le piano sans peur

Publié le 22 Octobre 2010

Max Richter : la quintessence arlequine du minimalisme .

   Max Richter, pas encore sur Inactuelles ? Si ! En tant que fondateur, en 1989, du groupe Piano Circus, six pianos pour interpréter Steve Reich, Terry Riley, Michael Nyman et tous les grands noms du minimalisme et des alentours. Cet allemand qui a étudié en Grande-Bretagne vit désormais à Berlin, se consacre à une carrière solo véritablement commencée en 2004 avec The Blue Notebooks. J'écoute actuellement Infra, sorti en juin de cette année, et Songs from Before , de 2006. Dès le premier morceau de ce dernier, "Song", je crois entendre du Arvo Pärt : la pureté qui désarme, la joie poignante, la lenteur tintinnabulante, l'orgue ponctué de percussions étouffées, de cordes éthérées."Flowers for Yulia", c'est comme un lointain écho de "Tabula Rasa", du même Arvo : prière balbutiée, litanie de cendres blanches dispersées dans la neige, majesté de la déréliction...Puis le piano s'avance, seul, mélancolique et nu comme chez  Harold Budd, suivi d'un court poème de Haruki Murakami sur fond de pluie. "Ionosphere" ? Un interlude d'un peu plus d'une minute qui m'évoque le travail de Pierre-Yves Macé sur Passagenweg (Je sais, ce disque est postérieur !)...Vous vous inquiétez ? Ferais-je de Max Richter un plagiaire ? Sur le même disque, "Automne music 1", n'est-ce pas du Michael Nyman ? Nyman que l'on retrouve sur Infra avec le merveilleux "Infra 4", droit sorti de  Drowning by Numbers, musique pour le film de Peter Greenaway. Voilà encore Wim Mertens dans "Infra 3" et dans l'envoûtant "Infra 5", valse lancinante et frénétique... ou encore dans "Automn Music 2", difficile parfois de départager l'anglais Nyman et le belge Wim Mertens, tant ils sont cousins !

Max Richter : la quintessence arlequine du minimalisme .

   Je comprends Max Richter. Imprégné de toutes ses musiques qu'il a tant interprétées ou écoutées, il les recompose pour nous, à dose homéopathique. Il sait que nous sommes des gens pressés : pas de longs titres (maximum inférieur à sept minutes, la majorité entre deux et quatre, parfois moins). Tout pour plaire, en somme, et je ne lui en veux pas, j'aime sa musique, et tant mieux si grâce à elle on découvre ses inspirateurs. Avez-vous vu Valse avec Bachir, le superbe film d'animation du réalisateur israélien Ari Folman ? Max Richter a signé la musique, une des plus belles musiques de film de ces dernières années. Le minimalisme peut enchanter le grand public. Je dois vous avouer quelque chose : si j'étais compositeur, je serais peut-être Max Richter, mon semblable, mon frère. Nous sommes tous  quelque peu des arlequins dans la société de surconsommation.

- Songs from Before : paru en 2006 chez FatCat / 12 titres / 37 minutes environ... seulement ? Ne mesurons pas le sublime avec des unités dérisoires...

- Infra : paru en 2010 chez FatCat / 13 titres / 40 minutes environ

À noter que ce dernier disque correspond à une musique conçue pour un ballet, ce qui explique aussi la brièveté des titres...? (J'ai pourtant vu une superbe chorégraphie sur l'intégrale de Music for Eighteen Musicians de Steve, pas loin d'une heure sans coupure.)

Pour aller plus loin

- le site officiel de Max Richter

- Un photo-montage à partir du titre "On the nature of Daylight"...dans Shutter Islands de Martin Scorcese. Il est partout, Max Richter !!!

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 15 mars 2021)

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Publié le 4 Mai 2010

Graham Fitkin : "Circuit", la fougue et la si calme lumière.

  Graham Fitkin est revenu à son instrument de prédilection, le piano, comme j'en formulais le vœu à la fin d'un article de septembre 2007 consacré à sa deuxième incursion du côté des lutheries électroniques et des claviers électriques. En France, il est difficile de suivre la carrière de ce compositeur anglais pourtant assez prolifique, mais systématiquement absent des programmations. Né en 1963, il se rattache au post minimalisme bien qu'il soit plus juste de le qualifier de "constructiviste" ou de "structuraliste". Il adore en effet jouer avec des structures complexes pour en tirer des compositions à la fois virtuoses et extatiques. "Circuit", pièce pour deux pianos et orchestre, qui ouvre l'album,  télescope la forme tripartite traditionnelle d'un concerto, un peu comme le ferait un circuit électrique, l'analogie insistant sur la circulation d'énergies qui en résulte. Le début est très reichien avec son ostinato martelé au piano, mais très vite on retrouve la manière Fitkin, ce goût des décrochages, cette façon de bousculer les lignes, de jouer des contrastes et des couleurs. Les percussions se déchainent, l'orchestre dentelle l'arrière-plan, tandis que les pianos caracolent. Puis la vague sonore s'affaisse brutalement, commence un dialogue élégiaque entre les solistes et l'orchestre. Des blocs de notes se développent, s'enrichissent, la tension remonte, l'orchestre gronde, les pianos pulsent, l'énergie fuse entre les grappes, dans les fulgurances. Tout se tait soudain, les pianos se répondent dans une atmosphère recueillie, on imagine des sources pures entre les rocs, l'orchestre se fait diaphane. Miracle, mystère, captage des forces. La composition s'allège, pétule, repart à l'assaut, s'évanouit à nouveau pour recueillir la beauté d'entre les lignes, la grâce des interstices. La baisse de tension caresse les harmonies pour les déployer au vent échevelé de reprises fulgurantes. Les pianos escaladent le ciel. Tout cela serait emphatique et lourd si Graham ne fissurait pas ces masses en ébullition par des décharges salutaires. Seule concession à l'écriture académique, un finale puissant, cuivré, heureusement assez ramassé pour ne pas être amphigourique. Il faudrait considérer la musique de Fitkin comme une sculpture de César, sous l'angle d'un art de la compression dirigée qui recycle et dépayse des matériaux. En ce sens, de même que César se rapproche des Nouveaux Réalistes, Fitkin est un nouveau classique qui se sert de la rigueur structurale pour sculpter un hymne à l'énergie.
  

   La suite du disque est consacrée à quatre pièces pour piano solo et trois autres pour deux pianos. On y trouve le sublime "T1" pour deux pianos : la reprise lancinante d'une phrase ascendante, interrrogation illuminée par les silences et les résonances, dans une écriture qui rejoint les Inner Cities d'Alvin Curran. Et dire que j'accusais Graham de flirter avec la mièvrerie dans ses escapades harpiques... Balayés mes griefs !! Le revoici au mieux de son talent, ce que confirme toute la suite. "Relent" pour piano solo est une longue ligne dédoublée, puissamment dynamique, à la fois d'une grande rigueur et d'une belle allure semi improvisée, qui ne souffle guère qu'à mi-parcours pour rebondir dans la joie étincelante. "Carnal", pour piano solo encore, déploie une chevauchée tumultueuse, heurtée, dans une écriture d'une grande densité dramatique, avant de s'effondrer dans le calme. On oublie tout pour écouter un chant très simple et lent, mais la course reprend, effrénée, avant d'être soumise à nouveau à la loi des contraires, d'être rabattue presque sauvagement sur le silence. Rien de spectaculaire avec la miniature suivante, une des premières pièces reconnues par le compositeur, "From Yellow to Yellow", d'une beauté simple et lumineuse, si loin des tensions qui traversent toute son œuvre ultérieure. Tensions qui travaillent le syncopé "White" pour deux pianos, qui prend parfois l'allure d'un ragtime, l'obsessionnel "Furniture" où le piano se fait mécanique déréglée. Fin tranchante avec "T2" pour deux pianos, écho sans orchestre de "Circuit": tandis qu'un des pianos se fait percussif, l'autre bondit, emporté par une virtuosité ivre d'elle-même, à peine tempérée de brefs ralentis, qui vient se fracasser une fois encore sur le silence. Tumultueux comme la vie, ce disque. Une gangue nerveuse avec un cœur secret de discrètes merveilles.

Paru en 2009 chez Bis Records / 8 plages / environ 69 minutes

Pour aller plus loin

- la page du compositeur

- la page du label Bis consacrée au disque de Graham, avec en écoute à peu près la moitié de chacun des titres.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 8 mars 2021)

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Publié le 18 Décembre 2009

William Duckworth : "The Time Curve Preludes", chef d'oeuvre du post-minimalisme.

   Que voilà un cycle admirable ! Découvert grâce à l'interprétation du livre I par Bruce Brubaker (voir mon article précédent). On peut encore se procurer l'enregistrement intégral des deux livres, 24 préludes comme chez Debussy, par un autre pianiste américain, Bruce Neely : c'est un des très beaux disques du label new-yorkais Lovely Music, fondé en 1978 et consacré aux nouvelles musiques américaines. L'enregistrement initial remonte à 1979, le cd est de 1990, d'une fraîcheur extraordinaire. Rien à ajouter à l'article précédent, le second livre est aussi beau que le premier. Bien sûr, l'écoute des deux livres permet de mieux percevoir l'architecture en courbe du cycle. Tout ce que l'on peut attendre de la musique : force et douceur, limpidité et chatoiements, éclat et mystère. Quelques morceaux sont en écoute ici.

Paru en 1979 puis 1990 pour le Cd chez Lovely Music / 24 plages / 57 minutes environ
Pour aller plus loin :

En 2011, le pianiste américain R. Andrew Lee a enregistré le cycle chez Irritable Hedgehog.

-Album en écoute et en vente sur bandcamp

 
William Duckworth : "The Time Curve Preludes", chef d'oeuvre du post-minimalisme.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 28 janvier 2021)

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Publié le 13 Décembre 2009

Bruce Brubaker (2), défricheur des musiques d'aujourd'hui.
  Bruce Brubaker fait décidément partie de ces rares pianistes qui n'ont peur de rien, qui vont jusqu'au bout de leurs enthousiasmes musicaux. Sur hope street tunnel blues, sorti en 2007, il propose un programme qui alterne des œuvres de Philip Glass et d'Alvin Curran. Si le premier a gagné les faveurs du grand public, le second reste dans l'ombre alors qu'il est l'un des compositeurs majeurs de ce temps. De Glass, Bruce interprète une transcription de "Knee Play 4", un fragment de l'opéra Einstein on the beach", "Wichita Vortex sutra", deux morceaux typiques de ce minimaliste au lyrisme fluide, le célébrissime "Opening",  un morceau que je ne me lasse pas de réécouter, mais aussi une des très belles études pour piano, la cinquième, intériorisée et frémissante, un versant moins grand public de ce compositeur prolifique. D'Alvin Curran, Bruce retient le morceau éponyme, prodigieux, une machine à accumuler de l'énergie avant de se résoudre en fleuve irrésistible, en vrai blues lancinant. Et il se lance à nouveau dans ce monument pour piano, "Inner cities", dont il interprète cette fois, après la première pièce sur son disque précédent, la seconde, tout aussi radicale dans sa beauté  lumineuse et désolée, dans son obstinée recherche d'absolu. Plus de vingt minutes si loin des vaines agitations, si près du son originel et ultime à la fois...

Paru en 2007 chez Arabesque Recordings / 6 plages / 60 minutes environ
Bruce Brubaker (2), défricheur des musiques d'aujourd'hui.

   Fidèle à Philip Glass, Bruce Brubaker a sorti voici quelques mois un nouvel opus où il interprète ses six études dans la version originale de 1994. À écouter pour ne pas enfermer le minimaliste dans des clichés injustes ! Comme dans ses disques précédents, le pianiste en profite pour entraîner ses auditeurs vers de nouveaux continents. Cette fois,  vers un autre de ses compatriotes, né en 1943, William Duckworth, compositeur, professeur de musique à l'université de Bucknell, à qui l'on doit un superbe cycle pour piano, The Time curve preludes (1977-1978), que certains considèrent comme l'une des premières manifestations du postminimalisme. En tout cas, un grand cycle, dont nous n'avons ici que le premier livre de 12 préludes. Alors, un Debussy du postminimalisme ? Assez juste pour quelques pièces vaporeuses, lignes impalpables et clapotements. Il y a aussi du John Cage - compositeur qu'il a beaucoup étudié, dans ces pièces imprévisibles, discrètement envoûtantes, je pense au sixième prélude, carillon en boucles serrées, l'une des pièces où le titre d'ensemble se comprend le mieux, l'auditeur pris dans les filets du temps courbe. Comme des miniatures d'une extraordinaire fraîcheur, labiles, des truites qui s'échappent dans les éclaboussures, éblouissantes et rieuses.

Time Curve (Musique de Philip Glass et William Duckworth)

Paru en 2009 chez Arabesque Recordings / 18 plages / 70 minutes environ
Pour aller plus loin
- mon article précédent consacré au pianiste, le 19 novembre.
- une vidéo où Bruce montre comment il "prépare" son piano pour jouer la musique de William Duckworth.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 janvier 2021)

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Publié le 19 Novembre 2009

Bruce Brubaker (1), interprète sensible des musiques d'aujourd'hui.
   Tout me menait vers Bruce Brubaker, ce pianiste américain enseignant à la Julliard School et directeur du département de piano du New England Conservatory de Boston. Parce qu'il compte parmi ses élèves Francesco Tristano Schlimé, l'un des deux pianistes de l'excellent trio Aufgang (chroniqué récemment). Et parce qu'il interprète les grands compositeurs américains que je défends depuis longtemps. Philip Glass et John Cage dans son premier disque paru en 2000 sur le label Arabesque, auquel il reste fidèle depuis. John Adams et Alvin Curran sur Inner Cities paru en 2003. Voilà un enregistrement magnifique pour découvrir ces deux immenses compositeurs, même si trois (quatre ?) des cinq œuvres proposées sont disponibles ailleurs. "Phrygian Gates" et "China Gates" de John Adams ont été enregistrées par la pianiste Gloria Cheng-Cochran sur le label Telarc en 1998. Ce sont deux compositions qui témoignent d'une première période minimaliste de John Adams, qui a depuis pris ses distances avec ce courant. Sous les doigts de Bruce, la première est une longue pulsation flottante sur un brouillard lumineux coupé de cadences dynamiques ; la seconde,  incantation en boucles chromatiques intenses. Le pianiste belge Daan Vandewalle a quant à lui consacré un coffret de quatre cds aux Inner Cities d'Alvin Curran, l'un des premiers monuments pour le piano de ce vingt-et-unième siècle (cf. chronique).

Bruce Brubaker propose en plus une transcription inédite pour piano d'une aria de l'opéra Nixon in China de John Adams : page au lyrisme fluide, sensible, toute en transparences tranquilles.  Et puis il joue, il ose jouer la musique d'Alvin Curran. "Endangered species", un morceau ailleurs interprété au diskklavier, échantillonneur et synthétiseurs. Ici, c'est une interrogation litanique d'une bouleversante douceur posée au bord du silence dans la ouate de l'impalpable.

Et puis il y a "Inner Cities I", première pièce de l'immense cycle d'Alvin. Comparer les interprétations de Daan et de Bruce ? Les deux sont remarquables. Daan, rigueur analytique, tenue et densité, toucher ferme ; Bruce, attention, retenue et douceur, toucher tendre... Pour aller vite ! À chaque écoute, de toute façon, je bascule, quelque chose s'ouvre, se déclenche, je frémis, j'écris. Ceci par exemple :

 

Touche le fond

Touche-le

Touche le fond           le fond

Touche

Et

Rebondis

Bondis

Touche le bond

Le bond du fond

Tout au fond

Touche tout le fond                           

Le Tout du fond

Au fond du fond

Sans relâche

Touche

Ne te lasse pas

Appuie sur la touche

Qui les contient toutes

Délivre-nous des touches

Ne lâche pas la touche

Tu la tiens       ne cesse pas de la frapper

Ostinato

Ça vient          ça cède

Touche la touche

Coule dans la douceur des dessous

Touche sous la touche

Il n’y a plus de fond

Tout vient       l’eau des touches remplit la bouche d’infini

La touche fait souche dans la renverse du ciel

La touche touche

Accouche le silence    le silence qui lance

Le silence délicat des aubes diaphanes

Le silence qui danse éperdu au bord des notes caressées

 

En écoutant Inner Cities I d’ Alvin Curran

27 septembre -19 novembre 2009

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 janvier  2021)

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Publié le 18 Décembre 2008

Michael Byron : "Dreamers of pearl", le piano en mouvement perpétuel.
   Michael Byron, né en 1953, écrit pour le piano depuis plus de trente ans, appartient à ce qu'on peut appeler la seconde génération des Minimalistes de la Côte Ouest, très marquée par la CalArts (California Institute of the Arts) fondée à Burbanks en 1970 grâce à l'argent de la famille Disney (authentique !). C'est dans cette école originale qu'il suit des cours consacrés à John Cage sous la direction de ses deux mentors, James Tenney et Richard Teitelbaum. A Los Angeles, il rencontre David Garland, Lou Harrison, Robert Ashley. Après un séjour à Toronto, il se fixe à New-York au milieu des années soixante-dix, joue dans les clubs des musiques de sa composition avec des amis : hardcore, punk, noise. Il collabore à divers projets avec La Monte Young, se tient un peu à l'écart des courants en vue, s'engageant dans une voie indépendante, comme nombre de compositeurs expérimentaux. Aussi reste-t-il peu connu encore, malgré une production importante, constituée essentiellement de musique instrumentale dans laquelle on trouve, à côté des oeuvres pour piano, aussi bien une pièce pour shakuhachi qu'un rondo pour un orchestre d'instruments occidentaux et orientaux.
   Dreamers of pearl est en trois parties, chacune avoisinant les vingt minutes, sur le schéma rapide-lent-rapide. Si les titres sont presque outrageusement lyriques (Enchanting the stars / A Bird Revealing the Unknown to the Sky / It is the Night and Dawn of Constellations Irradiated ), les pièces elles-mêmes sont dénuées de toute référence sentimentale, narrative. Il s'agit de piano pur, étincelant. La musique procède par des sortes de balbutiements réitérés et perpétuellement variés, sur des rythmiques asymétriques. L'ensemble est virtuose, non pour déployer des phrases mélodiques, mais pour reconstruire le dialogue incessant entre les deux voix, les deux couches pianistiques. On pense au jazz, sans l'abandon : musique tenue, rigoureuse, mouvante et insaisissable, qui nous prend dans son maillage têtu. Au bout, sans doute, il y a la perle, coagulation de rêves toujours recommencés. Une musique exigeante, qui ne supporte pas l'écoute distraite. Il faut plonger, épouser le mouvement pour ramener cette perle...
 Paru en 2008 chez New World Records / 3 plages / 53 minutes environ
Le disque se trouve encore sur le site de New World Records.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 27 novembre 2020)

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Publié le 4 Décembre 2008

Gordon Mumma : "Music for solo piano", le jardin secret d'un pionnier.
   Gordon Mumma, s'il est peu connu en France, est une des figures marquantes de la musique électronique. Né en 1935, la même année que Terry Riley et un an avant Steve Reich, Gordon Mumma fait des études de piano et de trompette avant de commencer une carrière de trompettiste dans des orchestres symphoniques. A la fin des années 50, il rencontre Robert Ashley avec qui il fonde le "Cooperative studio for Electronic Music". Dans les années 60, il met au point des équipements musicaux électroniques pour John Cage et David Tudor et devient comme eux entre 1966 et 1974 l'un des compositeurs attitrés de la Merce Cunningham Dance Company. Il multiplie les collaborations, notamment avec Fred Frith ou Anthony Braxton, joue d'un cor qu'il prolonge par un appareillage électronique lui permettant de modifier les sons produits en direct et devance les premiers synthétiseurs en opérant de même sur un piano. Inventeur d'instruments "cybersonic", comme il les nomme, sculptures sonores et dispositifs mixtes pour instruments acoustiques et ordinateurs lui sont familières.
 

   Il existe pourtant un autre Gordon Mumma, connaisseur du Mikrokosmos de Bela Bartok, que le pianiste belge Daan Vandewalle nous permet de découvrir dans un double-cd de presque deux heures et demie de musique. Plus d'électronique, de modification, amplification. Du piano, solo, plus de soixante-dix pièces courtes, la plus courte de huit secondes dédiée à Robert Ashley, la plus longue dépassant de peu les cinq minutes. Le contraire du spectaculaire : musique raréfiée, variations mystérieuses. Les cycles s'appellent, traduits,  "Jardin"(en français, lui), "Greffages", Mélodies sans paroles", "Panier d'égarés", sans oublier la "Boîte à Sushi", déclinée en "Sushi verticaux" et "Sushi horizontaux". De brefs éclats, résonances et dissonances, des notes qui tombent comme des couteaux étincelants dans le silence. Webern rôde, Satie se profile sans apparaître, un moine zen propose des haïku pianistiques, il y a de tout cela dans ces pièces incisives, ramassées sur elles-mêmes comme autant de micro-méditations. Tout sauf séduire, nous conduire plutôt, nous réduire à l'attention pour entendre le presque inaudible, les confins du son, je pense par exemple au troisisème sushi horizontal : une brève déflagration, suivie du retour obstiné d'une note très faible, à peine frappée, apparition-disparition comme une figure de Giacometti. Cette musique fera horreur à tous les amateurs de remplissage et d'effets, à tous les consommateurs de fond sonore, tant elle sculpte le silence avec une elliptique parcimonie, d'un geste franc, non dénué de joie ou de grâce pour qui accepte de se laisser aller à sa secrète beauté.  D'autres morceaux sont plus loquaces, mais jamais appuyés, ils passent en léger tourbillon, attendent devant nous quelques instants avant de se dissoudre, de s'éclipser. Un beau double album de musique pure, débarrassée de tout romantisme, de tout encrassement sentimental : rude à première écoute, je veux bien en convenir, mais quelle lumière sous les doigts de Daan Vandewalle !

Paru en 2008 chez New World Records  / 2 cds : 78 plages / plus de 140 minutes
Pour aller plus loin :
- le site de Gordon Mumma.
- un beau blog, en partie en anglais, avec un article sur le même disque.
- le site de New World Records pour écouter des extraits ou commander le disque.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 26 novembre 2020)

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Publié le 2 Décembre 2008

Piano Circus : six pianos pour de nouveaux horizons musicaux.
  
Deux disques cultes de cet ensemble créé en 1989 pour interpréter Six pianos de Steve Reich. J'avais perdu leur trace au moment de la disparition du label Argo, ce très beau label de Decca consacré aux musiques anglo-saxonnes contemporaines, souvent minimalistes. L'ensemble existe toujours, parcourt le monde, propose d'écouter des musiciens qui écrivent spécialement pour eux. 
 
Piano Circus : six pianos pour de nouveaux horizons musicaux.
 
  
Deux CDs récents sont disponibles sur leur site. Sur Transmission, le titre éponyme, du compositeur estonien Erkki-Sven Tüür, est vraiment extraordinaire.
 
- le site de Piano Circus (on peut écouter en streaming en restant sur les noms des compositeurs, à la page des enregistrements).
 
 

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 26 novembre 2020)

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