Publié le 19 Mai 2026
Saxophoniste, producteur et compositeur installé à Los Angeles, Brian Allen Simon, connu sous le pseudonyme de Anenon, a publié depuis 2016 plusieurs disques dont certains entièrement acoustiques. Avec "Dream Temperature", il inaugure un synthétiseur à vent comme outil de composition, qui vient compléter le piano acoustique et bien sûr son saxophone ténor. Toutes les sonorités électroniques de l'album sont déclenchées par sa respiration, traitée par le fameux synthétiseur et modulée, canalisée par un ordinateur portable, plateforme centrale de traitement des autres éléments ajoutés, enregistrements de terrain personnels (en Sardaigne, au Japon, à Big Sur et à Los Angeles) ou saxophone numérique. À propos de Dream Temperature, il écrit ceci :
« Je voulais créer une musique qui incite l'auditeur à oublier qu'il l'écoute, et à se laisser emporter par le rêve. Une musique dans laquelle on se perd véritablement, en oubliant quand elle a commencé et quand elle s'est terminée.»
Paysages de Nulle part...
C'est un sacré choc que le premier titre, "June Gloom" : vents synthétiques et modulations chavirantes de saxophone nous emportent d'emblée sur une plage nocturne illuminée par le chant sublime de l'instrumentiste. "Piano Haze Bass Melt Wind Cry" mêle en effet brume de piano minimaliste en boucles rêveuses dans un brouillard poussiéreux aux vagues de saxophone, une atmosphère irréelle...
Le disque, composé de onze titres assez brefs (le plus long dure moins de cinq minutes) assène des pièces intenses, mélancoliques ou fulgurantes. La mélodie au piano de "Last Sun 2" (titre 3) évoque aussi bien Ryūichi Sakamoto que Dustin O'Halloran ou Nils Frahm : on flotte dans un clapotis de notes brillantes et de résonances graves. Le titre éponyme développe des volutes de saxophone sur des basses profondes, des glissements crissants de sons synthétiques et des sortes de halètements. "Nulle Part 1+2" fait surgir d'un vent synthétique des envolées de saxophone fracassées sur d'étranges rochers par un orage métallique : quel paysage étrange ! Sur la pièce suivante, "Mirror" (titre 6), c'est la mer elle-même qui semble devenue synthétique, le piano un peu jazzy évoluant sur des échappées rapides de souffles synthétiques froissés. Avec "When the Light Appears, Boy" , la pièce la plus longue, on rêve à ce qu'aurait pu être l'album composé de morceaux plus longs. C'est une succession de pulsations, une pièce quasi reichienne, puissante, sombre, envoûtante, d'un chromatisme somptueux. Là, on est très loin, enveloppés dans les les bourdons, les traînées synthétiques, emportés vers un pays mystérieux où l'on entend pour la première fois une voix, avant que le saxophone ne déploie ses fastes étourdissants. Sans conteste la meilleure composition de l'album !
Suit une autre miniature rêveuse, "Last Sun 1, le saxophone se faisant voix dirait-on, en contrepoint du piano en arpèges illuminés. "Room Tone" (titre 9) paraît un exercice de dégourdissement pour le saxophone qui finit par sortir d'une gangue ouatée en se livrant à quelques échappées claironnantes (si j'ose dire !) et dérives pas tout à fait free. "Toyama" est plus troublant dans l'entremêlement des textures : des voix insérées dans les plis des glissements synthétiques suggèrent des fantômes charriés par des forces ténébreuses ! Relativement plus clair, "Postscript" revient au bafouillement du piano entouré de réverbérations pour une fin d'album nimbée d'un brin de nostalgie.
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