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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 17:44
Meredith Monk - Piano songs

    Piano Songs, interprété par Bruce Brubaker, auquel j'ai déjà consacré au moins deux articles, et Ursula Oppens, offre une rétrospective de l'écriture de Meredith Monk pour le piano. Les pièces ont été composées entre 1971 et 2006, certaines arrangées pour deux pianos par Bruce Brubaker. Enregistrées lors d'un concert à Boston en avril 2012, elles sont l'occasion de découvrir une facette rarement présentée séparément sur ses précédents disques, qui mettaient en avant ses expérimentations vocales. Aussi est-ce une excellente surprise. Ces compositions ont la légèreté et l'évidence des chansons tout en étant extrêmement élaborées comme le rappelle Meredith dans le livret, toujours illustré de sobres et belles photographies en noir et blanc chez ECM : « Le caractère direct, la pureté, l'asymétrie et par dessus tout la transparence ont toujours été importantes pour moi. La surface de la musique semble simple, mais la complexité du détail et la combinaison de retenue et d'expressivité mettent au défi l'interprète. »

   "Obsolete objects"(1996) pour deux pianos croise les deux lignes, vives, graves-médiums obstinés et médiums-aigus chantants, avec des échos lointains de ragtime. Nous voilà en route. "Ellis Island"(1991) est plus intimiste : elle coule comme deux fleuves tranquilles, scintillants, qui se répondent avec des jeux de prisme. Belle transparence minimaliste en effet pour cette pièce sereine, creusée de quelques graves. "Folkdance"(1996), toujours pour deux pianos comme les deux précédentes, est agrémentée de quelques cris et claquements de mains : sautillante, joyeuse, elle joue sur deux voix, l'une très en avant, l'autre plus en sourdine. L'intrication des motifs est superbe ; tout en déhanchements, elle ne cesse de fleurir. La courte "Urban march (shadow)" (2001) flirte avec l'atonalité, la dissonance : intrigante, tapissée de zones d'ombre, elle devient puzzle miroitant, zébré de rayures symétriques. "Tower" (1971) est comme une escalade, une colonne infinie dirait Constantin Brancusi. "Paris" (1972) est la première pièce solo de l'album, interprétée par Ursula Oppens : émouvante spirale enroulée vers l'intérieur qui explose soudain en arpèges fous, elle finit dans une extrême douceur. Bruce Brubaker inteprète la virtuose "Railroad (Travel Song)" (1981), aux rythmes puissants. Retour à deux pianos avec "Parlour Games" (1988) : pièce chatoyante, miroitante, animée d'un mouvement irrésistible, traversée de courants contrastés, belle réussite d'un minimalisme très rigoureux sous ses dehors séduisants. Un des sommets de l'album, suivi par la magnifique "St Petersburg Waltz" (1993) interprétée par Ursula. Pièce mystérieuse, qui joue d'abord dans les graves, les ombres : plus calme, elle se déploie toutefois à certains moments dans les aigus avec des notes répétées de nombreuses fois, ménage des décrochages, des aperçus. C'est une balade le long des canaux dans la lumière un peu trouble de l'aube : moments introspectifs, diffraction de la lumière. Un chef d'œuvre ! "Window in 7's" (1986), interprétée par Bruce, est dans la lignée d'un Federico Mompou, compositeur catalan qu'elle admire, colorée, aux inflexions subtiles, avec des souvenirs de cloches sur la fin.

   Le disque se termine  sur deux chefs d'œuvre pour deux pianos. La "totentanz" ("Danse macabre") de 2006 est déhanchée, sarcastique et narquoise, vigoureusement ponctuée, avec un face à face expressif des deux pianos. La "Phantom Waltz" de 1989 est peut-être ma préférée avec la "St Petersburg Waltz" : calme, sensible, feuilletée de lumières et d'ombres, elle avance avec une grâce souveraine entre quelques quasi dissonances , soudain très animée, vigoureuse, dans la seconde moitié, et illuminée de trilles éblouissantes vers la fin lorsque, sans aucun doute, le fantôme pirouette avant de s'effacer dans l'épaisseur de l'invisible...

    Un magnifique disque de piano !

Paru en 2014 chez ECM New Series / 12 titres / 48 minutes  

Pour aller plus loin :

- Une très belle version de "Phantom Waltz" par Nurit Tiles et Edmund Niemann, un enregistrement disponible chez New World Records (c'est une compilation pour deux pianos titrée Double Edge - U.S. Choice, référence NWCR637), avec une vidéo d'archive de 1915 :

Programme de l'émission du lundi 16 février 2015

L'Intégrale de QUA (2) :

* Wim Mertens : Kronkelen De Armen / Kruislings / Gerekt Geding (Pistes 4 à 6, 8'), extraits de Sources of Sleepnessness (Usura, 1991)

Ann Southam : Glasshouses#14 (p. 1, 7'19), extrait de Glass Houses, volume 2 (Centredisques, 2014)

Ezekiel : Born in Valhalla / Anonymous (p. 1 & 2, 12'45), extraits de Lux (Ici d'ailleurs, 2014)

Julia Kent : Acquario / Tithonos (p. 4 - 5, 7'15), extraits de Green and Grey (2012)

Machinefabriek & Dead Neanderthal :  The Colour Out Of Space (p. 2, 17'40), extrait du disuqe sans titre moving Furniture Records, 2014)

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