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Musiques Singulières

    Au fil du temps, une encyclopédie visuelle et sonore des musiques différentes (plus ou moins). Pour les amateurs de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique ! Utilisez le module "Recherche" pour trouver musiciens ou disques. Créé le 20 février 2007.
N.B. Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 22:49
Sentieri Selvaggi : la musique libère l'esprit.
  
L'Ensemble Sentieri Selvaggi

Fondé en 1997 par Carlo Boccadoro, Filippo Del Corno et Angelo Miotto, Sentiero Selvaggi constitue un ensemble de chambre de neuf musiciens, auxquels des invités peuvent s'adjoindre. Ils ont décidé de se consacrer aux compositeurs d'aujourd'hui, entretenant d'étroites relations notamment avec David Lang, Louis Andriessen, Philip Glass, Michael Nyman, qui écrivent des pièces spécialement pour eux. L'éventail instrumental est large : flûte et piccolo, clarinette et clarinette basse, piano, vibraphone et percussion, contrebasse, violon, violoncelle. Pour leur disque paru chez Cantaloupe en 2006, AC/DC, ils interprètent huit pièces de compositeurs différents : Michael Gordon, Filippo del Corno (un des co-fondateurs), Ludovico Einaudi, Louis Andriessen, David Lang, Lorenzo Ferrero, Laurie Anderson (tiens donc !) et Carlo Boccadoro (autre co-fondateur). Force, finesse, subtilité, variété des paysages sonores caractérisent ce disque qui prouve une fois encore que la musique contemporaine a su sortir de son carcan dogmatique, qu'elle n'hésite plus à revisiter des compositions hors de son champ traditionnel, comme cet étonnant "Hiawatha" de Laurie Anderson, pastoral et velouté à souhait.
Entre le trépidant "AC/DC" de Michael Gordon, un peu dans la lignée de son très beau "Transe", le magma en fusion de "I fought the Law" de David Lang, arrêtez-vous sous "The Apple Tree" de Ludovico Einaudi, une composition qui pourrait surgir ...du jardin des Finzi-Contini : la lumière joue dans les feuilles, tout y est comme dans les souvenirs, nimbé d'une grâce frémissante, et puis le vent tourbillonne et joue à tout recomposer, facétieux et sauvage à sa manière.

Illustrations sonores :

1) en tête d'article : Hiawatha par Laurie Anderson

2) plus bas : I fought the law par David Lang

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores le 8 août 2020)

Paru en 2006 chez Cantaloupe Music / 8 plages / 57 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 21:55
Phil Kline / Hans Otte : Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue...
   Exquisite corpses, c'est le titre du premier morceau de ce deuxième volet de l' hommage à Phil Kline (cf. article du 28 décembre). Je ne voulais pas mettre la pochette du disque dont le morceau est extrait, parce que l'ensemble Bang on a Can, interprète de l'oeuvre, présente d'autres musiciens dont j'aurai à reparler. J'ai donc tapé "Phil Kline Exquisite corpses" pour trouver une autre illustration. Vous voyez le résultat : la folie de l'imprévu, cette photographie de Luis Gonzales Palma, artiste guatémaltèque contemporain, "Estrategia que nos une"(2004), un beau titre à appliquer à l'œuvre de Phil Kline, collage lyrique d'un peu plus de onze minutes. Un dialogue délicat et envoûtant entre le piano et la percussion ouvre la composition, qui s'envole sur un rythme syncopé avec l'entrée en scène de la clarinette et de la basse, relayé par un pulse très reichien. La guitare électrique densifie et chauffe encore l'atmosphère, avant un retour au thème initial, plus mystérieux encore, cuivré, doré par la clarinette, tandis que le piano égrène des perles étincelantes. Phil Kline, souvenez-vous de ce nom : finesse, émotion, écriture rigoureuse, une grande figure de la musique américaine contemporaine.
   Maintenant, regardez bien la photographie ci-dessus : la chambre est bleue. Non ? Fermez les yeux, rouvrez-les : je vous l'avais dit, elle est bleue, n'en doutez plus. Phil Kline l'a peinte en bleu pour vous, avec le quatuor à cordes Ethel. La vidéo vous y transportera. Il vous faudra traverser une rivière (The River), sombre, lourde d'incantations noyées qui tressaillent sous votre regard. Vous secouez le charme, vous marchez vite pour arriver (March). Une frénésie vous prend, vos gestes sont saccadés par la beauté qui vous submerge et vous engouffre : ô caresses graves du violoncelle... Entrez dans la vidéo (The Blue room). La chambre s'ouvre. Vous savez qu'elle est bleue, car des sirènes s'y sont logées : qui pourrait leur résister ? Leur infinie suavité épouse les cavités de votre oreille, de votre cerveau. C'est en vous qu'elles habitent et qu'elles se tordent à jamais. Et voici qu'elles se lèvent et jettent leurs beaux bras d'alarme vers le ciel, qu'elles s'agitent et se mettent à danser une sarabande irrésistible, une tarentelle exultante qui vous laisse pantelant (Tarantella). The Blue room and other stories devrait réconcilier tous ceux qui trouvent la musique de chambre ennuyeuse et guindée avec le quatuor à cordes, dont Phil Kline exploite à merveille la charge imaginaire, le potentiel narratif auquel je me suis à mon tour laissé aller en écoutant cette merveilleuse musique.

 
Phil Kline / Hans Otte : Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue...
Le compositeur Hans Otte

Le compositeur Hans Otte

Phil Kline / Hans Otte : Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue...
   En mars 2007, je faisais part de mon impatience à entendre le Stundenbuch du compositeur allemand Hans Otte. Le label Celestial harmonies nous en propose deux versions. L'œuvre, qui compte 48 pièces réparties en quatre livres de 12, est moins monumentale que je ne l'avais annoncée suite sans doute à une lecture un peu rapide de la pochette du disque ECM New series dû au pianiste Herbert Henck. Une cinquantaine de minutes sous les doigts du compositeur en personne. Le disque paru en  décembre 2006 célèbre les 80 ans du musicien en proposant un double CD interprété par lui-même sur lequel on trouve aussi Das Buch der Klänge, un cycle  de 12 pièces d'une durée de 75 minutes environ, indéniablement un des chefs d'oeuvre de la musique qu'on pourrait appeler post-minimaliste, et Face à Face, composition des années 60 pour piano et bande magnétique, intéressante pour entendre comment Hans Otte, tout en s'inscrivant dans une certaine mode qui rendait l'utilisation de l'électronique et la référence au sérialisme incontournables, parvenait déjà à faire entendre son tempérament lyrique et méditatif.
   Ce livre d'heures, à l'image des textes médiévaux enluminés, s'il ne fait aucune référence aux différents moments de la liturgie, est constitué de micro-méditations, de miniatures délicates sculptées sur le silence. Les formes sont simples, mais harmoniquement subtiles, ouvertes sur la respiration de l'espace. On est loin du Livre des sons, de son ivresse extatique et de ses stases mélancoliques. La sérénité ici se gagne petit à petit, comme par surprise, par surcroît. Rien ne presse, et tout advient, dans la lumière de ce regard intense qui voit plus loin que nous la joie qu'on ne voit pas.

 
Les DISQUES
Le disque du quatuor Ethel, sans titre, est paru en 2003 chez Cantaloupe Music
Celui de Hans Otte en 2006 chez Celestial Harmonies
   Je ne savais pas, en écrivant ces lignes, qu'il venait de mourir, ce 25 décembre 2007, à l'âge de 81 ans. Je viens de l'apprendre, à l'instant, sur le Net et pas ailleurs... Hans est vivant par sa musique intemporelle. Puisse cet article contribuer à mieux le faire connaître. Hans écrivait aussi des aphorismes, d'un esprit très zen, qui sont le contrepoint de son Stundenbuch. En voici quelques uns :
Vois comment les branches ploient à l'approche de la pluie.

Il n'y a rien du tout à dire. Le chant des pins, une réponse - mais sans question.

Chaque objet aimé - le centre du paradis.

Un artiste véritable ne travaille pas, il aime plutôt.

Maintenant que la cuvette est vide, je peux y plonger.

Toutes les grandes choses rient.

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A l'instant, le titre de l'article me frappe : le saugrenu surréaliste rejoint par la Vie-Mort... Je le garde en vertu du dernier aphorisme que je viens de traduire.
(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores )
3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 18:28
Stephen Scott : un orchestre à l'intérieur du piano !
Stephen Scott : un orchestre à l'intérieur du piano !
   Né en 1944 dans l'Orégon, Stephen Scott suit une éducation musicale sous le signe de l'ouverture : clarinette et saxophone pour commencer, transcription d'enregistrements de Charlie Parker, Miles Davis ou Gil Evans ensuite, et pour finir  une solide formation académique de composition, complétée par des études de musiques africaines au Ghana, en Tanzanie et au Zimbabwe en 1970. C'est en 1977 qu'il crée le Bowed Piano Ensemble :  dix interprètes tirent de l'intérieur d'un seul grand piano un orchestre riche en couleurs et en textures. Ils utilisent des filaments de nylon, des crins, des marteaux de piano tenus à la main, des grattoirs de guitare et d'autres moyens encore pour que les entrailles du piano livrent tout un monde inconnu, dans la lignée du piano préparé mis au point par John Cage dans les années 40. Plusieurs disques retracent le développement de cet ensemble.
   En 1996, Vikings of the Sunrise montre déjà l'ampleur du parcours, sa richesse. L'œuvre, de près d'une heure, est un hymne aux navigateurs ayant exploré le Pacifique, depuis des temps reculés jusqu'à Magellan et James Cook. Un souffle épique parcourt cette vaste fresque d'une incroyable variété sonore et rythmique : harpes, mandolines, cordes et percussions jaillissent comme des eaux primordiales, inouïes. Arcs-en-ciel frottés d'étincelles, grandes vagues frangées de cuivre et d'or, tempêtes fastueuses agitent le piano frappé, pincé, caressé par des archets soyeux ou métalliques jusqu'à ce qu'il rende l'âme qu'il gardait secrète derrière sa double rangée de touches blanches et noires...Il ne lui manquait plus que la voix .
  
 
Stephen Scott : un orchestre à l'intérieur du piano !
C'est chose faite depuis la parution en janvier 2007 de The Deep Spaces. La soprano Victoria Hansen, qui a déjà tourné avec l'ensemble, y interprète une série de textes célébrant les beautés du lac de Côme. Après un préliminaire de piano-orchestral, le disque s'ouvre par un fragment de lettre de Pline, se poursuit avec des poèmes de Wordsworth, Byron, un autre fragment de lettre dû à Mary Shelley, pour se terminer sur un poème contemporain de Pablo Medina, poète et romancier cubain. Nourrie de réminiscences  de Liszt et Berlioz, la musique est plus charmeuse, d'une rondeur épanouïe. On n'en reste pas moins stupéfait de la largeur de palette de l'Ensemble, manifestement de plus en plus à l'aise. Stephen Scott est un maître peintre-musicien, paysagiste subtil et inspiré : un inventeur de beautés vierges.
Vikings of the Sunrise paru en 1996 chez New Albion Records
The Deep Spaces paru en 2007 chez New Albion Records
(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores )
 
21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 19:54
Spéciale Alvin Curran (2): le piano sans peur.
Spéciale Alvin Curran (2): le piano sans peur.
Spéciale Alvin Curran (2): le piano sans peur.

  Inner Cities, d'Alvin Curran : l'un des premiers monuments pour piano du vingt-et-unième siècle. Je reviens sur ce coffret de quatre disques publié en 2005 par le label  Long  distance, auquel j'avais consacré un premier article le 8 mai 2007. J'ai proposé l'écoute intégrale du troisième disque. Pas question de tronquer, bien sûr : soixante-et-onze minutes pour prendre le temps d'une œuvre... Quelques mots me sont venus en écoutant Alvin, les voici :

Improvisation sur  Inner Cities 8 et 9 de Alvin Curran

Ténue   rare

            tenue   t’es nue

Seule   égrenée

            en chapelets denses

aigrelets          profonds         solennels

La note           sans reproche              je l’annote

La note est là, venir de la musique qui délivre le silence

Fin de l’angoisse        de la mélodie despotique

Assomption du présent pur

La note           la notte

            retentit            dure

                        redite et déclinée au déclin du silence

            Ostinato soudain

crescendo Bloc Brut de Bruit            SATURATION

La note s’étire s’enlace ô délice à pas de nuit le fantôme

            de Debussy rôde dans la cathédrale du vertige englouti

Grappes fracassées potentiomètres affolés rouge rouge rouge

            raz-de-marée oscillatoire        fracture

de l’écorce sonore

La tombée des sons tourbillonne dans le vide avide           

chute des notes rebelles nuée d’amour pourpre

biffures de sang harmonique sur les parois de l’âme incendiée

Trou autour du ça       ça revient ça insiste s’insinue             nue

La note est venue de musique sur le corps du néant

L’accord est intérieur antérieur à toute structure préétablie

            il danse sur la corde raide époux du rien qu’il épuise

Dans la nuit des possibles il se lance inlassable et puise

                        les notes au lasso pour rendre justice au piano

 

SURGIR                    poussée de graves en laves indécentes

                        escalier du diable                   Eve frémit

            sous les touches qui l’attouchent      

                        nue comme les notes              la notte

Pouls capricant qui s’accélère

les aigus lacèrent les artères

                        les basses martèlent la cuirasse des tympans

De la musique avant toute mièvrerie

Refuse l’odieux de la mélodie

                        ses frisettes de caniche

                        sa mélancolie l’arme à l’œil

                                   et ses garde-à-vous mielleux à l’ordre

                                               si bien tempéré

La musique est tenue de lumière dans la nuit

où s’entend le doux concassage du cosmos

 

Inner Cities   est paru en 2005 chez Long Distance

Eve Egoyan, pianiste canadienne, est la sœur du cinéaste Atom Egoyan. Elle a déjà interprété le cycle d'Alvin en concert. Elle se consacre plus particulièrement au répertoire contemporain, comme en témoigne son site, où des échantillons sont en écoute. Reinier Van Houdt, pianiste néerlandais, interprète lui aussi de préférence les musiciens contemporains (site en néerlandais, anglais et allemand).

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores )

Spéciale Alvin Curran (2): le piano sans peur.
7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 20:12
Michael Harrison : l'intonation juste, la révolution du piano harmonique.
   Après John Cage et son "invention" du piano préparé voici plus de soixante ans, voici Michael Harrison et son piano harmonique, mis au point dès 1986. De quoi s'agit-il ? En Occident, depuis le dix-huitième siècle, les instruments sont accordés selon le principe du tempérament égal : l'intervalle d'octave est divisé en douze demi-tons identiques. Il n'en est pas de même dans les musiques extra-européennes, ni dans les musiques traditionnelles, ni dans le chant grégorien par exemple. L'intonation juste ne recherche pas l'égalité d'intervalle standardisée par un fabricant anglais de piano au dix-neuvième siècle : les intervalles sont issus de quotients de nombres entiers, donc inégaux, ce qui entraîne la possibilité d'avoir une grande variété d'échelles possibles. Fondée sur des proportions mathématiques parfaites telles que décrites déjà par Pythagore, elle crée des harmonies vraiment consonantes, conformes aux lois vibratoires. Aussi Iégor Reznikoff, dans son livre Chant chrétien antique occidental n'hésite-t-il pas à écrire ceci :  " D'excellents musiciens restent perplexes quand on leur dit que l'accord actuel du piano est faux, et qu'on le leur fait entendre. J'en ai fait personnellement l'expérience quand je me suis mis à travailler la musique antique et le répertoire occidental ancien. Pour mieux approcher cette musique, j'ai non seulement arrêté de jouer du piano et de faire des concerts de musique de chambre ou de chanter dans des chorales, mais pendant longtemps je me suis abstenu d'écouter de la musique occidentale, n'écoutant que des musiques dont on peut être sûr quant à la rigueur de la transmission orale, de la musique sacrée au sens strict du terme et remontant aux traditions les plus anciennes - la nuit des temps - et sur lesquelles, en tout cas, aucune musique récente n'avait eu d'influence. Je n'écoutais que de ces musiques et ne travaillais que la résonance harmonique d'une corde. Alors peu à peu, au bout de neuf mois de cette ascèse, l'oreille se déconditionne, une physiologie plus fine  réapparaît, un nuage se lève, on peut entonner des intervalles justes, les varier d'un comma... Ce fut avec la très célèbre Symphonie en sol mineur n°40 de Mozart que je repris contact avec la musique occidentale. Expérience inoubliable, tout me parut faux d'un bout à l'autre..."  
              Michael Harrison, d'abord claviériste rock, puis pianiste et improvisateur, a reçu une formation de piano à la fois classique et orientée vers le jazz et a suivi un cursus de composition à l'Université d'Orégon. Sa fascination pour l'intonation juste est liée à son intérêt pour la musique classique du Nord de l'Inde. En 1978, il commence à chanter et à étudier sous la direction du grand chanteur indien Pandit Pran Nath, qui dispense son enseignement à deux musiciens américains appelés à un grand avenir, Terry Riley et La Mounte Young. Il chante alors les ragas en s'accompagnant de la tampura, luth qui émet un bourdon aux harmoniques très riches : cette attention nouvelle aux micro-intervalles l'amène à trouver faux les pianos occidentaux. Dès lors, ses recherches commencent, d'autant que, installé à New-York, il travaille en étroite collaboration avec La Mounte Young, l'un des pionniers du minimalisme, pour préparer l'accordage spécial nécessaire au grand œuvre de celui-ci, son monumental Well-tuned piano, d'une durée de six heures et demie. C'est à ce moment-là, en 1986, qu'il "crée" le piano harmonique, un grand piano conventionnel qui, modifié, permet, en alternant deux accordages distincts, de jouer 24 notes sur une octave. En 1987, il devient l'unique personne autorisée par La Monte Young à interpréter son œuvre. Depuis, Michael Harrison se produit à travers les États-Unis et l'Europe, donnant des conférences et des cours pour présenter l'intonation juste. Il est aussi président de l'Académie américaine de musique classique indienne.
 

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   In Flight, sorti en 1987, est idéal pour aborder l'œuvre de Michael Harrison. L'album permet de confronter le piano "traditionnel", accordé selon le principe du tempérament égal sur six titres, et le piano harmonique en intonation juste sur deux titres. La même fougue lyrique, chantante, emporte ces compositions transparentes, aériennes. L'auditeur est pris dans des tourbillons de grâce, des stases mystérieuses, pour célébrer la danse de la Vie. J'ai pensé parfois à un pianiste comme Vassilis Tsabropoulos (cf. article du 11 juillet) lorsqu'il réinvente des hymnes byzantins.
 

Michael Harrison : l'intonation juste, la révolution du piano harmonique.

   Si vous n'avez pas pesté contre le piano "mal accordé" des deux morceaux en intonation juste, franchissez le pas. From Ancient Worlds, paru en 1992 chez New Albion Records, entièrement pour piano harmonique, est une pure merveille, un voyage de l'âme vers la Beauté absolue. Enregistré dans la cathédrale Saint John The Divine de New-York, le piano devient le vaisseau radieux d'une antique et éternelle quête. Il sonne parfois comme une harpe, comme des cloches. Chaque note est gorgée d'harmoniques qui finissent par tisser un voile de drones, d'échos, comme une mer profonde qui enveloppe la ligne mélodique. Immergé, le corps de l'auditeur rentre en vibration avec les vagues pulsantes de l'irrésistible marée illuminante, avec les plages sillonnées de douces coulées calmes ou fulgurantes; l'esprit s'abandonne et s'abolit dans la splendeur, si loin, si loin des étroites limites du moi, lavé : " Et dès lors, je me suis baigné dans le poème/ (des Harmoniques)infusé d'astres.." L'écoute véritable est chemin mystique vers la Rose...

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Michael Harrison : l'intonation juste, la révolution du piano harmonique.

Soutenu par La Monte Young et Terry Riley dès ses débuts, Michael Harrison a rencontré aussi Stephen Scott, qui a co-produit l'album ci-dessus et dont je parlerai très bientôt, et il exerce une influence profonde sur les générations suivantes. Cantaloupe, le label de Bang on a Can, ce festival permanent de toutes les musiques inventives fondé en 1987 par Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe, lui rend aujourd'hui hommage en publiant sa dernière œuvre, Revelation, soixante-douze minutes intemporelles. Le même miracle que pour From Ancient Worlds, cette fraîcheur sublime qui arrache l'être tout entier à la contingence de la médiocrité pour le sommer de contempler la multiple Splendeur de la Nécessité inconnue, du grand Mystère qui nous informe et nous traverse trop souvent à notre insu. L'interprétation de ces incroyables "ragas" pianistiques, sans aucun prolongement électronique ou effet de studio, est tout simplement prodigieuse. Je vous reparlerai de Michael Harrison, dont le terrrain d'action ne se limite pas au piano.

In Flight est paru en 1987 chez Fortuna records

From Ancient Worlds  en 1992 chez New Albion Records

Revelation en 2007 chez Cantaloupe Music

- le site de Cantaloupe
On peut accompagner les musiques de Michael  par une lecture intégrale de Introduction au désert (Obsidiane / Collection "Les Solitudes", 1996) de Gérard Cartier, je vous invite à lire quelques poèmes de cet auteur ici.

(Nouvelle mise en page + ajout d'illustrations visuelles et sonores )

Michael Harrison : l'intonation juste, la révolution du piano harmonique.
16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 22:02
Slow Six - Private Times In Public Places  (leur premier album)
Slow Six - Private Times In Public Places (leur premier album)

  Le premier album de  Slow Six, dont j'ai chroniqué le second voici peu, vient de ressortir sous  une autre pochette (et sur un autre label) que  l'originale ci-dessus toujours disponible. C'est l'occasion de découvrir cet ensemble mené par Christopher Tignor, compositeur et concepteur des instruments informatiques qui accompagnent le violon de Maxim Moston, l'alto de Leanne Darling, le violoncelle de Marlan Barry, les guitares électriques de Peter Cressy et Stephen Griesgraber et le piano rhodes de Jeffrey Guimond.
" C'est la tension entre structure et sentiment qui a fourni les fondements de ces œuvres", dit le compositeur, qui ne joue pas de violon comme sur Nor'easter, mais manie son ordinateur pour capter et prolonger au mieux le lyrisme des instruments acoustiques. Rien d'agressivement électronique par conséquent, mais un travail tout en finesse pour une musique au lyrisme tempéré, qui se déploie tranquillement parce qu'elle se sait somptueuse. Le morceau le plus court dure plus de dix-huit minutes, parce que le temps ne presse pas. Chaque note se déguste dans son jus temporel sans avoir peur de chanter, de revenir nous hanter, nous enrouler dans les boucles qu'elle s'amuse à construire et déconstruire avec d'autres. Cordes, guitares électriques et Rhodes s'enlacent et dansent très lentement, soutenus et relancés par un moelleux filet d'électronique. Salomé dut danser sur une telle musique, parmi les volutes odorantes d'encens très anciens.
Je reviens sur ce coffret inépuisable pour proposer des œuvres d'artistes néerlandais contemporains, qui s'inscrivent dans la mouvance de Steve Reich. Le pianiste Jeroen Van Veen accorde à juste titre une place à ses compatriotes, trop peu connus en France. Né en 1951, Jacob ter Veldhuis a commencé sa carrière dans la musique rock, a étudié la composition et la musique électronique. Figure controversée parmi les compositeurs de son pays, il brouille les frontières entre culture populaire et culture savante. Son Postnuclear Winterscenario n°1 enregistré ici est d'un hiératisme impressionnant, fondé pour l'essentiel sur la répétion avec variations d'un  motif de quatre notes, avec un climax inquiétant sur la fin quand les notes sont plaquées avec violence, écrasées. Klaas de Vries, né en 1944, est l'un des fondateurs d'un style musical que l'on appelle maintenant École de Rotterdam. La Toccata Americana choisie par Van Veen est plus labile, à base de tourbillons de grappes de notes au pulse plus reichien, progressivement parasités par des notes répétées ostinato.

Pour l'extrait ci-dessous, je signale qu'il commence par deux minutes d'échantillons radio, que vous pouvez passer...la suite est magnifique !
 

Slow Six / Jacob ter Veldhuis / Klaas de Vries : le post-minimalisme bien tempéré.

   Je reviens sur ce coffret inépuisable pour proposer des œuvres d'artistes néerlandais contemporains, qui s'inscrivent dans la mouvance de Steve Reich. Le pianiste Jeroen Van Veen accorde à juste titre une place à ses compatriotes, trop peu connus en France. Né en 1951, Jacob ter Veldhuis a commencé sa carrière dans la musique rock, a étudié la composition et la musique électronique. Figure controversée parmi les compositeurs de son pays, il brouille les frontières entre culture populaire et culture savante. Son Postnuclear Winterscenario n°1 enregistré ici est d'un hiératisme impressionnant, fondé pour l'essentiel sur la répétion avec variations d'un  motif de quatre notes, avec un climax inquiétant sur la fin quand les notes sont plaquées avec violence, écrasées. Klaas de Vries, né en 1944, est l'un des fondateurs d'un style musical que l'on appelle maintenant École de Rotterdam. La Toccata Americana choisie par Van Veen est plus labile, à base de tourbillons de grappes de notes au pulse plus reichien, progressivement parasités par des notes répétées ostinato.

private times in public places de Slow Six est paru en 2004 chez If Then Else Records

Le premier coffret Minimal piano collection est paru en 2007 chez Brilliant Classics. Au piano : Jeroen van Veen

(Nouvelle mise en page + illustrations sonores )

26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:03
Taraf de Haïdouks / Loscil /Jean-Luc Fafchamps (2) : Melencholia ? No !..Si !
    Une dose de bonne humeur, pour commencer. Les bandits d'honneur tsiganes de Roumanie reviennent. Depuis 1990, ils en sont à leur septième album, et quelques films ont intégré une ou plusieurs de leurs compositions. Comme la musique classique, depuis le milieu du dix-neuvième siècle jusqu'au moins au mileu du suivant, s'est inspirée de thèmes "folkloriques", de danses populaires, le Taraf a décidé de "tsiganiser" certains compositeurs classiques. Bela Bartok, Manuel de Falla, Isaac Albeniz et quelques autres nous reviennent ainsi "maskaradés" pour reprendre le titre donné à ce nouvel opus. C'est eux, et ce n'est plus eux, et c'est formidable, gorgé de vie et de couleurs, impeccablement mis en place, car les Haïdouks forment un orchestre de chambre tsigane d'une précision et d'une musicalité indiscutables. Le label belge Crammed discs a de surcroît soigné l'édition de ce disque idéal pour s'extirper de la déprime automnale qui vous guette, ne le niez pas.
  
Taraf de Haïdouks / Loscil /Jean-Luc Fafchamps (2) : Melencholia ? No !..Si !
Respirez, fumée non toxique, musique impondérable. Scott Morgan, par ailleurs percussionniste du groupe Destroyer, en est à son huitième album, le quatrième sur le label Kranky de Chicago. Il appartient à la "famille" des Stars of the Lid ou de Tim Hecker : musique atmosphérique (je n'aime guère "musique d'ambiance", qui me paraît prêter à confusion, et l'anglicisme "ambient music" est paresseux, n'est-il pas ?), qui allie tessitures synthétiques, électroniques, en nappes, pulsations très douces et profondes, et touches instrumentales légères de xylophone, vibraphone, piano rhodes ou encore guitare à archet électronique. Au bout d'un certain temps, on est comme en apesanteur. Les titres sont éloquents : "zephyr", "halcyon", "mistral"(pas déchaîné..), ou encore "steam". Nous ne sommes que vapeur, heureux d'être fondus dans le flux piqueté de grains rythmiques. Excellent pour la relaxation à perpétuité ! A consommer sans modération.

 
Taraf de Haïdouks / Loscil /Jean-Luc Fafchamps (2) : Melencholia ? No !..Si !
   Deuxième volet de l'hommage au compositeur belge Jean-Luc Fafchamps avec la longue œuvre éponyme de Melencholia si... Composition en quatre parties pour deux pianos et deux percussionnistes inspirée de la célèbre gravure  d'Albrecht Dürer représentant un génie ailé au milieu des attributs du savoir (sphère, dodécaèdre, compas) et des symboles du temps (cadran solaire, sablier, cloche), elle nous propulse quelque part entre George Crumb et la musique japonaise, dans un climat transcendant aux contrastes marqués, ponctué de puissants coups de gong, d'irrésistibles embardées pianistiques, de trouées énigmatiques en clair-obscur. La musique se fait parfois tactile, évoquant frottements d'étoffes et déchirements, et ailleurs si fragile lorsqu'elle égrène les perles du silence dirait-on. "Le vide se défend. / Il ne veut pas qu'une forme le torture." nous dit le beau poème de Margherita Guidacci qui accompagne l'œuvre.
Rien à vous proposer de cet album, malheureusement, mais une très belle pièce pour piano.
(Nouvelle mise en page + illustrations sonores / Proposition du 21/10/07)

Sur Margherita Guidacci, traductrice et poétesse , un blog.
Pour lire d'elle quelques poèmes en version bilingue, ce très beau blog.