musiques contemporaines - experimentales

Publié le 4 Novembre 2025

Vanessa Tomlinson - The Edge is a Place

   Vanessa Tomlinson ? Mais oui ! On entendait cette percussionniste australienne, membre du duo Clocked Out avec le pianiste Erik Griswold sur l'étonnant Peak Plastique publié par Unsounds fin mars de cette année. Compositrice, elle se concentre sur des pratiques sonores exploratoires, invitant à écouter autrement, à laisser l'esprit vagabonder. Le bord, pour elle, n'est pas seulement ce qui donne sur le précipice, c'est une fin et un commencement, riches d'angles et de perspectives.

Vanessa Tomlinson par © Raphael Neal

Vanessa Tomlinson par © Raphael Neal

    Pour The Edge is a Place, elle mobilise un instrumentarium incroyable, composé d'instruments (probables ou non) et d'ustensiles : pour les premiers, un vibraphone, huit bols en céramique, un bol en verre rempli d'eau, trois planches de bois, des carillons en coquillage, deux cymbales, des maracas, des charlestons, trois cloches indienne sans gong et une grosse caisse ; quant aux seconds, on rencontre des aiguilles à tricoter, des balles rebondissantes, des chaînes, des baguettes de chef, des mailloches de vibraphone, archets de contrebasse, des baguettes de triangle.

    Les six compositions de l'album sont autant de promenades dans un monde de résonances, de vibrations. Les sons surgissent, se déploient dans un scintillement lumineux. Rien n'est prévisible, tout est miracle, rencontres, dès la première pièce "Outside Encounters". Frappes insistantes et mystérieuses, sons courbes, ralentis soudains et suspensions, captent l'attention de l'auditeur, fasciné par un monde peuplé de petites formes. On est un peu comme devant un tableau d'Yves Tanguy ou de Joan Miró, devant une levée phénoménale surréaliste. L'étrangeté sourd de partout, par exemple des frappes lourdes et totalement imprévues à la fin de "Shimmer Shake". "Speculative Ornithology" donne à entendre d'hypothétiques oiseaux picorant l'invisible. La musique de Vanessa Tomlinson est ainsi souvent empreinte d'un humour poétique délicieux : les sons donnent l'impression de jouer entre eux, de s'amuser follement. Et c'est complètement fascinant, d'une beauté radieuse. Le titre éponyme est une danse éblouie au bord du vide, les sons virevoltent, faisant surgir des frappes percussives sèches, comme si l'on atteignait un autre monde encore et que dans ce voisinage, tout prenait une autre allure, cette fois plus sérieuse. "Meanderer" (titre 5) déploie ses méandres de cliquetis ponctués de notes pointues d'un pseudo-piano, tandis que de curieux frottements animent l'arrière-plan de présences intrigantes, un rien inquiétantes. Car Vanessa Tomlinson n'est pas qu'une amuseuse, elle sait aussi prendre à bras-le-corps les alentours d'une mélancolie insolite, celle qui envahit le dernier titre, "To the Seafarer", le plus étonnant de l'album. Les résonances sont plus longues, prennent la tournure quasiment d'un orgue bourdonnant, dans les vagues desquelles on croit entendre des oiseaux lointains, les traces de présences. "To the Seafarer" nous plonge dans une atmosphère authentiquement fantastique, chargé d'échos de légendes. 

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Des percussions transcendées par l'aura poétique que leur confère Vanessa Tomlinson dans des compositions éblouissantes.

Paru en juin 2025 chez Room40 (Brisbane, Australie) / 6 plages / 38 minutes

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Publié le 15 Octobre 2025

The Necks - Disquiet
Auditeurs pressés, passez votre chemin !

  Trente-neuf années d'existence pour le groupe de jazz expérimental australien The Necks ! Disquiet est leur vingtième album enregistrement en studio : un triple cd de plus de trois heures...qui me met dans l'embarras, je vais vous dire pourquoi, dans le désordre, puisque de toute façon aucun ordre d'écoute n'est prescrit par les musiciens.

The Necks © Photographie : Dawid Laskowski

The Necks © Photographie : Dawid Laskowski

   J'étais gêné par le second titre, "Ghost Net". Non pas par ses soixante-quatorze minutes ! Je m'ennuyais...confronté à une boucle de batterie, cymbale frissonnante, basse grondante, puis clavier, entre jazz et blues, mais étirée, répétée en un mouvement hypnotique. Je m'ennuyais, fatigué des tics jazzy, si bien qu'à la première écoute, j'ai décroché au bout d'à peine trente minutes. En fait, trop tôt, car la musique ne prend qu'ensuite, après quarante minutes, quand la boucle s'aère, devient ambiante, rêveuse, sinueuse et brûle doucement. Là, c'est très beau, très planant, cette structure bluesy dilatée, répandue en lumière tamisée de claviers flous, l'impression d'un orage maintenu au ras des choses, d'un orage interne, contenu, transformé en rayonnements qui vous enveloppent peu à peu dans un filet serré, confortable et grisant. Peut-être faudrait-il penser aux ragas indiens, qui ne donnent leur pleine mesure qu'après un temps assez long. On est ailleurs, on flotte dans un crépuscule incendié, on se balance dans un hamac, n'est-ce pas d'ailleurs un filet fantôme qui nous ligote ainsi, comme le suggère le titre ?. On a failli manquer une telle merveille ! Le "réveil" presque rock du dernier quart d'heure profite encore du charme des vingt précédentes minutes de bonheur alangui, la structure blues continuant son effet d'engourdissement.

Le tricotage patient de la Beauté... 

  Une fois vaincue l'écoute de "Ghost Net", on peut revenir au reste. Le groupe transcende le jazz en le projetant dans un infini qui lui est, à mon sens, bénéfique. Même "Causeway" (titre 3), le plus court des quatre morceaux avec moins d'une demi-heure, devient envoûtant, en dépit de gestes jazzy qui m'agaceraient ailleurs. La guitare surplombante enlève le caractère convenu des phrasés de piano, une aura électrique baigne l'ensemble, au bord du sublime. Un peu après neuf minutes, le morceau se réinvente, batterie plus présente, tournoiements lointains, puis dérive en une folie qui pourrait ne jamais finir. The Necks, ce sont trois musiciens qui étirent le temps pour y glisser une incandescence de vivre, un vertige magnifique aux lacis discrètement orientalisants de la longue fin...  

Fata Morgana, et revivre enfin...

   Quant au premier titre, "Rapid Eye Movement", il est dans la lignée de Vertigo, paru en octobre 2015. Comme le panoramique d'un horizon immense où les formes des reliefs et de la végétation tremblent dans une lumière irréelle, une fata morgana en suspension. Tandis que la batterie se fait immatérielle, le piano, entre orgue Hammond et orgue, déroule des cercles, la guitare mime des secousses et des tremblements. Atmosphère extraordinaire, d'une intensité au rayonnement nébuleux : est-ce l'inquiétude du titre d'ensemble, ou une extase prolongée face à une réalité vaporisée, peuplée de fantômes? Une vie parmi les buissons de fantômes, pour paraphraser le titre d'un album de Brian Eno et David Byrne. Une avancée lente dans des maquis épais inondés d'un soleil aveuglant...Je découvre en m'intéressant aux sens de la traduction que le titre de la pièce évoque une thérapie pour soigner le stress post-traumatique, d'où le lien avec le titre d'ensemble. Une musique pour soigner, mais soigner de quoi ? D'un monde trop pressé, incapable d'une écoute profonde, qui nous plonge constamment dans l'inquiétude par des massifs d'actualités atroces, violentes. La musique de The Necks impose l'écoute, conduit ailleurs, au centre d'autres buissons potentiellement inquiétants, les détoure pour en débusquer les splendeurs. Elle se met alors à flamboyer, brûlant les traumatismes par sa densité patiente, sa confiance dans l'intrication humaine qui la fonde. Ces trois-là n'en forment plus qu'un, ils rétablissent l'unité perdue dans l'éparpillement superficiel des distractions. Leur musique hypnotique, répétitive, recentre l'esprit. Les cascades arpégées se succèdent vers quarante minutes, comme une source de vie retrouvée, fraîche, limpide, roulant sur les roches percussives érodées par les frottements. Et tout cela rentre en fusion, devient un autre soleil, intérieur, une vigne aux grappes de feu. Le calme peut revenir, tout est pacifié...tout se lève dans une aube nouvelle.

   Le quatrième titre, "Warm Running Sunlight", forme à mon sens diptyque avec "Rapid Eye Movement", dont il est comme l'extension détendue. C'est le résultat de la cure de désintoxication : les retrouvailles avec le Temps Retrouvé, sous le soleil chaud et courant. La boucle qui structure la pièce figure la succession des secondes, des moments, apparemment identiques, et jamais pourtant les mêmes. À un moment, des voix d'enfants chantent et crient en arrière-plan, elles coulent de source, c'est la paix, la joie, les sons s'allongent, les notes s'espacent. On respire, comme des lézards sur des pierres chaudes. C'est la musique d'une jouissance heureuse, dont les gouttes tombent comme des miracles sur notre visage plongé dans un extase sans fin...

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Le somptueux chef d'œuvre d'un trio au sommet de son art. Un monument intemporel.

Paru le 10 octobre 2025 chez Northern Spy Records (Brooklyn, New-York) / 3 cds / 4 plages / 3 heures et dix minutes environ

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Publié le 7 Octobre 2025

Fani Konstantinidou - Undertones

   Compositrice grecque installée aux Pays-Bas, Fani Konstanttinidou utilise des environnements sonores urbains et ruraux combinés à des instruments électroniques conventionnels et de conception personnelle. Undertones, à l'origine pour quatre canaux, a été revu pour le format stéréo. De même, les enregistrements de terrain intégrés à la pièce, en principe variables à chaque exécution dans un lieu différent, ont été choisis dans plusieurs lieux d'Amsterdam. Les interprètes, invités à réagir aux enregistrements de terrain demandés à l'un d'entre eux, contribuent à la structure de la composition, qui peut-être considérée comme semi-improvisée. On pourra ici entendre incorporés des sons de l'orgue du Concertgebouw (sans public), du Utopa Baroque Organ à partir de l'intérieur de l'instrument (sans public également), et de l'extérieur depuis le toit du Stedelijk Museum. La pièce associe les percussions idiophones de Iakovos Pavlopoulos et l'électronique de la compositrice. Un disque des Séries Contemporaines (Contemporary Series) du label d'Amsterdam, décidément à l'affût de ce qui se compose de mieux.

Fani Konstantinidou

Fani Konstantinidou

  Dans la forêt des épiphanies...

   Sur un fond ondulant de bourdons et un crépitement, un bol chantant (probablement). Des invasions texturées rivalisent avec la percussion dans un jeu de résonances prolongées. Frottis de cymbales, de métallophones, montée de sons lourds, créent un climat mystérieux. La musique de Fani Konstantinidou est rituelle, solennelle. Entre vagues profondes et notes percussives précises se crée une densité habitée, dans laquelle des fantômes de voix peuvent se lover, comme à la fin de la première partie ou au début de la seconde, où l'on croit entendre des voix courbes, plaintives. Tissée de délicats frémissements percussifs et d'une aura électronique mouvante, chaque pièce tisse sa broderie, comme le froissement d'un feuillage, ce serait comme le murmure des chênes de Dodone, leur bruissement aux intrications innombrables. Avec des phases de calme extatique, la bouleversante venue d'un au-delà sonore majestueux, d'une radieuse beauté comme dans la troisième partie. On croit parfois avancer dans une jungle fourmillant de sons minuscules, d'épines sonores, on dérange des divinités assoupies depuis des siècles au fond de grottes qui se mettent à grelotter, à racler leurs poumons ankylosés par des pétrifications immémoriales. Et c'est l'approche d'un temple inconnu, entouré d'une enveloppe de gongs, de sinueuses lianes d'orgue ; il faut déblayer les abords, enlever les gravats, pour que résonnent les sons purs dans leur gangue de tumultes accumulés. Undertones, c'est à voix basse, dans l'ombre des nuances, que l'on parvient au cœur du chaos, dans la seconde moitié de la quatrième partie, extraordinaire. Qu'y a-t-il au centre du fouillis, derrière ces rideaux bruissants d'une musique devenue épique ?  

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Une fascinante plongée électroacoustique aux alentours des arcanes, méticuleusement façonnée dans de splendides clairs-obscurs.

Paru le 26 septembre 2025 chez Moving Furniture Records / Contemporary Series (Amsterdam, Pays-Bas) / 4 plages / 37 minutes environ

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Publié le 1 Octobre 2025

Bruno Duplant & Judith Wegmann - Univers Parallèles / Des Nuits et des Jours

[À propos du compositeur, de la pianiste et du disque]     

   Bruno Duplant ? Ce compositeur français prolifique a collaboré avec des instrumentistes  et des compositeurs pour nous donner quelques-uns des très grands disques de ces dernières années. Avec le pianiste belge Guy Vandromme, ce fut le double CD L'Infini des possibles en 2021 ; avec le pianiste néerlandais Reinier Van Houdt, le triple Lettres et Replis en 2022 ; avec le compositeur et instrumentiste néerlandais Machinefabriek Edge of Oblivion en 2024... À chaque fois, la collaboration signifie de fait une co-création, soit parce que l'instrumentiste est conduit à des choix personnels, soit parce que l'autre musicien dialogue avec lui à monde égal.

   Bruno Duplant s'intéresse à la création de fiction, dans le but de retranscrire un univers fantasmagorique ancestral et secret. Les fantômes et les miroirs sont au cœur de cet univers ouvert sur les inconnus qui résistent ou échappent à nos outils conceptuels.

   Pour Univers parallèles - Des Nuits et des Jours, il a fait appel à la pianiste et chambriste suisse Judith Wegmann, qui complète sa carrière classique par l'exploration d'un champ expérimental et contemporain. Peut-être parce que celle-ci est également fascinée par la thématique du temps.

Bruno Duplant (en haut) /  (en bas) Judith Wegmann : Photo © Anja Fonseka
Bruno Duplant (en haut) /  (en bas) Judith Wegmann : Photo © Anja Fonseka

Bruno Duplant (en haut) / (en bas) Judith Wegmann : Photo © Anja Fonseka

[L'impression des oreilles]

Sous la maison de la raison...

  Le grand piano Yamaha de Judith Wegmann sonne parfois comme un piano préparé, avec Bruno Duplant qui griffonne des textures en arrière-plan, comme sur un vieux polaroid. On entend des sortes de grognements bourdonnants, des glapissements glissants. Où sommes-nous ? Dans un monde incertain, une chambre aux fantasmes. Des formes font mine d'apparaître, bulles dans un continuum à demi effacé, s'éclipsent. Tentatives d'apparition, tout au plus, cela leur suffit. La ligne est un suite de traces, de rêveries, parallèles au monde dit réel. Le piano n'appelle pas, ne nomme pas, il est complice de la discrétion des dispositifs acoustiques et électroniques de Bruno Duplant. Il est leur relatif relief, clouant une couture élégante et presque dansante sur leurs toiles trouées, leurs gouffres inquiétants. Ainsi se construit une musique authentiquement fantastique qui n'a plus rien à voir avec les narratifs romantiques à la Berlioz, mais qui est dans le droit fil de l'inquiétante étrangeté freudienne : Das Unheimliche... L'ailleurs menace d'envahir, de prendre la place, de biais, sournoisement, à coup de glissendos courbes, d'abois rentrés, seulement il se désagrège avant de se solidifier. La musique de Bruno Dumont est la forme même de la hantise, elle n'est pas faite pour la scène et les lumières. Même lorsqu'elle s'affirme, vers vingt-cinq minutes, qu'on croit qu'elle va devenir le Réel, que le piano prend des allures grandioses, des vents s'engouffrent entre les notes, la caverne creuse le discours, et tout part en charpie, les fantômes gémissent lamentablement, la mélodie se fait plainte, et c'est le retour de l'énigmatique, de l'effrayant. Les draps en lambeaux fuient parmi les décombres, seraient-ce des os qui cliquettent, des planches qu'on rabotent ? Les poncifs se dérobent, jouent à cache-cache, reste la ligne de temps marquée par le piano, à demi rongée par l'informe sous-jacent. Complice, écrivais-je du piano plus haut, dernier rempart aussi contre le rampant, la tête haute d'une boucle répétée comme dernière arrête dorsale...contre les monstres !

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Bruno Duplant scrute les ombres, magistralement.

 

 

Paru le 26 septembre 2025 chez Moving Furniture Records (Amsterdam, Pays-Bas) / 1 plage / 42 minutes environ

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Publié le 24 Septembre 2025

Linda Catlin Smith - The Complete Piano Solos (1989 - 2023) Vol 1 - The Plains

[À propos de la compositrice, de la pianiste et du disque] 

    C'est un événement discographique important que l'entreprise par la maison de disque canadienne Redshift d'enregistrer l'ensemble des pièces pour piano solo de Linda Catlin Smith, compositrice née à New-York et installée à Toronto dont j'avais salué le si beau double album Dark Flower. Je renvoie à cet article pour quelques renseignements biographiques. Ce premier volume comprend une longue pièce de plus d'une heure, "The Plains", interprétée par Cheryl Duvall, pianiste qui se consacre aux musiques contemporaines, et qui avait commencé avant l'enregistrement de ce disque à commander des longues pièces d'une heure à plusieurs compositeurs canadiens, dont celle-ci fait dorénavant partie. Pendant l'enregistrement de "The Plains", elle a confié à la compositrice, qu'elle connait depuis le début des années 2000, son rêve d'enregistrer l'intégrale de ses œuvres pour piano. Ce rêve commence à devenir réalité. L'intégrale devrait comporter quatre volumes.

En haut : la compositrice Linda Catlin Smith (photo © Claire Harvie) / En bas la pianiste Cheryl Duvall (photo © Shaine Gray )
En haut : la compositrice Linda Catlin Smith (photo © Claire Harvie) / En bas la pianiste Cheryl Duvall (photo © Shaine Gray )

En haut : la compositrice Linda Catlin Smith (photo © Claire Harvie) / En bas la pianiste Cheryl Duvall (photo © Shaine Gray )

[L'impression des oreilles]

Pénombres éternelles...

   Une note aiguë isolée résonne longuement, suivie d'un silence et d'un accord dans les médiums répété huit fois de manière rapprochée. "The Plains", ce sera une suite de séquences calmes de notes ou accords répétés et variés, c'est une marche immense, entrecoupée de haltes, toujours nimbée d'une atmosphère méditative, recueillie. N'imaginez pas des plaines plates, regardez la photographie de couverture : un doux vallonnement à l'infini. Qui va piano va lontano...Les pas se suivent, et ne sont jamais tout à fait les mêmes. On s'arrête, on ralentit, on admire la beauté du paysage, on la laisse nous envahir, nous imprégner. Linda Catlin Smith capte le rayonnement des choses, mais aussi parfois leur grondement, leur turbulence. Sa musique écoute, cherche, sans idée préconçue, si bien que l'auditeur est charmé par la liberté qui en émane. Pas de structure apparente, un abandon à ce qui survient, et pourtant se dessine une ligne, une tonalité, une qualité de rigueur ferme et douce liée à une attention profonde, un sens de la fragilité des phénomènes. Parfois s'élève comme un chant minimaliste tissé de petites boucles, de répétitions et d'échos, de décrochements, puis cela se résorbe en bribes de phrases rêveuses. Cette musique n'appuie jamais, n'assène rien, elle s'arrête au bord, elle nous ménage, se ramasse pour aller son chemin, et nous surprendre. Car cette longue composition, loin d'être monotone ou ennuyeuse, déploie une variété magnifique de paysages sonores intériorisés, décantés, parfois ramenés à une série de notes identiques répétées qui résonnent, et puis cèdent la place à une joie un peu folle, mais brève, vite transcendée par une gravité amoureuse. Linda Catlin Smith fait du piano l'explorateur discret des pénombres qu'un rien de précipitation ou de virtuosité détruirait. Ici, on marche peut-être sur les traces d'esprits anciens, on apprivoise l'espace en le laissant respirer. Les plaines, n'est-ce pas une figure spatiale de l'Éternité ? La composition devient un immense poème dont les vers de mètres inégaux sont une approche qui ne s'autorise le lyrisme qu'avec discernement, presque parcimonie, par respect. C'est cette retenue  et cette infatigable tranquillité qui, paradoxalement, finissent par rendre la pièce bouleversante, illuminante. Et somptueuse !       

[ Ci-dessous, captation de la première interprétation mondiale au Centre de musique canadienne.  Le son semble parfois saturé, pâteux ? ]     

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N'ayons pas peur des mots : un chef d'œuvre, qui récompensera ceux qui prendront le temps de l'écouter dans son immensité sereine.

Paraît le 3 octobre 2025 chez Redshift (Vancouver, Canada) / 1 plage / 1 heure et 8 minutes environ

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Publié le 4 Septembre 2025

Rebecca Foon / Aliayta Foon-Dancoes - Reverie

Pourquoi la musique devrait-elle être un déferlement de décibels, s'autoriser de justifications théoriques plus ou moins fumeuses, d'engagements pour des causes irréfutablement bonnes ? Je me posais ces questions en écoutant ce disque de deux sœurs, Rebecca Foon et Aliayta Foon-Dancoes, sur le label - jadis très militant, Constellation. D'autant que la première, violoncelliste, vient notamment de A Silver Mont Zion, que le disque est produit par Jace Lasek, qui a enregistré des albums de Godspeed You! Black Emperor. En somme, comment vieillit le post-rock le plus flamboyant ? Il accouche, comme c'était prévisible d'ailleurs en écoutant attentivement ces groupes, et particulièrement A Silver Mont Zion, d'une musique de chambre pétrie de sublime. Les mauvaises langues diront que le gâtisme atteint les plus échevelés des révoltés. Je dirai plutôt que derrière les flammes, dans les flammes, le sublime était là. Le voici à nu, tel qu'en lui-même, fragile et presque mièvre ainsi dépouillé. Violoncelle, violon pour Aliayta, et piano pour les deux, avec quelques touches électroniques. Quant au titre, sans son bel accent circonflexe (le disque vient quand même du Québec, non ?), il est interprété dans le sens écologiste : rêverie sur l'écocide en cours, la bonne conscience veille !

Les deux sœurs : Rebecca et Aliayta

Les deux sœurs : Rebecca et Aliayta

   Le premier titre, "Eternal I" est une belle élégie embrumée, violon, violoncelle et piano légèrement réverbéré. Douce solennité, prémices de l'éternité ! "Incandescence" dérive autour du violon tournoyant, avec de graves ponctuations comme dans le titre précédent, ce sera l'une des marques de cette musique qui prend son temps pour escalader le ciel, à coup de boucles amples délicatement illuminées par des triturations électroniques vraiment pensées pour se fondre dans les lacis des cordes suaves. Comment ne pas fondre dans ces envolées de plus en plus éthérées ?

  À partir de "Phosphorescence" (titre 3), le tissu de variations qui sous-tend le disque crée une familiarité, favorise une osmose atmosphérique avec cet univers nébuleux, contemplatif, d'un lyrisme n'ayant pas peur d'une certaine emphase dramatique. "Between Us" (titre 4),  est gravement scandé par le violoncelle qui se laisse emporter dans une danse langoureuse, un émouvant frémissement. Les boucles minimalistes de "Drifters And Dreamers" évoquent des milieux liquides propices aux rêves. Sur un fond changeant, velouté, légèrement bourdonnant, les cordes dessinent de fines arabesques, donnant à la pièce une apparence arachnéenne. "Surrounded By You"(titre 6) chante une ivresse folle, nous enveloppe dans ses spirales en crescendo, avant une retombée de glissements mélancoliques. S'il est un nocturne, "Midnight Shadow" semble pétri de rêves féériques : comme un carrousel un peu caché sous la pleine lune, qui tourne et tourne encore, qui tournera toujours, étourdissant et irréel...Reprenant un thème de "Incandescence", "Devotion" (titre 8) déploie des ramifications langoureuses, ô délices envoûtantes !

Pianos au premier plan du très trouble titre éponyme (titre 9), marqué par des tessitures électroniques envahissantes : une marche lente nous conduit vers des abysses douteuses, insidieuses. L'inquiétude s'amplifie encore avec "Dream Of What Was" (titre 10), le violon tournoyant de "Incandescence" revient, mais parasité par des matières sombres, des engourdissements, des étouffements. La tension monte dans un ciel devenu opaque : l'ultime sursaut de ce qui fut, ligoté dans une nostalgie épaisse. Le disque se referme avec un retour au premier titre : l'éternel retour, si l'on veut, la prise de distance. Les pianos réverbérés donnent à la pièce l'allure d'une composition d'Harold Budd, parmi ses plus hallucinées, grandiosement noire. C'est une fin magnifique !

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Le post-rock est mort ? Peu importe s'il nous donne cette musique sublime, tour à tour illuminée et sombre. 

 

Paru en avril (ou juin) 2025 chez Constellation Records (Montréal, Québec) / 11 plages / 38 minutes environ

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Publié le 26 Août 2025

Mark Molnar - Exo

[À propos du compositeur et du disque]

    Pilier de la scène musicale d'Ottawa depuis plus de deux décennies, Mark Molnar se distingue par son éclectisme et son indépendance. Traversant à peu près tous les styles, depuis le classicisme contemporain jusqu'à la musique industrielle et bruitiste, cet instrumentiste à cordes qui a étudié la microtonalité avec James Tennay s'implique dans de nombreux projets, et dirige sa propre maison de disque d'avant-garde, Black Bough Records.

   Pour son premier disque chez Constellation, Mark Molnar joue de tous les instruments (violons, altos, violoncelles, contrebasse, harpe, piano, voix, synthétiseurs MS20 et Strega) et a procédé lui-même à l'enregistrement. Précédée d'une pochette impressionnante créée par le photographe britannique Ed AllenExo se présente comme une suite de cinq pièces résolument...en dehors !

Mark Molnar par © Adrián Morillo

Mark Molnar par © Adrián Morillo

[L'impression des oreilles]

Aux Seuils somptueux de l'Étrangeté...

Dès la première pièce, "Sub Luna", une série d’amples vagues impose un univers dense, tissé de piano, de harpes, de cordes, en retombées majestueuses. Les sons cristallins de la harpe déposent un semis étoilé dans les draperies graves et moelleuses des cordes. La musique de Mark Molnar est océanique, entre ambiante sombre et néo ou post-classicisme austère. « Terre Sacer » nous plonge dans un univers glauque, hanté par une boucle lugubre, à la lenteur inquiétante. On se dit que Mark Molnar est un maître de l’Étrange, qu’il peint avec des cordes fastueuses une ode noire au naufrage absolu, dans la lignée de The Sinking of the Titanic de Gavin Bryars. La beauté des arrangements se développe sur un fond mouvant à la texture proche de l’orgue, on penserait presque à Mysterious Semblance at the Strand of Nightmares de Tangerine Dream, puis une corde monte au firmament une plainte répétée sur un bercement obstiné de cordes et de piano, le temps s’est figé, une voix erre dans les nuées, les nappes semblent immatérielles et se croisent avant un ultime crescendo bouleversant. Une splendeur !

Fastes gothiques d'outre-mondes...   

Le triptyque « pallida Mors » (Mort pâle) occupe le reste du disque. Le début dissonant et comme déconstruit de « Disquiet » est peu à peu incorporé dans un mouvement de cordes sonnant comme de l’orgue. De la pure ambiante sombre tapissée de bourdons et de poussières d’un autre monde : une atmosphère dramatique et funèbre de roman noir ! La seconde partie, « Aporia » semble bafouiller, à demi-paralysée par des forces inconnues qui bousculent piano, harpes et cordes les uns contre les autres en débris harmoniques fracassés, survivant au-dessus de respirations sourdes, suffoquées. La dernière partie, « Patior », s’ouvre sur un émouvant dialogue diaphane ralenti entre la harpe et le piano, suspendus au milieu du vide, avant que ne se déchaînent des vagues puissantes comme dans une vaste église soudain ouverte sur les cieux. Il y a là un lyrisme un peu fou, tempéré par la remontée de notes graves de piano, quelque chose de fêlé, encore vêtu d’abysses : le temps d’une méditation minimaliste sur la pâle mort du titre, le glas insistant d’un monastère perdu dans des forêts fossilisées. Autre grand moment de ce disque qui n’a pas peur du Sublime !

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Un disque d'ambiante de chambre sombre et grandiose somptueusement orchestrée pour basculer dans le hors-là...

Paru début juin 2025 chez Constellation (Montréal, Québec) / 5 plages / 37 minutes environ

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Publié le 18 Août 2025

François Mardirossian - Sources inconnues

[À propos du pianiste et du disque]

Intégrale des Études pour piano de Philip GlassPianisphere Vol.1 (avec Thibaut Crassin), Satie et les GymnopédistesŒuvres pour piano d'Alan Hohvaness : ce sont quelques disques magnifiques de ce jeune pianiste, François Mardirossian (né en 1989), qui n'ont pas échappé à mon attention, à mon admiration, mais il a consacré aussi un disque à Moondog, un autre à Keith Jarrett. C'est dire son éclectisme, son soutien à des compositeurs singuliers, connus ou trop peu connus. Il est aussi codirecteur du festival de musique contemporaine Superspectives (Lyon) et depuis la rentrée 2024 conseiller artistique de La Trinité, nouvelle scène des musiques baroques et irrégulières (Lyon encore).

   Le programme qu'il nous propose est présenté comme « une exploration de l'introspection, du mystère et de l'émotion brute » et pose quelques questions simples comme « D'où vient la musique ? À quel moment naît-elle ? Existe-t-elle sans l'humain ? » À partir de là, François Mardirossian a rassemblé une « galerie de phénomènes musicaux inédits, utopiques et troublants », collection d'iconoclastes croisés au long de ses recherches passionnées. Collection... dans laquelle il figure en bonne place !

[L'impression des oreilles]

Rencontre avec des compositeurs remarquables

[Nota : Il va de soi que je vous renvoie pour une présentation détaillée des seize pièces de cette promenade au très beau livret d'accompagnement, dont est coutumière cette maison de disque qui ose encore, de surcroît, le français comme langue première - ce qui n'empêche évidemment pas une traduction anglaise en seconde position. Les notes sont du pianiste. ]

   C'est exceptionnellement un archet électronique qui nous accueille au seuil de la première pièce, "Caritas abundat" d'Hildegard von Bingen. Le fin bourdon continu ainsi créé sous-tend cette magnifique mélodie d'un halo mystique bienvenu, halo ponctué de notes percussives éparses sonnant comme du clavecin. À ce seuil vibrant répond en fin d'album, un fragment miraculeusement sauvé de la musique d'un archipel écossais aujourd'hui rendu aux seuls oiseaux. Ces mélodies perdues de St Kilda sont, elles, précédées d'un mystérieux vent glissant sur les cordes du piano jusqu'à faire lever un bourdon grave, orageux, sur lequel le fragment vient se greffer dans sa pureté fragile, pas si loin de la musique d'un Keith Jarrett, clin d'œil voulu ou pas...

   Entre ces bornes éminemment symboliques des recherches passionnées de François Mardirossian, les quatorze pièces restantes dessinent un itinéraire très personnel. J'y discerne une veine romantique au sens très large, qui excède à plaisir le champ classique : priorité à l'émotion avec le "Dexter's Tune" (titre 4) de Randy Newman, avec les deux pièces de Rosemary Brown, le très beau "Nocturne (dicté par Chopin)" (titre 10) et "Grübelei (dicté par Liszt)" (titre 12). Un goût de la virtuosité transcendée et enrayée par la passion. Avec cette pièce sublime qu'est "Dialoghi Del Presente (Primo Quadro : incipit & Assolo)" (Piste 6) de Luciano Cilio : début détendu, presque jazzy, vite s'échappant dans un brouillard émouvant, néo-romantique si l'on veut, de plus en plus épuré, en suspension de boucles déjà minimalistes. J'y ajouterai l'étonnante version de la bande sonore du film de Stanley Kubrick, "Orange mécanique" de Wendy Carlos, réécrite à la manière fougueuse et sinueuse de Philip Glass, le plus romantique des Minimalistes.

  Ce qui m'amène à une seconde veine, la minimaliste, mais jamais dans sa forme abstraite ou théorique, toujours humainement incarnée, travaillée par un courant intérieur troublant, donc non exclusive de la précédente ! Il y a d'abord Frédéric Lagnau, compositeur français bien présent dans ces colonnes depuis 2007 (cf notamment en 2011, Frédéric Lagnau : promeneur minimaliste inspiré), en seconde position après Hildegard, avec un rare titre en anglais, "Morning Song of the Jungle Sun". Si la trame d'ensemble est structurée par une boucle mélodique irrésistible, il y retentit aussi un frémissement lyrique extrêmement émouvant. Il y a le minimalisme frénétique de Ervin Nyiregyházi dans "The Terror of Playing Beethoven's "Appasionnata" in Concert" (Piste 7), son minimalisme étrange, dans la lignée du dernier Liszt, pour le fascinant "Andante, Ethereal" (Piste 15), dans lequel j'entends aussi des accents à la Gurdjieff, une majesté envoûtante...

   La troisième veine, c'est la plus intime, celle qui touche au plus près du parcours du pianiste. D'abord par une courte pièce de Jean-Yves Labat de Rossi, cofondateur avec Anne Dieumegard de la maison de disque Ad Vitam records, maison dont le soutien indéfectible est si précieux pour François Mardirossian. Cette pièce, éponyme (Piste 8, à peu près au milieu du disque), est à l'origine même du projet de l'album. C'est une musique d'esprit minimaliste qui voltige comme de la neige fraîche, une source chantante légère, plongeant soudain ses racines dans un bouillonnement tellurique, une fracture abyssale dont elle ressort égale à elle-même, têtue et un peu espiègle avant de se dissoudre dans les profondeurs résonnantes du piano.... Ensuite par une sorte de colonne vertébrale informelle, en 3, 11 et 14, où on ne peut pas ne pas voir un hommage au grand Arménien, à l'Ancêtre mystérieux, Georges Ivanovitch Gurdjieff. Une prière, un chant et une danse, trois formes privilégiées dans l'œuvre du chercheur de vérité : une manière de croiser l'ombre de Keith Jarrett, qui consacra un album à ses hymnes sacrés, et celle d'un autre pianiste - qui m'est particulièrement cher, Alain Kremski, qui enregistra chez Naïve pas moins de douze cds des œuvres du maître (transcrites par De Hartmann, ne l'oublions pas) d'après des partitions originales en sa possession. Que le pianiste espère « (s)e situer dans le sillage » de Kremski est significatif de sa volonté de s'ancrer dans une tradition certes arménienne, mais tout autant intemporelle. Il est parfaitement servi dans cette intention par son piano, l'extraordinaire Opus 102 de Stephen Paulello, qui pare chaque note d'une clarté profonde, j'ai envie d'écrire une âme vibrante. Nous sommes là au cœur des sources inconnues, désarmantes dans leur naïveté bouleversante. Des musiques qui  frissonnent encore d'une origine sacrée, dont François se fait le servant inspiré, secrètement ému.

   Ce qui nous amène aux deux pièces signées par le pianiste lui-même, une semi-improvisation baptisée "Trois souvenances" (Piste 9) et une "Improvisation" désignée comme telle (Piste 13). Par-delà les "réminiscences" avouées ou non, ce qui me frappe, c'est la gravité de la première, abrupte voire brutale, puis son irréelle fantaisie, puis sa frénésie presque féroce : un triptyque aux extrêmes, un jeu de cache-cache, le compositeur masquant derrière ses souvenirs et une intense pudeur sa sensibilité à vif. Et c'est la tendresse recueillie de la seconde, tendresse non dénuée de vigueur, qui ouvre soudain un horizon minimaliste foisonnant, un crescendo fougueux, rebelle, terminé par une pirouette gracieuse. Dans cet entre-deux, cette montée de forces vives loin des tentations mimétiques (Jarrett encore...) se trouve peut-être le futur compositeur François Mardirossian, farouche, tel qu'en lui-même, comme je le vois sur la photographie qu'il a choisie sur sa page "Biographie". [cf. ci-dessous ]

François Mardirossian / Photographie © Nine Louvel

François Mardirossian / Photographie © Nine Louvel

   Un programme captivant, panorama des influences qui informent la passion pianistique de François Mardirossian. L'interprétation sensible et ferme est sublimée par un piano exceptionnel.

rdirossianPremière parution en juillet 2025, sinon sortie officielle le 12 septembre 2025, chez Ad Vitam Records / 16 plages / 51 minutes environ

Pour aller plus loin

- Extraits musicaux en écoute sur la page Ad Vitam

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