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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 12:39
Le pianiste norvégien Jon Balke, musicien de jazz, et la chanteuse marocaine Amina Alaoui, formée dans la tradition gharnati (genre musical de la ville de Grenade) sur un même disque, "Siwan", qui signifie équilibre ou balance. Si l'on ajoute que participent également Jon Hassell, trompettiste et musicien électronique qui joua avec Brian Eno, Keir Eddine M'Kachiche, violoniste virtuose algérien, Pedram Khavar Zamini, percussionniste iranien, Andreas Arend, luthiste allemand, Helge Norbakken, percussionniste norvégien, et les Barokksolisten sous la direction du violoniste Bjarte Eike, on se dira peut-être que voilà encore la énième rencontre pseudo-fusionnelle entre musiques du monde et jazz ou autres. La rencontre a été pensée, et elle est magnifiquement réussie. Jon Balke, qui dirige plusieurs ensembles de jazz, est fasciné  depuis trente ans par la musique d'Oum Kalsoum, la grande chanteuse égyptienne morte en 1975, celle qui fut surnommée "l'Astre d'Orient", véritable légende aujourd'hui encore. Invité au Maroc par un club marocain pour composer du jazz, il découvre la chanteuse Amina Alaoui, qui s'inspire de la musique andalouse. Il la rencontre, le projet "Siwan" prend forme, se traduit par la constitution d'un orchestre qui réunit des musiciens venus du jazz, de la musique traditionnelle et de la sphère baroque. Qu'ont-ils en commun ? Un certain rapport avec l'improvisation. De plus, Jon Balke sait que la musique andalouse est l'une des sources de la musique baroque. Quelques concerts de Bergen au Caire, des sessions d'enregistrement  entre 2006 et 2008, témoignent de l'activité de cet orchestre utopique. Et ce disque, qui renouvelle heureusement le catalogue ECM.
   L'album s'ouvre sur "Tuchia", instrumental dans l'esprit oriental, avec un beau dialogue entre le violon  tout en mélismes et l'orchestre baroque somptueux de toutes ses cordes suaves. Atmosphère recueillie, prélude à un voyage qui va convoquer toute la culture andalouse. Car les textes interprétés en espagnol, en arabe, sont tirés des grands mystiques ou grands penseurs des trois monothéismes présents en Andalousie, cet âge d'or où  ils se côtoyèrent pour créer une civilisation brillante et raffinée que la reconquête catholique brisera définitivement. De Al Hallaj, le grand mystique soufi supplicié à Bagdad en 922, à Jean de la Croix, mystique catholique espagnol mort en 1591. "Ya Andalucin" juxtapose la voix pleine, vibrante d'Amina, le clavecin et les cordes baroques avant l'entrée en scène du percusionniste iranien et du violoniste algérien  pour un court morceau intense sur un texte en espagnol de
Ibn Khafaja, poète andalou. "Jadwa" s'enchaîne au précédent, baroque et oriental dans un bel équilibre souligné par le violon qui virevolte, le chant intériorisé d'un texte de Al Homaidi. La trompette de Jon Hassell ouvre le morceau suivant, accompagnée discrètement aux percussions : on retrouve le timbre brumeux de l'américain, très inspiré par la musique classique indienne à ses débuts et qui n'a pas dédaigné, notamment dans "Maarifa Steet", de nous entraîner vers l'Orient. Le miracle de ce disque, c'est de ne jamais donner  l'impression d'un collage, ni d'une fusion. Tout coexiste, en équilibre comme le dit le titre, tout à fait justifié. Tout respire et s'écoute, grâce à l'intelligence de compositions à la fois denses et aérées, et grâce à la voix d'Amina Alaoui, interprète inspirée de textes que l'on devine sublimes (faute d'avoir les traductions pour l'instant : la pochette les fournira-t-elle, ou au moins les originaux ?). Un bonheur constant, ce disque !
Mes morceaux préférés : "Jadwa", le 3 / "Thulathyath", sur un texte d'Al-Hallaj, le 10 / "Toda sciencia Transcendiento", sur un texte de Jean de la Croix, le 11.
Pour aller plus loin :
- le site de Siwan.
- Siwan, des extraits sur le lecteur ECM.
Une nouvelle petite rubrique...
A écouter également
- le pianiste grec Vassilis Tsabropoulos et la violoncelliste allemande Anja Lechner : voir article ici.
Zarani, de Zad M
oultaka. Sorti en octobre 2004 sur le label L'Empreinte digitale, la magnifique rencontre entre un pianiste libanais, soliste et compositeur, et la voix impressionnante de Fadia Tomb El-Hage, chanteuse libanaise. Choc extraordinaire entre la musique contemporaine et le répertoire traditionnel, là aussi avec un choix judicieux de poèmes anonymes ou non de différentes époques.



Programme de l'émission du dimanche 17 mai 2009
Spyweirdos : Fallen / Bubble of dreams / Innsbrück (pistes 5-6-9, 15' 10), extraits de Wetsound Orchestra (Poeta Negra, 2006)
Jon Balke : Tuchia / Ya Andalucin / Jadwa (p.1 à 3, 12' 30), extraits de Siwan (ECM, 22mai 2009)
Archive : Bullets / Words on signs / Dangervisit (p.2 à 4, 17' 30), extraits de Controlling Crowds (Warner, 2009)
Keene Patch / Stroked trees / Door of glass (p.1-2-6, 20' ), extraits de The River and the Fence (Poeta Negra, 2007)

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