musiques contemporaines - experimentales

Publié le 3 Décembre 2011

Jeroen van Veen & Friends - Minimal piano collection (vol.X-XX) : la bible du minimalisme (suite)

   Jeroen van Veen, compositeur et pianiste néerlandais, est un infatigable ambassadeur du minimalisme. Le deuxième volet de l'anthologie Minimal piano Collection, commencée en 2007 sur le label Brilliant Classics, est sorti depuis un an. Un travail monumental à mettre en parallèle avec l' Anthology of noise and electronic music dirigée par Guy Marc Hinant sur le label bruxellois Sub Rosa. Le coffret rassemblant les dix premiers volumes pour piano solo se terminait sur une adaptation pour plusieurs pianos de l'incontournable "In C" de Terry Riley, transition vers ces nouveaux Cds consacrés aux compositions pour deux à six pianos.

    Ceux-ci s'ouvrent sur les soixante-dix-neuf minutes et seize secondes des vingt-cinq sections du "Canto Ostinato" de son compatriote Simeon ten Holt, né en 1923, qui fut l'élève à Paris d'Arthur Honegger et de Darius Milhaud : une adaptation pour deux pianos, interprétée par Jeroen et son épouse Sandra, de cette composition monumentale, à l'origine pour quatre pianos, écrite entre 1976 et 1979. Magnifique entrée que cette musique d'une incroyable fraîcheur, au rythme entraînant, constamment chantante : l'auditeur est porté par une douce houle, dont la surface est aérée par des bulles mélodiques récurrentes. Cette musique est naïve, dans la plus belle acception du terme, animée d'un rêve de jouvence, de perpétuelle renaissance. Vous voilà prêts au long bain de vigueur qu'est le minimalisme bien compris, chaque Cd gorgé à bloc. Si les minimalistes américains se taillent évidemment la part du lion, vous y rencontrerez aussi le sud-africain Kevin Volans, l'anglais Tim Seddon, le russe Alexander Rabinovitch, l'estonien Arvo Pärt, le belge  Wim Mertens, quelques autres néerlandais, mais aucun français...la renommée de Frédéric Lagnau étant peut-être trop limitée. Je n'irai pas jusqu'à dire que tout est admirable dans ces dix volumes, mais que de pages splendides rassemblées : le "Long night" de Kyle Gann  pour trois pianos, "Two pianos" et "Piece for four pianos" de Morton Feldman, "Piano phase" et "Six pianos" (évidemment !) de Steve Reich, avec un volume XIX extraordinaire. D'abord , du Philip Glass, du meilleur : "In Again Out Again" (en écoute plus bas), de 1968, une pièce qui s'apparente à "Piano phase" de  Steve Reich, avec une structure en miroir, chaque pianiste jouant vingt motifs, le premier de 1 à 20, le second de 20 à 1. Puis "Theme von Wiek", de son compatriote Douwe Eisenga, une de mes belles découvertes récentes : une ronde envoûtante, gracieuse, tout en transparences mélancoliques. Puis les deux pianistes attaquent "Orpheus Over and Under" (en écoute aussi plus bas) de David Lang, composition de 1989 basée sur des tremolos crescendo et decrescendo, en strumming à la Charlemagne Palestine, mais avec la rigueur implacable de David. C'est un obstiné forage pour accoucher d'une beauté vertigineuse. Enfin le capricieux et concertant "Incanto" (en écoute plus bas) du pianiste-compositeur lui-même, inspiré par sa machine à café de marque Incanto, nous confie-t-il, et par une chanson pop qu'il écoutait beaucoup dans sa voiture, chanson réduite, augmentée, variée : pièce enjouée, qui caracole en grappillant des notes nouvelles, rebondit, virevolte, se suspend pour mieux repartir.

   La musique minimaliste est au fond un hymne vibrant au bonheur de vivre, un refus de la crise, de la déprime fabriquée par des médias trop souvent aux bottes de la finance ivre de son pouvoir illusoire. Il faut revenir aux sources, par delà les artefacts d'une civilisation égarée.

Paru en 2010 chez Brilliant Classics / 10 Cds / 83 pièces / 854 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Jeroen van Veen

- l'intégrale de "Canto Ostinato" de Simeon ten Holt, en concert en septembre, interprété par Jeroen et Sandra van Veen, Elizabeth et Marcel Bergmann :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 14 avril 2021)

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Publié le 11 Novembre 2011

Wim Mertens - Series of Ands / Immediate Givens

   Wim Mertens, compositeur flamand minimaliste né en 1953, pianiste et chanteur à l'étrange voix haut perchée de haute-contre, n'était pas encore dans mon index ! Évoqué de temps à autre, certes, mais c'est tout. Après l'avoir écouté, je ne dis pas assidûment - je ne fréquentais que quelques uns de ses nombreux enregistrements - , je l'avais oublié, submergé par le flot des sorties, passionné surtout par bien d'autres musiciens. J'avais à son égard un peu le même sentiment que pour Philip Glass : disons-le tout net, oui, il était pour moi comme une sorte de Philip Glass belge. Comme lui, à la fois très populaire, grâce notamment à leurs musiques de film, ressassant des airs, recyclant sans cesse des ritournelles, presque jusqu'à la nausée pour l'auditeur. Et puis, en même temps, ce sont deux musiciens beaucoup plus subtils qu'ils n'en ont l'air, capables au détour d'une phrase mélodique, d'une reprise, d'atteindre au sublime, à une grâce limpide. En somme, ils ont en commun d'être tantôt agaçants, insupportables même lorsqu'ils flirtent avec la mièvrerie, tantôt fins ensorceleurs, mélodistes et harmonistes accomplis. Cette double face les rend aussi assez attachants : deux musiciens qui ne s'en laissent pas compter, qui persistent dans leur voie sans souci des modes ; deux hommes qui cherchent inlassablement, à partir de leur vocabulaire, de leur syntaxe musicale si reconnaissable que d'aucuns s'en gaussent un peu vite, oubliant sans doute que le génie n'est pas une donnée, qu'il est parfois, et parfois seulement, de manière discontinue, imprévisible le plus souvent, au bout des méandres du parcours. Je ne sais plus pourquoi il m'est venu à l'idée d'entendre ce qu'il devenait. J'ai constaté qu'il était toujours aussi prolifique, et me voici tombé sur ce double album, son dernier en date.

   Le premier, titré "Series of Ands", ne dépayse pas tout de suite l'auditeur. On reconnaît des airs, les paysages sont connus, si bien que l'on se dit d'abord : « Tiens, Wim fait encore du Mertens. », et l'on s'apprête à faire la moue, dépités, à lâcher le fiel de notre semi déception. Tout tourne si rond. Mais il s'agit de réécritures, de vraies réécritures, qui nous prennent au dépourvu.

    Cela m'est arrivé avec "Sonsigns", le deuxième morceau : le piano caracole, surmonté d'une ligne de cuivre, enveloppé de cordes ; survient la voix, en virgules aiguës, serrées, une boucle se boucle dans un arrondi ralenti, et puis cela arrive, à une minute et quarante sept secondes, pour être précis, rupture de rythme et bascule dans un monde délicat, d'un baroque raffiné, sorte de danse disloquée magnifique, avec de belles envolées filées. On respire, on se laisse reprendre par cette musique de chambre colorée, tout en spirales, en volutes empilées. L'album ne cessera d'ailleurs d'osciller entre quasi ambiances de fêtes foraines, de kermesses à flonflons - vous imaginez ma tête dans ces moments ! -, et sarabandes esquissées dans un crépuscule à la Watteau, bluettes translucides et si belles dans leur naïveté : qui d'autre en serait capable ? Écoutez "Face à main", simplicité touchante, grâce surannée du piano, puis la fanfare se déchaîne sans que le pire survienne, car une habile surenchère des textures qui s'enchevêtrent dessine des entrechats fascinants, pièges voluptueux qui - je l'imagine - ont dû inciter Peter Greenaway à faire appel à Wim Mertens pour la musique du Ventre de l'Architecte. Le dernier titre, "Man-in-person", est un majestueux autoportrait sous forme d'élégie en demi-teintes, volte-face inattendue qui dévoile le Wim introverti pudiquement caché derrière la façade ostensiblement chargée, parfois outrancière, dont il s'affuble : cordes nues, retenues, graves, suaves, beau pied de nez à ceux qui le voyaient en bouffon grotesque se contorsionnant dans la poussière des arènes populaires , superbe transition vers le second cd, Immediate givens.

  "Kerf width" nous introduit dans de nouveaux territoires :  cet austère solo de percussion creuse l'écart avec l'empreinte sonore de l'univers mertien, véritable ascèse invitant l'auditeur à chasser tous ses préjugés. Le second titre "The biggest fable of all", un solo de harpe d'un peu plus de trois minutes, est tout aussi surprenant par la rigueur économe de son dialogue entre une cellule refrain et des réponses énigmatiques qui procèdent souvent par grappes de notes répétées, obstinées. Avec "In.Zones", le plus long titre avec plus de treize minutes, on revient vers des rivages plus connus, mais c'est le meilleur du musicien : magnifique mélodie au piano, reprise très vite par tout l'ensemble de chambre, la trompette répondant tout en haut, et un jeu de variations éblouissant, des fractures franches donnant au développement une fraîcheur, un dynamisme irrésistibles. On sent le plaisir des musiciens à nous donner une musique de chambre à la fois évidente et d'une belle élaboration. Un des sommets de ce double-album qui met ensuite en avant tantôt le trombone, la harpe à nouveau, les percussions encore pour finir, en alternance avec des morceaux de bravoure où l'ensemble brille autour du piano chantant, comme dans "Tactility", sa merveilleuse aisance, ce goût de l'étourdissement qui serait factice s'il n'était pas le signe d'un besoin de chaleur, de bonheur facile : n'oublions pas la Flandre balayée par les vents glaciaux ! Il y a du funambule en Wim Mertens, une manière de se tenir sur la corde, de refuser le clivage entre musique populaire et musique savante, et s'il lui arrive de faire quelques faux pas, il se rattrape le plus souvent par des pirouettes et des échappées confondantes pour qui accepte de l'écouter vraiment.

   Un double album à facettes pour (re)découvrir un musicien au fond mal connu (presque rien sur le net au sujet de cette parution...). À noter sur la pochette ce reptile à deux têtes trouvé en Chine et qui daterait d'il y a cent millions d'années... mais qui me semble une manière indirecte d'annoncer la double face de ce disque.

Paru en 2011 chez Usura - EMI Classics / 2 Cds / 8 et 11 titres / Presque deux heures.

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 13 avril 2021)

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Publié le 24 Octobre 2011

La couverture retenue

La couverture retenue

   Je ne m'étendrai pas sur la polémique qui a conduit Nonesuch et le compositeur à renoncer à la couverture avec la photographie de Masatomo Kuriya. Je constate qu'on a hélas plus parlé d'elle que de la musique de Steve. 

   Je sais que, mis à part les détracteurs qui lui reprochent de créer une œuvre à partir d'un événement terrifiant, certains trouvent ce disque incohérent, voire anecdotique. Je voudrais ici répondre aux uns et aux autres.

   Concernant le reproche d'incohérence, d'abord. Les trois compositions de l'album, si différentes d'allure, s'inscrivent dans la cohérence  globale du parcours de Steve. WTC 9/11 appartient à une veine que je qualifierai d'impure - sans connotation péjorative - : confrontation d'un quatuor à cordes et d'une bande pré-enregistrée, dans la lignée de Different Trains en 1988, avec déjà le Kronos Quartet, ou encore de City Life (1995), même si les sons préenregistrés sont joués en principe en direct sur deux claviers à échantillons. La pureté acoustique se confronte au trouble des sonorités électroniques, des voix retraitées. Le Mallet Quartet représente la ligne pure, plus ancienne, pures percussions dans la lignée de Drumming (1970-1971) ou de Music for Mallet Instruments (1973). Quant à Dance patterns, je la rattacherai à un filon hybride, dont le caractère dansant  a été perçu par nombre de chorégraphes, et ce filon ne comprend pas que des pièces de commande de ces derniers, puisque j'y ferais figurer Music for 18 instruments  de 1978, une de mes préférées, magnifiquement chorégraphiée notamment par une troupe belge dont j'ai oublié le nom. Des percussions, plus deux pianos dans le cas présent, et parfois un véritable orchestre de chambre qui chante la vie. Aussi la réunion des trois ne me paraît-elle pas hétéroclite, dans la mesure où elle fait se côtoyer trois lignes compositionnelles de la galaxie reichienne, et pas non plus le fruit du hasard.

La couverture écartée

La couverture écartée

     Steve précise avoir voulu que WTC 9/11 soit brève, ramassée : pièce "documentaire", dramatique, poignante sans commisération appuyée, remémoration et non monument aux morts, car ouverte sur le monde à venir, "World To Come", comme le lui suggérait la composition éponyme de son ami David Lang. L'ouverture, c'est le Mallet Quartet, dans sa pureté, sa transparence, son évidence lumineuse, et ce sont les Dance Patterns, n'en déplaise à ceux qui rêvent de transformer le 11 septembre en apocalypse noire, en événement interdit de représentation sous prétexte qu'il serait au-delà de toute possibilité de le dire, d'en rendre compte. Quelle naïveté de leur part, et quel orgueil ! L'artiste ne représente jamais le réel : il en propose une vision subjective pour donner à penser. De plus, la tragédie du 11 septembre, aussi épouvantable soit-elle, n'est hélas ni unique ni pire que bien d'autres : c'est pourquoi s'offusquer qu'un artiste s'en empare est à mon sens rien moins que ridicule. Reproche-t-on à Delacroix sa vision des Massacres de Chios ? à Francis Ford Coppola son Apocalypse now ? Le paradoxe du véritable artiste, c'est qu'il parvient à tirer de la beauté de l'horreur, et il n'y a pas à s'en scandaliser si l'on y réfléchit - à moins d'une volonté évidente d'exploitation commerciale dont on ne saurait soupçonner Steve - , car le tabou, le refoulement, produisent de facto une véritable putréfaction de leur contenu qui, faute d'être appréhendé, alimente toutes les phobies liées au sacré, à l'inhumain. La musique de WTC 9/11 ne fait rien d'autre que de s'approprier l'événement pour lui restituer sa dimension humaine : il va falloir que tous les Américains acceptent l'évidence et cessent d'être honteux de ce qui leur est arrivé. Les États-Unis ne sont pas intouchables, le rêve américain s'est écroulé avec les deux tours, c'est arrivé à bien d'autres dont on ne parle même pas.

   J'ai fait écouter à une jeune fille la composition de Reich, sans donner aucune information à son sujet. Elle était très impressionnée, mal à l'aise : "C'est une musique de meurtre, d'épouvante", m'a-t-elle dit. Steve ne triche pas, ne maquille pas : il donne à entendre avec une incroyable justesse, une puissance dramatique rarement atteinte. Il faut écouter WTC 9/11 à pleine puissance, comme du rock. L'impact est extraordinaire : le Kronos étincelant, en archange-keroubim flamboyant, démultiplié, comme des sirènes striées, bloquées, cerné de ces voix voilées, fantomatiques, de ces creux peuplés de nuages de particules, dans un climat de compte-à rebours. Une réalité irréelle à force d'intensité chaotique, cauchemardesque, un dies irae d'après la mort de dieu : une punition, un châtiment, d'une certaine manière la fin d'un monde, mais non pas la fin du monde ! Les deux mouvements suivants prennent en charge l'humain, avec ces témoignages de voisins, de pompiers. La musique des voix est bouleversante : la monstruosité ne parvient pas à bout de la beauté de l'homme, voilà ce que nous dit Steve. Dans cette procession de voix distordues, harmonisées, coulées dans la musique du quatuor à cordes se donne à entendre la dignité, l'éminente dignité de l'homme face au pire. Le symbole orgueilleux est tombé, restent les hommes et les femmes qui témoignent, et c'est beau, je ne trouve pas cela choquant, car l'homme est musique lorsqu'il se contente de son humble dimension, qu'il exprime ses émotions vraies. À cet égard le dernier mouvement est le plus abouti : distorsion des voix filées, insertion de fragments psalmodiés de la Shmira, cette pratique juive qui consiste à s'asseoir près du mort et à réciter des psaumes ou des passages de la Bible jusqu'à l'enterrement : majesté de la douleur, et juste après la tête se relève, il y a un monde qui attend, le quatuor tranche en gestes clairs, à peine nuancés par le violoncelle élégiaque, « and there's the world right here ». On entend à nouveau les sirènes du début, mais le coup d'archet final y met un terme péremptoire : le temps des lamentations est fini, place à l'espérance, à la vie qui continue.

   Le Mallet Quartet rompt avec tout pathos. On y retrouve le pulse dionysiaque, la joie de la frappe sur les deux marimbas et les deux vibraphones, et même de véritables mélodies. Comme d'habitude, l'ensemble So Percussion y est extraordinaire, lumineux, précis. Le dvd qui accompagne l'album les montre dans leur studio garage, hyper concentrés et détendus à la fois. D'une durée très voisine de WTC 9/11, c'en est le contrepoint idéal. Après le concret éprouvant, l'épaisseur d'un réel inquiétant, voici l'abstrait translucide, la ferveur attentive à capter les harmoniques, la joie qui surgira plus belle encore après le second mouvement lent, intériorisé. De quoi dissiper les fumées noires, ne faut-il pas vivre quand même après ? La danse de la vie, syncopée, tout en déhanchements, on l'entend dans les Dance Patterns qui terminent cet album. Deux vibraphones et deux xylophones, plus deux pianos pour une pièce à la limite du facétieux, avec un moment miraculeux de retenue et de grâce très rare chez Steve - j'ai pensé à Peter Garland - avec cette formidable intrication rythmique, ce tricotage rigoureux qui font tout le charme de ce musicien au meilleur de sa forme.

   Un disque remarquable, l'un des grands chefs d'œuvre de Steve Reich, dont j'admire et salue l'intégrité rigoureuse, l'humanité simple. À écouter dans les meilleures conditions pour entendre le remarquable travail sur le son, d'une précision magnifique.

    On n'échappe pas à la polémique. La pochette écartée était évidemment meilleure...

Paru en 2011 chez Nonesuch / 7 titres / 37 minutes.

Pour aller plus loin

- le deuxième mouvement de "WTC 9/11" , puis la première partie du "Mallet Quartet" :

 

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 13 avril 2021)

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Publié le 3 Octobre 2011

The Salt Lake Electric Ensemble interprète "In C": une relecture inspirée.

1913 : Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski

1946-1948 : Les Sonates et Interludes pour piano préparé de John Cage

1964 : In C de Terry Riley

Meph. - Eh ! Je t'arrête !

Dio. - Quoi ?

Meph. - Que prétends-tu faire ?

Dio. - Tu n'as pas deviné ? Je fais une liste des grandes dates de l'histoire de la musique du vingtième siècle : les œuvres qui ont tout changé...

Meph. - Pour qui me prends-tu ? Mon pauvre, t'es devenu complètement maboul ! Ta liste, c'est pire qu'une passoire dont on ne voit plus les trous tellement les siècles en ont ajouté. Va au but !

Dio. - Je passerai donc sur les innombrables interprétations de ce morceau-phare du minimalisme. Tout le monde s'approprie In C, signe que la pièce fait partie du paysage musical. En 2010, Innova Recordings nous donnait la version du New Music Ensemble de Grand Valley State University, accompagnée de dix-huit remixes : un magnifique double album.

Meph. - D'accord, mais alors là !!!

Dio. - Une relecture radicale, audacieuse. Le Salt Lake Electric Ensemble est né pendant l'été 2009 du désir de son fondateur Matt Dixon d'interpréter ce classique du minimalisme en utilisant un ordinateur portable. Au fil des répétitions, le groupe s'est élargi de trois à huit membres : il comprend des artistes multimédia, des musiciens adeptes de l'électronique et des rockers.

Meph. - Un beau mixage. Le résultat : la musique réinventée à partir d'une batterie d'ordi et de percussions acoustiques.

Dio. - L'original sonnait très oriental, avec son instrumentation  - non spécifiée il faut le rappeler - colorée par les cuivres et les bois, marquée par des percussions qui n'étaient pas sans rappeler les orchestres balinais.  Une version chinoise, pour orchestre traditionnel, existe d'ailleurs aussi, tout naturellement.

Meph. - Le tempo était souvent nettement marqué par les percussions, ou un piano. D'où un aspect rutilant, claironnant des 53 motifs, une tenue du ton.

Dio. - Là, tout est intériorisé, fondu. Quelque chose d'organique, plus souple...

Meph. - Velouté, moelleux, avec des écarts de niveau sonore très sensibles.

Dio. - Des boucles qui nous enlacent...

Meph. - On va éviter une étude musicologique : ...et une fin totalement imprévue, énergie rock et magie électronique !

Dio. - Une musique d'aujourd'hui, fascinante, envoûtante.

Meph. - À voir avec le travail vidéo de Patrick Munger. Curieusement, je trouve cette version plus psychédélique encore que celle de 1964.

Paru en 2010 / Autoproduit par le SLEE / 65 minutes

Pour aller plus loin

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

- Une petite comparaison entre la version originale..

...et la première partie de la nouvelle version (il faudrait bien sûr aller jusqu'à la cinquième vidéo !) :

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Publié le 26 Septembre 2011

Julia Wolfe - Cruel Sister : le tranchant des cordes noires ou lumineuses !

  Cofondatrice avec David Lang et Michael Gordon de Bang On A Can, Julia Wolfe assène une nouvelle preuve de son formidable talent. Interprétées par l'Ensemble Resonanz, ensemble de cordes - sous la direction de Brad Lubman - qui enregistra le superbe Weather de son mari Michael Gordon en 1997, les deux compositions de l'album sont rien moins qu'impressionnantes. On y retrouve le ton âpre, la densité fougueuse de l'univers de Julia. Musique sculptée à la hache, tout en blocs massifs, avec quelques échappées élégiaques. Onze violons, quatre altos, trois violoncelles et une contrebasse : rien d'autre !

   La pièce éponyme, en quatre parties pour trente minutes, est inspirée d'une vieille ballade anglaise, déjà mise en musique par le groupe Pentangle en 1970, avec la voix magnifique de Jacqui Mcshee, et complètement explosée plus récemment par Nico Muhly dans Mothertongue. Mais aucune parole ici, aucune référence explicite à cette histoire terrible. Deux sœurs, l'une lumineuse, l'autre sombre, sont courtisées par le même homme. La sœur sombre, jalouse, pousse la sœur lumineuse dans la mer afin qu'elle se noie, et peut ainsi seule prétendre à l'amour du galant. Tandis que leur mariage se prépare, deux ménestrels ambulants trouvent le corps de la sœur flottant. Ils fabriquent une harpe avec sa cage thoracique, font leur apparition au mariage de la survivante. Au sons émis par l'instrument, cette dernière en reconnaît la provenance et, submergée par le chagrin, laissera enfin ses pleurs couler. La musique évoque à grands traits ce canevas : première partie frémissante, insidieuse, celle de la montée de la jalousie jusqu'au crime ; deuxième partie partagée entre registre élégiaque et une fièvre frénétique qui vient recouvrir le souvenir de l'abomination : la troisième correspond à la trouvaille macabre des ménestrels, lesquels réussissent à tirer une musique enveloppante, somptueuse, des os de la lumineuse, qui accompagne leur lente marche vers la cérémonie ; la quatrième partie s'ouvre sur une danse syncopée, comme disloquée, devenue folle, trouée de hoquets et de silences inquiétants : surgit alors une mélodie poignante, se répandant comme une vague énorme.
 

  "Fuel", en cinq mouvements pour vingt-et-une minutes, né d'une conversation entre la compositrice et le réalisateur Bill Morrison au sujet des controverses liées au pétrole, répond à la demande de l'ensemble allemand de les entraîner aux limites de ce qu'un orchestre à cordes peut donner comme intensité et virtuosité. Le résultat est étourdissant, constamment magnifique. L'écriture, nerveuse, juxtapose des moments doux et des poussées irrésistibles, met en valeur les timbres luxuriants des cordes. Cela rutile, cela flamboie, parcouru d'explosions étincelantes, sans jamais faiblir, avec des surgissements majestueux comme dans la troisième partie, mais le tout sans aucun sentiment d'emphase, il faut le souligner. L'ensemble sonne naturel, organique : tout y est nécessaire. La quatrième partie, la plus virtuose et aérienne à la fois, joue subtilement de références romantiques pour faire surgir un baroque contemporain d'une suprême élégance et d'une force enthousiasmante, qui débouche sur un final éblouissant, ramassé autour d'un bouquet de glissandis.

Paru en 2011 chez Cantaloupe Music / 2 pièces pour 9 plages / 51 minutes

Pour aller plus loin

- le site officiel de Julia Wolfe

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

- Je ne résiste pas au plaisir de vous faire entendre le sublime "Cruel sister" avec la voix de Jacqui : du folk, et du meilleur !

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 12 avril 2021)

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Publié le 11 Septembre 2011

Florent Ghys - Music for Dimensions : suite minimaliste à tomber du baobab.

   Sorti en septembre 2008, Music for Dimensions m'aurait peut-être échappé sans la vigilance d'un de mes lecteurs - lequel contribue régulièrement à élargir mon champ exploratoire, ce dont je le remercie vivement - qui m'a proposé un petit jeu : identifier la musique d'un enregistrement qu'il m'avait fait parvenir. J'ai d'emblée fait part de mon enthousiasme : "Magnifique, immense, à tomber des arbres", en reprenant pour l'expression en italiques le titre de l'album de Peter Broderick chroniqué récemment. Je me suis lancé, proposant d'abord de bons amateurs (à l'écoute du seul premier titre), et donc piste vite abandonnée, puis successivement Wim Mertens, "mais l'instrumentarium n'est guère le sien, et puis c'est mieux encore !" écrivais-je alors, Alvin Curran, voire un John Adams inconnu. En somme, je séchais lamentablement. J'ai été mieux inspiré en suggérant un ensemble du type Bang On A Can, comme vous allez le voir. Je disposai alors de trois indices : Caleb Burhans + compositeur français + Cantaloupe. J'épluchai bien sûr le catalogue d'un de mes labels favoris, perplexe...lorsque l'envoi d'un fragment de notice biographique me permit d'identifier Florent Ghys, présent sur Cantaloupe avec Baroque tardif : soli, prolongé par un Baroque tardif tout court en train de sortir. Le jeu de piste n'était toutefois pas tout à fait terminé, car mon disque n'était ni l'un ni l'autre, mais un album sorti en 2008, disponible sous forme de CD-R en le commandant au compositeur, et écoutable sur son site.

   Né à Lyon en 1979, Florent Ghys, contrebassiste et compositeur, s'inscrit pour aller vite dans la mouvance minimaliste. Il a collaboré avec de nombreux ensembles, dont...Bang On A Can et Sentieri Selvaggi. Music for Dimensions regroupe une série de pièces illustrant le film "Dimensions, une promenade mathématique". Je croyais entendre un ensemble de chambre, alors que Florent enregistre des pistes successives. Contrebasses, guitares, pianos, c'est toujours lui sur ce disque acoustique d'un bout à l'autre.

  De multiples écoutes n'ont en rien entamé mon enthousiasme. À chaque fois, je suis fasciné par la beauté rigoureuse de l'écriture, souvent en canon : de bref motifs syncopés créent un pulse entraînant, peu à peu étoffé jusqu'à prendre une dimension quasi orchestrale au fil des entrées successives, le tout rendu plus serré encore par le retour en boucles de certaines cellules sonores. Dès le premier titre, le charme - au sens étymologique ! - opère : la contrebasse, pizzicato ou à l'archet, en grappes virevoltantes, nous saisit, parfois frappée aussi, presque à nu à certains moments, se démultiplie, avant de réapparaître plus loin ronflante, en longues coulées enveloppantes autour du noyau pulsant. "Bricole anticyclonique (2)" commence aussi dans le dénuement, à la guitare, prolifère radieusement dans un beau jeu de contrepoint. Déjà emporté, j'ai fondu en écoutant "Zoboko (2)", pour plusieurs pianos (combien, au juste ?), des pianos qui sonnent à la limite du déglingué : irrésistible, digne des plus grands...

     "Laurine (8)" m'a achevé : tourbillon de cordes majestueuses, sans cesse renaissantes, ça vous caresse l'âme et vous déchire de délice, pièce phénix qui s'étire en longues ellipses enrichies par des guitares. Quelle intensité magnifique, quels frissons !! Il n'est que juste que Florent enregistre sur Cantaloupe, le label de David Lang, Julia Wolfe et Michael Gordon... On se demande toujours comment on va pouvoir écouter autre chose après...Or le reste est aussi fort, on va de surprise en surprise : "Wa (3)" joue sur des mélodies à la Lois V. Vierk, avec des sortes de glissandi tordus extraordinaires ponctués de micro irruptions vocales presque facétieuses. "Ongles" est une ode limpide à la guitare, sous forme d'ondes concentriques dans lesquelles se noierait Narcisse. "Rupture" se veut vieux vinyl craquelé, les cordes dérapant légèrement dans une ronde désuète, ensorcelante. Guitares électriques pour "Air (2)", morceau digne de l'opéra  The Carbon Copy Building des trois compositeurs susnommés, justement ! "Canon perpetuus" avoue sa dette au Canon a 4 BWV 1074 part 2" de Jean-Sébastien Bach. Quant à "Cinq pianos", c'est une superbe pièce de minimalisme fluide, d'un strumming léger, entre Michael Harrisson, Lubomyr Melnyk et quelques autres. Le disque se termine magistralement sur "Laurine (1)", variante du titre quatre qu'on dirait s'ouvrir sur du sitar avant que ne reprenne la psalmodie baroque sortie d'un film de Peter Greenaway, d'où son côté Michael Nyman, et je n'étais donc pas si loin en proposant Wim Mertens, l'honneur est sauf... La pièce est somptueuse, langoureuse, dangereuse..."L'air du baobab", cordes d'une élégance sublime pour une pièce de chambre en forme d'élégie sombre, referme ce disque splendide, l'un des plus beaux de ces dernières années, à replacer dans les premiers de l'année 2008, juste après Pierced de David Lang et For Lou Harrisson de John Luther Adams, c'est dire.

   À noter que Florent Ghys, déjà invité au marathon annuel de Bang On A Can, est en train de s'installer aux États-Unis. Notre pays ne sait pas retenir ses talents. Il est d'ailleurs sidérant qu'un compositeur de cette envergure n'ait pas trouvé de maisons de disques françaises pour le soutenir. M'enfin, tous ses disques sont en écoute et en téléchargement sur son site.

   Paru en 2008, autoproduit / 12 titres / 77 minutes environ.

Pour aller plus loin

- le site de Florent Ghys

- le site du film "Dimensions : une promenade mathématique" : visible en ligne, très bien fait, limpide, en plusieurs parties.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 12 avril 2021)

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Publié le 3 Septembre 2011

Fred Frith - To sail, to sail : une odyssée de la guitare !

   Je suis toujours dépassé par la production discographique de ce musicien expérimentateur, improvisateur, qui ne cesse pas de surprendre nos oreilles. Ce disque est le troisième que Fred Frith consacre à son instrument favori. Ou fétiche. Ce prolongement de lui-même, de plus de trente-cinq ans de carrière. Guitar solos, c'était en 1974. Puis il y eut Clearing, en 2001. Trois îlots dans un itinéraire incroyable, marquée par l'expérience Henry Cow de 1968 à 1978, et par tant d'autres groupes : Material, Skeleton Crew, Naked City, Death Ambient, le Fred Frith Guitar Quartet... 

  Si vous entrez dans le disque par hasard, disons par le titre cinq, "Mondays", il n'est pas sûr que vous reconnaissiez la guitare. Vous allez penser à un instrument oriental, une cithare qîn, par exemple : musique chinoise ? Mais non, plus proche du gamelan balinais...car il ne faut oublier les dédicaces. Chacun des seize titres improvisé sur une guitare acoustique Taylor 810 cordes acier est un hommage à un musicien qui a compté dans le parcours artistique de Fred. Or, "Mondays" est dédié à Nyoman Windha, l'un des principaux compositeurs de la musique balinaise d'aujourd'hui. Et notre anglais a toujours l'oreille qui traîne partout à la recherche de nouveaux sons : il a été, comme d'autre compositeurs contemporains, fasciné par l'univers sonore de l'orchestre gamelan. Aussi l'album est-il à sa manière une traversée des styles, un tour du monde des univers sonores. S'il s'ouvre avec "Because your Mama wants you home", sous les auspices du blues avec la dédicace à Champion Jack Dupree, le pianiste et chanteur de blues de La Nouvelle-Orleans, il se referme avec "King dawn", dédié à Terry Riley, l'un des fondateurs de la musique répétitive. Pour autant, il ne s'agit pas de pastiches laborieux, ou d'exercices de style : Fred Frith, au sommet de son talent, dialogue de maître à maître. Les pièces sont éblouissantes d'élégance, de force épurée. Écoutez "Dog watch", dédié à Daevid Allen, l'un des fondateurs de Soft Machine : la guitare chante, pleure, avant de laisser la place à un final métallo-percussif étonnant. Ou encore "Life by Another Name", hommage au guitariste de Denver Janet Feder : pas très loin de l'univers de John Cage avec une guitare qui sonne préparée ou pas, mais mélodique, splendide, écho au titre dix, explicitement dédié au précédent, véritable étude pour guitare préparée.

    Si l'on ajoute que tout cela a été improvisé, enregistré en deux jours, et que le disque est d'une musicalité exceptionnelle, on n'aura encore rien dit de ce chef d'œuvre de la guitare, pincée, frottée, frappée, caressée, triturée, explorée  par un musicien exceptionnel qui livre un chant d'amour à son instrument. Avec lui, on en reste à la première lumière, miraculeuse, celle de "First Light", piquée du bout des doigts aux cordes en référence à Robbie Basho (deux titres en écoute ici), maître du genre.

   Paru en 2008 chez Tzadik / 16 titres / Une heure.

Pour aller plus loin

- la discographie exhaustive (impossible de la retrouver...) de  Fred, disques et contributions diverses, où l'on découvre que l'album ci-dessus porte le numéro 491 !!

- deux titres en écoute sur le site de Fred.

- Pour élargir la perspective, un des précédents albums solo de Fred Frith, celui de 1991 :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 12 avril 2021)

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Publié le 29 Août 2011

Peter Broderick - Music for FALLING FROM TREES

J'avais chroniqué  Under Geant Trees, premier album d'Efterklang, cet étonnant groupe danois avec lequel a tourné un temps Peter Broderick, musicien américain né en 1987, multi-instrumentiste qui mène depuis une carrière solo de compositeur assez passionnante. Entre ambiance, folk, post-minimalisme, la musique de Peter n'est pas si éloignée de l'esprit de Dakota Suite que je célébrais récemment, ou encore de Slow Six.

   Avec cette pièce orchestrale en sept parties destinée à un spectacle de danse contemporaine d'Adrienne Hart, il a réussi un petit tour de force : composer en trois semaines à partir d'un vieux piano cassé, de son violon et de son alto, une œuvre qui convienne à la chorégraphe avec son scénario narrant la lutte d'un homme pour conserver son identité dans un hôpital psychiatrique. Chaque section a un noyau écrit, le reste ayant été improvisé. Tous les instruments sont joués par le compositeur, qui a parfois retraité les sons produits pour étoffer la pâte. Cela donne une atmosphère à la fois intimiste, intense, avec des explosions incroyables, à la mesure du combat mené. "Introduction au patient", le premier titre, est dite avec le piano cassé, comme pour suggérer les fêlures de l'être. L'alto s'essaye à la reconstruction en notes glissées, bientôt soutenu par le violon démultiplié pendant la "Patient observation", magnifique et poignante : quelle belle musique de chambre ! Le piano moribond ouvre "Pill induced slumber", mais l'énergie revient avec un pulse répétitif obstiné qui s'amplifie en strumming où viennent se mélanger les cordes, créant une ambiance hallucinée.

    Puis vient le rêve, titre quatre :  de la poussière sonore sort le piano évanescent, nimbé d'une aura électronique, et le pulse, le pulse reichien le plus pur surgit, ce n'est pas moi qui en voudrais à Peter de piller Steve, car c'est formidablment bien vu, et d'ailleurs aéré par un pizzicato folk délicieux. "Awaken / Panic / Restraint" commence grandiose, piano strummant (si j'ose le néologisme !!) et cordes majestueuses, puis tout se défait en glissandi, piano glauque et bancal, mélancolie noire que va tenter d'écarter le puissant "Electroconvulsive shock", mélodieux, envoûtant, tout en boucles et en stries, deux textures de cordes et de curieuses percusssions retraitées. Vous avez suivi "The path to recovery" : vous êtes apaisé, un peu fatigué, le piano est avare de ses notes, finit toutefois par ébaucher une mélodie, une danse, presque, fragile et incertaine, à laquelle se joignent les cordes émues, crescendo revient la vie... Un très beau petit (par la durée) disque, qui témoigne d'un sens très sûr des atmosphères : on y met vite des images, on reconstruit l'histoire, et, en l'absence de toute indication, la musique se suffit heureusement à elle-même.

   Un mot sur le titre du disque et du spectacle : j'adore cette idée de tomber des arbres, et je ne peux m'empêcher de songer au beau livre fou d'Italo Calvino, Le Baron perché, autre délice. Vous aurez remarqué qu'un avait commencé avec des arbres, d'ailleurs, géants de surcroît...

Paru en 2009 chez Western Vinyl / 7 titres / 29 minutes.

Pour aller plus loin

- le site de Peter Broderick.

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 12 avril 2021)

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