le piano sans peur

Publié le 7 Décembre 2016

Alexander Kandov - Crystals of the Zodiac

L'actualité nous entraîne irrésistiblement, ne nous laissant guère le temps de nous attarder, nous conduisant à délaisser des œuvres importantes. C'est pourquoi, en parfait accord avec le titre de ce blog, je vais maintenant régulièrement faire un pas de côté pour remettre en lumière des disques inactuels, dont je n'avais pas rendu compte pour diverses raisons. Cela prendra la forme d'un billet, de quelques lignes, comme une invitation à plonger dans le labyrinthe du Temps au lieu de rester à la surface.

RETOUR SUR...

   Né en 1949, le compositeur bulgare Alexander Kandov, que la pochette du disque dit être connu dans son pays, en Union soviétique (oui !), aux Pays-Bas et en France, me semble en fait très loin des feux de la rampe médiatique. Pourtant, le bel album que la maison de disque etcetera a sorti en 1991 sous le titre Crystals of the Zodiac vaut vraiment le détour. Boyan Vodenicharov, piano et synthétiseur, et Robert Van Sice, marimba et vibraphone forment un magnifique duo pour interpréter ce cycle pour piano et percussion, on pourrait y ajouter "électronique" bien sûr en raison du synthétiseur et de bandes enregistrées utilisées dans certaines pièces et dans les interludes.

   Chaque pièce associe un cycle du zodiaque et une pierre : au verseau correspond le saphir, au bélier l'améthyste, etc. D'où une grande diversité d'atmosphères. Si le saphir (verseau) est toute alacrité, exubérance cristalline, l'olivine (Poissons) nous plonge dans l'ouate des rêves, l'améthyste (Bélier) associe mystère et surgissements puissants, la chrysophase (Taureau) se tient droite et fière dans la lumière, le béryl (Gémeaux) est à l'écoute de l'infime.

    C'est donc un disque superbe, qui n'a pas pris une ride, à découvrir et à déguster, véritable antidote à la morosité.

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Paru 1991 sur le label etcetera / 14 titres / 48 minutes environ

Pour aller plus loin :

- la page du label consacrée à l'album

- "Opal" (La Balance) en écoute sur cette fausse vidéo :

 

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 13 août 2021)

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Publié le 8 Novembre 2016

Douwe Eisenga - The Piano Files II

La musique du bonheur  

   Le compositeur néerlandais Douwe Eisenga nous gâte en ce moment. Après le très beau Simon Songs, le piano reste à l'honneur avec ses Piano Files II, son compatriote Jeroen van Veen toujours au clavier.

   Les Chants d'automne (titre en français) qui ouvrent l'album sont les dignes successeurs des Chants estivaux du Piano Files de 2009. Écrits pour quatre pianos, tous sous les doigts de Jeroen, ils nous entraînent irrésistiblement dans leurs mélodies tournoyantes, leurs éclats sereins et clairs. C'est une averse belle de notes vives, une folie joyeuse, comme une course dans les champs baignés de soleil, tantôt ralentie par une saine fatigue, tantôt prise d'accès de fougue incandescente. On ne s'arrête jamais, sauf une fois, épuisés de bonheur, avec une reprise toute en quasi sourdine d'une délicatesse élégiaque, et l'on se laisse aller dans une apesanteur rêveuse, doucement carillonnante. Magnifique !

   Kick, version pour deux pianos, commence par une introduction presque mystérieuse, le deuxième piano répondant comme par brèves monosyllabes décalées aux boucles obstinées et contournées du premier, puis le dialogue se fait plus égal. La marche se poursuit, tranquille, avant un bref silence et une reprise en accéléré. La pièce est une exploration brillante de motifs entrelacés typique d'un minimalisme que Douwe préfère nommer "maximalisme", puisqu'il tire le maximum d'un matériau limité, mais plus mélodique que dans le minimalisme et emprunte d'un rythme volontiers effréné, que je rattache aux musiques foraines, aux manèges, d'autant que "kick" signifie "ruade". La seconde partie de ces seize minutes est absolument éblouissante, d'une étincelante puissance, c'est tout juste si la coda nous laisse souffler.

   La suite nous propose une version pour deux pianos de son concerto de piano, en trois mouvements : plutôt vif, lent, puis animé et énergique. Le premier mouvement va caracolant à un rythme métronomique comme une machine bien huilée, avec de beaux aperçus contrapuntiques. Le second chemine doucement, câlin, dans des médiums ponctués de quelques aigus et d'un zeste de graves, d'où son aspect velouté, chatoyant, comme une draperie légèrement agitée par la brise, mais d'une grâce pudique de jeune fille dansant, à peine ondulante, avant de se lancer sans frein dans la joie du mouvement vers la fin, puis de revenir à sa retenue et de s'immobiliser. Le troisième mouvement propose d'abord la chevauchée exquise de deux cavaliers qui virevoltent, font des entrechats : rien d'appuyé, c'est d'une légèreté aérienne, puis le ton se fait plus grave, le morceau monte en puissance, la cadence devient obstinée, les variations serrées. Pièce diabolique, martelée avec une précision, une élégance incroyables. Et quel souffle, quelle jubilation dans ces ajours sertis de lumière, de la dentelle pianistique qui nous enserre dans ses rets pour notre plus grand plaisir !

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Paru en 2016 / 5 titres / 59 minutes environ / Disponible sur le site du compositeur seulement sous forme de fichiers compressés (hélas !), ce qui en dit long peut-être sur la diffusion difficile de beaucoup de musiques, à moins que ce ne soit un choix de la part du compositeur...

Pour aller plus loin :

- le site de Douwe Eisenga, sur lequel vous pourrez trouver partitions etc.

 

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 13 août 2021)

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Publié le 24 Octobre 2016

Larry Polansky - Three Pieces for two pianos

   Cofondateur du collectif de compositeurs Frog Peak Music (qui comprend notamment Alvin Curran, Kyle Gann, Michael Byron, des compositeurs importants encore trop peu connus, présents sur ce blog) guitariste, mandoliniste et compositeur, enseignant en Californie, Larry Polansky allie algorithmes et chansons populaires américaines. Il a joué avec le guitariste Nick Didkovsky, chanté, publié aussi bien de la musique chorale, de chambre que des pièces pour piano ou électroacoustiques.

   Comme parfois, je ne rivaliserai pas avec le livret, érudit et technique, de Michael Winter. D'ailleurs, au diable la technique, les mathématiques, puisque ce qui compte c'est le résultat pour l'oreille, l'agrément que la musique est censée apporter à l'auditeur. Ce qui compte, c'est que la pièce éponyme (2006 - 2007), en quatre parties pour plus de trente-trois minutes, est un monument de la musique pour piano d'aujourd'hui.

   La pièce commence presque timidement, note à note, puis le second piano répond, vient se nicher en contrepoint d'une ligne au lyrisme limpide, méditatif, le mouvement s'accélère dans une sorte de ronde, le calme revient, une ligne monte, monte à nouveau, entourée de diffractions, d'éclats transcendantaux pour ainsi dire, retour au calme et lente remontée sourde dans un clapotis d'aigus. Superbe début post-lisztien avec une coda intériorisée. La deuxième partie s'ouvre quelque part entre Federico Mompou et Claude Debussy, raffinée, de plus en plus retenue dans sa mélancolie distinguée, émaillée de quelques dissonances. L'interlude qui suit reprend les matériaux du début précédent, matériaux qu'il allège de leur poids mélancolique.

   Avec la troisième partie, la plus longue, les quatre mains se lancent dans un curieux canon comme si quatre motifs à la Morton Feldman se croisaient, s'enchevêtraient, se chevauchaient. À mesure que s'étoffent et se diversifient les motifs,  se constitue un continuum diapré, micro fracturé, sous tendu par une ligne de basse profonde, tantôt calme, tantôt s'agitant jusqu'à créer des tourbillons ébouriffants. La pièce s'avance dans des vagues toujours plus hautes de médiums sur ce lit de graves, accompagnées d'une pluie erratique d'aigus carillonnants comme de fines gouttelettes vaporisées sous une vive lumière : c'est absolument magnifique et réjouissant, avec une conclusion en forme de descente chromatique irréelle.

   Avec "Old Paint" (2010, pour un seul piano), Larry Polansky retravaille une chanson traditionnelle de cow-boy, "I Ride an Old Paint" en flirtant avec l'atonalité : sur et autour de la ligne fluide de piano, la voix de Larry égrène les paroles, tandis que diverses percussions ponctuent la mélodie. C'est délicieusement improbable, ravissant. Les cinq "k-toods", fondées sur des mutations morphologiques, sont des pièces extrêmement vives, qui font un peu songer aux études de Conlon Nancarrow par leur virtuosité, leur polyrythmie proliférante, leur caractère endiablé pour tout dire, ce qui n'exclut pas de beaux passages rêveurs, ni un évident humour comme dans la quatrième, "baby pictures", espiègle, virevoltante, puis interrompue par des jurons, repartant comme une folle pour s'arrêter narquoisement à plusieurs reprises avant de s'emballer de plus belle. Un délice pianistique ! Ce petit cycle se conclut par une pièce moqueuse, tout en éclats rieurs, en arpèges étincelants.

   Les deux "Dismission" qui terminent le disque sont deux petits hymnes discrets pour un seul piano : rythme lent, avec de brefs mouvements vifs, comme des célébrations émues au bord du silence.

   Un disque remarquable pour découvrir l'un des grands compositeurs de notre temps.

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Paru en 2016 sur le label New World Records / 12 titres / 60 minutes environ

Pour aller plus loin :

- la page consacrée au disque sur le label : on peut y écouter des échantillons.

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 12 août 2021)

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Publié le 27 Septembre 2016

Nicolas Horvath à la Philharmonie de Paris

   Passionnés de piano et admirateurs de Philip Glass, réservez votre Nuit blanche de samedi, car le pianiste Nicolas Horvath, régulièrement présent dans ces colonnes, interprètera dans l'ordre chronologique de composition la totalité de l'œuvre pour piano du compositeur américain. Le concert commencera à 19 heures. Il doit durer douze heures, sans interruption : nouvelle performance et expérience de transe pour ce pianiste habitué aux concerts fleuves.

    Cela vous effraie ? Lui ne bougera pas de son piano, c'est sûr, pas même pour aller aux toilettes comme à l'accoutumée (il s'entraîne spécialement, jeûnant et s'abstenant de boire le temps qu'il faut pour ne pas être dérangé pendant le concert). Vous, vous pourrez aller et venir, discrètement bien sûr, vous assoupir ou dormir à certains moments, c'est à votre guise...

   Voici le programme :

  • Intégrale de l'oeuvre pour piano de Philip Glass
  • 19h00: Sonatina n° 2, 600 Lines, How Now, Two Pages, Music in Fifths
  • 21h00: Music in Contrary Motion, Einstein on the Beach Suite, Improvisation, A Secret Solo, North Star & Victor’s Lament, Modern Love Waltz, Satyagraha :acte III Conclusion, Mad Rush
  • Glassworks: Opening & Closing, The Late Great Johnny Ace: Coda, Koyaanisqatsi: Prophecies, Akhnaten: Dance (acte III sc.3), Mishima: Closing
  • 23h00: The Olympian: Lighting of the Torch, Wichita Vortex Sutra, Powaqqatsi: New Cities & Anthem, The Thin Blue Line, Metamorphosis 1-5, The Screens: Night on the Balcony & More
  • Anima Mundi: Living Waters, A Brief History of Time, Orphée Suite
  • 01h00: Candyman Suite, La Belle et la Bête Suite, Etudes 1, 2, 3, 4, 5, 9 et 10, Jenipapo no 14, Now So Long After That Time (étude 6), Monsters of Grace: Epilogue, Etudes 7, 1, 8
  • The Truman Show: Truman sleeps
  • 03h00: Dracula, Naqoyqatsi: Prologue & Primacy of Number, The Fog of War, The Hours, Dreaming Awake, Metamorphosis 2 newer version
  • 05h00: Piano Concerto no 2, Secret Window end credits, NeverWas Set, Etude 11, A Musical Portrait of Chuck Close (etudes 12 & 13), The Illusionist, Notes on a Scandal
  • No Reservations Combine, Sound of Silence, Etudes 14,15,16,17,18,19,20, Dreaming Awake (version révisée)

Ce programme comprend un certain nombre de premières mondiales, pour lesquelles Nicolas Horvath a réussi à avoir les autorisations. Les voici :

Sonatina n°2 (premiere mondiale)
Improvisation (premiere nationale)
A Secret Solo (premiere mondiale)
North Star (premiere mondiale)
North Star : Victor's lament (premiere mondiale)
Coda from The Late, Great Johnny Ace (premiere mondiale)
Koyaanisqatsi : Prophecies (premiere mondiale)
Powaqqatsi : New Cities (premiere mondiale)
Powaqqatsi : Anthem (premiere mondiale)
Thin Blue Line (premiere nationale)
Anima Mundi (premiere nationale)
Anima Mundi : Living water (premiere nationale)
Candyman – Suite (premiere nationale)
La Belle et la Bete – Suite (premiere mondiale)
Naqoyqatsi : Prologue (premiere mondiale)
Naqoyqatsi : Primacy of Number (premiere mondiale)
Piano Concerto 2 for solo piano. (premiere mondiale, il n’a été donné qu’en mouvements séparés pour le moment)
Secret Window End Credits (premiere mondiale)
Paul's Simon - Sound of Silence (premiere nationale)
Dreaming Awake version revisée (premiere mondiale)

Laissons au pianiste le soin de présenter sa soirée, la vôtre...

 

Quant à moi ? Trop pris par mes obligations professionnelles, il me faudra dormir pour être en forme.

Retrouvez mes articles consacrés aux premières parutions de l'intégrale Philip Glass parues chez Grand Piano / Naxos :

- Glassworlds 1

- Glassworlds 2

- Glassworlds 3

Nicolas, lors d'une autre nuit blanche, le 6 octobre 2012, au Collège des Bernardins, interprète Music in Fifths :

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Le piano sans peur, #Philip Glass, #Minimalisme et alentours

Publié le 19 Avril 2016

Douwe Eisenga - Simon songs

   Je retrouve avec plaisir le compositeur néerlandais Douwe Eisenga à l'occasion d'un cycle de pièces pour piano intitulé Simon songs paru en 2015. Pour de plus amples renseignements le concernant, je renvoie à mes articles consacrés à Music for Wiek (2009), The Piano Files (2009) et House of Mirrors (2011), qu'il faudra que je mette à jour pour les extraits musicaux, d'ailleurs. Pour ce nouveau cycle, Douwe Eienga s'est inspiré d'un recueil de vieilles et nouvelles mélodies paysannes et danses de concert de son pays, "Oude en Nieuwe Hollantse Boerenlieties en Contredansen" publié entre 1700 et 1716. De cette collection de 996 mélodies, il a retenu les seize premières, tantôt suivant d'assez près l'air, tantôt n'en gardant que quelques notes. Le résultat, c'est un disque vraiment prenant, alliant douce mélancolie et rythmes lancinants.

   Ces mélodies chantent, belles et tranquilles. Douwe Eisenga sait à merveille nous plonger dans une intemporalité dont nous pourrions très bien ne plus jamais sortir. Son minimalisme, qu'il qualifie de "musique maximale", tisse un réseau de liens thématiques entre les titres, joue sur des variations qui capturent en effet l'auditeur, dégageant une ambiance sonore reconnaissable. Il y a comme un parfum qui se dégage de ces pièces, quelque chose d'impondérable et mystérieux se glisse au cœur de ces mélodies apparement évidentes. J'ai songé parfois en les écoutant au si beau disque de Michael Vincent Waller, The South Shore, ou à ses douze pièces faciles pour piano. Cette musique agit comme un charme. Elle a une qualité de grâce, de beauté, de rêve, de noblesse qui a le pouvoir de plaire extrêmement (c'est l'une des acceptions du mot développée par le TLF). Sa fluidité vaporeuse nous imprègne, nous fait frissonner. Toutes les pièces sont belles, mais je préfère encore les plus longues, notamment la plus longue, la 5, de presque sept minutes. Là, le charme agit jusqu'au vertige, d'autant que la pièce est comme trouée de trois silences qu'on pourrait à chaque fois penser mettre un terme au morceau, alors que la musique reprend, qu'elle nous reprend, serrant plus fort les liens. Elle prend peu à peu la figure d'un labyrinthe infini, fabuleuse, développant une sorte de mouvement perpétuel dans lequel on finit par entendre comme des cloches, un appel à venir se perdre dans la suavité de la musique. La pièce 6, l'une des plus brèves avec ses deux minutes et trente-cinq secondes, est plus nettement carillonnante, calmement grave, puis réfractée dans une poussière d'aigus aplatis. La 7 est intense, vive, inspirée d'une des contredanses du recueil ; elle se regarde tourner, ralentit, repart. Comment ne pas penser aussi à Wim Mertens ? Musique foraine, éblouissante, éblouie, qui caracole et pétille comme dans la mélodie 9. Tandis que la 10 joue à cache-cache, malicieuse et pudique, que la 11 se grise d'elle-même dans une mayonnaise rythmique se terminant par une pirouette. [Je préviens au passage mes lecteurs que les références aux numéros centraux peuvent être inexactes, car lors du téléchargement, j'ai pu intervertir...]. En tout cas les 13 à 16, toutes supérieures à quatre minutes, sont magnifiques. Quels beaux développements, quelle sensibilité frémissante ! Quelle puissance aussi, comme dans la 15, aux boucles serrées, intriquées ! La 16, dernière pour le moment, est touchante dans son avancée précautionneuse, ses pas de côté, l'espoir qui vient parfois éclairer l'atmosphère élégiaque. Ce minimalisme-là, qui sait jouer de la lenteur, des silences, voilà qui tire aussi la musique de Douwe Eisenga de l'ornière d'un minimalisme tellement épris de plein qu'il peut donner une nausée que je reprochais amicalement à certains passages de son House of mirrors.

   Pour paraphraser Brassens, tout est excellent dans ce disque interprété par Jeroen van Veen, il n'y a rien à jeter !

Paru en  2015 (ni cd ni vinyle, hélas, édition exclusivement numérique) / 16 titres / 61 minutes environ.

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Pour aller plus loin

- le site du compositeur, sur lequel vous pourrez vous procurer l'album pour un prix modique et écouter plusieurs titres.

- C'est tout ce que j'ai à vous proposer !

 

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 10 août 2021)

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Publié le 8 Mars 2016

Nicolas Horvath - Glassworlds 3 Metamorphosis

   Une lecture transcendante de Glass

   Troisième volume de l'intégrale des œuvres de Philip Glass, qu'elles aient été composées pour le piano ou transcrites pour cet instrument, interprétées par le pianiste Nicolas Horvath, Glassworlds 3 Metamorphosis confirme ce qui était déjà audible - et revendiqué nettement - dans les deux précédents disques : le pianiste explore « un univers dense, profond mais sensible et qui ne demande qu'à être découvert ». Sa démarche, c'est une approche en effet sensible, romantique, celle d'un homme libre qui s'aventure dans les partitions pour en extraire les beautés. Pas de respect obligatoire d'une interprétation qui serait intangible. Je rappelle que pour les détails techniques ou les références des pièces, je renvoie à l'excellent livret, aux notes du pianiste. Je me place du côté de l'auditeur amateur, des effets produits.

   Comme le disque s'ouvre sur les fameuses Metamorphosis, tout amateur de la musique de Philip Glass ne manquera pas d'écouter la version que le compositeur en a donné dans le disque Solo piano paru en 1989 chez CBS. Les différences sont importantes. La plus extérieure est dans l'écart de durée pour quatre pièces sur cinq. Trois sont plus longues, comme la I : 5'39 chez Philip, 7'17 chez Nicolas. Une est plus courte, la III : 5'30 chez Philip, 3'29 chez Nicolas. Ce n'est pas une première dans l'histoire de la musique, bien sûr. Nicolas prend son temps, le dilate ou le concentre, selon son humeur. Le résultat, ce sont les différences intérieures : c'est qu'il nous propose une lecture vraiment nouvelle de celles-ci. Philip Glass les joue avec un dynamisme, une clarté, assez similaires, j'ai presque envie d'écrire avec une neutralité brillante, à même de souligner la virtuosité, les variations thématiques d'une écriture combinatoire. Nicolas Horvath plonge dans la forêt des notes, s'abandonne dans les allées du labyrinthe. Tout est plus mystérieux, plus varié, plus imprévu. On se perd dans la forêt au long de la I : tout baigne dans une pénombre reposante, et il faut aller cueillir au détour des sentiers invisibles quelques fulgurances lumineuses éparses. Il y a parfois une incroyable douceur, une indicible langueur, comme s'il hésitait devant un Graal intimidant, qu'il faut apprivoiser par des approches courtoises. À d'autres moments, la fougue s'empare de lui, les notes sortent en torrent pressé ; une énergie indomptable emporte l'auditeur, impressionné par la frappe étincelante, acérée, comme dans la Metamorphosis IV, magnifiquement bousculée, extraordinaire de clarté illuminante. On se souvient que Nicolas joue Liszt, on comprend que Nicolas transcende Glass, pour notre plus grand plaisir. Les contrastes sont puissants sans être jamais brutaux ou vulgaires, car l'interprétation reste constamment délicate, attentive, précise. Après les envolées des pièces III et IV, la Metamorphosis 5 referme le cycle sur des brumes épaissies, peut-être parce qu'on ne sort pas du cycle des métamorphoses, on plonge à nouveau dans les mystères de la vie. Quelle lecture formidable, magistrale !

   Le disque propose aussi la Trilogy sonata, trois pièces transcrites pour le piano par Paul Barnes, extraites de trois opéras « portraits » du compositeur. La danse d'Akhnaten est éblouissante, virevoltante, comme l'épiphanie de la lumière sur les pyramides. La conclusion de Satyagraha bouleverse par le lyrisme de sa mélodie ascendante, grave, irrésistible comme la marche du Sel de Gandhi, inoubliable par sa beauté radieuse. Un antidote contre toutes les morosités ! L'intermède "Knee Play n°4" extrait de Einstein on the beach alterne une mélodie coulante simple et belle avec des moments tumultueux d'arpèges enchevêtrés. Nicolas distingue à merveille les deux strates qu'il entrelace avec une incroyable subtilité, presque un brin de facétie et dans le même temps un immense respect.  

   À ce programme ambitieux le pianiste a joint une de mes pièces préférées de Philip Glass, "Two Pages" (1968), joyau de la musique minimaliste dure. Fondée sur un processus additionnel de groupes de croches, elle crée très vite un effet hypnotique saisissant (ou de décrochement pour l'auditeur qui n'entend que le faussement même...) avec lequel Nicolas Horvath semble très à l'aise. C'est impeccable, "métronomique" et simultanément flamboyant comme un tapis chatoyant de courtes flammes piquées de pointes, véritable tapis volant de la grande maya, cette nature illusoire du monde pour les Hindous, mais également incarnation de la géométrie et de la sagesse éternelle.

   On appréciera la générosité de ce disque, qui nous donne aussi à entendre des pièces rares ou inédites : la petite pièce pour la cérémonie d'ouverture des vingt-troisièmes jeux olympiques, petit format pour une ode vibrante, grandiose, qui ménage pourtant un passage introspectif avant l'ascension finale. "The Late, Great Johhny Ace" appartient à la famille glassienne des ballades élégiaques, presque transparentes de limpidité. "A Secret solo" est au contraire une courte pièce effrénée, délirante, inspirée par les transes des ragas indiens : superbe curiosité ! Enfin, la"Piano Sonatina N°2" de 1959, qui clôt l'album, est un souvenir émouvant de l'itinéraire musical de Philip Glass, alors élève de Darius Milhaud. Il se dégage de cette pièce mise de rien savante un parfum post-debussyste délicieux, à mi-chemin entre fantaisie et rêverie.

   

   À ce programme ambitieux le pianiste a joint une de mes pièces préférées de Philip Glass, "Two Pages" (1968), joyau de la musique minimaliste dure. Fondée sur un processus additionnel de groupes de croches, elle crée très vite un effet hypnotique saisissant (ou de décrochement pour l'auditeur qui n'entend que le faussement même...) avec lequel Nicolas Horvath semble très à l'aise. C'est impeccable, "métronomique" et simultanément flamboyant comme un tapis chatoyant de courtes flammes piquées de pointes, véritable tapis volant de la grande maya, cette nature illusoire du monde pour les Hindous, mais également incarnation de la géométrie et de la sagesse éternelle.

   On appréciera la générosité de ce disque, qui nous donne aussi à entendre des pièces rares ou inédites : la petite pièce pour la cérémonie d'ouverture des vingt-troisièmes jeux olympiques, petit format pour une ode vibrante, grandiose, qui ménage pourtant un passage introspectif avant l'ascension finale. "The Late, Great Johhny Ace" appartient à la famille glassienne des ballades élégiaques, presque transparentes de limpidité. "A Secret solo" est au contraire une courte pièce effrénée, délirante, inspirée par les transes des ragas indiens : superbe curiosité ! Enfin, la"Piano Sonatina N°2" de 1959, qui clôt l'album, est un souvenir émouvant de l'itinéraire musical de Philip Glass, alors élève de Darius Milhaud. Il se dégage de cette pièce mise de rien savante un parfum post-debussyste délicieux, à mi-chemin entre fantaisie et rêverie.

Nicolas Horvath - Glassworlds 3 Metamorphosis

   Inspiré d'un bout à l'autre, Nicolas Horvath nous fait découvrir pour notre plus grand bonheur un autre Philip Glass, plus humain, où la technique n'est plus qu'un chemin vers les grandes sources énigmatiques, mythiques et magiques, de la vie. Que nous réserve Nicolas Horvath pour la suite de ces mondes de Glass ?

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Paru en  2015 chez Grand Piano / Naxos / 13 titres / 77 minutes.

Pour aller plus loin :

- le site de Nicolas Horvath

- mes articles consacrés à "Glassworlds 1", "Glassworlds 2"

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 10 août 2021)

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Publié le 5 Janvier 2016

Kancheli Pärt Vasks - Midwinter Spring

   Le géorgien Giya (ou Guia) Kancheli, l'estonien Arvo Pärt et le letton Pēteris Vasks sont réunis sur ce nouveau disque du pianiste italien Alessandro Stella, qui a interprété voici peu des pièces de son compatriote Matteo Sommacal pour l'album The Chain Rules paru sur le même label italien Kha Records. Direction le nord - nord est de l'Europe, avec en exergue un fragment de "Little Gidding" des Four Quartets de Thomas Stearnes Eliot, dont le début donne au disque son titre : « Midwinter spring is its own season / Sempiternal though sodden towards sundown, / Suspended in time, between pole and tropic. » (Le printemps du cœur de l'hiver est une saison par lui-même, / Sempiternelle, quoique détrempée vers le couchant, / Suspendue dans le temps, entre pôle et tropique. // Traduction de Pierre Leyris)

   Certains connaissent peut-être les pièces orchestrales parfois imposantes de Kancheli parues dans les nouvelles séries d'ECM sous la houlette attentive de Manfred Eicher. Alessandro Stella a choisi a contrario seize miniatures extraites de Simple Music for piano, recueil de 33 de ses musiques de scène et d'écran. Musiques fragiles, simples, délicatement chantantes, qui, à première audition m'avaient semblé presque insignifiantes, trop faciles. Pourtant, en ce début de 2016, je leur trouve une réelle fraîcheur, une naïveté réconfortante. Dans ce monde déchiré par une paranoïa galopante, des antagonismes terribles, ces pièces font du bien. Alessandro, par son toucher sensible, extrait de chacune d'elle tout son parfum discret, subtil pourtant. On se laisse porter par cette ambiance calme, cette retenue attentive. Au fil de ces seize miniatures, on sent que les choses reprennent leur cours normal, on se surprend à sourire, on rêve. Quel bonheur, loin du bruit et de la fureur ! Mes préférées du moment sont la numéro 15, thème du "Cercle de craie caucasien", et la suivante, la 28, extraite de "Cinéma" (pistes 6 et 7). À l'exception d'une seule, il s'agit d'un premier enregistrement mondial.

   D'Arvo Pärt, Alessandro a choisi Für Alina, déjà présent chez ECM New series, typique du style tintinnabuli. Il nous en propose une version lumineuse d'une incroyable intensité : comme l'escalade d'une série de brins d'herbe enneigés dans le soleil rasant des vastes plaines. Les Variationen für Gesundung von Ariuschka ressemblent à une comptine incantatoire, boucles et variations amusées pour distraire une enfant malade et l'aider à récupérer la santé.

   Je découvre le letton Pēteris Vasks avec la dernière piste, consacrée à Baltā ainava (Paysage blanc : Hiver). Une phrase musicale reprise et variée, ponctuée de gouttes sonores et de silences : elle va, tranquille et belle, légèrement ouatée dirait-on pour suggérer peut-être la couche de neige épandue sur le paysage, parfois travaillée par des sous-couches sonores d'une extrême grâce, recourbées sur de fines virgules. Comment ne pas entendre le souvenir des cloches, décanté, cristallisé, sublimé ? C'est une pièce magique, splendide, qui conclut ce beau disque aux lignes si pures.

    Alessandro Stella nous permet de commencer 2016 sous les meilleurs auspices en revenant à ce que nous oublions trop souvent, la beauté toute proche, simple en sa robe discrète.

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Paru en octobre 2015 chez Kha Records / 19 titres / 42 minutes.

Pour aller plus loin :

- le site de Kha Records.

- la première des miniatures de Giya Kancheli, n° 26, "Herio Bichebo" :

Alessandro Stella, piano.

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 10 août 2021)

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Publié le 8 Septembre 2015

Philip Glass - Glassworlds 2 / Nicolas Horvath, piano

Dans le fleuve impétueux des métamorphoses de la Vie

   Pour le deuxième volume de son intégrale des œuvres du compositeur américain Philip Glass, le pianiste Nicolas Horvath a choisi de présenter l'intégralité des vingt études pour piano, composées entre 1991 et 2012, réparties en deux livres de dix études, le second plus long de quelques minutes. C'est l'occasion pour l'amateur de découvrir Philip Glass tel qu'en lui-même, par -delà une certaine image qu'il a lui-même contribué à forger, celle d'une complaisante facilité. Pour avoir moi-même, voici quelques mois à peine,  écouté en concert Philip Glass interpréter en concert quelques-unes d'entre elles, j'étais "préparé" à ce choc qu'est l'écoute de ces vingt pièces, mais je ne m'attendais pas à l'ampleur de la révélation. J'avais constaté déjà l'inventivité du cycle, également goûté l'humour, l'humanité de Glass, sa simplicité lorsqu'il parlait de lui-même, de ses œuvres. Je découvre ici ce qu'il convient d'appeler un poète visionnaire du piano, son instrument de prédilection qu'il approfondit en France avec Nadia Boulanger après avoir étudié aux États-Unis notamment sous la férule de Darius Milhaud. Il faut mentionnner aussi, bien sûr, la rencontre déterminante avec Ravi Shankar, qui donne à sa musique cette dimension de chant lyrique débordant. C'est une musique qui emporte, qui touche, sans se soucier des étiquettes : minimaliste, romantique, classique, elle jaillit avec une naïveté et une force que rend à merveille son interprète. Nicolas Horvath porte cette musique de toute sa fougue, de tout son amour pour le compositeur, et cela s'entend. Il est ce qu'il joue, passionnément, entièrement.

   La première étude sonne comme du pur Glass, à la fois par la mélodie et le flux. On reconnaît sa marque de fabrique, mais on est séduit par la variété mélodique, la complexité du contrepoint. Menée allègrement, c'est une étude virtuose, presque étourdissante, dansante. La deux m'a surpris : les premières mesures m'ont rappelé irrésistiblement l'une des plus belles pièces pour piano du vingtième siècle, "In a landscape" de John Cage. Hasard ? Réminiscence ? Je ne sais. Elle réussit à concilier la veine mélancolique avec la force de sa partie centrale. La trois est travaillée par des répétitions insistantes, des grondements graves. Pièce orageuse, sombre, fracturée, d'un dynamisme quasiment rageur, éclairée d'une envolée dans les médiums. La quatre est plus noire encore au début, mais l'amoncellement de nuages est touché par des éclairs de grâce, des enroulements magiques ébouriffants avant une coda d'une brièveté sévère. La mélancolie revient avec la langoureuse étude cinq, d'une immense douceur pour décliner les accords glassiens les plus reconnaissables. Autoportrait sans fioritures en homme sensible, c'est une pièce bouleversante, une halte dans ce premier cycle souvent agité, tumultueux. La six renoue avec une virtuosité étourdissante, chantante, orchestrale, puissamment découpée par des attaques vigoureuses, tandis que la sept, tout aussi vigoureuse par moments, semble plus inquiète, tirée vers une intériorité qu'elle masque par des fanfaronnades mais qui s'affirme sur la fin de la pièce tout en demi-teintes, prélude à la belle numéro huit, aux mélodies si naïves, que Nicolas Horvath détaille avec une grande sensibilité et dont il souligne les passages les plus complexes d'un phrasé clair, limpide. La fin élégiaque en est superbe.

   Pourquoi changer de paragraphe alors que le livre I n'est pas terminé ? C'est que pour moi, l'autre Philip Glass commence ici. Dès les premières mesures de l'étude neuf, j'ai frémi, soulevé, STUPÉFAIT, par la beauté confondante de cette pièce inattendue, nettement en dehors des mélodies et motifs du compositeur. Philip Glass se laisse aller à une poésie incroyable. C'est étincelant, vigoureux, et en même temps mystérieux, intrigant. La dix, dernière du Livre I, joue des boucles jusqu'à créer des amas sombres traversés de fulgurances. Quelle puissance ! Et dire qu'on trouve parfois la musique de Philip Glass mièvre, douceâtre !! Rien de tout cela : voilà du magma brut, décoré de médiums ou aigus survoltés, ça roule, charrie jusqu'à la dernière seconde. La onze continue dans une veine grandiose, voilà du Beethoven minimaliste, déchaîné, lyrique jusqu'à la transe. Magnifique, je tombe à genoux, j'embrasse compositeur et interprète, terrassé par la beauté terrible, ombrée d'une belle fin sombre, une des plus belles du cycle, annonciatrice d'un troisième Philip Glass, qui sait ?  Si la douze paraît plus glassienne sur le plan mélodique, elle multiplie les variations internes, se gonfle d'une énergie irrésistible, d'une verve opératique indéniable. Le flux des boucles serrées est d'une incroyable densité, laisse éclore des bulles mélodiques magnifiques, se charge aussi d'une émotion intense sur la fin. La treize carillonne, joyeuse, débridée, tel un cheval décidé à sauter tous les obstacles qu'on a l'impression d'entendre hennir de plaisir.

     La quatorze semble un flot soulevé par une houle profonde. La musique de Glass prend une dimension océanique confondante. Certains s'attendaient peut-être aux piécettes d'un vieux monsieur un peu gâteux et on découvre au fil du cycle l'univers d'un créateur en pleine possession de ses moyens, qui creuse magistralement ses sillons et élargit de surcroît nettement son cercle ! La quinze en est l'illustration flamboyante, sorte de marche triomphale à la parure somptueuse, qui se permet des pirouettes narquoises par-dessus le marché. Avec la seize, on revient à la veine élégiaque, ou plutôt contemplative : simplicité du chant, recueillement touchant, mais la musique de Glass ne s'y attarde guère, bouillonne à nouveau, d'une jeunesse pétillante qui secoue le voile mélancolique dans la partie centrale de la pièce. La dix-sept oscille entre atmosphère voilée, retenue, et grandes envolées martelées de fortes frappes. C'est l'une des plus longues du recueil, dépassant les six minutes. L'ampleur des développements est impressionnante, le sens du contraste saisissant. La suivante, qui revient autour de trois minutes, est agitée, crescendo ondulant qui reprend à peine souffle. L'avant-dernière, plus longue, s'abandonne à cette seconde veine, minoritaire dans le recueil, d'une introspection plus sombre, d'une lenteur très relative, encore parcourue de frissons mélodiques liquides et agités. À nouveau l'esquisse d'un troisième Philip Glass ? L'étude vingt, magistrale, n'en annonce-t-elle pas aussi la venue ? Accents déchirants, beauté voilée, quelque part du côté de Schumann et Scriabine, un Glass moins éblouissant, libéré de lui-même en un sens. 

   Précisons que Nicolas Horvath a choisi de quasiment enchaîner les vingt études, nous plongeant dans ce monde dynamique et mouvementé par une coulée pianistique ample, loin de certaines interprétations compassées, trop sages (et l'on en trouve sur la toile !! Je ne citerai personne...). Oui, Glass est un hyper lyrique, un romantique dans le meilleur sens du terme ! Que la prise de son du Steinway est formidable : on est dans le flux ! Que le livret trilingue (anglais, français, allemand) est vraiment intéressant : on y trouve notamment le parcours de Glass retracé à grands traits, les réflexions et analyses du pianiste sur ce qu'il joue et la manière dont il le joue, bref ce qu'on ne trouve plus que trop rarement.

   Un second disque déterminant pour changer l'image de Philip Glass qui, à bientôt quatre-vingt ans, montre qu'on peut être à la fois populaire, voire (ô le gros mot !) commercial, et l'un des plus grands compositeurs d'aujourd'hui, en perpétuelle métamorphose, insaisissable, pour notre plus grand plaisir.

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Glassworlds 2, paru début septembre 2015 chez Grand Piano / Naxos / 20 pistes / 83 minutes environ.

Pour aller plus loin :

- au sujet du premier disque Glassworlds 1

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 9 août 2021)

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