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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:01

 Didier PETIT allégée Le violoncelle, habitacle pour voyage intersidérant.

   Les suites pour violoncelle seul de Bach, il les écoute avec bonheur interprétées par d'immenses violoncellistes. Mais ce n'est pas pour lui, reconnaît-il. Pieds nus, vêtu de noir, il tient son violoncelle tout contre lui. Il le caresse, l'embrasse, lui insuffle son souffle ; il le pince, le frappe, le gratte, le fait tournoyer pour semer le son sur le public qui retient son souffle, lui. Les yeux fermés, il fait corps avec son instrument, étreint son âme contre la sienne pour en faire jaillir l'incroyable. La musique de Didier Petit est intense. À la limite de l'audible ou au paroxysme des cordes brutalisées, elle occupe l'espace de la petite salle où il se produit. Elle charrie l'imaginaire musical du monde qu'il arpente dans ses nombreux voyages. Nous sommes au Moyen-Orient, avec l'impression d'entendre un maqam ; nous sommes en Afrique, tant le violoncelle soudain sonne comme une kora, et pourtant ce n'est pas Ballaké Sissoko. Nous sommes ailleurs, et nous sommes à l'intérieur, aux tréfonds du violoncelle et de l'homme dont il tente d'exprimer le chant premier, antérieur au langage. C'est pourquoi, lui aussi, il écrit des suites, mais qu'il appelle des faces, face à face avec ce qui est sans visage et qui nous constitue. Dans une face, il n'y pas de suite, au sens où la structure harmonieuse explose pour libérer une succession d'états d'âme. La face traque l'inarticulé, le murmure informe ou le cri rauque, le chantonnement qui étonne sans mentir comme le langage. La musique ne fait aucune concession : elle veut serrer la vie pour en diffuser l'énergie douce ou sauvage. Tant pis si la mélodie se brise, s'atomise, si l'harmonie se fait rugueuse, dissonante, pourvu qu'il en résulte cette impression d'une musique vraie, authentique, loin des modes, des formats obligés et des tubes : charnelle et spirituelle, vivante. Souvent, le pied droit de Didier Petit décolle du sol, comme s'il lévitait, puis il se contorsionne, il danse dans l'espace, dessinant des enroulements, possédé par la musique de l'instrument si proche : l'instrumentiste est devenu chamane, le concert un rituel intemporel qui nous dépayse radicalement en même temps qu'il scelle les retrouvailles avec l'essentiel. QDidier Petit Don't explainuelques mots en anglais émergent dans le dernier morceau joué. Ils sont clairs : "Don't explain". 

(Après le concert du 19 janvier organisé par Césaré, Centre national de création musicale, à Reims)

Pour aller plus loin 

- une présentation très complète du musicien ici.

- Pour les nombreuses collaborations, voir ci-dessus. Deux disques en solo, Déviation, paru en 2000 et célébré comme un des meilleurs albums jazz de l'année, et Don't explain, 3 faces pour violoncelle seul, paru en 2009 chez Buda Musique, interprété en concert hier.

- une vidéo de Didier Petit lors d'un autre concert :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 17 janvier 2011

Je sais quelle langue je parle :

  Psykick Lyrikah : Melmoth (Interlude) / De grandes mesures Quelle langue (pistes  4-5-3, 9'30), extraits de Derrière moi (Idwet, sortie en avril 2011)  

  E.sens : La langue / Il est minuit (p.5 et 7, 11'30), extraits de Le verbe du début (Vocation Records, 2009 ?) La radio vient de recevoir le disque, semble-t-il, mais la date 2009 figure au dos de la pochette...

Jon Hopkins : Colour eye / The Low Places (p.5-7, 11'50), extraits de Insides  (Domino Recordings, 2009) Petite dédicace pour Eleni  !

Le violoncelle éperdument :

  Didier Petit : Elision / Interlude rituel / La Tour de Babel (p.2-3-6, 7'50), extraits de Don't explain (Buda Musique, 2009)

  Joan Jeanrenaud : Livre / Waiting (p.9-10, 11'), extraits de Strange toys (Talking House Records, 2009)

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