un feu dans des matières opaques, la seconde partie se tapisse de fins bourdons, est envahie par un orgue ondulant, auquel s'enchevêtrent des stries roulées, des mouvements troubles, puis tout se calme et s'unifie pour laisser entendre des sortes de trompes. -- je pense à la magnifique photographie de couverture ! La pièce est devenue discret lamento lamentable, les trompes semblant provenir d'un labyrinthe : elles gémissent doucement, leurs échos se fondent dans un mur sonore d'abord à peine piqueté de micro-paillettes, puis traversé de venues oscillantes, de clartés. C'est un moment de grande paix presque immobile, dans la répétition d'une boucle clignotante. Le prélude à l'audition du plus secret, ce léger tournoiement de vents très fins dans lequel viennent s'incruster des sons de terrain, une scène champêtre en filigrane, clapotements d'eaux, piaulements d'oiseaux, bourdonnements d'insectes. Kassel Jaeger excelle à juxtaposer, ou plutôt à greffer, des atmosphères, la nouvelle semblant naître de la précédente. Ainsi le dernier mouvement se lève, reprise magnifiée des lamentations des trompes, véritable sculpture mélancolique atteinte de diaphanéité miraculeuse...

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  Kassel Jaeger cisèle avec une immense délicatesse tout un monde lointain de beautés fragiles. Un chef d'œuvre !

Paraît le 10 juillet 2026 chez Shelter Press (France) / 2 plages / 42 minutes environ

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Publié le 8 Juillet 2026

XKatedral Anthology Series III

Une anthologie des musiques à évolution lente fondées sur le timbre

    Le premier volume de cette compilation est sorti en avril 2022, le second fin juin 2023. Comme toute anthologie, on s'attendrait à y trouver une qualité inégale. mais c'est de très haute tenue (il ne faut jamais généraliser...). Je vais tenter de ne pas être trop technique...

   Ce troisième volume contient des pièces vraiment magistrales, notamment la première, "My Falling Sinks" de la compositrice et organiste américaine Kali Malone (née en 1994), pour orgue en intonation juste, violoncelle et guitare électrique, interprétée par Lucy Railton et l'excellent Stephen O'Malley.

    "Empyrean Flare"  de Maria W. Horn, compositrice suédoise née en 1989, atteint une grandeur cosmique -- éclat empyréen est la traduction du titre, ne l'oublions pas, par glissandi, saturation de bande analogique et oscillateurs Supersaw. "Tesselation" du suédois David Granström (né en 1987) est construit à partir de boucles de bandes synthétisées et figées. La pièce explore un espace immense entre des mondes antithétiques, l'un tout en glissements, vagues irisées, l'autre en grincements, poussières et chocs percussifs sourds. "Smoking Mother" (piste 5) de Stephen O'Malley, créé pour un spectacle inspiré par l'œuvre de Robert Walser, puise dans les œuvres de Zia Mohiuddin Dagar, Krzysztof Penderecki et Popol Vyuh pour atteindre un minimalisme extatique.

   La composition suivante, "Att böja själarna" (Pour plier les âmes) de Mats Erlandsson, compositeur de musique électroacoustique et artiste sonore suédois né en 1985, est également une pièce superbe, juxtaposition de gerbes bruissantes et flamboyantes sur un fond de bourdons granuleux, striés, ondulés et de frappes percussives aux longues résonances.

  Ce volume III termine en beauté avec "Fault Lines" (Lignes de faille) de Daniel M Karlsson, un compositeur suédois intéressé par  la texture et le timbre. Composée à l'aide de méthodes génératives (créées par un système ou/et des algorithmes), la pièce est presque un immense glissendo de textures synthétiques et de voix humaines en évolution lente. Le résultat est confondant, les voix par moments donnant l'impression de venir d'outre-tombe tandis que les textures semblent se tordre, moirées, comme issues d'un au-delà transcendant.

Volumes I et II : à écouter absolument !

 

 

 

 

 

 

   On y retrouve quelques-uns des compositeurs du dernier volume : Kali Malone, Daniel M Karlsson -- prodigieux "Shipwrecks" (titre 6), sur le I, Kali Malone encore, Mats Erlandsson et Maria W Horn [le splendide "Dies Irae (live)" ] sur le II. Mais on en entend d'autres, comme Isak Edberg avec "Lamé" (titre 3 / Volume I) ;  Marta Forsberg explorant comme le précédent la richesse harmonique des timbres de l'orgue baroque de l'église Tyska de Stockholm sur "Disquiet (Heart)" (titre 2 / Volume I) ; le très étonnant "Glory" (titre 5 / Volume I) de Caterina Barbieri et Kali Malone, pour deux guitares électriques ; Jessica Ekomane pour "First Light" (titre 2 / Volume II), superposition de textures synthétiques dans un flux mouvant sonnant presque comme de la musique orientale ; Wilma Hultén pour "Inertia" (titre 5 / Volume II), pièce synthétique somptueuse se gonflant et dégonflant, incrustée d'esquisses délicates, raffinées...

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  Une anthologie remarquable pour découvrir ces musiques "timbrales" post-minimalistes.

Paru fin mai 2026 chez XKatedral (Stockholm, Suède) / 7 plages / 1 Heure et 7 minutes environ

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Publié le 1 Juillet 2026

Accident fantôme - Objets enchâssés dans un anneau planétaire
   Là, je mollis, tropJubilons !!

   Avant même d'écouter la musique, dégustons ce qui l'accompagne : le nom du groupe, l'incroyable titre d'album, et tout cela en français, quel régal (devenu trop rare...) ! Et puis la calligraphie du dos du disque, l'illustration de couverture, cette improbable marmite-temple au milieu des bois, sans oublier le nom de la maison de disques, que mon traducteur croit être "Trois piliers" en italien, mais qui ressemble à du latin macaronique ! *** D'avance, on devine une musique placée sous le règne de la fantaisie, d'un merveilleux qui nous fera du bien dans ce monde horriblement sérieux.

   Accident fantôme est la réunion des groupes Accident du travail et du duo messin Fantôme Josepha, avec Julie Normal aux ondes Martenot, Josepha Mougenot à la harpe, Arnaud Marcaille à la guitare à douze cordes, et Olivier Derneaux aux claviers synthétiseurs, à l'orgue, aux effets et à la flûte. Là aussi, des instruments peu communs ou délaissés, comme la harpe et les étonnantes ondes (électroniques) Martenot inventées en 1928 et développées depuis. Sans parler de l'orgue à tuyaux, en plein renouveau comme on peut le voir dans ces colonnes.

  L'enregistrement a eu lieu dans l'église Saint-Amant de Rarécourt (Meuse), qui abrite un orgue du XVIIIe siècle restauré, dont une partie des 786 tuyaux est encore d'origine.

*** De source parfaitement renseignée, j'apprends que moli del tro, en valencien (proche du catalan) signifie  « moulin du tonnerre » : adorable !

   Béatitudes !

   Le premier titre de presque onze minutes, "Cosmos", c'est un bain de fraîcheur dans les entrelacs fluides de la harpe, les oscillations chantantes des ondes Martenot et le bourdonnement de l'orgue. On se prélasse au long des longues traînées sonores, à la douceur tentatrice, que la guitare vient picorer tandis que les ondes Martenot nous entraînent dans une planète sortie de la fantaisie d'un groupe comme Gong, dont la Flying Teapot n'est pas sans analogie avec l'objet photographié en couverture. "Rhubarbe bleue" sonne comme de la musique folk en état de grâce, gentiment dansante, étourdissante avec ses boucles de harpe parsemées d'accidents mélodieux des autres instruments : je pensais aux Ondes silencieuses de Colleen, ce si bel album qui traverse bien les années.

   Grâce au troisième titre, "Poe Toaster", j'ai d'abord découvert l'histoire de cet admirateur inconnu d'Edgar Poe apportant chaque année trois roses rouges et laissant la bouteille de cognac entamée près d'elles sur la tombe de l'écrivain. C'est un dialogue paisible entre la harpe et les ondes, la flûte, comme une manière de suggérer des esprits vagabonds dans un cimetière vaporeux !

   "Euporie", est-ce la déesse de l'abondance de la mythologie grecque, le satellite naturel de Jupiter, ou l'une des armes légendaires d'Elder Ring ? Plus de quinze minutes pour trouver une réponse... L'orgue à tuyaux règne ici en majesté, environné d'elfes ou plutôt de dryades amies des arbres : le bourdon et les abeilles légères voltigeant autour du tronc grondant, qui fait entendre parfois par ventriloquie de curieuses voix. Cet univers est habité, tous les habitants jouent à cache-cache, essaient des sons énigmatiques. Se lève peu à peu un fantôme majestueux auréolé de guitare, à la faveur d'un délicieux chaos sonore unifié par le bourdonnement des notes tenues.

   La guitare arrache en douceur, la harpe pose son motif obsédant, un sifflement chantonné, c'est "Sifflement bref" (titre 5), presque pop, une pop distordue, engloutissante, boueuse (sludge, disent-ils). Pour partir... à Cuzco ? c'est le titre du bonus numérique, chanson folk* piégée par l'orgue dans une église envoûtée !

* Pas moyen d'en retrouver le titre...

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  Une musique illuminée de fantaisie ! Il est retrouvé -- quoi ? Le bonheur, qui sait ?

Paru le 12 juin 2026 chez moli del tro records (Bruxelles, Belgique) / 6 plages / 41 minutes environ (bonus numérique inclus)

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