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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 18:06

Terry-Riley-Aleph.jpgSplendeurs de l'intonation juste.  

   Le sens originel de l'aleph est l'énergie primordiale. C'est en effet un véritable bain de jouvence que ce nouveau double album de Terry Riley. Presque deux heures d'une méditation sur les différentes significations de cette première lettre de l'alphabet hébraïque. L'instrument, un Korg Triton Studio 88 spécialement conçu par le compositeur pour l'occasion,  est accordé selon le principe de l'intonation juste, encore peu utilisé en Europe, mais pratiqué aux États-Unis par son ami La Monte Young dans son monumental Well-Tuned Piano (créé en 1974), par Lou Harrisson —auquel il rend explicitement hommage en reprenant une échelle utilisée par ce dernier dans son œuvre ultime, Scenes —, ou encore par Michael Harisson (vous trouverez quelques précisions sur l'intonation juste dans l'article), Duane Pitre.

  Comme d'habitude chez Terry Riley, l'improvisation tient une large part dans l'émergence de l'œuvre. La pièce a d'ailleurs été enregistrée avec des moyens limités pour cette raison, "restaurée" et renforcée ensuite par l'ingénieur du son pour le disque. Cela importe peu. Terry Riley est un authentique inspiré, un chamane musical, fidèle à un esprit psychédélique obtenu sans substances hallucinogènes, par le seul pouvoir de l'imaginaire créatif. L'intérêt ne faiblit pas tout au long des deux heures. Les énergies ne cessent de surgir, de nous envelopper dans un présent éternel, à la fois presque le même et toujours différent. Les motifs s'enchevêtrent, naissent et meurent sans cesse, rayonnent dans de multiples directions. Terry Riley vit une transe qu'il transmet avec une incroyable chaleur. La musique se fait courant irrésistible, vague de fond, geyser d'harmoniques, si bien que le moi étriqué de l'auditeur ne résiste pas, baisse les barrières, se laisse envahir pour s'ouvrir à ces flux colorés obstinés. L'être redevient poreux avec délices, se contorsionne sous le chant charmant. Voilà l'esprit qui danse tel un feu follet, se vaporise et se grise. Plus rien ne pèse dans ce ballet d'émanations. L'aleph, c'est le taureau de feu, la force cosmique indomptable, enfin retrouvée sous les doigts de ce prodigieux musicien qui tutoie l'infini avec une fougue et une douceur somptueuses. Au commencement était le synthétiseur et son maître, Terry Riley. Et le commencement ne cesse de recommencer, aussi neuf qu'au premier jour...

   En guise de prolongement, Terry Riley cite Jack Kerouac, un extrait de Some of the Dharma :

 

The sun is a big wheel

And cosmic particle's a little wheel

And I'm a medium wheel

 

My vibration is on a motor vegetable level

And the sun on a million-yeared gaseous pulse level

And Cosmic particle lasts a second, owns a tiny wheeel

And the solar wheels

And the swing of my wheel

Engulf and circumscribe it.
Essence of Heating

Hears vibration

       Of all wheels and levels everywhere.

       S-h-h-h-h-h-h it sounds like.

 

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Paru en janvier 2012 chez Tzadik / 2 cds / 2 titres / 1h 53'

Pour aller plus loin

- le  domaine de Terry Riley.

- un court extrait de la deuxième partie d'Aleph :

 

 

- un bel article titré Le sutra de la béatitude consacré à Jack Kerouac.

Published by Dionys - dans Terry Riley
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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 16:10

Terry-Riley-In-C-Salt-Lake-Electric-Ensemble.jpg1913 : Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski

1946-1948 : Les Sonates et Interludes pour piano préparé de John Cage

1964 : In C de Terry Riley

Meph. - Eh ! Je t'arrête !

Dio. - Quoi ?

Meph. - Que prétends-tu faire ?

Dio. - Tu n'as pas deviné ? Je fais une liste des grandes dates de l'histoire de la musique du vingtième siècle : les œuvres qui ont tout changé...

Meph. - Pour qui me prends-tu ? Mon pauvre, t'es devenu complètement maboul ! Ta liste, c'est pire qu'une passoire dont on ne voit plus les trous tellement les siècles en ont ajouté. Va au but !

Dio. - Je passerai donc sur les innombrables interprétations de ce morceau-phare du minimalisme. Tout le monde s'approprie In C, signe que la pièce fait partie du paysage musical. En 2010, Innova Recordings nous donnait la version du New Music Ensemble de Grand Valley State University, accompagnée de dix-huit remixes : un magnifique double album.

Meph. - D'accord, mais alors là !!!

Dio. - Une relecture radicale, audacieuse. Le Salt Lake Electric Ensemble est né pendant l'été 2009 du désir de son fondateur Matt Dixon d'interpréter ce classique du minimalisme en utilisant un ordinateur portable. Au fil des répétitions, le groupe s'est élargi de trois à huit membres : il comprend des artistes multimédia, des musiciens adeptes de l'électronique et des rockers.

Meph. - Un beau mixage. Le résultat : la musique réinventée à partir d'une batterie d'ordi et de percussions acoustiques.

Dio. - L'original sonnait très oriental, avec son instrumentation  - non spécifiée il faut le rappeler - colorée par les cuivres et les bois, marquée par des percussions qui n'étaient pas sans rappeler les orchestres balinais.  Une version chinoise, pour orchestre traditionnel, existe d'ailleurs aussi, tout naturellement.

Meph. - Le tempo était souvent nettement marqué par les percussions, ou un piano. D'où un aspect rutilant, claironnant des 53 motifs, une tenue du ton.

Dio. - Là, tout est intériorisé, fondu. Quelque chose d'organique, plus souple...

Meph. - Velouté, mœlleux, avec des écarts de niveau sonore très sensibles.

Dio. - Des boucles qui nous enlacent...

Meph. - On va éviter une étude musicologique : ...et une fin totalement imprévue, énergie rock et magie électronique !

Dio. - Une musique d'aujourd'hui, fascinante, envoûtante.

Meph. - À voir avec le travail vidéo de Patrick Munger. Curieusement, je trouve cette version plus psychédélique encore que celle de 1964.

Paru en 2010 / Autoproduit par le SLEE / 65 minutes

Pour aller plus loin

Une petite comparaison entre la version originale...

 

 

...et la première partie de la nouvelle version (il faudrait bien sûr aller jusqu'à la cinquième vidéo !) :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 26 septembre 2011

The National : Terrible Love / Sorrow / Little faith (Pistes 1-2-4, 12'40), extraits de High violet (4AD, 2010)

Brian Eno : glitch / dreambirds / the airman (p.2-3-7, 8'40), extraits de Drums between the bells (Warp / Opal, 2011)

Peter Broderick : Pulling the rain / Hello to Nils (p.6-7, 10'), extraits de how they are (Bella Union, 2010)

Florent Ghys : Laurine (1) / L'air du baobab (p.11-12, 16'45), extraits de Music for dimensions (Autoproduit, 2008)

                                    Béchamel (p.5, 3'), extrait de Baroque tardif : soli (Cantaloupe Music, 2009)

Published by Dionys - dans Terry Riley
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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 18:01

Terry Riley In C remixed  "In C" de Terry Riley, qui date de 1964, est souvent considérée comme l'une des pièces fondatrices du minimalisme. Sa durée est laissée à l'appréciation des interprètes, qui peuvent improviser à l'intérieur de limites précises. La trame  en est fournie par la répétition d'un do ("c" dans l'échelle de notation anglo-américaine) tout au long de 53 motifs qui, entrelacés, tissent une tapisserie sonore en perpétuel mouvement en dépit d'une première impression d'immobilité et de répétition. Souvent interprétée, réinterprétée, elle se prête évidemment au mix ou au remix, c'est-à-dire à la réécriture, à la recomposition.

 Le New Music Ensemble de  Grand Valley State University se prête au jeu. Il nous donne sa version sur le deuxième cd, et invite...la crème des compositeurs américains pour qu'ils nous proposent leur vision, leur interprétation de la fameuse pièce. Soit 18 remix en plus des 20 minutes de l'original, plus de deux heures de bonheur musical, avec une parfaite symbiose entre l'acoustique de l'instrumentarium de l'Ensemble et le retravail électronique que lui font subir certains intervenants. Ce qui frappe, c'est l'extraordinaire variété des réinterprétations, la liberté prise par ces artistes qui transfigurent l'original, se l'approprient pour l'intégrer à leur univers personnel. Pour l'amateur de découvertes, cet opus est l'occasion rêvée. À côté de compositeurs célébrés dans ces colonnes, comme Zoe Keating, Nico Muhly, Phil Kline, Daniel Bernard Roumain ou David Lang, des noms encore inconnus, de nouvelles pistes s'ouvrent. Jad Abumrad, par exemple, producteur et animateur new-yorkais d'origine libanaise, propose une savoureuse version enfantine, "Counting in C" ( en fausse vidéo ci-dessous). Claquements des mains, aboiements, appels au calme, et gentils ânonnements de bébé rythment la pièce, dont la pâte s'étoffe considérablement au cours de sa route cahotique, au point de donner une composition atmosphérique très convaincante. Musicien électronique, producteur et remixeur, Jack Dangers ouvre les deux cds, le premier avec un "In C - Semi-detached" à la ciselure hypnotique et vaporeuse, le second avec une "In C - Extension" ponctuée de gongs mystérieux, illuminée par la lumière des percussions type vibraphone, puissamment syncopée dans sa deuxième moitié et traversée par des appels lancinants. Mason Bates, compositeur de musique symphonique remarquable par l'ajout de sons électroniques à l'orchestre, signe "Terrycloth Troposphere Masonic", cordes hallucinées sur fond hoquetant de ponctuations hétérodoxes et de décrochements déroutants, le tout donnant l'impression d'une jungle trop réglée pour être rassurante, trop attirante aussi pour qu'on puisse y résister. Rassurez-vous, je ne passerai pas en revue toutes les versions. Toutes sont passionnantes et tissent une super-tapisserie chatoyante, multicolore. Le sommet est pour moi, comme d'habitude, le "Simple mix" de David Lang, qui précède l'interprétation de l'original. Version terrassante, surréaliste si l'on pense au concept de beauté convulsive. Musique habitée, vertigineuse, qui nous emporte à jamais dans son maelstrom implacable. Je ne connais pas de musique plus tellurique que celle de David Lang, d'une splendeur noire absolue.

Paru chez Innova recordings en 2010 / 2 cds / 11 et 8 pistes / Environ 2h20

Pour aller plus loin

- le site d'Innova Recordings, page de l'album.

- la fausse vidéo de "Counting in C" de Jad Abumrad :

 

 

Published by Dionys - dans Terry Riley
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 16:17
   Déjà publiées en 2002 par le pianiste allemand Steffen Schleiermacher (cf. article du 14 août 2007)dans une version  pour clavier électronique piloté par ordinateur, les Keyboard Studies 1 et 2 reparaissent réinventées pour plusieurs pianos par Fabrizio Ottaviucci, pianiste italien qui a notamment étudié l'oeuvre pianistique de Giacinto Scelsi. " Les Keyboard Studies 1 et 2 font partie d'un travail commencé en 1964. Leur nature est fondée sur l'improvisation. Les deux mains mettent en relation entre eux des patterns de durées différentes, continuellement répétés. Chaque module comprend de deux à neuf mesures et les mains peuvent se déplacer librement d'un cycle à l'autre et créer des séquences de notes spontanées et aléatoires. Chaque pattern est construit sur une gamme ou un mode fixés. Occasionnellement peuvent naître des passages mélodiques qui sont le résultat de différents modules liés l'un à l'autre." écrit Riley à propos de ces deux compositions qui représentent parmi les premières tentatives de mettre en pratique les idées minimalistes associées au concept temporel de répétition continue. Plus de quarante après, ces pièces continuent de fasciner et de susciter de nouvelles versions, comme In C, mais avec beaucoup de retard, car les partitions, réduites à quelques indications, sont restées longtemps dans les cartons. Cette nouvelle version est a priori plus austère, moins colorée et dynamique que celle de Schleiermacher, mais se révèle passionnante après plusieurs écoutes. L'étude 1 est d'une linéarité rigoureuse, créant un état de méditation flottante favorable à la saisie des images sonores qui montent à la surface de la ligne rythmique continue. Plus hypnotique, la seconde déploie davantage de niveaux et ménage quelques cassures dans la progression, d'où une impression de reconstruction et d'approfondissement, de plénitude. Tread on the trail, une pièce de 1965, complète le programme. Construite sur la réitération et la dilatation de fragments de phrasés jazzy sur fond continu de notes graves percussives, elle est une sorte de danse dégingandée, disloquée, reprise jusqu'à épuisement. Avec Terry Riley, marchez sur la piste du bonheur !
Pour aller plus loin : une vidéo (fixe !) de Terry au piano, un Bösendorfer : "The Philosopher's hand", extrait de Requiem for adam (Nonesuch). Simplement sublime...

Programme de l'émission du dimanche 19 octobre 2008
Idem : Presque jour (piste4, 5' 24)
               Trauma (p.6, 4' 28)
                Stinking flies (p.7, 4' 20), extraits de The Sixth Aspiration Museum Overview (Discograph, 2008)
iTaltek : Tokyo freeze (p.5, 4' 55)
                    Still shores (p.6, 5' 02), extraits de cYCLICAL (Planet Mu records, 2008)
Terry Riley : Keyboard study n°1 (p.1, 17' 06), extrait de Keyboard studies 1-2 / Tread on the trail (Stradivarius, 2008) Piano : Fabrizio Ottaviucci
Michael Gordon/ David Lang/ Julia Wolfe :
Opening slide lecture (p.1, 6' 42)
                        The Palatine Building (p.2, 2' 11)
                         Early birds (p.3, 4' 36)
                         Chewing gum (p.4, 4' 34)
                         At dusk (p.5, 4' 19), extraits de The Carbon Copy building (Cantaloupe Music, 2006), un formidable comic-strip opera dont je parlerai bientôt...
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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 21:51
                                                                                           Terry Riley aura 73 ans le 24 juin. Sa dernière oeuvre est pourtant d'une incroyable jeunesse. Ecrite à la demande de David Harrington, violon et cheville ouvrière du Kronos Quartet, qui voulait célébrer le soixante-dizième anniversaire du compositeur lui-même, elle témoigne de la capacité de renouvellement de l'un des fondateurs historiques du minimalisme et ajoute un nouveau maillon à la longue liste des collaborations avec l'un des quatuors à cordes les plus talentueux de notre temps. D'un commun accord, Terry et le Kronos ont dès le départ eu l'idée d'associer à ce projet un pipa, luth à manche court, l'un des instruments chinois les plus anciens et des plus appréciés. Wu Man, luthiste qui avait déjà collaboré avec le quatuor, apporte sa touche orientale aux couleurs occidentales du quatuor. Plus que jamais, Terry reste le plus oriental des compositeurs occidentaux. Imprégné de jazz, connaisseur des musiques des Indiens d'Amérique, ayant étudié très longtemps sous la direction du Pandit Prân Nath, maître du Kirana, style de raga indien, Terry Riley ne saurait se réduire au minimalisme. Son oeuvre est à la croisée de l'avant-garde et des musiques du monde, imprégnée d'une constante aura spirituelle. The Cusp of magic est ainsi une rencontre, non seulement entre le quatuor à cordes et le pipa, mais encore avec le synthétiseur, des instruments utilisés dans les cérémonies du peyotl et d'autres issus d'une collection d'instruments-jouets ramené par le quatuor de ses tournées autour du monde, chacun des cinq instrumentistes étant amené à employer un ou plusieurs d'entre ces derniers à un moment ou à un autre à la place de son instrument habituel. Le titre désigne un rite lié au passage du signe des Gémeaux à celui du Cancer et au solstice d'été qui, traditionnellement, est marqué par une nuit de festivités, une suspension du cours ordinaire du temps marquée par des débordements, l'irruption des rêves et de la fantaisie : le mot anglais "cusp" renvoie à un point de rebroussement, un point singulier sur une courbe, ici à l'entrée dans le surnaturel. Divisé en six parties, ce cycle d'un peu plus de quarante minutes s'ouvre et se ferme sur une section influencée par les rituels indiens du peyotl, ces nuits pendant lesquelles les participants rassemblés autour d'un feu ingéraient le champignon sacré en chantant, murmurant et priant.
   L'auditeur est d'emblée sommé d'abandonner le monde profane, trivial : un tambour scande solennellement tout le premier mouvement, accompagné par une crécelle lancinante, des vagues de synthétiseur, avant l'entrée du quatuor à cordes, puis du luth pipa : la régularité de la scansion rythmique coexiste avec l'irrégularité des cellules mélodiques dans une trame d'une beauté constante, intense. Terry est de retour, quelle émotion !! Quelle fraîcheur, quelle joie ! Exultation parfois du quatuor qui dérape presque free jazz, entrelacements complexes avec le pipa, la musique transporte par son puissant dynamisme, son crescendo final irrésistible. Buddha's bedroom, le second mouvement, commence par un dialogue vif et serré entre le quatuor et le pipa, ponctué de pizzicati ; puis le rythme s'alanguit, Wu Man chante une berceuse, texte de sa composition, comme si elle s'adressait à son fils, moment suspendu de grâce avant la reprise par le quatuor, décidé, exubérant. The Nursery propose une seconde berceuse à l'arrière-plan envahi par les instruments-jouets, le violon joue des glissandi, le pipa égrène des chapelets de notes, les jouets prennent le pouvoir dans une atmosphère doucement incantoire, clochettes, couinement d'animaux en peluches, ricanements grotesques en sourdine. L'humour comme accès au mystère... Suit le Royal wedding, rond et enlevé, virevoltant, tout en glissements suaves, violoncelle charmeur et violons affolants, avec une coda d'une grâce raffinée. Emily and Alice est une caverne aux merveilles, hantée par les jouets aux résonances mystérieuses, traversée par un chant enfantin nimbé d'irréalité tandis que le quatuor et le pipa ponctuent l'atmosphère magique de virgules graves. Prayer circle, miracle d'apesanteur, nous entraîne dans une danse tantôt vive et légère, tantôt lente et plus grave. Une musique du bonheur, d'une admirable naïveté, sans rien qui pèse, c'est le cadeau que nous offre Terry rayonnant de malice. Suivons-le sur le chemin éclairé de taches d'or, bordé de buissons aux couleurs surnaturelles, le chemin de l'illumination ?
Pour aller plus loin :
- le
site de Terry Riley.
- voir des
photos de Dean Chamberlain, photographe "psychédélique" qui joue sur des temps de pose très longs (jusqu'à cinq heures) pour créer des images hallucinatoires. Je vous propose celle-ci, Jewel path, qui pourrait illustrer une illumination de Rimbaud :
- le
site de Frank Olinsky, qui conçoit bien des pochettes et des livrets de CD, du Kronos Quartet à Sonic Youth.(j'ai pris l'exemple du Kronos).
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Programme de l'émission du dimanche 1er juin 2008
Psykick Lyrikah : Une étoile (piste 11, 5' 26)
                                       L'éclair (p.12, 4' 41), extraits de Vu d'ici (Idwet, 2008)
B R OAD WAY: Pistes 1 et 4 (15'), extraites de 06 : 06 am (Factor records, 2005)
Revo : Irae Breaks Machine I et II (p.9 et 10, 5' 15)
                Ontario (p.11, 6' ), extraits de Artefacts (Jarring effects, 2008)
Terry Riley : The cusp of magic (p.1, 10' 04)
                             Buddha's bedroom (p.2, 10' 33)
                             The Nursery (p.3, 5' 10), extraits de The Cusp of magic (Nonesuch, 2008)
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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 21:44
    L'émission de la semaine étant à nouveau largement consacrée à Michael Harrison, j'en profite pour revenir sur un disque enregistré par Terry Riley au début de 1986, donc peu avant la sortie de In Flight, album de Michael sur lequel on trouve deux pièces pour piano accordé selon les principes de l'intonation juste. Il s'agit du double album The Harp of New Albion, en fait la première oeuvre d'envergure enregistrée (et toujours disponible) consacrée au piano ainsi accordé, dont la première exécution eut lieu à Cologne le 8 décembre 1984.  Terry reconnaît que l'idée lui vient de The Well-Tuned Piano (1964) de LaMonte Young, sterry_riley_the_harp_of_new_albion.jpgon ami de longue date et mentor. Le Piano bien accordé démarque évidemment Le Clavecin bien Tempéré de Bach, mais, à ma connaissance, il n'y a pas d'enregistrement CD de cette oeuvre immense qui, comme beaucoup d'autres de LaMonte Young,  a été conçue comme une performance à vivre en direct. Un DVD présentant une performance de l'oeuvre a été projeté en continu pendant quatre mois dans la Dream House conçue par le compositeur et sa compagne Marian Zazeeala dans l'église Saint-Joseph d' Avignon en 2000. Terry Riley et Michael Harrison sont donc les deux grands inspirés qui contribuent à la diffusion des idées géniales de LaMonte Young. Je n'ajoute rien sur la musique de Terry : un bonheur absolu, une transe illuminante.
   - Pour savoir presque tout sur LaMonte Young, un excellent entretien avec le musicien (en français)
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Programme du dimanche 9 décembre 2007
 Avant de continuer mon hommage à Michael Harrison, j'ai eu envie de revenir sur le dernier album de Fink, rapidement évoqué en novembre : de la belle chanson folk-blues, un parcours fort d'un bout à l'autre...
Fink : So many roads (piste 7, 4' 03)
              Make it good (p.8, 3' 37), extraits de Distance and time(Ninja Tune, 2007)
Michael Harrison : The Garden of Avalon (p.7 à 9, 18' 04), extrait de From Ancient Worlds(New Albion Records, 1992)
                                         
Tone cloud I /.../ Finale (p.4 à 11, environ 47' ), extraits de Revelation(Cantaloupe, 2007)
Les Lointains intérieurs
: lecture de quelques ghazals de Hafez de Chiraz, extraits de la remarquable édition complète du Divan, la première à paraître en français, dûe à Charles-Henri de Fouchécour et publiée chez Verdier Poche(2006).
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14 août 2007 2 14 /08 /août /2007 22:29
Devenu au fil des écoutes un fan de Terry Riley, l'allemand Steffen Schleiemacher a fait  l'acquisition des partitions des Keyboard studies 1 et 2 du maître, parfois mentionnées dans des écrits le concernant, mais jamais enregistrées. Après un arrangement pour clavier électronique, il est parvenu à des versions jouables en concert. Très répétitives, elles sont représentatives du premier Riley, proches des premières oeuvres de Steve Reich, et d'une intensité extraordinaire : des trous noirs sidérants, un voyage implacable vers l'au-delà absolu. Le disque comporte également une composition de Schleiemacher, intitulée "Hommage à RILEY-REICHlich verGlasst : elle vaut le détour, dix-sept minutes d'intelligence, de symbiose avec l'univers des fondateurs du minimalisme. Je  reparlerai probablement de Steffen Schleiemacher, artiste indépendant et pianiste spécialisé dans la musique contemporaine.
Steffen Schleiermacher à l'oeuvre.






Reprise de l'émission le deuxième dimanche de septembre.
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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 20:00
Terry Riley a longtemps refusé de composer des oeuvres rentrant dans les catégories occidentales. Pas question d'écrire des quatuors à cordes...jusqu'au jour où la rencontre avec David Harrington, premier violon et cheville ouvrière du Kronos Quartet( photo ci-contre), l'amena à réexaminer la question. Par amitié, il répondit aux instances de David, et ainsi naquirent les quatuors rassemblés sous le titre Cadenza On The Night Plain, sortis en 1988 chez Gramavision. Terry Riley s'imposait d'emblée dans ce domaine difficile. Explorant les propriétés spirituelles, pour ainsi dire, des cordes, et se servant de sa maîtrise du chant indien, il parvint à une synthèse étonnante entre la forme quatuor à l'occidentale et le raga indien.

L'année suivante, la collaboration avec le Kronos Quartet débouche sur la parution d'un double album, Salome dances for peace, chez Elektra:Nonesuch. Salome ne dance plus pour le tétrarque Hérode Antipas. La fille d'Hérodiade ne danse plus pour demander la tête de Jean-Baptiste, non, c'est une autre histoire qu'imagine Terry dans les notes qui accompagnent cette longue oeuvre. Peu importe à vrai dire, la musique est là pour prouver qu'il s'est approprié la forme quatuor pour en faire un voyage spirituel.



Rappel : reprise de l'émission le deuxième dimanche de septembre.

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