minimalisme et alentours

Publié le 8 Septembre 2015

Philip Glass - Glassworlds 2 / Nicolas Horvath, piano

Dans le fleuve impétueux des métamorphoses de la Vie

   Pour le deuxième volume de son intégrale des œuvres du compositeur américain Philip Glass, le pianiste Nicolas Horvath a choisi de présenter l'intégralité des vingt études pour piano, composées entre 1991 et 2012, réparties en deux livres de dix études, le second plus long de quelques minutes. C'est l'occasion pour l'amateur de découvrir Philip Glass tel qu'en lui-même, par -delà une certaine image qu'il a lui-même contribué à forger, celle d'une complaisante facilité. Pour avoir moi-même, voici quelques mois à peine,  écouté en concert Philip Glass interpréter en concert quelques-unes d'entre elles, j'étais "préparé" à ce choc qu'est l'écoute de ces vingt pièces, mais je ne m'attendais pas à l'ampleur de la révélation. J'avais constaté déjà l'inventivité du cycle, également goûté l'humour, l'humanité de Glass, sa simplicité lorsqu'il parlait de lui-même, de ses œuvres. Je découvre ici ce qu'il convient d'appeler un poète visionnaire du piano, son instrument de prédilection qu'il approfondit en France avec Nadia Boulanger après avoir étudié aux États-Unis notamment sous la férule de Darius Milhaud. Il faut mentionnner aussi, bien sûr, la rencontre déterminante avec Ravi Shankar, qui donne à sa musique cette dimension de chant lyrique débordant. C'est une musique qui emporte, qui touche, sans se soucier des étiquettes : minimaliste, romantique, classique, elle jaillit avec une naïveté et une force que rend à merveille son interprète. Nicolas Horvath porte cette musique de toute sa fougue, de tout son amour pour le compositeur, et cela s'entend. Il est ce qu'il joue, passionnément, entièrement.

   La première étude sonne comme du pur Glass, à la fois par la mélodie et le flux. On reconnaît sa marque de fabrique, mais on est séduit par la variété mélodique, la complexité du contrepoint. Menée allègrement, c'est une étude virtuose, presque étourdissante, dansante. La deux m'a surpris : les premières mesures m'ont rappelé irrésistiblement l'une des plus belles pièces pour piano du vingtième siècle, "In a landscape" de John Cage. Hasard ? Réminiscence ? Je ne sais. Elle réussit à concilier la veine mélancolique avec la force de sa partie centrale. La trois est travaillée par des répétitions insistantes, des grondements graves. Pièce orageuse, sombre, fracturée, d'un dynamisme quasiment rageur, éclairée d'une envolée dans les médiums. La quatre est plus noire encore au début, mais l'amoncellement de nuages est touché par des éclairs de grâce, des enroulements magiques ébouriffants avant une coda d'une brièveté sévère. La mélancolie revient avec la langoureuse étude cinq, d'une immense douceur pour décliner les accords glassiens les plus reconnaissables. Autoportrait sans fioritures en homme sensible, c'est une pièce bouleversante, une halte dans ce premier cycle souvent agité, tumultueux. La six renoue avec une virtuosité étourdissante, chantante, orchestrale, puissamment découpée par des attaques vigoureuses, tandis que la sept, tout aussi vigoureuse par moments, semble plus inquiète, tirée vers une intériorité qu'elle masque par des fanfaronnades mais qui s'affirme sur la fin de la pièce tout en demi-teintes, prélude à la belle numéro huit, aux mélodies si naïves, que Nicolas Horvath détaille avec une grande sensibilité et dont il souligne les passages les plus complexes d'un phrasé clair, limpide. La fin élégiaque en est superbe.

   Pourquoi changer de paragraphe alors que le livre I n'est pas terminé ? C'est que pour moi, l'autre Philip Glass commence ici. Dès les premières mesures de l'étude neuf, j'ai frémi, soulevé, STUPÉFAIT, par la beauté confondante de cette pièce inattendue, nettement en dehors des mélodies et motifs du compositeur. Philip Glass se laisse aller à une poésie incroyable. C'est étincelant, vigoureux, et en même temps mystérieux, intrigant. La dix, dernière du Livre I, joue des boucles jusqu'à créer des amas sombres traversés de fulgurances. Quelle puissance ! Et dire qu'on trouve parfois la musique de Philip Glass mièvre, douceâtre !! Rien de tout cela : voilà du magma brut, décoré de médiums ou aigus survoltés, ça roule, charrie jusqu'à la dernière seconde. La onze continue dans une veine grandiose, voilà du Beethoven minimaliste, déchaîné, lyrique jusqu'à la transe. Magnifique, je tombe à genoux, j'embrasse compositeur et interprète, terrassé par la beauté terrible, ombrée d'une belle fin sombre, une des plus belles du cycle, annonciatrice d'un troisième Philip Glass, qui sait ?  Si la douze paraît plus glassienne sur le plan mélodique, elle multiplie les variations internes, se gonfle d'une énergie irrésistible, d'une verve opératique indéniable. Le flux des boucles serrées est d'une incroyable densité, laisse éclore des bulles mélodiques magnifiques, se charge aussi d'une émotion intense sur la fin. La treize carillonne, joyeuse, débridée, tel un cheval décidé à sauter tous les obstacles qu'on a l'impression d'entendre hennir de plaisir.

     La quatorze semble un flot soulevé par une houle profonde. La musique de Glass prend une dimension océanique confondante. Certains s'attendaient peut-être aux piécettes d'un vieux monsieur un peu gâteux et on découvre au fil du cycle l'univers d'un créateur en pleine possession de ses moyens, qui creuse magistralement ses sillons et élargit de surcroît nettement son cercle ! La quinze en est l'illustration flamboyante, sorte de marche triomphale à la parure somptueuse, qui se permet des pirouettes narquoises par-dessus le marché. Avec la seize, on revient à la veine élégiaque, ou plutôt contemplative : simplicité du chant, recueillement touchant, mais la musique de Glass ne s'y attarde guère, bouillonne à nouveau, d'une jeunesse pétillante qui secoue le voile mélancolique dans la partie centrale de la pièce. La dix-sept oscille entre atmosphère voilée, retenue, et grandes envolées martelées de fortes frappes. C'est l'une des plus longues du recueil, dépassant les six minutes. L'ampleur des développements est impressionnante, le sens du contraste saisissant. La suivante, qui revient autour de trois minutes, est agitée, crescendo ondulant qui reprend à peine souffle. L'avant-dernière, plus longue, s'abandonne à cette seconde veine, minoritaire dans le recueil, d'une introspection plus sombre, d'une lenteur très relative, encore parcourue de frissons mélodiques liquides et agités. À nouveau l'esquisse d'un troisième Philip Glass ? L'étude vingt, magistrale, n'en annonce-t-elle pas aussi la venue ? Accents déchirants, beauté voilée, quelque part du côté de Schumann et Scriabine, un Glass moins éblouissant, libéré de lui-même en un sens. 

   Précisons que Nicolas Horvath a choisi de quasiment enchaîner les vingt études, nous plongeant dans ce monde dynamique et mouvementé par une coulée pianistique ample, loin de certaines interprétations compassées, trop sages (et l'on en trouve sur la toile !! Je ne citerai personne...). Oui, Glass est un hyper lyrique, un romantique dans le meilleur sens du terme ! Que la prise de son du Steinway est formidable : on est dans le flux ! Que le livret trilingue (anglais, français, allemand) est vraiment intéressant : on y trouve notamment le parcours de Glass retracé à grands traits, les réflexions et analyses du pianiste sur ce qu'il joue et la manière dont il le joue, bref ce qu'on ne trouve plus que trop rarement.

   Un second disque déterminant pour changer l'image de Philip Glass qui, à bientôt quatre-vingt ans, montre qu'on peut être à la fois populaire, voire (ô le gros mot !) commercial, et l'un des plus grands compositeurs d'aujourd'hui, en perpétuelle métamorphose, insaisissable, pour notre plus grand plaisir.

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Glassworlds 2, paru début septembre 2015 chez Grand Piano / Naxos / 20 pistes / 83 minutes environ.

Pour aller plus loin :

- au sujet du premier disque Glassworlds 1

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 9 août 2021)

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Publié le 23 Juillet 2015

Michael Mizrahi - The Bright Motion

   Le pianiste Michael Mizrahi, un des membres fondateurs de l'Ensemble NOW,  a rassemblé dans ce disque paru en 2012 des pièces pour piano solo composées entre 2008 et 2011, certaines composées spécialement pour le pianiste, et deux pour cet album. Il précise dans le livret que, si le piano a pu sembler moins en faveur à la fin du vingtième siècle - ce qui me paraît assez discutable - il a retrouvé toute sa place, paraissant particulièrement apte à servir les nouvelles musiques, ce à quoi les lecteurs de ce blog ne peuvent qu’acquiescer en raison du nombre d’articles consacrés à la musique contemporaine pour piano dans ces colonnes.
   "Unravel" (2010) de Patrick Burke joue avec une cellule de trois notes répétées, reprises en écho, prolongées d'arpèges qui s'effilochent en belles traînées brillantes, tournent et cascadent jusqu'à ce que des notes graves reprennent le fil, donnent à la pièce une forte allure tout en contrepoints martelés entre aigus et graves. Une chevauchée haletante se développe, puissante, pour revenir au motif initial, repris en boucles avant une résolution lumineuse et calme. Je ne sais pas pourquoi, n'ayant pas avec moi mes disques, l'atmosphère m'évoque celle des compositions de Peter Garland. Un beau début de disque, en tout cas !

   "Computer waves" (2011) de William Britelle, compositeur de musique électro-acoustique installé à Brooklyn, est une sorte de mouvement perpétuel très animé, virtuose, une série de vagues qui se résorbent en goutelettes avant une accalmie, un ralenti élégiaque, puis une reprise énergique et syncopée.

   Le titre éponyme de Mark Dancigers (Extraits de ces œuvres ici), en deux parties (2007 pour la II, 2011 pour la I), est à mon sens le sommet de l'album, le plus long aussi avec plus de dix-huit minutes. La première est vaporeuse, aérienne et gracile, mais les graves et les mediums la rendent plus sérieuse, rêveuse. Des accords arpégés se succèdent, tantôt dans les aigus, tantôt dans les autres registres. Jeux d'eaux subtils, frémissants, qui élèvent une muraille de plus en plus impressionnante d'où s'échappe ensuite une sublime mélodie. On revient au thème initial, approfondi, décanté, avant une nouvelle avancée mélodique solennelle et magnifique, plusieurs fois reprise et prolongée d'un friselis délicat dans les aigus. "The Bright Motion I" est décidément une splendeur. La deuxième partie ne déçoit pas. Commencée sur le friselis de la première, elle avance d'abord par une série d'hésitations, prend une tournure presque orchestrale, écartelée entre des aigus virtuoses et des basses profondes, en un long crescendo qui cède la place à un moment plus calme, facétieux dans les aigus, mais aussi à nouveau puissant dans les médiums : éblouissant moment de piano qui, comme par une pirouette, nous dépose sur le sable de nos rêves enfouis.

   Premier mouvement en écoute ci-dessous :

   Les "Four pieces for solo piano" de Ryan Brown sont quatre quasi miniatures explorant surtout le registre aigu du piano, avec quelques incursions dans les médiums. Petits bijoux surprenants, prenants, qui tirent des feux d'artifice délicats, amusants, dansants même. Il y a beaucoup d'humour dans ces piécettes aussi rafraîchissantes que mystérieuses !

   "Faux Patterns" (2010) de John Mayrose se situe quelque part entre Morton Feldman et William Duckworth, gravitant gravement autour de deux notes dans une atmosphère brumeuse. Moment magique, hors du temps...

  Le programme se termine avec la "First ballade"(2008) de Judd Greenstein, membre actif de l'Ensemble NOW. Une cellule répétée de quatre notes bute sur une note isolée, tenace, s'augmente et se fragmente : tourbillons, les graves se déchaînent, les médiums cavalcadent, la pièce coule alors avec une belle évidence, se développe en une longue phrase mélodique colorée, animée de grondements sourds, aérée par des moments plus doux avant de reprendre un cours labile et de se résoudre en quelques calmes accords.

   Un très beau programme pour se réconcilier avec la musique contemporaine, beaucoup plus audible qu'on ne le dit quand on prend le temps de sortir des chapelles "intégristes" qui ont tant fait pour sa déplorable image.

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The Bright Motion, paru  en 2012 chez New Amsterdam Records / 10 pistes / 52 minutes environ.

Pour aller plus loin :

- l'album en écoute sur bandcamp (où l'on ne trouve que la version numérique à télécharger ; pour le vrai cd, passez par les plate-formes habituelles, le disque est disponible) :

Le pianiste Michael Mizrahi

Le pianiste Michael Mizrahi

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 9 août 2021)

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Publié le 6 Avril 2015

Philip Glass - Glassworlds 1 / Nicolas Horvath, piano

   Le pianiste Nicolas Horvath, interprète de Liszt et lauréat de nombreux prix internationaux, se lance dans une édition complète, sur le label Grand Piano de Naxos, des œuvres pour piano de Philip Glass, première édition du genre qui comportera des inédits, des transcriptions. C'est la suite logique d'une longue fréquentation du compositeur américain, émaillée de concerts fleuves, de marathons. Il jouera d'ailleurs ce vendredi 3 avril l'intégrale de ses Études pour piano, donnée pour la première fois à Carnegie hall le 9 janvier de cette année.

   Glassworlds 1 augure bien de ce travail formidable. Le livret, trilingue (anglais / français / allemand), offre un modèle de ce que l'on peut attendre d'une édition "matérielle" de la musique. Assorti d'une présentation du parcours musical de Philip Glass par Frank K. DeWald, il contient aussi un long texte passionnant de Nicolas Horvath, qui revient sur sa découverte et son goût pour la musique de Philip et commente chacun des morceaux du premier volume. On ne saurait rêver mieux, et tant pis pour le critique, chroniqueur qui se demande ce qu'il pourait bien ajouter. Pour l'instant, je me contente de prélever ce qu'il dit de sa rencontre avec la musique de Philip Glass : « Je me souviens encore aujourd'hui de l'effet que me fit sa musique : cette impression nocturne de flotter sur les eaux tranquilles d'un lac sous un ciel étoilé. » La scène est romantique à souhait, à l'image de la musique telle que la conçoivent et le compositeur et Nicolas, qui écrit ceci : « Par opposition à la nature apparemment simple et austère de ses partitions (et aux lectures plutôt prudentes enregistrées par certains de ses premiers défenseurs), le compositeur avait une approche très libre - quasi improvisée - voire romantique. La partition n'étant que le schéma directeur d'un univers dense, profond mais sensible et qui ne demande qu'à être découvert, tout comme une luxuriante forêt traversée par de minces sentiers balisés. » (C'est moi qui souligne) Tout est dit, nous sommes prévenus : le pianiste nous entraîne loin des lectures sages, compassées qui réduisent Philip Glass à une icône de la musique minimaliste ou répétitive. Primat à la sensibilité sur la technique compositionnelle !

   C'est bien ce que l'on entend dès Opening (1981), une des plus célèbres compositions de Glass, plus contrasté m'a-t-il semblé que sous les doigts du compositeur, avec des moments de retenue très beaux joints à une incroyable délicatesse de toucher, une grâce brumeuse,  des montées plus intenses. Une très belle relecture, qui nous prépare à l'étonnante "Orphée Suite", arrangement par Paul Barnes pour le piano d'extraits de l'opéra de chambre en deux actes Orphée d'après Jean Cocteau. Rappelons au passage que Philip Glass a terminé ses études musicales à Paris, sous la houlette de Nadia Boulanger, qu'il parle assez bien français et connaît notre culture, d'où son intérêt pour Cocteau, auquel il consacrera une trilogie. Étonnante, cette suite ? Elle combine ragtime tumultueux et mélodies envoûtantes comme celle de "Journey to the Undeworld", vision infernale à la beauté trouble, très inattendue dans l'œuvre de Philip Glass. Même "Orphée and the Princess", a priori plus dans les clichés glassiens, est aérée par le toucher précis qui fait ressortir chaque note, par l'énergie des montées, la profondeur des moments graves. Toute la suite est transfigurée, portée par un charme irréel qui se résoud en une atmosphère vaporeuse traversée d'élans émouvants dans la dernière section "Orphée's Bedroom Reprise".

      Dreaming Awake, pièce de 2003, si elle ressemble plus à du Glass, surprend par une fougue étincelante, une inventivité mélodique que j'ai pu entendre sous les doigts du compositeur interprétant quelques unes de ses récentes Études pour piano lors de son récent concert à La Comète de Châlons en Champagne. Ce premier enregistrement mondial est superbe, brassant les émotions les plus diverses avec une grande palette de couleurs au long des quatre mouvements, surprenant par un savant jeu de reprises et d'amplifications.

   Le programme se termine avec une longue pièce de plus de trente minutes datant de 1968, How Now, représentative du style répétitif de cette période, mais également influencée par les ragas indiens, les gamelans indonésiens. Le piano s'y fait percussif, le jeu roulant des notes produit des champs harmoniques denses, d'où son côté hypnotique. Le piano devient portique de cloches folles agitées par le vent. Musique extraordinaire, qui suscitera sans doute de violents rejets de la part de ceux qui voudraient n'y entendre que le retour du même, tout à fait enthousiasmante pour les autres, dont je suis, ravis d'être transportés dans cette série d'escalades vertigineuses, dans cette houle illuminée, ce martèlement pourtant assez différent de celui d'un Charlemagne Palestine. C'est un chemin violent d'ascèse, un dépouillement, sans cesse à reprendre pour atteindre l'extase.

   Un disque magistral, éblouissant, fort intelligemment conçu de manière non chronologique pour présenter toute la diversité de l'œuvre de Philip Glass, ce jeune compositeur de plus de 87 ans. La rencontre d'un immense compositeur et d'un non moins immense pianiste, qu'on se le dise ! Sans oublier le piano, un Fazioli, à la musicalité exceptionnelle !!

Philip Glass - Glassworlds 1 / Nicolas Horvath, piano

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 8 août 2021)

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Publié le 24 Mars 2015

"Berlin" et "anteroom", deux facettes des talents vocaux de Theo Bleckmann
"Berlin" et "anteroom", deux facettes des talents vocaux de Theo Bleckmann

"Berlin" et "anteroom", deux facettes des talents vocaux de Theo Bleckmann

   Né à Dortmund en 1966, Theo Bleckmann s'est fixé aux États-Unis à partir de 1989. Il est devenu citoyen américain en 2005. Chanteur et compositeur, c'est un musicien éclectique, aussi à l'aise dans le répertoire du jazz, du cabaret, des mélodies de Charles Ives, ou encore des compositions vocales de Meredith Monk, avec laquelle il a travaillé pendant quinze ans en tant que membre de son ensemble. Il a à son actif de nombreuses autres collaborations qui témoignent de sa grande curiosité. Parmi elles, celle avec Fumio Yasuda, pianiste et compositeur japonais qui a travaillé notamment avec le célèbre photographe Nobuyoshi Araki. Ils ont enregistré ensemble plusieurs disques, dont Berlin, sorti en 2007 : ce sera l'objet de la première partie de cet article. La seconde sera consacrée à un projet solo entièrement vocal, anteroom, sorti en 2005. Deux coups de cœur pour des disques déjà anciens, mais qu'importe, vous me connaissez : ils valent toujours le détour !

   Berlin est une anthologie de chansons de cabaret aux musiques signées par les deux grands noms : Hans Eisler (majoritairement), Kurt Weil, bien sûr, mais on y rencontre Micha Spoliansky ou encore Michael Jary, sur des textes de Bertold Brecht le plus souvent, mais aussi du poète Johannes Robert Becher. Theo Bleckmann présente en plus, sur des compositons personnelles, quelques textes de Kurt Schwitters. C'est un régal de bout en bout. Les arrangements de Fumio Yasuda sont raffinés, élégants. Le chant de Theo est suave, subtil, mais sait être âpre, distancié. C'est à une véritable recréation de l'univers d'Eisler et Weil que nous invite Theo Bleckmann. Si on la compare avec l'interprétation, magistrale, de Dagmar Krause dans les deux disques formidables que sont Supply & Demand (1986, Hannibal Records) et Tank Battles (1988, Island Records), on se dit que Theo, qui tire parfois  les compositions vers la musique contemporaine, en fait des lieder plus intemporels, souligne en tout cas leurs audaces. C'est particulièrement évident sur "Das Lied von Surabaya-Johnny", tube de cabaret qu'il se plaît à casser, à subvertir avec un évident plaisir en y introduisant des phases lentes. La voix gouaille, étincelle, émeut, s'étire...Sa diction impeccable, claire et douce, transfigure le texte, magnifie la langue allemande comme rarement.

   "Bitte der Kinder", musique de Paul Dessau, n'est pas si éloigné de l'école de Vienne. Qu'on écoute les violons sur "Als ich dich  in meinen Leib trug", pizzicati tandis que la voix chavire, dissonnants tandis que la voix  chantonne : titre d'une étonnante modernité. Car j'allais oublier les deux violons, l'alto de Caleb Burhans (du duo itsnotyouitsme), le violoncelle de Wendy Sutter, qui a joué avec Philip Glass ! Du beau monde !

   La fin de l'album est plus splendide encore, avec "Über den Selbstmord" et deux compositions de Theo pour des textes de Kurt Schwitters, sur lesquelles il joue de sa voix de manière éblouissante, et une renversante version de "Lili Marleen" de Norbert Schultze, où la voix est doublée par un chant sublime en fond, qui n'est pas sans rappeler...le second disque dont je souhaite vous entretenir.

En attendant , une version en concert de "Lili Marleen":

   anteroom, paru deux ans avant Berlin, contient le titre éponyme de quarante-huit minutes auquel la version de "Lili Marleen" emprunte la démarche. C'est un pur chef d'œuvre de musique ambiante et post-minimaliste, avec des passages complètement reichiens, animés de la pulsation reconnaissable de Steve. Theo Bleckmann n'utilise que sa voix, démultipliée par les multi-pistes, déformée par des systèmes de retardateurs, de boucles, pour créer un opéra fabuleux, quelque part entre les Canti Illuminati d'Alvin Curran et les chants de gorge extrême-orientaux. Musique majestueuse, sublime, éthérée, qui remplit l'espace sonore, le fait onduler. Elle s'enfle, se creuse, renaît chargée de traînées harmoniques, gigantesque mantra toujours varié, lieu du calme souverain, de la beauté transcendante, antichambre en effet d'un arrière-monde plus vertigineux encore, en somme promesse d'une beauté incommensurable,

   Je ne m'explique pas pourquoi une telle composition, extraordinaire, n'a pas fait l'objet d'articles, de revues. En dehors des deux extraits sur Youtube, du site de Theo et de mentions sur les plate-formes de vente de disque, il n'y a rien ! Alors que fourmillent les rumeurs insipides, les potins mesquins, les commentaires minuscules de la moindre intervention d'un homme politique ou d'un artiste à la mode, rien sur ce MONUMENT de la musique vocale d'aujourd'hui...Triste Internet, phagocyté...

  Un grand merci à Timewind pour la découverte d'anteroom !!!!

I am waiting in an anteroom.
I wait and wait.
Waiting still.
I wait.
Weightless.
      
        Theo Bleckmann

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Berlin, paru chez Winter & Winter, 2007 / 23 titres / 77 minutes 

anteroom, paru chez traumton, 2005 / 2 titres / 56 minutes 

Pour aller plus loin :

- le site de Theo Bleckmann, qui a signé depuis un autre disque consacré à Kurt Weil et l'Amérique sur le lable ECM.

- un extrait de anteroom en public. Le son ne me paraît pas fameux, hélas. Puis l'intégralité de ce chef d'œuvre...

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 8 août 2021)

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Publié le 11 Mars 2015

Melaine Dalibert - Quatre pièces pour piano

La Mesure de l'Éternité

   Melaine Dalibert, pianiste et compositeur français né en 1979, a étudié le piano aux conservatoires de Rennes et Paris. Récemment, du 17 au 25 janvier 2015, il a contribué à l'organisation du festival rennais Autres mesures, cinq concerts dans cinq lieux de la ville. Il se consacre à une carrière d'interprète tournée vers les compositeurs contemporains et à ses propres créations, fondées sur des processus rigoureux de composition, notamment des algorithmes. Les quatre pièces de cet album obéissent à ces processus déterministes qui bannissent toute visée narrative, sentimentale.

   "Variations" (2012), la première pièce, étend sur dix-sept minutes sa marche à pas comptés, par groupes de deux notes comme en miroir décalé. Les intervalles entre elles sont tapissés d'harmoniques résonnantes. C'est un chemin tranquille, serein, lumineux. Nous sommes dans l'ineffable, dans un monde parallèle aux apparences qui nous agitent et nous gouvernent, nous aliènent. Cette musique est retrouvailles avec soi, avec l'essentiel. Sa froideur mathématique est paradoxalement garante d'une sensualité effective, fondamentale, je veux dire enfin dépouillée de toute dimension conjoncturelle, subjective. Ce qui est donné à entendre pour qui accepte le contrat d'écoute n'est rien d'autre que la beauté pure des sons, le bel ordonnancement qui conduit à l'idée d'éternité, d'infini. Il n'y a aucune raison pour que cela cesse, et cela donne le frisson à nos petits êtres finis : cela nous dépasse et en même temps trahit ce que trop souvent nous refoulons, la part d'éternité contenue en chacun. Pour paraphraser Rainer-Maria Rilke : « Voici le premier pressentiment de l'éternité : avoir du temps pour l'amour », c'est-à-dire pour l'écoute, un luxe dans notre société chronophage.

   "En abyme"(2014), dédiée au pianiste Nicolas Horvath, régulièrement présent dans ces colonnes, est vertigineuse. Au gré des quintes et des sixtes dont la pièce est exclusivement composée, on monte ou l'on descend, on ne sait plus, les degrés d'une tour infinie, comme si l'on était dans la colonne sans fin du sculpteur roumain Constantin Brancusi. Sans hâte, avec détermination, alors que nous savons très bien que nous ne parviendrons jamais en haut du bas, nous gravissons pour la joie du gravir-descendre, étreints par le mystère de l'apesanteur qui nous saisit au bout d'un moment, comme si nous éprouvions la vacuité de la matière.

   "ballade"(2014) est dédiée à Aki Takahashi, une pianiste japonaise qui m'est chère, interprète notamment de Morton Feldman, compositeur auquel on pense en écoutant ce parcours qui pourrait sembler erratique, nous promenant dans un lacis aux mailles larges. L'infini prend ici comme la forme rêvée d'une vaste spirale dans les volutes étirées de laquelle on ne sait plus du tout dans quelle direction on va. Le temps s'est projeté sur un espace que l'on soupçonne labyrinthique. Le monde "réel" s'est volatilisé, comme si la faculté de mesurer de la musique révélait la nature illusoire du monde. En ce sens, comme toutes les autres pièces de ce disque, elle ouvre la voie à un éveil spirituel, à tout le moins à un autre rapport à l'univers. L'absence de virtuosité, le brouillage de la progression linéaire, tissent comme chez Morton Feldman - qui disait : « Ce qui m'intéresse, c'est d'obtenir le temps dans son existence non structurée. » - une toile de temps. Autre paradoxe de ces pièces "mathématiques" : la structure pure finit par, non pas détruire, mais dépasser la structure, la transcender.    

   Quant à « cortège », la grande quatrième égale presque à elle seule la durée des trois autres avec ses presque trente-quatre minutes. Elle carillonne doucement, posément, marquant les Heures d'une éternité concentrée dans l'espace de quelques mesures répétées et très légèrement variées se dit-on. Là encore, la structure réglée donne l'impression d'un imperceptible dérèglement, dont l'auditeur ne peut jamais toutefois prouver le bien-fondé, trahi par sa mémoire et par l'avancée inexorable de ce cortège magique. La musique hiératique jette un véritable charme sur l'auditeur, envoûté par le passage incessant de ce Graal harmonique et mystérieux. Au bout d'un moment, le temps se met à tourner sur lui-même, comme s'il était prisonnier d'une invisible cage : l'éternité montrerait-elle sa finitude, elle aussi ? Chaque note en devient un fragment significatif, d'une extraordinaire densité, au point que l'on attend presque avec anxiété son retour. Après un quart d'heure, tout commence à flotter, à s'éloigner, le piano lévite, et nous aussi, perdus dans la contemplation de ses beaux sons. La reconquête du Temps est en marche.

   Un très grand disque pour les chercheurs d'Absolu, les amateurs de Beauté pure, ...et de musique, tout simplement.

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Paru en février 2015 / Autoproduit , édition limitée / 4 titres / 72 minutes.

- Visuel de la couverture : Vera Molnar

 

© Photographie personnelle : La structure secrète du chaos       (Cliquez pour agrandir !)

© Photographie personnelle : La structure secrète du chaos (Cliquez pour agrandir !)

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Publié le 26 Février 2015

Matteo Sommacal - The Chain Rules

   The Chain Rules est le disque idéal pour casser une certaine image persistante de la musique contemporaine, qui serait toujours dissonante, aride, ennuyeuse. Matteo Sommacal, jeune compositeur italien, dirige la Piccola Accademia degli Specchi depuis quelques années. J'avais chroniqué une des interprétations de son Ensemble sur le disque House of Mirrors (2011) du compositeur minimaliste néerlandais Douwe Eisenga.

   Mathématicien, Matteo Sommacal accompagne son disque du texte suivant, que je traduis de l'anglais de la pochette : « À première vue, les événements de la vie semblent s'enchaîner de manière imprévisible. Au fur et à mesure de l'avancée de notre vie, submergés par le bruit, nous oscillons distraitement entre la conception d'un univers imprévisible pour nous dégager de toute responsabilité et l'affirmation supposée d'une vérité révélée pour nous réconforter de la souffrance. Cependant, quand nous observons la réalité sans chercher une explication forcée, souvent nous découvrons que la plupart des "pourquois" peuvent être découverts en observant les "comments". Des raisons émergent de l'apparent désordre en tant que lois qui lient faits et circonstances. Même la plus simple de ces insaisissables lois sous-tend des séries de phénomènes incroyablement complexes. Seul, nous réalisons les conditions de notre propre existence individuelle. Tandis qu'en tant que totalité, sans tenir compte d'aucune différence humaine, nous nous rassemblons dans la certitude que nos vies sont toutes sujettes aux mêmes enchaînements de lois. »

     Ce texte de présentation vise sans doute l'accusation prévisible de facilité portée contre une telle musique. Trois cycles de trois pièces pour piano seul, avec trois pièces pour piano et quatuor à cordes ou violoncelle intercalées : tout coule, harmonieux, évident. Le minimalisme de Matteo Sommacal est évidemment lié à celui de Wim Mertens, de Michael Nyman ou encore de Douwe Eisenga. C'est justement parce que le minimalisme a su rencontrer la faveur du grand public qu'il s'attire aussi les remarques acerbes des puristes de la musique contemporaine académique, aux oreilles desquels ces musiques sont trop simples. Or, ce que rappelle Matteo Sommacal, c'est ce qu'un Boileau affirmait haut et fort, à savoir que la clarté est le résultat d'un travail dont on ne perçoit plus les traces une fois l'ouvrage accompli. Des lois régissent les rapports entre les notes, l'architecture des mélodies, que l'auditeur néophyte ne perçoit qu'intuitivement. Pourquoi une musique ne s'écouterait-elle pas facilement ? Certains compositeurs n'ont pas peur de revendiquer l'appellation de "easy listening" pour leur musique. Toute complexité n'est pas belle du seul fait de sa complexité, de même que la virtuosité de l'exécutant ne garantit aucunement la production d'une émotion.

    Bien sûr, "The Sign of gathering" pour piano et quatuor à cordes sonne comme du pur Wim Mertens : c'est l'hommage d'un jeune compositeur à des aînés qu'il admire, je ne trouve rien à y redire. Ce qui compte, c'est que cette musique soit une fête, une broderie échevelée qui démarque l'atmosphère précieuse et raffinée de certains films de Peter Greenaway.

   Chaque pièce a sa couleur, étincelante, impatiente, élégante, brillante, vive, pensive, intime, nocturne, imminente (je les cite dans le désordre). Elle acomplit son programme avec un bonheur constant, une alacrité rare, sans affectation, servie par l'élégance et la vivacité légère de frappe du pianiste Alessandro Stella. Ne boudons pas notre plaisir et saluons ce disque d'une incroyable fraîcheur, « Sans rien en lui qui pèse ou qui pose » comme dirait un certain Verlaine que je détourne sans vergogne, sachant que l'esthétique ce cette musique est fort éloignée par ailleurs de l'univers verlainien. Pas de blessure secrète, de langueur voilée ici : le chant limpide des règles qui nous régissent sans même se faire sentir. 

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Paru en janvier 2015 chez Kha Records / 12 titres / 41 minutes.

Pour aller plus loin :

- le premier titre, "Exile upon Earth I nocturnal" chorégraphié et dansé par Naima Sommacal :

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 6 août 2021)

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Publié le 27 Janvier 2015

Steve Reich - radio rewrite

Hommage à Radiohead

   Le dernier disque de Steve Reich est placé sous le signe de son admiration pour le groupe Radiohead. Enthousiasmé par l'interprétation que donna Jonny Greenwood de son Electric counterpoint, enregistré à l'origine par Pat Metheny sur le même label Nonesuch, il est logique qu'on retrouve enfin cette version majeure sur un disque dont le titre réfère directement au célèbre groupe, on le verra.

 Cette nouvelle version d'Electric counterpoint, pour guitares multiples - jusqu'à dix, plus deux basses électriques - est moins alanguie, nonchalante, que celle de Pat. Nerveuse, incisive, elle met en valeur des sonorités un peu épaisses, nettement plus rock. Ce n'est donc pas un doublon, mais une autre version, qui confirme l'intérêt de Steve pour les instruments de la scène pop-rock, sensible depuis au moins 2x5 (2008), écrit pour Bang On A Can All Stars avec deux guitares électriques, une basse électrique, percussions et piano. Rappelons que le soliste joue "contre" une bande préenregistrée des autres guitares également jouées par lui. Le premier mouvement se rapproche des grands opus des années ECM New Series, particulièrement du grandiose Music for 18 musicians, avec un pulse plus marqué que sur le premier enregistrement d'Electric counterpoint. Le second mouvement, "Slow", est étincelant et trouble à la fois. Le dernier est le plus virtuose, plus loin encore de la version Metheny, rajeur et comme pris dans une belle spirale d'ivresse. Grand moment !!

   Le disque propose ensuite une version arrangée en 2011de Six pianos, une pièce encore plus ancienne de Steve puisqu'elle date de 1973. Titrée Piano counterpoint, elle s'inscrit dans la même série qu'Electric counterpoint. Voici ce que Steve dit à son sujet : « C'est un arrangement de Six pianos dans lequel quatre des six parties de piano sont préeneregistées et les deux dernières sont combinées dans une partie jouée en direct plus virtuose. pour ces deux parties destinées à être jouées par un seul pianiste, il a été nécessaire de remonter d'un octave certains motifs mélodiques, ce qui donne à la pièce un éclat et une intensité accrus. L'amplification du joueur en direct, ajoutée à la partie préenregistrée, lui confère une plus grande électricité. Combinée au côté pratique de la nécessité d'un seul pianiste, cet arrangement peut être considéré comme une amélioration par rapport à l'original. » Je n'ai pas réécouté Six Pianos, mais cette version, sous les doigts du pianiste canadien Vicky Chow, membre du Bang On A Can All Stars, est diaboliquement tonique. L'intrication des motifs est magnifique. La musique virevolte, rebondit, quasi funambulesque. Une musique qui donne envie de vivre TOUJOURS, inépuisable d'être sans cesse revivifiée par l'intrusion de nouveaux motifs, qui donne raison à Steve réécrivant ses pièces, les révisant pour en tirer encore mieux. 

      Après ces deux classiques reichiens transfigurés, voici la nouvelle pièce éponyme, inspirée de deux titres de Radiohead, que Steve présente ainsi : « Au fil du temps les compositeurs ont utilisé des musiques pré-existantes (populaires ou classiques) comme matériaux pour leurs propres pièces. Radio rewrite, ainsi que Proverb (inspirée de Pérotin) et Finishing the Hat -two pianos (inspirée de Sondheim), représente ma modeste contribution à cette lignée. (...) Maintenant, en ce début de vingt-et-unième siècle, nous vivons dans l'âge des remixes où les musiciens prennent des échantillons d'autres musiques et les remixent pour les faire leurs. Étant un musicien qui travaille à partir de notation musicale, j'ai choisi comme référence deux chansons du groupe rock Radiohead pour un ensemble jouant des instruments non-rocks : "Everything in Its Right Place" et "Jigsaw Falling into Place". » Il précise aussi : « Ce n'était pas mon intention de faire comme des "variations" sur ces titres, mais plutôt de partir de leurs harmonies et quelquefois de fragments mélodiques et de les retravailler pour les incorporer dans ma propre pièce. Quant à vraiment entendre les chansons originales, la vérité est que parfois vous les entendez, et parfois non. » Interprétée par l'ensemble Alarm will sound sous la direction d'Alan Pierson, un ensemble qui joue Reich très souvent, la pièce, écrite en 2012, sonne évidemment très familièrement aux oreilles des reichiens dont je suis. Certains ne manqueront pas de dire « Bon, Steve fait du Reich, comme d'hab' ! » À quoi il ne m'est pas difficile de rétorquer que la plupart des grands artistes ne font guère qu'approfondir leur propre voie : Bach, Mahler, Balzac, Hugo, Fellini...C'est ce qu'on appelle le style, s'ils l'ont oublié...Aussi ne reviendrai-je pas sur les aspects ouvertement reichiens de cette œuvre en cinq parties. Ce qui est assez inédit, c'est l'apparition de courts fragments presque mélancoliques, pas seulement lents, vite contrebalancés par la puissance dynamique de la composition. La palette de timbre, déjà large mais reichienne avec les deux vibraphones, pianos et violons, le violoncelle et la basse électrique, s'élargit aussi : la flûte introduit une gracilité étonnante à certains moments. La dernière partie danse avec une joie superbe, chante presque ouvertement avant le retour des impressionnantes ponctuations pianistiques finales. Au passage, on aura reconnu des souvenirs de bien d'autres compositions reichiennes, pour notre plus grand plaisir. 

  Un disque pour les inconditionnels...et pour les autres. Steve Reich reste le meilleur antidote à toutes les morosités !!

Paru en 2014 chez Nonesuch / 9 titres / 46 minutes  

Pour aller plus loin :

- une bonne revue en anglais, sur Pitchfork

- des extraits de radio rewrite mis en ligne et interprétés par Alarm Will Sound :

 

- Ambiance électrique avec une interprétation publique d'Electric counterpoint par Jonny Greenwood :

(Liens mis à jour + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 6 août 2021)

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Publié le 5 Janvier 2015

Nicolas Horvath interprète Philip Glass à Carnegie Hall

   Le pianiste Nicolas Horvath sera en concert ce 9 janvier 2015 à Carnegie Hall pour une intégrale des études pour piano de Philip Glass ainsi qu'une série de pièces en hommage à Glass ou au pianiste, la plupart en création mondiale. Voici le programme détaillé de ce concert qui s'annonce mémorable comme toutes les belles folies que nous concocte le fougueux Nicolas : soyez à l'heure, les bienheureux, ce sera à 20h.

Philip GLASS : Etudes Book I (1 to 10)
Jeroen van VEEN (hol) : Hommage for Philip Glass (dedicated to me – national premiere)
Frédérick MARTIN (fr) : Glass in Mirror (dedicated to me – national premiere)
Konstastin YASKOV (by) : Moonlight Sonatina of Philip Glass (world premiere)
Stéphane DELPLACE (fr) : Hommage à Glass (national premiere)
William SUSMAN (usa) : 1937 (dedicated to me – national premiere)
Andre Vindu BANGAMBULA (cd) : Homage to P. Glass (world premiere)
Eve BEGLARIAN (usa) : Enough Holes (world premiere)
Tom SORA (de) : Glassplitter (WP)
Tom CHIU (tw): laboerets version 2.0 (dedicated to me – national premiere)
Sergio CERVETTI (uy) : Intergalactic Tango (dedicated to me – world premiere)
Régis CAMPO (fr) : Smiley ! (dedicated to me – world premiere)
Jaan RÄÄTS (ee) : Prelüüd op.128 (world premiere)

Entracte

Bil SMITH (usa): Delinquent Spirit of a Drowned City (dedicated to me – national premiere)
Paul WEHAGE (usa) : Early Morning:New York Skyline (dedicated to me – national premiere)
Michael Vincent WALLER (usa) : Pasticcio per meno è più (dedicated to me – world premiere)
Alp DURMAZ (tr) : Bustling (world premiere)
Gilad HOCHMAN (il) : Broken Glass (dedicated to me – national premiere)
Ehsan SABOOHI (ira) : Where is the friend’s house? (dedicated to me – national premiere)
Lawrence BALL (uk) : Glass Ball Game (dedicated to me – world premiere)
Paul A. EPSTEIN (usa) : Changes 6.1 (dedicated to me – world premiere)
Alvin CURRAN (usa) : The Glass Octave (world premiere)
Michael BLAKE (za) : Shard (dedicated to me – world premiere)
Victoria Vita POLEVA (ukr) : NULL (national premiere)
Mamoru FUJIEDA (jp) : Gamelan Cherry (national premiere)
Philip GLASS : Etudes Book II (11 to 20)

Pour couronner le tout, commencera en mars la publication du premier volume de la série "Glassworlds" chez Naxos !

 

  Bil SMITH (usa):

Nicolas Horvath interprète Philip Glass à Carnegie Hall

Nicolas Horvath en concert.

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Rédigé par Dionys

Publié dans #Le piano sans peur, #Philip Glass, #Minimalisme et alentours