musiques contemporaines - experimentales

Publié le 17 Septembre 2010

So Percussion + Matmos : "Treasure State", le bonheur est dans le son.

  Prenez un quatuor avant-gardiste de percussionnistes, interprète des musiques de Steve Reich, David Lang et d'autres. Ajoutez un duo de musique électronique très porté sur la musique concrète, qui a travaillé avec Björk sur deux albums de référence, Vespertine (2001) et Medúlla (2004). Laissez mijoter dans un studio du Montana, l'état du Trésor. Vous obtenez, sidérés, Treasure State, paru chez Cantaloupe Music, le label fondé par David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe.

   Le parti-pris de So Percussion et de Matmos est de tirer le plus possible leurs sons d'objets, de matériaux du quotidien ou de matières élémentaires : seaux d'eau, céramiques, cannettes de bière en aluminium, bidons de peinture, aiguilles de cactus (voyez la pochette !). Trois titres sont  signés par Matmos, deux par So Percussion, deux sont cosignés, et le dernier, le sixième des huit, est une improvisation de presque sept minutes. Loin d'être difficile, inaudible, le disque est limpide, magnifique, passionnant de bout en bout, autant le dire tout de suite.
  "Treasure" ouvre le bal, facétieux comme un morceau du divin Gong, mêlant glockenspiel,  vibraphone, percussions caquetantes et cris d'animaux en folie, sitar, guitare électrique de Mark Lightcap (du groupe Acetone). On est dans une sorte de fantaisie hawaïenne, polynésienne qui s'échoue en douceur sur les notes du grand piano. Signé So Percussion, "Water" est une composition d'une beauté sereine, l'un des titres inoubliables de l'album. À partir des sons d'un seau d'eau qu'on remplit, retraités électroniquement, et qui rythment les sept minutes de la pièce, les musiciens développent un hymne aux boucles cristallines parsemé de douces phrases lointaines de trompette. Une courte pause après le milieu, puis la musique repart, lyrique, gorgée par la trompette plus en avant, dans un mouvement perpétuel aux multiples couches sonores terminé par des clapotis  et crissements.

  Le morceau suivant, "Needles",  est entièrement conçu à partir de sons amplifiés  et traités d'aiguilles de cactus caressées ou frappées par les musiciens. Cela donne une pâte sonore étrange agitée de battements, parcourue de frémissements liquides. Dépaysement garanti ! "Cross", signé Matmos, est d'un dynamisme parfois sauvage à base de sons grinçants de guitare électrique, de textures entrelacées, trépidantes, à la manière du free jazz. Le disque, qui joue sur des contrastes hardis, propose ensuite le méditatif "Shard", évidemment signé So Percussion : pièce sculptée au millimètre, aux limites de l'audible dans un premier temps, sur beau tapis de vibraphone, et beaucoup à partir de céramiques manipulées en particulier par cet étonnant Dan Trueman qui retraite les sons produits avec ses propres logiciels. Au fil de la composition surgit une véritable jungle sautillante, comme si une multitude de gnomes frappaient d'improbables fûts minuscules pour nous emprisonner dans une forêt magique. Extraordinaire et jubilatoire ! Et ce n'est pas fini, car "Swamp", improvisation collective, démarre dans une atmosphère extatique, dépouillée, se charge peu à peu de cactus percussifs (si j'ose dire !), mêle eau et céramiques pour un cérémonial mystérieux : l'atmosphère est glauque, un vrai marécage en effet, habité. "Aluminium" est peut-être le titre le plus électronique, strié de vibraphones, animé de bondissements, de fourmillements. Une guitare, tiens une guitare, seule, au début de "Flame", puis, en plus des instruments déjà mentionnés (je ne les ai pas tous cités), une phono-harp inventée par Walter Kitundu, tout cela pour une atmosphère festive et débridée. Réjouissons-nous !

   Un des grands disques de cette année 2010.

Paru en 2010 chez Cantaloupe Music / 8 titres / 49 minutes...de bonheur. Et de ravissantes illustrations de Robert Syrett.

Pour aller plus loin

- So Percussion et David Lang

- le site de So Percussion. (en écoute : des extraits de leur version de  Drumming de Steve Reich, etc.)

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 14 mars 2021)

Lire la suite

Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 6 Août 2010

Maya Beiser : "Provenance", le frisson des origines.

   Cinq titres, cinquante cinq minutes pour évoquer notamment l’Âge d’Or de la musique espagnole, entre le neuvième et le quinzième siècle, quand les trois monothéismes, musulman, chrétien et juif, se côtoyaient dans une relative harmonie. Pourtant, le nouveau disque de Maya Beiser, violoncelliste de toutes les expériences avant-gardistes de la musique contemporaine américaine, de Steve Reich à Bang On A Can, n’est pas une entreprise folklorique. Cinq compositeurs d’aujourd’hui donnent leur version de la tradition, de l’origine, les deux revivifiées par une véritable écriture. Oud, percussions, viennent épauler le violoncelle roi sur trois des cinq titres. Kayhan Kalhor, compositeur iranien maître du kémantché, signe "I was there", le premier titre d’un peu plus de quinze minutes. Maya considère le kémantché, cette vielle à archet fondamentale du Moyen-Orient, comme l’un des ancêtres possibles du violoncelle occidental. Longue introduction sinueuse avant l’entrée du oud : c’est le titre le plus oriental, rêveur et méditatif, caressant, avec un dernier tiers assez dans l’esprit de la musique soufie. L’arménien Djivan Gasparian, maître du duduk, l’équivalent de notre hautbois, donne "Memories", une pièce  pour violoncelle solo d’une mélancolie alanguie, un peu comme la spirale qui s’échapperait d’une pipe dans l’air calme. Le tour de Méditerranée se poursuit avec "Mar de leche", de la compositrice israélienne Tamar Muskal : le morceau greffe sur une mélodie traditionnelle de la musique des juifs sépharades, interprétée a capella par la chanteuse Etty Ben-Zaken au tout début, des variations nettement plus contemporaines. Le sommet de ce magnifique parcours est "Only Breath" de Douglas J Cuomo, méditation envoûtante pour violoncelle solo et environnement électronique inspiré à la fois par l’Andalousie et la Turquie soufie : plus rien toutefois d’exotique ou pittoresque, tout simplement une page sublime de violoncelle démultiplié par une mise en espace d’une infinie suavité. Le dernier titre, "Kashmir", étonnant arrangement d’Evan Ziporyn d’un morceau de Jimmy Page et Robert Plant, s’il surprend au premier abord, s’intègre à merveille dans cette exploration tous azymuth des origines…de Maya Beiser elle-même, enfant bercé par les mélopées orientales mais aussi par le rock. Un disque abouti, dispensateur de paix…

Paru en 2010 chez Innova / 5 plages / 54 minutes environ

Pour aller plus loin

- un article antérieur sur les disques précédents de Maya.

- un autre sur elle et le groupe rennais Psykick Lyrikah : deux lyrismes inspirés, visionnaires.

( Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 11 mars 2021)

Lire la suite

Publié le 4 Mai 2010

Graham Fitkin : "Circuit", la fougue et la si calme lumière.

  Graham Fitkin est revenu à son instrument de prédilection, le piano, comme j'en formulais le vœu à la fin d'un article de septembre 2007 consacré à sa deuxième incursion du côté des lutheries électroniques et des claviers électriques. En France, il est difficile de suivre la carrière de ce compositeur anglais pourtant assez prolifique, mais systématiquement absent des programmations. Né en 1963, il se rattache au post minimalisme bien qu'il soit plus juste de le qualifier de "constructiviste" ou de "structuraliste". Il adore en effet jouer avec des structures complexes pour en tirer des compositions à la fois virtuoses et extatiques. "Circuit", pièce pour deux pianos et orchestre, qui ouvre l'album,  télescope la forme tripartite traditionnelle d'un concerto, un peu comme le ferait un circuit électrique, l'analogie insistant sur la circulation d'énergies qui en résulte. Le début est très reichien avec son ostinato martelé au piano, mais très vite on retrouve la manière Fitkin, ce goût des décrochages, cette façon de bousculer les lignes, de jouer des contrastes et des couleurs. Les percussions se déchainent, l'orchestre dentelle l'arrière-plan, tandis que les pianos caracolent. Puis la vague sonore s'affaisse brutalement, commence un dialogue élégiaque entre les solistes et l'orchestre. Des blocs de notes se développent, s'enrichissent, la tension remonte, l'orchestre gronde, les pianos pulsent, l'énergie fuse entre les grappes, dans les fulgurances. Tout se tait soudain, les pianos se répondent dans une atmosphère recueillie, on imagine des sources pures entre les rocs, l'orchestre se fait diaphane. Miracle, mystère, captage des forces. La composition s'allège, pétule, repart à l'assaut, s'évanouit à nouveau pour recueillir la beauté d'entre les lignes, la grâce des interstices. La baisse de tension caresse les harmonies pour les déployer au vent échevelé de reprises fulgurantes. Les pianos escaladent le ciel. Tout cela serait emphatique et lourd si Graham ne fissurait pas ces masses en ébullition par des décharges salutaires. Seule concession à l'écriture académique, un finale puissant, cuivré, heureusement assez ramassé pour ne pas être amphigourique. Il faudrait considérer la musique de Fitkin comme une sculpture de César, sous l'angle d'un art de la compression dirigée qui recycle et dépayse des matériaux. En ce sens, de même que César se rapproche des Nouveaux Réalistes, Fitkin est un nouveau classique qui se sert de la rigueur structurale pour sculpter un hymne à l'énergie.
  

   La suite du disque est consacrée à quatre pièces pour piano solo et trois autres pour deux pianos. On y trouve le sublime "T1" pour deux pianos : la reprise lancinante d'une phrase ascendante, interrrogation illuminée par les silences et les résonances, dans une écriture qui rejoint les Inner Cities d'Alvin Curran. Et dire que j'accusais Graham de flirter avec la mièvrerie dans ses escapades harpiques... Balayés mes griefs !! Le revoici au mieux de son talent, ce que confirme toute la suite. "Relent" pour piano solo est une longue ligne dédoublée, puissamment dynamique, à la fois d'une grande rigueur et d'une belle allure semi improvisée, qui ne souffle guère qu'à mi-parcours pour rebondir dans la joie étincelante. "Carnal", pour piano solo encore, déploie une chevauchée tumultueuse, heurtée, dans une écriture d'une grande densité dramatique, avant de s'effondrer dans le calme. On oublie tout pour écouter un chant très simple et lent, mais la course reprend, effrénée, avant d'être soumise à nouveau à la loi des contraires, d'être rabattue presque sauvagement sur le silence. Rien de spectaculaire avec la miniature suivante, une des premières pièces reconnues par le compositeur, "From Yellow to Yellow", d'une beauté simple et lumineuse, si loin des tensions qui traversent toute son œuvre ultérieure. Tensions qui travaillent le syncopé "White" pour deux pianos, qui prend parfois l'allure d'un ragtime, l'obsessionnel "Furniture" où le piano se fait mécanique déréglée. Fin tranchante avec "T2" pour deux pianos, écho sans orchestre de "Circuit": tandis qu'un des pianos se fait percussif, l'autre bondit, emporté par une virtuosité ivre d'elle-même, à peine tempérée de brefs ralentis, qui vient se fracasser une fois encore sur le silence. Tumultueux comme la vie, ce disque. Une gangue nerveuse avec un cœur secret de discrètes merveilles.

Paru en 2009 chez Bis Records / 8 plages / environ 69 minutes

Pour aller plus loin

- la page du compositeur

- la page du label Bis consacrée au disque de Graham, avec en écoute à peu près la moitié de chacun des titres.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 8 mars 2021)

Lire la suite

Publié le 29 Avril 2010

Duane Pitre : "The Harmonic Series", pour découvrir l'intonation juste.

Duane Pitre n'est pas un inconnu sur ce blog (voir article notamment). Ce compositeur et instrumentiste qui circule entre New-York et San Diego est l'un des artistes majeurs des nouvelles musiques. Travaillant sur les sons longs, les drones, la microtonalité, il écrit des œuvres qui combinent avec bonheur l'instrumentation acoustique et les sons électroniques. Il a travaillé deux ans sur cette compilation de pièces écrites selon l'intonation juste (je vous renvoie à ma présentation de cette notion), disque paru en novembre 2009 sur le label Important Records. Huit titres, huit compositeurs. On y retrouve sans surprise un extrait du splendide Revelation de Michael Harrison, ce proche de La Monte Young qui fait sonner son piano comme personne. Duane Pitre donne un solo semi-improvisé de ukelin,

instrument à cordes de la famille des cithares, sans frette. "Comprovisation for Justly Tunes ukelin n°1", inspiré au départ par le koto japonais, est une merveille de délicatesse qui joue de la transparence des résonances. Musique limpide de méditation, de joie pure. Le disque s'ouvre avec "Blue Tunnel Fields" d'Ellen Fullman & Theresa Wong. La première est cette étonnante compositrice, née en 1957, conceptrice d'un instrument incroyable, à cordes longues, le "long string instrument", dont les cordes doivent atteindre entre 16  et 60 mètres et être jouées par des mains enduites de résine. Son instrument est depuis le début accordé en intonation juste, dont elle est une pionnière. Le morceau joue sur une succession de sons glissés, étirés, qui créent un continuum ondulatoire fascinant. L'auditeur se sent enveloppé de boucles sonores insinuantes, en perpétuelle métamorphose. J'imagine qu'en concert l'impression doit être extraordinaire, un véritable massage vibratoire. La compilation m'a permis de découvrir James Tenney (1934-2006) compositeur qui fut l'un des interprètes du légendaire "Pendulum Music" (1969) de Steve Reich. Le deuxième titre, "Star Primes" lui est en effet dédié par Greg Davis, artiste de Chicago qui a déjà quelques cds à son actif depuis 2001et qui travaille à la fois avec l'ordinateur portable et des instruments acoustiques. Ses recherches récentes portent sur les drones, ces sons tenus parfois en clusters denses, et sur les très basses fréquences. Ici, ces dernières, synthétiques, sont agitées de microvibrations, pulsent lentement grâce à l'utilisation de systèmes de retardement et d'écho. R. Keenan Lawler utilise une sorte de guitare préparée, guitare résonante à archet pour un extrait de "Bow Shock", longs drones scintillants comme produits par des corps à grande vitesse dans la stratosphère. Retour d'un instrument apparemment plus conventionnel avec l'accordéon de Pauline Oliveros, compositrice qui a théorisé le "deep listening", notion qui distingue l'entendu de l'écouté. Artiste du courant minimaliste et des musiques électroniques, elle joue de son accordéon accordé en intonation juste comme une déesse. L'instrument est transfiguré, éblouissant, si bien que cet extrait de "Beauty of Sorrow" est l'un des sommets du disque. La compilation se termine avec deux titres très différents.  Zachary James Watkins propose une pièce quasi orchestrale, "Country Western" pour un ensemble composé de koto, guitare préparée, violon, clarinette, saxophone, trombone, percussion, tous les instruments en intonation juste, bien sûr, voix et poème, programmation : musique extatique, en lévitation majestueuse. Puis "Stanzas set Before a Blank Surface" de Charles Curtis, nappes d'aigus à l'unisson parsemées de trous noirs, difficile, vraiment expérimental.

  En somme, une compilation indispensable pour aborder les expérimentations musicales d'aujourd'hui et, dernier titre excepté, des œuvres d'une belle tenue, très souvent superbes, qui donnent un sentiment de grande plénitude.

Paru en 2009 chez Important Records / 8 plages / 73 minutes environ

Pour aller plus loin

- le site officiel de Duane Pitre

- le site officiel d'Ellen Fulman.

- pas d'extrait du disque, alors je vous propose une video en public, plus récente que le disque :

 

Lire la suite

Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 4 Février 2010

Joan Jeanrenaud : "Strange toys", le violoncelle éperdument.

   Le temps est venu de célébrer une violoncelliste dont la carrière a été associée pendant vingt ans à celle du Kronos Quartet, c'est-à-dire à l'un des quatuors les plus étonnants de notre temps, à la fois par la qualité de ses interprétations et son engagement indéfectible du côté des meilleures musiques contemporaines. Joan Jeanrenaud a rejoint le quatuor de David Harrington en 1978, pour le quitter en 1999. Depuis, elle se consacre à une carrière solo tournée vers  diverses expérimentations. Strange toys, sorti en 2008 sur le label californien Talking House Records est le résultat d'une série d'envies sonores, d'un face à face avec son violoncelle en studio, et de rencontres avec quelques musiciens.

   Le premier titre, "Sling shot", nous plonge dans une ambiance mystérieuse, un jeu d'écho entre glissendi langoureux et pizzicati énigmatiques. Étirement des cordes, lâcher du projectile qui rebondit dans des jungles courbes. "Axis" : le violoncelle se déploie somptueusement, se multiplie sur fond de boucles. Joan ne s'enfonce pas dans des expérimentations pénibles pour l'oreille. Son violoncelle chante, magnifié par une utilisation intelligente de la technologie. "Kaleidoscope" peut ainsi proposer un curieux duo avec les beats acidulés de Pc Muñoz, juste avant que ne surgisse...deux violes de gambe sur "Transition", le plus long titre, presque treize minutes intemporelles, sur un schéma ABA : majestueuse introduction des violes dans le goût baroque ; développement d'esprit minimaliste aux deux violoncelles, tout en inflexions capricieuses et décrochements, violes en sourdine ; court retour au premier plan des violes pour une languide extase. On peut être catalogué "avant-garde" et jouer et composer dans la grande tradition ! "Tug of wars" prolonge "Transition" par une plainte dépouillée, le violoncelle dans un jeu de miroirs exsangues. La suite de l'album invite à deux reprises le percussionniste William Winant, au marimba sur "Dervish" et au vibraphone sur "Livre", l'un des morceaux les plus fascinants de cet album atypique et si personnel. "Air & Angels" convoque  autour du violoncelle une sculpture  carillonnaire, un quadrachord -instrument électroacoustique à longues cordes, pour accompagner la lecture par Pc Muñoz d'un poème de John Donne : moment extraordinaire aussi ! Bref, laissez-vous transporter par le violoncelle réinventé d'une musicienne pleinement d'aujourd'hui. Une grande !!

Paru en 2008 chez Talking House Records / 14 plages /

Voici le texte de John Donne, "Air & Angels", dit (fort bien dit !) par Pc Muñoz.

Joan Jeanrenaud : "Strange toys", le violoncelle éperdument.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 29 janvier 2021)

Lire la suite

Publié le 28 Janvier 2010

Gina Biver et le Fuse ensemble : sur l'aile de la musique.

Gina Biver appartient à cette catégorie de compositeurs américains décomplexés, qui font miel de toutes les influences sans se soucier des appartenances à telle secte ou courant musical. « Je laisse le monde m'influencer. », écrit-elle : jazz, musiques du monde ou contemporaines, électroniques, la sollicitent. Pas étonnant qu'on la retrouve sur INACTUELLES. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire d'Eve Beglarian, compositrice célébrée dans ces colonnes, que nous nous sommes "rencontrés". Guitariste de formation, elle écrit aussi bien des pièces acoustiques qu'électroniques, se plaît à tisser des rencontres entre les deux grâce à son ensemble FUSE, créé conjointement par l'artiste nouveau média Edgar Endress. Cet ensemble - qui réunit guitare électrique, piano et claviers électroniques, clarinette, flûte, basson, violon et violoncelle, percussions,  a pour vocation d'interpréter non seulement la musique de sa fondatrice, mais aussi les musiques nouvelles, et de proposer une expérience multimédia qui « fonde ensemble musique, vidéo et humains dans un état liquéfié » comme l'indique son site.

   Je ne connais pas le travail vidéo de l'Ensemble, mais on peut se faire une idée de sa musique par deux cds et les nombreux MP3s disponibles sur son site. "Big Skate" est le premier de l'Ensemble, un cinq titres attachant. Le premier titre éponyme s'ouvre par une grappe sautillante à la clarinette, reprise au violon électrique puis par les autres musiciens. Le morceau est vif, tout en reprises incisives de petits motifs, dans un esprit post-minimaliste, avec des échappées lyriques plus caressantes. S'agit-il de mimer les mouvements de la grande raie qui donne son nom au morceau ? Il y a comme des ondulations, l'atmosphère bucolique des plaines sous-marines suggérée par le rôle solo de la flûte, de brusques accélérations étincelantes, un art du surplace survolté. "Unhinge" joue du trouble des textures, qui bousculent une introduction champêtre à la flûte pour y introduire cassures, superpositions dissonantes, irruptions facétieuses de percussions, glissendi acides ou suaves de cordes. Musique frétillante, virevoltante pour les djinns si prompts à s'évanouir après d'imprévues apparitions. La flûte tente de reprendre le contrôle, tournée en dérision par les autres instruments. Gina dispose les timbres en peintre de miniature, parvenant à donner à la composition à la fois une étonnante profondeur et une grâce acérée dans les transparences.

   "Train" est le morceau phare de ce petit album. Deux marimbas nous entraînent dans un périple dynamique sur fond de sons électroniques mystérieux. Décidément, le train reste une source d'inspiration pour les musiciens. Après Darius Milhaud et Steve Reich, Gina Biver propose un voyage plus exotique. Le jeu entre les marimbas et l'arrière-plan est fascinant d'un bout à l'autre de ces 5'18. Le disque se poursuit avec un exercice difficile, accompagner musicalement un texte poétique, "Those who last", réflexion sur les forces de vie, le temps et l'univers. Je commence seulement à accepter cette composition, agacé d'abord par les intrusions de trompette. Elle a voulu éviter le piège de l'emphase, par un contrepoint volontiers jazzy, après tout concevable lorsqu'il s'agit d'évoquer l'énergie vitale. Ce qui n'empêche pas une fin tissée d'impalpable. Le disque se termine avec "L'infini" (titre en français), très belle composition : sonorités étirées de la clarinette, du violon et du violoncelle qui se répondent en échos majestueux pour une longue introduction, suivie d'un développement dansant traversé de phrases lyriques de violoncelle. J'aime assez que l'infini prenne le visage d'une danse, d'une cadence pleine d'accidents imprévus, de rebonds, sans pesanteurs appuyées. Quelques pirouettes diminuendo en guise de fin.
   Je suis tout étonné d'avoir tant écrit. Je regarde la pochette, si délicate. Une musique papillonnante, ailée, qui tournoie jusqu'au vertige, le vertige de vivre.
Pour aller plus loin
- le site de Gina Biver
- deux photographies de Steven Biver, son mari, que je publie avec sa très aimable autorisation.

Gina Biver et le Fuse ensemble : sur l'aile de la musique.
Gina Biver et le Fuse ensemble : sur l'aile de la musique.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 29 janvier 2021)

Lire la suite

Publié le 9 Janvier 2010

So Percussion - Trollstilt : un jardin d'instruments !
   

Revoilà nos percussionnistes de So Percussion (Eric Beach, Josh Quillen, Adam Sliwinski, et Jason Treuting), cette fois au service d'un compositeur et polyinstrumentiste étonnant, Dan Trueman, cheville ouvrière du duo Trollstilt.

Dan joue du violon traditionnel norvégien, mais aussi d'autres violons, et utilise volontiers son ordinateur portable, si bien que sa musique transcende allègrement les genres. Monica Mugan pratique la guitare classique et des guitares à cordes en acier.

Pour Five gardens (and-a-half), sorti en 2007 sur le label Shhh Productions, le renfort des gars de So Percussion propulse cette musique parmi les plus expérimentales d'aujourd'hui. Le résultat n'est pas très éloigné des propres productions des quatre percussionnistes, on pense en particulier à Amid the noise (Cantaloupe, 2006). En plus des instruments déjà cités, tubes amplifiés, pots en terre cuite,  pianos jouets, morceaux de bois et de métal, coquillages marins et brouette (vous n'avez pas la berlue...) sont traités par ordinateur pour produire des textures sonores diffusées sur des enceintes hémisphériques (conçues par Dan) disséminées parmi les interprètes. L'idée est de produire des jardins inspirés de grands artistes : trois peintres (Agnes Martin, Henri Matisse, Georges Noël), un musicien (John Cage), et un photographe (Harry Callahan). Et le demi en sus ? Celui des peintures animées de Judy Trueman sur  le superbe DVD qui accompagne le disque.
 
Si les premiers titres font encore penser au folk, sans doute en raison de la place des violons, l'album devient très vite plus inclassable, expérimental et méditatif. Splendeurs étranges, en apesanteur, de gouttes percussives ; murmures et scansions courtes ; appels feutrés du violon méconnaissable, de flûtes veloutées.  « Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir », phrase leitmotiv, donne l'esprit des treize titres ponctués de petits textes dits en anglais ou en français par Rinde Eckert et Jennifer Trueman. Rien à redire à ce parcours riche et varié d'un raffinement absolu, d'une sensibilité exquise qui comble l'oreille si souvent maltraitée. On est dans un jardin enchanté pour 55 minutes. Les peintures animées du DVD sont d'une légèreté rafraîchissante, dessinant tableaux abstraits aux lignes géométriques frêles, aux couleurs à la fois douces et vibrantes.
Paru en 2008 chez New Amsterdam Records / 12 plages / 52 minutes environ
Pour aller plus loin
- le site de So Percussion.
-- album en écoute et en vente sur bandcamp :
Une des sources d'inspiration du disque : Matisse, "La Leçon de piano"

Une des sources d'inspiration du disque : Matisse, "La Leçon de piano"

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 28 janvier 2021)

Lire la suite

Rédigé par Dionys

Publié dans #Musiques Contemporaines - Expérimentales

Publié le 18 Décembre 2009

William Duckworth : "The Time Curve Preludes", chef d'oeuvre du post-minimalisme.

   Que voilà un cycle admirable ! Découvert grâce à l'interprétation du livre I par Bruce Brubaker (voir mon article précédent). On peut encore se procurer l'enregistrement intégral des deux livres, 24 préludes comme chez Debussy, par un autre pianiste américain, Bruce Neely : c'est un des très beaux disques du label new-yorkais Lovely Music, fondé en 1978 et consacré aux nouvelles musiques américaines. L'enregistrement initial remonte à 1979, le cd est de 1990, d'une fraîcheur extraordinaire. Rien à ajouter à l'article précédent, le second livre est aussi beau que le premier. Bien sûr, l'écoute des deux livres permet de mieux percevoir l'architecture en courbe du cycle. Tout ce que l'on peut attendre de la musique : force et douceur, limpidité et chatoiements, éclat et mystère. Quelques morceaux sont en écoute ici.

Paru en 1979 puis 1990 pour le Cd chez Lovely Music / 24 plages / 57 minutes environ
Pour aller plus loin :

En 2011, le pianiste américain R. Andrew Lee a enregistré le cycle chez Irritable Hedgehog.

-Album en écoute et en vente sur bandcamp

 
William Duckworth : "The Time Curve Preludes", chef d'oeuvre du post-minimalisme.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 28 janvier 2021)

Lire la suite