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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 10:33

    Emporté par un cancer le 30 avril 2010, Frédéric Lagnau n'a pas connu la célébrité qu'il aurait méritée. Je l'avais évoqué dans un article du 23 février 2007 titré "Jardins d'oubli", en hommage à son disque Jardins cycliques, paru chez Lycaon en 1998 : 70 minutes alternant pièces classiques et pièces contemporaines, minimalistes ou non, et quatre compositions personnelles. Or, voici quelques jours, un lecteur me signale un autre disque de ce Frederic Lagnau journey to Intipianiste discret : Journey to Inti, publié par le scène nationale d'Évreux en 1992. Quatre pièces, quatre promenades dans cet univers fluide du piano minimaliste qui est le sien, marqué par Steve Reich, mais beaucoup plus fantasque, rêveur, obstiné. Une musique en rapport avec les éléments, le vent, le fleuve : bucolique, elle aime à s'étirer, revenir inlassablement sur elle-même dans des enroulements secrètement voluptueux. Elle bourdonne dans le jardin aux herbes folles des harmoniques perdues comme dans ses "Chants initiatiques", ciselant les gouttes d'un soleil blanc, s'attardant aux herbes éblouies avec une grâce de nymphe diaphane. C'est une musique qui sait attendre pour renaître, suspendue à la recherche de ce qui vient au détour des boucles entêtantes, dans le creux soudain, imprévu, qui délivre la merveille endormie : la voilà qui se redresse, déborde, irrigue, source joyeuse et conquérante en plein milieu de "Journey to Inti", troisième titre de l'album éponyme. Très, très grand album, merci Bourbaki : je renvoie les lecteurs à la mise en ligne de l'album complet sur votre blog.

Frédéric Lagnau jardins cycliquesJardins cycliques, album très différent, propose un programme qui invite l'auditeur à oublier tous ses préjugés : l'on y passe allègrement de François Couperin à des compositeurs contemporains, vérifiant une fois de plus que le minimalisme n'est que le développement d'idées en germe chez les classiques, et non une régression paresseuse vers la facilité comme le pensent trop vite bien des auditeurs et des compositeurs imbus d'une complexité qu'ils dénient à ce courant trop populaire (si l'on pense au trio Reich - Riley - Glass) à leurs yeux. Il est temps d'admettre que le minimalisme, s'il a connu un âge d'or dans les années soixante, soixante-dix, continue d'influencer nombre de compositeurs nettement moins connus, voire inconnus, que l'on parle de post minimalisme ou non. D'ailleurs Frédéric Lagnau est un vrai minimaliste, je le vérifie encore en écoutant "À quelle heure arrive le vent", première pièce de Journey to Inti, ou "À mesure ou au fur", dix-neuvième de Jardins cycliques : jeu avec les combinaisons de motifs, plaisir du primesaut, du rebond, qui produit une labilité fragile ou océanique, mouvements de flux et stases contemplatives.

J'allais oublier : je crois devoir à Frédéric Lagnau la découverte de ce qui est devenu ma pièce préférée de John Cage, "In a landscape", qui clôt Jardins cycliques.

Pour aller plus loin

- Jardins cycliques en écoute ici :

-l'émouvant site de Frédéric Lagnau, qui se termine sur la mention : "Projets de musiques pour la scène et le cinéma."

- Frédéric Lagnau sur Wikipedia.

- L'hommage rendu par la Scène Nationale Évreux Louviers.

  - Jardins cycliques en intégralité ici au format MP4

(22 titres)

Programme de l'émission du lundi 30 mai 2011

Half Asleep : The Bell / De deux choses l'une (Pistes 2-5, 8'), extraits de Subtitles for the silent versions (we are unique records, 2011)

Elisa Vellia : Odyssea argis / Anamoni (p.3-5, 10'20), extraits de Ahnaria (Le Chant du monde, 2007)

AGF & Craig Amstrong : Yearning Years / The Tree / Birds Froze In Mid-Air / Princess Marousha Stanilovska Dagmar Natasha iliana Romanovich(p.3-4-7-8, 12'), extraits de Orlando (AgF Produktion, 2011)

Sarah Kirkland Snider : Nausicaa / Circe and the hanged Man / I died of waiting (p.5 à 7, 8'20), extraits de Penelope (New Amsterdam records, 2010)

Guillaume Gargaud : Le Chien de José / Géante rougewave (p.1-5, 12'20), extraits de She (Utech Records, 2009)

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commentaires

Renaud+D. 20/05/2014 22:56

Bonjour,
j'ai découvert Frédéric Lagnau grâce à l'émission de Gérard Pesson et votre site et vous en remercie de tout coeur! :-)
Sauriez-vous qui sont les auteurs de "Rivers n°8" et de "El Lago" que l'on trouve dans "Jardins Cycliques"? Je voudrais trouver les partitions de ces pièces mais Google reste muet... Merci par avance pour votre aide.

Jay Gottlieb 05/11/2013 23:28

Absolument d'accord! Et ne pas oublier la belle pièce qu'il m'a écrite, "Easy Listening, yes, easy composing, no...", qui figure dans mon album "Continents": http://player.qobuz.com/#!/track/1190826
Jay Gottlieb

Dionys 06/11/2013 08:10

En effet, Jay, j'aime beaucoup cette pièce, et votre album "Continents", j'y reviens souvent !! Il y a d'ailleurs matière à d'autres articles...à venir, notamment autour d'un compositeur français dont le nom m'échappe ce matin..
Au plaisir,
Dionys