minimalisme et alentours

Publié le 16 Novembre 2007

Slow Six - Private Times In Public Places  (leur premier album)
Slow Six - Private Times In Public Places (leur premier album)

  Le premier album de  Slow Six, dont j'ai chroniqué le second voici peu, vient de ressortir sous  une autre pochette (et sur un autre label) que  l'originale ci-dessus toujours disponible. C'est l'occasion de découvrir cet ensemble mené par Christopher Tignor, compositeur et concepteur des instruments informatiques qui accompagnent le violon de Maxim Moston, l'alto de Leanne Darling, le violoncelle de Marlan Barry, les guitares électriques de Peter Cressy et Stephen Griesgraber et le piano rhodes de Jeffrey Guimond.
" C'est la tension entre structure et sentiment qui a fourni les fondements de ces œuvres", dit le compositeur, qui ne joue pas de violon comme sur Nor'easter, mais manie son ordinateur pour capter et prolonger au mieux le lyrisme des instruments acoustiques. Rien d'agressivement électronique par conséquent, mais un travail tout en finesse pour une musique au lyrisme tempéré, qui se déploie tranquillement parce qu'elle se sait somptueuse. Le morceau le plus court dure plus de dix-huit minutes, parce que le temps ne presse pas. Chaque note se déguste dans son jus temporel sans avoir peur de chanter, de revenir nous hanter, nous enrouler dans les boucles qu'elle s'amuse à construire et déconstruire avec d'autres. Cordes, guitares électriques et Rhodes s'enlacent et dansent très lentement, soutenus et relancés par un moelleux filet d'électronique. Salomé dut danser sur une telle musique, parmi les volutes odorantes d'encens très anciens.
Je reviens sur ce coffret inépuisable pour proposer des œuvres d'artistes néerlandais contemporains, qui s'inscrivent dans la mouvance de Steve Reich. Le pianiste Jeroen Van Veen accorde à juste titre une place à ses compatriotes, trop peu connus en France. Né en 1951, Jacob ter Veldhuis a commencé sa carrière dans la musique rock, a étudié la composition et la musique électronique. Figure controversée parmi les compositeurs de son pays, il brouille les frontières entre culture populaire et culture savante. Son Postnuclear Winterscenario n°1 enregistré ici est d'un hiératisme impressionnant, fondé pour l'essentiel sur la répétion avec variations d'un  motif de quatre notes, avec un climax inquiétant sur la fin quand les notes sont plaquées avec violence, écrasées. Klaas de Vries, né en 1944, est l'un des fondateurs d'un style musical que l'on appelle maintenant École de Rotterdam. La Toccata Americana choisie par Van Veen est plus labile, à base de tourbillons de grappes de notes au pulse plus reichien, progressivement parasités par des notes répétées ostinato.

Pour l'extrait ci-dessous, je signale qu'il commence par deux minutes d'échantillons radio, que vous pouvez passer...la suite est magnifique !
 

Slow Six / Jacob ter Veldhuis / Klaas de Vries : le post-minimalisme bien tempéré.

   Je reviens sur ce coffret inépuisable pour proposer des œuvres d'artistes néerlandais contemporains, qui s'inscrivent dans la mouvance de Steve Reich. Le pianiste Jeroen Van Veen accorde à juste titre une place à ses compatriotes, trop peu connus en France. Né en 1951, Jacob ter Veldhuis a commencé sa carrière dans la musique rock, a étudié la composition et la musique électronique. Figure controversée parmi les compositeurs de son pays, il brouille les frontières entre culture populaire et culture savante. Son Postnuclear Winterscenario n°1 enregistré ici est d'un hiératisme impressionnant, fondé pour l'essentiel sur la répétion avec variations d'un  motif de quatre notes, avec un climax inquiétant sur la fin quand les notes sont plaquées avec violence, écrasées. Klaas de Vries, né en 1944, est l'un des fondateurs d'un style musical que l'on appelle maintenant École de Rotterdam. La Toccata Americana choisie par Van Veen est plus labile, à base de tourbillons de grappes de notes au pulse plus reichien, progressivement parasités par des notes répétées ostinato.

private times in public places de Slow Six est paru en 2004 chez If Then Else Records

Le premier coffret Minimal piano collection est paru en 2007 chez Brilliant Classics. Au piano : Jeroen van Veen

(Nouvelle mise en page + illustrations sonores )

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Publié le 20 Octobre 2007

     Déçu par les nouveautés (celles que j'ai pu écouter, précisons, il a pu m'échapper des trésors, hélas !)du côté de la pop-rock au sens très large, je reviens à la musique contemporaine avec un programme qui associe Slow six,  dont l'album Nor'easter est décidément pour moi un chef d'œuvre étincelant, le pianiste néerlandais Jeroen van Veen , et le pianiste et compositeur belge - employons le terme tant qu'il a encore un sens, Jean-Luc Fafchamps.

Improvisation sur Distant light                            
distant light tant de light
tu me dis je me tends de lumière
léger de lumière vêtu je vais
dans la distance tremblée je je je
me dissous dessous tant de
temps transparent allumé
de lumière dans la baignoire rougie
du crépuscule tu me dis distant
je suis la distante light tendre light

léger écho d'ego terme échu
la tombée des sons déchus déchire
ma trame c'est mon drame léger
distant light aurore cathédrale                            

de rayons tente engloutie tant de
temps reconquis sur les chemins comme
des filles chromatiquement belles
ouvertes sur la nuit divine la

distant light glissante de violons
doux martelé piano de feutre et
de mystère lacté tu m'as trouvé

ivre gisant chrysalide à peine
sous la pluie des couleurs comme
une dédicace fragile m’as-tu dit
tombant ensemble dans le vortex
des limbes lumière light tant de

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Jeroen van Veen
Jeroen van Veen au piano
Jeroen van Veen au piano : cet instrumentiste-arrangeur-compositeur a plus de 40 CDs à son actif, avec un autre coffret de 11 disques consacrés aux œuvres pour pianos multiples de son compatriote Simeon ten Holt. Son éclectisme joyeux a de quoi séduire Inactuelles et tous les amateurs de diversité musicale. Dans le coffret "Minimal Piano Collection" présenté la semaine dernière, les disques VI et VII présentent ses propres compositions, vingt-quatre préludes minimalistes à la manière de Bach, manière de clouer le bec à ceux qui méprisent les "facilités" du minimalisme. La démonstration est impeccable, fait éclater l'évidente beauté, la force sereine de ces mélodies aux réfractions répétées, qui jouent du martèlement, des échos, décalages et glissements, boucles et hiatus, silences et stases, grappes accélérées et vrilles. La musique alors est invasion, marée montante et possession, et c'est tout l'être qui vibre dans l'oubli du monde grossier des apparences, transporté au cœur de l'ineffable, dans la matrice mystérieuse des harmoniques sensibles.

 

 

Slow Six / Jeroen van Veen  / Hommage à Jean-Luc Fafchamps (1)
   L'oubli momentané de l'actualité accaparante me permet de commencer à rendre hommage à Jean-Luc Fafchamps, pianiste et compositeur belge que j'avais découvert à travers son interprétation de "Triadic memories" de Morton Feldman - auquel il faudra bien que l'émission revienne....Attrition, sorti en 1993 chez Sub Rosa, est le premier disque consacré à ses propres œuvres. Le quatuor pour deux pianos, interprété par le Bureau des pianistes dont il fait lui-même partie, est une pièce en cinq mouvements à l'abord très abrupt : notes plaquées, isolées, dans les graves, au début ; atonalité, intervalles asymétriques, brisures, pas de fluidité, ni de vraie mélodie, chevauchements et rencontres entre les interprètes dans une configuration variable sur les deux pianos. Nous voici a priori loin du minimalisme, dans des paysages abstraits, âpres, qui offrent toutefois soudain des perspectives incroyables et qui réservent des moments d'une grâce d'autant plus émouvante que rien ne la laissait prévoir. A cet égard, la fin est magnifique, reprise du début surgissant de reliefs arides comme une oasis de consonance et d'harmonies retenues, à la fois debussyste dans sa grâce mystérieuse et très minimaliste dans le discret martèlement des motifs : le jeu dans les cordes de deux des trois pianistes lui confère de surcroît un charme désolé. [début de la fausse vidéo ci-dessous très lent ]
(Nouvelle mise en page + illustrations sonores / Émission du 14/10/07)

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Publié le 12 Octobre 2007

Jeroen van Veen et sa "Minimal piano collection" : et le piano vous emportera !
    Le minimalisme, ce courant  initié au début des années 1960 par Steve Reich, Terry Riley, La Mounte Young, Philip Glass et quelques autres, reste aujourd'hui un courant musical majeur, d'une surprenante fécondité. En témoigne le coffret de neuf CDs, plus de dix heures de musique, que le pianiste néerlandais Jeroen van Veen vient de lui consacrer chez Brilliant Classics.
   
Le pianiste Jeroen van Veen
Jeroen van Veen
Ce pianiste né en 1969, formé à Utrecht, qui a étudié aussi sous la direction de Claude Hellfer notamment, a rassemblé une anthologie passionnante à faire écouter à tous ceux qui accusent le minimalisme de monotonie, de pauvreté musicale. Les trois premiers volumes sont consacrés...mais oui, à Philip Glass, qui fait décidément un retour en force dans ces pages. A côté d'œuvres écrites pour le piano, comme les cinq Métamorphosis, van Veen arrange des musiques de film, des "danses" pour des chorégraphies. Le résultat, c'est déjà trois heures de bonheur, tant la musique de Glass chante, évidente, tour à tour légère ou grave. Le volume quatre, très éclectique et réusssi, promène l'auditeur de John Adams, qui ouvre le disque avec une œuvre superbe de sa première manière, à John Borstlap, compositeur néerlandais contemporain que je découvre, en passant par l'estonien Arvo Pärt, un autre néerlandais contemporain (et autre découverte !), Simeon ten Holt, pour une pièce de plus de trente minutes, mais aussi par John Cage, Erik Satie et Friedrich Nietzsche. Ces trois derniers nous rappellent en somme que le minimalisme n'est que l'aboutissement de recherches plus anciennes menées par des compositeurs hors-normes, épris de liberté. Le volume cinq rassemble des musiques de films de Yann Tiersen et de Michael Nyman : autant les premières sont de merveilleux petits bijoux gorgés d'émotions, autant les secondes paraissent compassées et factices, balourdes - Nyman étant hélas souvent capable du pire, c'est le point faible de ce coffret incontournable.. Suivent deux volumes consacrés aux deux livres de préludes, minimalistes bien sûr, composés par notre pianiste dans la tradition de Bach : un monument dans le monument, j'y reviendrai. Les deux derniers volumes s'articulent autour  de deux compositeurs américains, Tom Johnson et son "An hour for piano", et Terry Riley pour une version piano du légendaire "In C". Le jeu lumineux, dynamique de Jeroen sur son grand piano Fazioli impulse partout une vraie joie musicale, naïve au meilleur sens du terme, car le minimalisme est au fond plus sensible, sensuel qu'intellectuel. "The less is more", le moins est le mieux pour accéder aux sources jaillissantes de la vie.
  Le site du pianiste-compositeur vous attend, avec d'autres musiques encore à découvrir.
    Associé au piano de Jeroen van Veen, le groupe Slow six présenté dans le précédent article montre les ramifications actuelles d'un minimalisme bien tempéré en quelque sorte.
(Nouvelle mise en page + illustrations sonores / Proposition du 7/10/07)

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Publié le 5 Octobre 2007

Slow Six : Splendeur sereine du post-minimalisme électro-acoustique.
  Créé en 2000, le groupe Slow six, basé à Brooklyn, s'est beaucoup produit à New-York et a sorti un premier disque remarqué en 2004. Nor'easter, qui vient de sortir sur le label californien New Albion Records, est à l'évidence l'un des chefs d'oeuvre de cette année. Mené par son fondateur Christopher Tignor, compositeur, violoniste et concepteur du matériel informatique d'accompagnement, épaulé par Stephen Griesgraber à la guitare électrique et compositeur sur l'un des titres, le groupe constitue un véritable ensemble de chambre électro-acoustique qui comporte alto, violoncelle, une seconde guitare électrique sur quatre des six morceaux, grand piano, fender rhodes et deux autres violons en renfort. On le voit, cette alliance d'instruments de musique de chambre, amplifiés, retravaillés et de plus pour certains provenant du rock au sens large, prévient déjà tout étiquetage un peu hâtif. Bien sûr, la scène new-yorkaise offre l'exemple du Bang on a can all stars, ensemble dédié à toutes les musiques inventives d'aujourd'hui. Slow six s'inscrit dans cette mouvance passionnante. Les compositions sont d'inspiration minimaliste, très aérées, jouent du déploiement des sons dans l'espace par des échos discrets, des réverbérations ou des silences, ce qui donne à chacune d'elle une allure fragile et sensuelle à la fois. On peut penser à l'esthétique de la musique japonaise aussi bien qu'au sublime "Light over water" de John Adams. Si le premier titre contient le mot "pulse", une des clés de la musique de Steve Reich, on est souvent assez loin du maître, car l'utilisation de boucles reste ponctuelle et se distingue de toute façon de la composition par "motifs" qui lui est chère et de son dynamisme puissant. C'est une musique volontiers rêveuse, attentive à ses propres développements, au mystère de son évolution capricieuse. Des cadences de frémissements , des battements d'ailes ou d'élytres dorés, la venue d'inconnus qui marchent à pas feutrés dans les avenues baignées par une lumière vibrante, vaporeuse. Soudain, des courbes qui s'enfuient, des glissements furtifs qui s'accentuent avant de se fondre dans la pénombre qu'on sent vivante. Merveilleuse musique où l'on se baigne parmi les grâces tournoyantes d'un ciel traversé d'éclairs calmes, parmi "les nouvelles couleurs (qui) tombent comme la pluie", pour reprendre le sous-titre de la seconde partie de "distant light", parmi le chromatisme suave des subtils dérapages mélodiques qui peuvent aussi évoquer certaines oeuvres de Lois.V. Vierk, compositrice américaine marquée par son étude  du Gagaku, la musique de la cour impériale japonaise. Cette pure splendeur suspend le temps dans ses méandres, ses étirements méditatifs ou ses brisures délicieuses!
Slow Six
Slow Six

Les voici dans un jeu de reflets bien à l'image de leur musique. Le programme de ce dimanche 30 les associe avec Naïal, présenté la semaine dernière, et avec Duane Pitre et son Pilotram Ensemble, évoqués la semaine d'avant.

(Nouvelle mise en page + illustrations sonores / Émission du 30/09/07) 

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Publié le 23 Février 2007

Yvar Mikhashoff plays Alvin Curran - Piano Works

Yvar Mikhashoff plays Alvin Curran - Piano Works

(Article remis en page + illustrations sonores )

Le programme est un hommage à un ancien animateur de radio, producteur d'une passionnante émission consacrée aux musiques contemporaines et baptisée, si je me souviens bien, "Jardins suspendus" : Michel C., qui se reconnaîtra ici, a malheureusement émigré vers Paris, après quelques émissions mémorables réalisées ensemble. Outre la découverte fondamentale de Arvo Pärt, je lui dois aussi celle de Frédéric Lagnau, dont il sera question plus loin et plus tard dans ce blog.
Alvin Curran : The Last Acts of Julian Beck (pistes 1 à 3 / 21' )
  extrait de For Cornelius, etc.., piano : Yvar Mikhashoff (Mode, 1995)
Un disque de piano essentiel, interprété par le grand Yvar !


Frédéric Lagnau : Prélude (de P.Szymanski, p.15 / 1' 42)
                                   Prélude n°16 (de D. Shostakovich, p.16 / 0' 52)
                                   ça va sans dire (de F. Lagnau, p.17 / 3' 52 )
    extraits de Jardins cycliques (Lycaon, 1998)
Un autre disque de piano essentiel, qu'on ne se lasse pas de réécouter . C'est lui qui a fourni le titre de l'article, car il nous propose plusieurs types de jardins, associant compositeurs du passé et d'aujourd'hui.

Jardins d'oubli : Alvin Vurran / Yvar Mikhashoff / Frédéric Lagnau

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Rédigé par dionys

Publié dans #Alvin Curran, #Le piano sans peur, #Minimalisme et alentours