minimalisme et alentours

Publié le 3 Décembre 2011

Jeroen van Veen & Friends - Minimal piano collection (vol.X-XX) : la bible du minimalisme (suite)

   Jeroen van Veen, compositeur et pianiste néerlandais, est un infatigable ambassadeur du minimalisme. Le deuxième volet de l'anthologie Minimal piano Collection, commencée en 2007 sur le label Brilliant Classics, est sorti depuis un an. Un travail monumental à mettre en parallèle avec l' Anthology of noise and electronic music dirigée par Guy Marc Hinant sur le label bruxellois Sub Rosa. Le coffret rassemblant les dix premiers volumes pour piano solo se terminait sur une adaptation pour plusieurs pianos de l'incontournable "In C" de Terry Riley, transition vers ces nouveaux Cds consacrés aux compositions pour deux à six pianos.

    Ceux-ci s'ouvrent sur les soixante-dix-neuf minutes et seize secondes des vingt-cinq sections du "Canto Ostinato" de son compatriote Simeon ten Holt, né en 1923, qui fut l'élève à Paris d'Arthur Honegger et de Darius Milhaud : une adaptation pour deux pianos, interprétée par Jeroen et son épouse Sandra, de cette composition monumentale, à l'origine pour quatre pianos, écrite entre 1976 et 1979. Magnifique entrée que cette musique d'une incroyable fraîcheur, au rythme entraînant, constamment chantante : l'auditeur est porté par une douce houle, dont la surface est aérée par des bulles mélodiques récurrentes. Cette musique est naïve, dans la plus belle acception du terme, animée d'un rêve de jouvence, de perpétuelle renaissance. Vous voilà prêts au long bain de vigueur qu'est le minimalisme bien compris, chaque Cd gorgé à bloc. Si les minimalistes américains se taillent évidemment la part du lion, vous y rencontrerez aussi le sud-africain Kevin Volans, l'anglais Tim Seddon, le russe Alexander Rabinovitch, l'estonien Arvo Pärt, le belge  Wim Mertens, quelques autres néerlandais, mais aucun français...la renommée de Frédéric Lagnau étant peut-être trop limitée. Je n'irai pas jusqu'à dire que tout est admirable dans ces dix volumes, mais que de pages splendides rassemblées : le "Long night" de Kyle Gann  pour trois pianos, "Two pianos" et "Piece for four pianos" de Morton Feldman, "Piano phase" et "Six pianos" (évidemment !) de Steve Reich, avec un volume XIX extraordinaire. D'abord , du Philip Glass, du meilleur : "In Again Out Again" (en écoute plus bas), de 1968, une pièce qui s'apparente à "Piano phase" de  Steve Reich, avec une structure en miroir, chaque pianiste jouant vingt motifs, le premier de 1 à 20, le second de 20 à 1. Puis "Theme von Wiek", de son compatriote Douwe Eisenga, une de mes belles découvertes récentes : une ronde envoûtante, gracieuse, tout en transparences mélancoliques. Puis les deux pianistes attaquent "Orpheus Over and Under" (en écoute aussi plus bas) de David Lang, composition de 1989 basée sur des tremolos crescendo et decrescendo, en strumming à la Charlemagne Palestine, mais avec la rigueur implacable de David. C'est un obstiné forage pour accoucher d'une beauté vertigineuse. Enfin le capricieux et concertant "Incanto" (en écoute plus bas) du pianiste-compositeur lui-même, inspiré par sa machine à café de marque Incanto, nous confie-t-il, et par une chanson pop qu'il écoutait beaucoup dans sa voiture, chanson réduite, augmentée, variée : pièce enjouée, qui caracole en grappillant des notes nouvelles, rebondit, virevolte, se suspend pour mieux repartir.

   La musique minimaliste est au fond un hymne vibrant au bonheur de vivre, un refus de la crise, de la déprime fabriquée par des médias trop souvent aux bottes de la finance ivre de son pouvoir illusoire. Il faut revenir aux sources, par delà les artefacts d'une civilisation égarée.

Paru en 2010 chez Brilliant Classics / 10 Cds / 83 pièces / 854 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Jeroen van Veen

- l'intégrale de "Canto Ostinato" de Simeon ten Holt, en concert en septembre, interprété par Jeroen et Sandra van Veen, Elizabeth et Marcel Bergmann :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 14 avril 2021)

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Publié le 11 Novembre 2011

Wim Mertens - Series of Ands / Immediate Givens

   Wim Mertens, compositeur flamand minimaliste né en 1953, pianiste et chanteur à l'étrange voix haut perchée de haute-contre, n'était pas encore dans mon index ! Évoqué de temps à autre, certes, mais c'est tout. Après l'avoir écouté, je ne dis pas assidûment - je ne fréquentais que quelques uns de ses nombreux enregistrements - , je l'avais oublié, submergé par le flot des sorties, passionné surtout par bien d'autres musiciens. J'avais à son égard un peu le même sentiment que pour Philip Glass : disons-le tout net, oui, il était pour moi comme une sorte de Philip Glass belge. Comme lui, à la fois très populaire, grâce notamment à leurs musiques de film, ressassant des airs, recyclant sans cesse des ritournelles, presque jusqu'à la nausée pour l'auditeur. Et puis, en même temps, ce sont deux musiciens beaucoup plus subtils qu'ils n'en ont l'air, capables au détour d'une phrase mélodique, d'une reprise, d'atteindre au sublime, à une grâce limpide. En somme, ils ont en commun d'être tantôt agaçants, insupportables même lorsqu'ils flirtent avec la mièvrerie, tantôt fins ensorceleurs, mélodistes et harmonistes accomplis. Cette double face les rend aussi assez attachants : deux musiciens qui ne s'en laissent pas compter, qui persistent dans leur voie sans souci des modes ; deux hommes qui cherchent inlassablement, à partir de leur vocabulaire, de leur syntaxe musicale si reconnaissable que d'aucuns s'en gaussent un peu vite, oubliant sans doute que le génie n'est pas une donnée, qu'il est parfois, et parfois seulement, de manière discontinue, imprévisible le plus souvent, au bout des méandres du parcours. Je ne sais plus pourquoi il m'est venu à l'idée d'entendre ce qu'il devenait. J'ai constaté qu'il était toujours aussi prolifique, et me voici tombé sur ce double album, son dernier en date.

   Le premier, titré "Series of Ands", ne dépayse pas tout de suite l'auditeur. On reconnaît des airs, les paysages sont connus, si bien que l'on se dit d'abord : « Tiens, Wim fait encore du Mertens. », et l'on s'apprête à faire la moue, dépités, à lâcher le fiel de notre semi déception. Tout tourne si rond. Mais il s'agit de réécritures, de vraies réécritures, qui nous prennent au dépourvu.

    Cela m'est arrivé avec "Sonsigns", le deuxième morceau : le piano caracole, surmonté d'une ligne de cuivre, enveloppé de cordes ; survient la voix, en virgules aiguës, serrées, une boucle se boucle dans un arrondi ralenti, et puis cela arrive, à une minute et quarante sept secondes, pour être précis, rupture de rythme et bascule dans un monde délicat, d'un baroque raffiné, sorte de danse disloquée magnifique, avec de belles envolées filées. On respire, on se laisse reprendre par cette musique de chambre colorée, tout en spirales, en volutes empilées. L'album ne cessera d'ailleurs d'osciller entre quasi ambiances de fêtes foraines, de kermesses à flonflons - vous imaginez ma tête dans ces moments ! -, et sarabandes esquissées dans un crépuscule à la Watteau, bluettes translucides et si belles dans leur naïveté : qui d'autre en serait capable ? Écoutez "Face à main", simplicité touchante, grâce surannée du piano, puis la fanfare se déchaîne sans que le pire survienne, car une habile surenchère des textures qui s'enchevêtrent dessine des entrechats fascinants, pièges voluptueux qui - je l'imagine - ont dû inciter Peter Greenaway à faire appel à Wim Mertens pour la musique du Ventre de l'Architecte. Le dernier titre, "Man-in-person", est un majestueux autoportrait sous forme d'élégie en demi-teintes, volte-face inattendue qui dévoile le Wim introverti pudiquement caché derrière la façade ostensiblement chargée, parfois outrancière, dont il s'affuble : cordes nues, retenues, graves, suaves, beau pied de nez à ceux qui le voyaient en bouffon grotesque se contorsionnant dans la poussière des arènes populaires , superbe transition vers le second cd, Immediate givens.

  "Kerf width" nous introduit dans de nouveaux territoires :  cet austère solo de percussion creuse l'écart avec l'empreinte sonore de l'univers mertien, véritable ascèse invitant l'auditeur à chasser tous ses préjugés. Le second titre "The biggest fable of all", un solo de harpe d'un peu plus de trois minutes, est tout aussi surprenant par la rigueur économe de son dialogue entre une cellule refrain et des réponses énigmatiques qui procèdent souvent par grappes de notes répétées, obstinées. Avec "In.Zones", le plus long titre avec plus de treize minutes, on revient vers des rivages plus connus, mais c'est le meilleur du musicien : magnifique mélodie au piano, reprise très vite par tout l'ensemble de chambre, la trompette répondant tout en haut, et un jeu de variations éblouissant, des fractures franches donnant au développement une fraîcheur, un dynamisme irrésistibles. On sent le plaisir des musiciens à nous donner une musique de chambre à la fois évidente et d'une belle élaboration. Un des sommets de ce double-album qui met ensuite en avant tantôt le trombone, la harpe à nouveau, les percussions encore pour finir, en alternance avec des morceaux de bravoure où l'ensemble brille autour du piano chantant, comme dans "Tactility", sa merveilleuse aisance, ce goût de l'étourdissement qui serait factice s'il n'était pas le signe d'un besoin de chaleur, de bonheur facile : n'oublions pas la Flandre balayée par les vents glaciaux ! Il y a du funambule en Wim Mertens, une manière de se tenir sur la corde, de refuser le clivage entre musique populaire et musique savante, et s'il lui arrive de faire quelques faux pas, il se rattrape le plus souvent par des pirouettes et des échappées confondantes pour qui accepte de l'écouter vraiment.

   Un double album à facettes pour (re)découvrir un musicien au fond mal connu (presque rien sur le net au sujet de cette parution...). À noter sur la pochette ce reptile à deux têtes trouvé en Chine et qui daterait d'il y a cent millions d'années... mais qui me semble une manière indirecte d'annoncer la double face de ce disque.

Paru en 2011 chez Usura - EMI Classics / 2 Cds / 8 et 11 titres / Presque deux heures.

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 13 avril 2021)

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Publié le 24 Octobre 2011

La couverture retenue

La couverture retenue

   Je ne m'étendrai pas sur la polémique qui a conduit Nonesuch et le compositeur à renoncer à la couverture avec la photographie de Masatomo Kuriya. Je constate qu'on a hélas plus parlé d'elle que de la musique de Steve. 

   Je sais que, mis à part les détracteurs qui lui reprochent de créer une œuvre à partir d'un événement terrifiant, certains trouvent ce disque incohérent, voire anecdotique. Je voudrais ici répondre aux uns et aux autres.

   Concernant le reproche d'incohérence, d'abord. Les trois compositions de l'album, si différentes d'allure, s'inscrivent dans la cohérence  globale du parcours de Steve. WTC 9/11 appartient à une veine que je qualifierai d'impure - sans connotation péjorative - : confrontation d'un quatuor à cordes et d'une bande pré-enregistrée, dans la lignée de Different Trains en 1988, avec déjà le Kronos Quartet, ou encore de City Life (1995), même si les sons préenregistrés sont joués en principe en direct sur deux claviers à échantillons. La pureté acoustique se confronte au trouble des sonorités électroniques, des voix retraitées. Le Mallet Quartet représente la ligne pure, plus ancienne, pures percussions dans la lignée de Drumming (1970-1971) ou de Music for Mallet Instruments (1973). Quant à Dance patterns, je la rattacherai à un filon hybride, dont le caractère dansant  a été perçu par nombre de chorégraphes, et ce filon ne comprend pas que des pièces de commande de ces derniers, puisque j'y ferais figurer Music for 18 instruments  de 1978, une de mes préférées, magnifiquement chorégraphiée notamment par une troupe belge dont j'ai oublié le nom. Des percussions, plus deux pianos dans le cas présent, et parfois un véritable orchestre de chambre qui chante la vie. Aussi la réunion des trois ne me paraît-elle pas hétéroclite, dans la mesure où elle fait se côtoyer trois lignes compositionnelles de la galaxie reichienne, et pas non plus le fruit du hasard.

La couverture écartée

La couverture écartée

     Steve précise avoir voulu que WTC 9/11 soit brève, ramassée : pièce "documentaire", dramatique, poignante sans commisération appuyée, remémoration et non monument aux morts, car ouverte sur le monde à venir, "World To Come", comme le lui suggérait la composition éponyme de son ami David Lang. L'ouverture, c'est le Mallet Quartet, dans sa pureté, sa transparence, son évidence lumineuse, et ce sont les Dance Patterns, n'en déplaise à ceux qui rêvent de transformer le 11 septembre en apocalypse noire, en événement interdit de représentation sous prétexte qu'il serait au-delà de toute possibilité de le dire, d'en rendre compte. Quelle naïveté de leur part, et quel orgueil ! L'artiste ne représente jamais le réel : il en propose une vision subjective pour donner à penser. De plus, la tragédie du 11 septembre, aussi épouvantable soit-elle, n'est hélas ni unique ni pire que bien d'autres : c'est pourquoi s'offusquer qu'un artiste s'en empare est à mon sens rien moins que ridicule. Reproche-t-on à Delacroix sa vision des Massacres de Chios ? à Francis Ford Coppola son Apocalypse now ? Le paradoxe du véritable artiste, c'est qu'il parvient à tirer de la beauté de l'horreur, et il n'y a pas à s'en scandaliser si l'on y réfléchit - à moins d'une volonté évidente d'exploitation commerciale dont on ne saurait soupçonner Steve - , car le tabou, le refoulement, produisent de facto une véritable putréfaction de leur contenu qui, faute d'être appréhendé, alimente toutes les phobies liées au sacré, à l'inhumain. La musique de WTC 9/11 ne fait rien d'autre que de s'approprier l'événement pour lui restituer sa dimension humaine : il va falloir que tous les Américains acceptent l'évidence et cessent d'être honteux de ce qui leur est arrivé. Les États-Unis ne sont pas intouchables, le rêve américain s'est écroulé avec les deux tours, c'est arrivé à bien d'autres dont on ne parle même pas.

   J'ai fait écouter à une jeune fille la composition de Reich, sans donner aucune information à son sujet. Elle était très impressionnée, mal à l'aise : "C'est une musique de meurtre, d'épouvante", m'a-t-elle dit. Steve ne triche pas, ne maquille pas : il donne à entendre avec une incroyable justesse, une puissance dramatique rarement atteinte. Il faut écouter WTC 9/11 à pleine puissance, comme du rock. L'impact est extraordinaire : le Kronos étincelant, en archange-keroubim flamboyant, démultiplié, comme des sirènes striées, bloquées, cerné de ces voix voilées, fantomatiques, de ces creux peuplés de nuages de particules, dans un climat de compte-à rebours. Une réalité irréelle à force d'intensité chaotique, cauchemardesque, un dies irae d'après la mort de dieu : une punition, un châtiment, d'une certaine manière la fin d'un monde, mais non pas la fin du monde ! Les deux mouvements suivants prennent en charge l'humain, avec ces témoignages de voisins, de pompiers. La musique des voix est bouleversante : la monstruosité ne parvient pas à bout de la beauté de l'homme, voilà ce que nous dit Steve. Dans cette procession de voix distordues, harmonisées, coulées dans la musique du quatuor à cordes se donne à entendre la dignité, l'éminente dignité de l'homme face au pire. Le symbole orgueilleux est tombé, restent les hommes et les femmes qui témoignent, et c'est beau, je ne trouve pas cela choquant, car l'homme est musique lorsqu'il se contente de son humble dimension, qu'il exprime ses émotions vraies. À cet égard le dernier mouvement est le plus abouti : distorsion des voix filées, insertion de fragments psalmodiés de la Shmira, cette pratique juive qui consiste à s'asseoir près du mort et à réciter des psaumes ou des passages de la Bible jusqu'à l'enterrement : majesté de la douleur, et juste après la tête se relève, il y a un monde qui attend, le quatuor tranche en gestes clairs, à peine nuancés par le violoncelle élégiaque, « and there's the world right here ». On entend à nouveau les sirènes du début, mais le coup d'archet final y met un terme péremptoire : le temps des lamentations est fini, place à l'espérance, à la vie qui continue.

   Le Mallet Quartet rompt avec tout pathos. On y retrouve le pulse dionysiaque, la joie de la frappe sur les deux marimbas et les deux vibraphones, et même de véritables mélodies. Comme d'habitude, l'ensemble So Percussion y est extraordinaire, lumineux, précis. Le dvd qui accompagne l'album les montre dans leur studio garage, hyper concentrés et détendus à la fois. D'une durée très voisine de WTC 9/11, c'en est le contrepoint idéal. Après le concret éprouvant, l'épaisseur d'un réel inquiétant, voici l'abstrait translucide, la ferveur attentive à capter les harmoniques, la joie qui surgira plus belle encore après le second mouvement lent, intériorisé. De quoi dissiper les fumées noires, ne faut-il pas vivre quand même après ? La danse de la vie, syncopée, tout en déhanchements, on l'entend dans les Dance Patterns qui terminent cet album. Deux vibraphones et deux xylophones, plus deux pianos pour une pièce à la limite du facétieux, avec un moment miraculeux de retenue et de grâce très rare chez Steve - j'ai pensé à Peter Garland - avec cette formidable intrication rythmique, ce tricotage rigoureux qui font tout le charme de ce musicien au meilleur de sa forme.

   Un disque remarquable, l'un des grands chefs d'œuvre de Steve Reich, dont j'admire et salue l'intégrité rigoureuse, l'humanité simple. À écouter dans les meilleures conditions pour entendre le remarquable travail sur le son, d'une précision magnifique.

    On n'échappe pas à la polémique. La pochette écartée était évidemment meilleure...

Paru en 2011 chez Nonesuch / 7 titres / 37 minutes.

Pour aller plus loin

- le deuxième mouvement de "WTC 9/11" , puis la première partie du "Mallet Quartet" :

 

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 13 avril 2021)

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Publié le 3 Octobre 2011

The Salt Lake Electric Ensemble interprète "In C": une relecture inspirée.

1913 : Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski

1946-1948 : Les Sonates et Interludes pour piano préparé de John Cage

1964 : In C de Terry Riley

Meph. - Eh ! Je t'arrête !

Dio. - Quoi ?

Meph. - Que prétends-tu faire ?

Dio. - Tu n'as pas deviné ? Je fais une liste des grandes dates de l'histoire de la musique du vingtième siècle : les œuvres qui ont tout changé...

Meph. - Pour qui me prends-tu ? Mon pauvre, t'es devenu complètement maboul ! Ta liste, c'est pire qu'une passoire dont on ne voit plus les trous tellement les siècles en ont ajouté. Va au but !

Dio. - Je passerai donc sur les innombrables interprétations de ce morceau-phare du minimalisme. Tout le monde s'approprie In C, signe que la pièce fait partie du paysage musical. En 2010, Innova Recordings nous donnait la version du New Music Ensemble de Grand Valley State University, accompagnée de dix-huit remixes : un magnifique double album.

Meph. - D'accord, mais alors là !!!

Dio. - Une relecture radicale, audacieuse. Le Salt Lake Electric Ensemble est né pendant l'été 2009 du désir de son fondateur Matt Dixon d'interpréter ce classique du minimalisme en utilisant un ordinateur portable. Au fil des répétitions, le groupe s'est élargi de trois à huit membres : il comprend des artistes multimédia, des musiciens adeptes de l'électronique et des rockers.

Meph. - Un beau mixage. Le résultat : la musique réinventée à partir d'une batterie d'ordi et de percussions acoustiques.

Dio. - L'original sonnait très oriental, avec son instrumentation  - non spécifiée il faut le rappeler - colorée par les cuivres et les bois, marquée par des percussions qui n'étaient pas sans rappeler les orchestres balinais.  Une version chinoise, pour orchestre traditionnel, existe d'ailleurs aussi, tout naturellement.

Meph. - Le tempo était souvent nettement marqué par les percussions, ou un piano. D'où un aspect rutilant, claironnant des 53 motifs, une tenue du ton.

Dio. - Là, tout est intériorisé, fondu. Quelque chose d'organique, plus souple...

Meph. - Velouté, moelleux, avec des écarts de niveau sonore très sensibles.

Dio. - Des boucles qui nous enlacent...

Meph. - On va éviter une étude musicologique : ...et une fin totalement imprévue, énergie rock et magie électronique !

Dio. - Une musique d'aujourd'hui, fascinante, envoûtante.

Meph. - À voir avec le travail vidéo de Patrick Munger. Curieusement, je trouve cette version plus psychédélique encore que celle de 1964.

Paru en 2010 / Autoproduit par le SLEE / 65 minutes

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

- Une petite comparaison entre la version originale..

...et la première partie de la nouvelle version (il faudrait bien sûr aller jusqu'à la cinquième vidéo !) :

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Publié le 11 Septembre 2011

Florent Ghys - Music for Dimensions : suite minimaliste à tomber du baobab.

   Sorti en septembre 2008, Music for Dimensions m'aurait peut-être échappé sans la vigilance d'un de mes lecteurs - lequel contribue régulièrement à élargir mon champ exploratoire, ce dont je le remercie vivement - qui m'a proposé un petit jeu : identifier la musique d'un enregistrement qu'il m'avait fait parvenir. J'ai d'emblée fait part de mon enthousiasme : "Magnifique, immense, à tomber des arbres", en reprenant pour l'expression en italiques le titre de l'album de Peter Broderick chroniqué récemment. Je me suis lancé, proposant d'abord de bons amateurs (à l'écoute du seul premier titre), et donc piste vite abandonnée, puis successivement Wim Mertens, "mais l'instrumentarium n'est guère le sien, et puis c'est mieux encore !" écrivais-je alors, Alvin Curran, voire un John Adams inconnu. En somme, je séchais lamentablement. J'ai été mieux inspiré en suggérant un ensemble du type Bang On A Can, comme vous allez le voir. Je disposai alors de trois indices : Caleb Burhans + compositeur français + Cantaloupe. J'épluchai bien sûr le catalogue d'un de mes labels favoris, perplexe...lorsque l'envoi d'un fragment de notice biographique me permit d'identifier Florent Ghys, présent sur Cantaloupe avec Baroque tardif : soli, prolongé par un Baroque tardif tout court en train de sortir. Le jeu de piste n'était toutefois pas tout à fait terminé, car mon disque n'était ni l'un ni l'autre, mais un album sorti en 2008, disponible sous forme de CD-R en le commandant au compositeur, et écoutable sur son site.

   Né à Lyon en 1979, Florent Ghys, contrebassiste et compositeur, s'inscrit pour aller vite dans la mouvance minimaliste. Il a collaboré avec de nombreux ensembles, dont...Bang On A Can et Sentieri Selvaggi. Music for Dimensions regroupe une série de pièces illustrant le film "Dimensions, une promenade mathématique". Je croyais entendre un ensemble de chambre, alors que Florent enregistre des pistes successives. Contrebasses, guitares, pianos, c'est toujours lui sur ce disque acoustique d'un bout à l'autre.

  De multiples écoutes n'ont en rien entamé mon enthousiasme. À chaque fois, je suis fasciné par la beauté rigoureuse de l'écriture, souvent en canon : de bref motifs syncopés créent un pulse entraînant, peu à peu étoffé jusqu'à prendre une dimension quasi orchestrale au fil des entrées successives, le tout rendu plus serré encore par le retour en boucles de certaines cellules sonores. Dès le premier titre, le charme - au sens étymologique ! - opère : la contrebasse, pizzicato ou à l'archet, en grappes virevoltantes, nous saisit, parfois frappée aussi, presque à nu à certains moments, se démultiplie, avant de réapparaître plus loin ronflante, en longues coulées enveloppantes autour du noyau pulsant. "Bricole anticyclonique (2)" commence aussi dans le dénuement, à la guitare, prolifère radieusement dans un beau jeu de contrepoint. Déjà emporté, j'ai fondu en écoutant "Zoboko (2)", pour plusieurs pianos (combien, au juste ?), des pianos qui sonnent à la limite du déglingué : irrésistible, digne des plus grands...

     "Laurine (8)" m'a achevé : tourbillon de cordes majestueuses, sans cesse renaissantes, ça vous caresse l'âme et vous déchire de délice, pièce phénix qui s'étire en longues ellipses enrichies par des guitares. Quelle intensité magnifique, quels frissons !! Il n'est que juste que Florent enregistre sur Cantaloupe, le label de David Lang, Julia Wolfe et Michael Gordon... On se demande toujours comment on va pouvoir écouter autre chose après...Or le reste est aussi fort, on va de surprise en surprise : "Wa (3)" joue sur des mélodies à la Lois V. Vierk, avec des sortes de glissandi tordus extraordinaires ponctués de micro irruptions vocales presque facétieuses. "Ongles" est une ode limpide à la guitare, sous forme d'ondes concentriques dans lesquelles se noierait Narcisse. "Rupture" se veut vieux vinyl craquelé, les cordes dérapant légèrement dans une ronde désuète, ensorcelante. Guitares électriques pour "Air (2)", morceau digne de l'opéra  The Carbon Copy Building des trois compositeurs susnommés, justement ! "Canon perpetuus" avoue sa dette au Canon a 4 BWV 1074 part 2" de Jean-Sébastien Bach. Quant à "Cinq pianos", c'est une superbe pièce de minimalisme fluide, d'un strumming léger, entre Michael Harrisson, Lubomyr Melnyk et quelques autres. Le disque se termine magistralement sur "Laurine (1)", variante du titre quatre qu'on dirait s'ouvrir sur du sitar avant que ne reprenne la psalmodie baroque sortie d'un film de Peter Greenaway, d'où son côté Michael Nyman, et je n'étais donc pas si loin en proposant Wim Mertens, l'honneur est sauf... La pièce est somptueuse, langoureuse, dangereuse..."L'air du baobab", cordes d'une élégance sublime pour une pièce de chambre en forme d'élégie sombre, referme ce disque splendide, l'un des plus beaux de ces dernières années, à replacer dans les premiers de l'année 2008, juste après Pierced de David Lang et For Lou Harrisson de John Luther Adams, c'est dire.

   À noter que Florent Ghys, déjà invité au marathon annuel de Bang On A Can, est en train de s'installer aux États-Unis. Notre pays ne sait pas retenir ses talents. Il est d'ailleurs sidérant qu'un compositeur de cette envergure n'ait pas trouvé de maisons de disques françaises pour le soutenir. M'enfin, tous ses disques sont en écoute et en téléchargement sur son site.

   Paru en 2008, autoproduit / 12 titres / 77 minutes environ.

Pour aller plus loin

- le site de Florent Ghys

- le site du film "Dimensions : une promenade mathématique" : visible en ligne, très bien fait, limpide, en plusieurs parties.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 12 avril 2021)

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Publié le 15 Août 2011

Douwe Eisenga - The Piano Files : eaux d'artifice minimalistes.

   L'été sera placé sous le double signe d'Alva Noto et de Douwe Eisenga. Je reviens en effet vers ce compositeur néerlandais, représentant actif d'un minimalisme serein, lumineux. The Piano Files, paru en 2009 chez Zefir Records, rassemble cinq pièces pour un, deux ou quatre pianos. Si l'on excepte le cinquième titre, sous les doigts du pianiste Marcel Worms, les autres titres sont interprétés par Jeroen van Veen, auquel on doit déjà deux coffrets magistraux de 10 cds chacun sous le titre The Minimal Piano Collection (le premier est chroniqué ici), deux fois en duo avec son épouse Sandra, et en multipistes sur Les Chants estivaux, pour quatre pianos.
   Cloud Atlas, le premier titre, écrit en 2008 pour la production éponyme inspirée du roman de David Mitchell, nous prend comme une berceuse océanique, avec son balancement très doux, son carillonnement envoûtant. Une sourdine dans les medium-graves, et la mélodie du second piano qui grimpe parfois dans un registre plus aigu. Le flux harmonieux ne nous abandonnera pas, tant les deux pianos avancent dans un éclaboussement de lumière, décrivent des boucles ascendantes irrésistibles. Le soleil se baigne dans la mer, le temps distendu d'une célébration de la beauté joyeuse. Un peu plus de onze minutes de bonheur pour ce chef d'œuvre du minimalisme. Je sais que le titre réfère à un nuage, mais cette musique est ruissellement, transport sur le dos ondulé d'une mer euphorisante.

Douwe Eisenga - The Piano Files : eaux d'artifice minimalistes.

   Les Chants estivaux, pour quatre pianos, semblera moins évident, facile : n'oublions pas que la quadriphonie était accompagnée d'une mise en espace élaborée par des architectes lors de la première. Néanmoins, ces presque vingt-et-une minutes sont impressionnantes : imaginez quatre pianos partis à l'assaut d'une escalade toujours à recommencer, enlaçant leur obstacle de boucles toujours plus serrées, vous aurez une idée de la structure immobile-tourbillonnante de ce morceau virtuose, assez proche du climat de Music for Wiek. C'est un titre fou, un numéro de derviche lors d'un rite ascétique, une aspiration au gouffre sublimée. Theme I, pour piano solo, est tout le contraire : calme, limpide, une barque glisse en cercles lents autour d'une source, elle danse, s'élève dans une lévitation extasiée. Magnifique moment.

   Le compositeur dit avoir composé City Lines pour deux pianos après avoir réentendu Tubular Bells bien des années après sa parution et en pensant aux œuvres de Simeon ten Holt, autre compositeur néerlandais représentatif d'un minimalisme européen vivace. Pièce très chantante, aux boucles presque guillerettes, qui joue des chevauchements et des ruptures pour une échappée belle échevelée : musique séduisante, étincelante, réjouissante... L'album se termine avec Growing Worm pour piano solo : sautillements hésitants, enroulements de côté, puis des bonds, des précautions, le ver s'enhardit et se contorsionne avec une certaine majesté raide. Pièce qui a le sens du grotesque et de la farce !

   De toute façon, vous reviendrez à Cloud Atlas, d'une grâce miraculeuse...

   Paru en 2009 chez Zéphir Records / 5 titres / 57 minutes.

Pour aller plus loin

- le site de Zefir Records.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 1er avril 2021)

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Publié le 19 Juillet 2011

Douwe Eisenga - Music for Wiek

   Le compositeur néerlandais Douwe Eisenga, après des études académiques, a écrit des pièces pour de nombreux ensembles. Très influencé par la musique pop, il ne fait pas de distinction entre les genres musicaux, aussi intéressé par le dodécaphonisme que par la musique baroque ou le minimalisme. Music for Wiek a été composé pour un spectacle de danse intitulé Wiek (Rotor) conçu et dirigé par Boukje Schweigman, dont la première a eu lieu en 2009 en Zélande.
   La pièce est écrite pour un quatuor de saxophones - tous joués par Erik-Jan de With, du Python Saxophone Quartet - , piano (Douwe Eisenga en personne), percussions échantillonnées. D'une durée d'une heure, elle comprend quatre danses encadrées par un prologue et un épilogue et aérées par deux interludes. C'est une expérience intense, une cérémonie à laquelle nous convie le néerlandais. Il s'agit bien d'entrer dans la danse, une fois passé le troublant appel du début du prologue - cloche, percussion sèche et lancinante interrompue régulièrement par un vent de sons - et l'entrée du premier saxophone, d'abord à l'unisson du mystère, puis qui prend son envol dans un phrasé à la Wim Mertens : la ronde a commencé, intrigante, inexorable, elle ne nous lâchera plus. Marquée par une écriture répétitive dans le plus pur style minimaliste, la pièce, commencée lento, monte vers un climax frénétique en trois paliers : 1) danses 1 et 2 / interlude / 2) danse 3 / interlude / 3) danse 4. Si l'on songe bien sûr, comme je l'ai signalé ci-dessus, à Wim Mertens, pour la mélodie de base et pour la couleur chaude, l'entraînement d'une musique évoquant une cavalcade intemporelle, l'aspect de plus en plus pulsant des danses 3 et 4 est nettement reichien - je pense à Music for 18 Musicians, pièce justement aimée des chorégraphes.

   L'intrication savante des motifs, le jeu des variations, évitent toute monotonie à l'auditeur, reposé par les interludes méditatifs, presque orientaux par moment. L'épilogue met en valeur le piano de Douwe Eisenga, et c'est un enchantement, un magnifique duo aussi avec le saxophone, ce qui n'est pas si fréquent. On continue de tourner dans la poussière dorée du soir, abasourdis, heureux, on ne sait plus depuis combien de temps on s'agite tels des pantins désarticulés, on voudrait que cela ne s'arrête jamais, car cela ne s'arrêtera jamais, n'est-ce pas ?

   Le disque fini, en effet, le carrousel continuera son manège. Cette musique agit comme un sortilège agitant dans nos cerveaux mille émotions : comme un écho lointain de Brueghel et de Bosch, bouleversante musique de cette Folie qu'est la vie !!

Paru en 2009 chez Zefir Records / 8 titres / Une heure

Pour aller plus loin

- le site de Douwe Eisenga.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 1er avril 2021)

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Publié le 12 Juin 2011

Nico Muhly - I Drink the Air Before Me

   Nico Muhly aura trente ans le 26 août, mais la valeur n'attend pas le nombre des années comme l'a dit quelqu'un. Le catalogue de ses oeuvres est impressionnant. Choriste dans une église dès l'enfance, il pratique le piano dès l'âge de dix ans, étudie la littérature anglaise avant de collaborer étroitement avec Philip Glas, et plus ponctuellement avec Björk, Antony and The Johnsons. I Drink the Air Before Me est son troisième album solo, après speak volumes en 2007 et mothertongue en 2008. À peu près en même temps est sorti A Good Understanding, grande composition pour chœur, tandis qu'il nous prépare un opéra !

   Commandée en tant que la musique d'un spectacle de la Stephen Petronio Dance Company à l'occasion de son vingt-cinquième anniversaire, l'œuvre se veut forte, enthousiaste, pour fêter la circonstance. Un chœur d'enfant intervient au début et à la fin. Sur la pochette, Nico nous dit que la musique aurait un rapport avec le temps atmosphérique : tempêtes, anxiété liée à la vie côtière. Elle nous plonge  au centre d'une tempête, avec ses tourbillons, ses irrégularités. Divisée en douze épisodes, elle évolue autour de constellations tourbillonnantes de notes, plus ou moins audibles. En dehors de la chorale et de la programmation assurée notamment par le fidèle Valgeir Sigurdsson, elle fait appel à un petit effectif de chambre : flûte, piano, alto, basse et bien sûr trombone et basson, deux instruments régulièrement mis en valeur par le new-yorkais.

   D'emblée, la puissance de "Fire Down Below" nous frappe et nous prend : coups de fouet des cordes, doublés par les éclats profonds du trombone qui gronde. Le chœur d'enfants s'élève limpide dans une atmosphère cravachée d'arrêts brutaux, envahie par la ronde insidieuse des graves. C'est majestueux, inquiétant et superbe. Le piano et la flûte caracolent dans l'atmosphère orageuse, l'alto chante, indifférent, en pacificateur, comme s'il exorcisait la terreur. Arrive le "First Storm", agitation extrême, affolement des instruments, tout en maintenant une ligne mélodique perceptible. "Salty Dog" fait dialoguer le basson et le piano sur un fond mouvant de cordes : tempo bucolique peu à peu perturbé par le piano à coup de notes plaquées jusqu'au silence ; le trombone reprend avec des notes isolées, accompagné par les pizzicati de l'alto, puis par le réveil du basson, à nouveau interrompu par l'impoli piano, la querelle étant résorbée par l'alto langoureux, altier, bien au-dessus des piètres querelles, et tous se rejoignent dans une ligne finale où les coassements du trombone répondent à la noblesse de l'alto lyrique. J'arrête là l'exercice : la musique de Nico Muhly est en perpétuel mouvement, inventive, expressive, jouant de tous les registres, de tous les écarts avec une désinvolture magnifique, sans toutefois jamais cabotiner, car l'écriture est pleine, incisive, déliée. Ce disque est une fête fantasque et colorée, un bonheur, un régal à l'évidence pour une compagnie de danse, mais aussi pour tout auditeur ravi qu'on s'adresse à ses oreilles avec tant d'intelligence malicieuse. Nico Muhly n'a plus rien à envier à ses aînés : à mon sens, on entend peu sa proximité dans le travail avec Philip Glass, un peu plus l'influence de Steve Reich, et, surtout, celle de David Lang, par ce sens du tranché, de la découpe hardie, moins implacable, moins sombre, plus joueuse, mais parfois aussi magistrale comme dans "Music under Pressure 3 - Ensemble".

Paru en 2010 chez Bedroom Community - Decca / 12 titres / 53 minutes

Pour aller plus loin

- le site personnel de Nico Muhly

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